Nous avions eu l'idée de nous rencontrer au Stade Roi Baudouin mais nous avons vite laissé tomber car, dans l'enceinte occupée par l'équipe numéro un mondiale, il n'y a même pas d'endroit pour prendre un café.

" Un jour, Eden Hazard a été contraint de quitter le stade pour manger un hamburger ", sourit Willem De Bock. " Mais il va de soi que, dans un stade moderne, il n'est pas normal de devoir sortir pour prendre un café. " Ce n'est pas le seul problème.

" De sources bien informées, je sais qu'un stade de cette capacité a normalement besoin de 150 stewards pour que tout fonctionne bien mais au Stade Roi Baudouin, il en faut 400 car il y a tellement de caves et de labyrinthes qu'il n'est pas possible de tout sécuriser. C'est ça la situation en Belgique, en ce moment. "

Le stade Jan Breydel de Bruges est l'exponentiel de cette problématique des stades belges. " Dