"Douce France, cher pays de mon enfance... " Le parcours de William Vainqueur ne ressemble pas du tout à une chanson de Charles Trenet. Ses compositions d'artiste des terrains sont pourtant magnifiques. Le récupérateur français a tout de suite donné libre cours à sa technique, sa créativité, son esprit collectif, son élégance, son désir d'offrir de bons ballons à ses équipiers. À la recherche d'un nouveau projet sportif, il l'a trouvé au Standard après un long passé nantais.
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"Douce France, cher pays de mon enfance... " Le parcours de William Vainqueur ne ressemble pas du tout à une chanson de Charles Trenet. Ses compositions d'artiste des terrains sont pourtant magnifiques. Le récupérateur français a tout de suite donné libre cours à sa technique, sa créativité, son esprit collectif, son élégance, son désir d'offrir de bons ballons à ses équipiers. À la recherche d'un nouveau projet sportif, il l'a trouvé au Standard après un long passé nantais. Derrière le joueur, il y a aussi l'homme, parti de loin, des cités parisiennes et de ses dangers, pour avancer dans la vie. Rencontre. William Vainqueur : Non car, au quotidien, je me suis vite rendu compte qu'il y avait du potentiel dans cet effectif. J'ai adhéré au projet en sachant qu'il y aurait du pain sur la planche suite au départ du c£ur de la ligne médiane. On sait qu'il faudra du temps pour mettre les choses en place. Le monde extérieur attendait des réponses immédiates. Il y en a eues, plus en Europa League qu'en championnat, je le concède, mais la régularité passe par la patience et le travail. J'adore notre public mais je ne suis pas certain que nous aurions pu réagir à Sclessin comme nous l'avons fait à Poltava... A 1-0 pour l'adversaire, notre stade aurait probablement exprimé son mécontentement. Et cela aurait compliqué notre tâche. Quand son public grogne, c'est tellement plus difficile de se dépasser. A Poltava, la réaction est venue car le groupe ne voulait pas subir les événements. Ce succès n'est pas le fruit du hasard. Rien n'est tombé du ciel. Cette victoire, tout le monde la désirait et ce voyage de quatre jours nous a fait un bien fou. Le groupe s'est soudé... Oui et non, c'est une étape importante. Mais c'est plus une confirmation qu'une naissance. Il y avait d'autres références comme à Helsingborg et à Hanovre. Poltava nous a quand même permis de garder la tête de notre groupe en Europa League. Mentalement, c'était fort. Sur cette lancée, le Standard a bousculé le Club Bruges. Là, on a prouvé à nos supporters que notre bande était animée par des valeurs fortes. Le voyage en Ukraine a été éprouvant mais on a entamé le match à fond la caisse. Tout aurait pu être dit au repos. C'était clair : ce football-là était du haut de gamme. Après, on a su faire le gros dos en fin de match pour garder les trois points alors que la fatigue se faisait sentir. Il y a donc tout eu : du jeu et de la volonté. On peut construire à partir de tout cela. Le Standard est encore présent sur les trois fronts. Très. Je suis venu en Belgique pour gagner quelque chose, me faire un palmarès. Là, on a trois cartes et tout le monde ne peut pas en dire autant. Je sais, Genk non plus. Si cela ne veut encore rien dire, c'est quand même un sujet de fierté. Et, avec un zeste de chance, nous aurions dû avoir quelques points de plus. Je n'ai finalement qu'un seul grand regret : la lourde défaite à Anderlecht. Oui, elle a fait mal car nous sommes passés à côté de notre sujet de la première à la dernière minute de jeu. Ce fut terrible mais je savais que nous remonterions la pente. Les choses se mettent en place. Il y avait un problème d'efficacité parce que le Standard s'est toujours forgé beaucoup d'occasions de buts. Et c'est un indice car les équipes qui ne se portent pas bien dans leur jeu n'ont pas d'occasions de buts à se mettre sous la dent. Il nous restait à être concret. Si cela avait été le cas plus tôt, nous aurions connu plus tôt ce confort dans notre jeu. Il fallait installer la ligne médiane, trouver les fils avec Mémé Tchité et la ligne d'attaque. La production des attaquants est en hausse car le jeu global de l'équipe s'améliore. A Nantes, on jouait en 4-3-3 avec la pointe du triangle de la ligne médiane vers le haut ou le bas. Il faut trouver les bons équilibres, que ce soit en 4-3-3 ou en 4-4-2. La machine tourne bien en 4-4-2 mais, à Poltava, nous avons terminé en 4-5-1 pour garder le résultat. Mémé se sent mieux en 4-4-2 mais il faut ajouter, au-delà de la formule, que toute l'équipe a joué plus haut et a mis la pression dans le camp adverse. J'aime bien construire, perforer, aller jusqu'au bout mais je n'oublie pas que je suis d'abord un médian def... Un seul ? Non mais cela s'explique. Je le fais quand l'adversaire est plus nombreux dans l'entrejeu ou qu'un de nos arrières centraux met le nez à la fenêtre. Je dois alors compenser, glisser vers l'endroit déserté : c'est normal. C'est mon style, ma façon de vivre le football. Je l'explique par ma formation nantaise. Là, et même si cette marque de fabrique se perd, les jeunes apprennent à ne pas tenter une passe n'importe comment. Il faut que le destinataire soit bien servi. Si on fait n'importe quoi, l'adversaire revient très vite à la charge. Je préfère un jeu plus soigné qui permet de contrôler les événements ou du moins de ne pas perdre le fil. El il m'arrive de chercher le bon service. Peut-être, je ne sais pas. En tout état de cause, notre département se trouve de plus en plus facilement alors que tout était à faire. Il y a beaucoup de solutions qui passent par Van Damme, Buyens, Camara, Gonzalez, Seijas, Bia, Buzaglo, Berrier. Tout se met en place... Oui, un monstre qui va au charbon. Il déblaye, bosse, impressionne, marque et défend. C'est super de jouer avec lui. Tout le monde doit y contribuer. C'est un faiseur de jeu. Seijas et Gonzalez aussi. On a besoin de tout le monde, la saison est longue. Je remplis mon rôle. Avec le temps, je jouerai plus haut. Mais je suis d'abord un numéro 6. Si je réussis dans ce rôle, c'est bien. Le reste passe de toute façon par le collectif. A Hanovre, oui... Bien sûr mais je m'étais bien préparé à Nantes pour répondre à l'attente d'un nouveau club. Hanovre n'a pas constitué une surprise... En France, on ne connaît que le Standard, Anderlecht et le Club Bruges. Genk ? Non, en tout cas pas avant sa qualification pour les poules de la Ligue des Champions. J'ai été étonné par le niveau de ces clubs du top belge. Ils auraient leur place en France même si la L1 est plus tactique, plus défensive. Je suis en tout cas ravi de mes découvertes belges. A Nantes, j'étais arrivé au bout de mon aventure, surtout en L2. Je ne pouvais pas rester là-bas. J'avais connu une foule de coaches, parfois trois ou quatre en un an. C' était trop pour bien travailler et préparer mon avenir. Il fallait que je parte. J'ai eu des offres de clubs de L1 mais le discours de Jean-François de Sart m'a tout de suite plu. Il me connaissait de son époque de coach des Espoirs. Le projet me convenait et je ne suis pas trompé. J'apprécie la patte de José Riga et il y a cette Académie Robert Louis-Dreyfus : cela en dit long sur le sérieux et le travail en profondeur d'un club. C est digne du top européen. Oui, on peut dire cela. Je suis un enfant des cités, de Noisy-le-Grand, pas loin de Marne-la-Vallée et de Paris. C'était mon univers, une planète spéciale où j'ai mes racines. Quand j'étais jeune à Nantes, j'y revenais dès que j'avais un jour de congé. Je ne pouvais pas m'empêcher d'aller y respirer et de revoir mes amis. A 12 ans, j'ai fréquenté un an le centre de formation d'Auxerre qui recrute beaucoup dans les petits clubs de l'Ile de France. J'avais le potentiel mais la tête n'a pas suivi. Je n'étais pas prêt pour cette vie-là. J'avais une autre éducation, celle des enfants des cités, de la rue. On fait des petites bêtises, rien de grave, des enfantillages qui ne passent pas dans un centre de formation. Je ne le savais pas et de toute façon, j'avais besoin de ma famille autour de moi. Oui, il a abandonné sa femme et ses deux enfants - j'ai une s£ur - alors que nous étions très jeunes. Je me souviens d'un coup de fil de sa part et puis plus rien. Il ne compte plus pour moi. Terminé, je suppose qu'il est rentré en Guadeloupe. Ma mère a été héroïque durant des années pour nous nourrir. Elle quittait l'appartement avant six heures du matin pour aller travailler en usine, dans une papeterie. Elle ne rentrait que vers 21 heures... Après sa journée à l'usine, elle faisait encore des ménages. Je me suis toujours promis de lui payer une maison. Non, en Guadeloupe où elle retournera un jour. Toute notre famille est là-bas. Je m'y rends régulièrement. Quand je me suis retrouvé à Nantes, je me suis dit que je ne pouvais pas rater cette chance. En cas d'échec, je n'avais plus que deux solutions : la cité ou retourner en Guadeloupe dans l'espoir de dénicher un job dans les plantations de cannes à sucre ou dans un garage. Mes tantes m'ont aidé. Elles me surveillaient quand ma mère n'était pas là et travaillait tard. Puis, il y a eu Ahmed Gueninèche qui m'a pris sous son aile à Noisy-le-Grand et à Bussy Saint-Georges. Il a mis Auxerre sur ma piste, où il m'a suivi. C'est comme un père pour moi. Quand il y avait un souci à l'école, c'est lui qu'on appelait. Il n'a pas encore eu le temps de venir à Liège. Je serai fier de lui faire découvrir le Standard. Le football m'a protégé de la voyoucratie. Mais c'est d'abord à lui que je le dois. La vie dans les cités, l'école de la vie où il faut être solide pour ne pas dériver. Les études ouais, les études... Il y a plein de jeunes de mon quartier qui sont bardés de diplômes : avocats, médecins, ingénieurs... tout ce que vous voulez. Mais ils n'ont pas de boulot ou rien qui correspond à leurs études. Oui, ils se retrouvent vigiles ou un truc comme cela. Je m'excuse mais c'est frustrant pour eux. La vie est dure. Quand on étudie et qu'il n'y a que du riz à manger tous les jours alors que d'autres gagnent des fortunes avec leurs business et autres combines c'est tentant. On bascule très vite de l'autre côté. J'ai eu de la chance... Ben oui... Je ne sais pas. Peut-être ? J'ai eu mes galères mais je suis jeune et heureux d'être au Standard qui a propulsé beaucoup de joueurs vers le top. Je sais, il vient des Ulysses. Je sais ce que cela veut dire. La jalousie.... Je ne parlerais pas d'échecs mais de problème global. Moi, je dois quand même beaucoup à ces cités, à mes amis, à Gueninèche, je ne peux pas oublier tout cela. PAR PIERRE BILIC - PHOTOS : IMAGEGLOBE/ HAMERS " J'ai eu des offres de clubs de L1 mais le discours de Jean-François de Sart m'a tout de suite plu. "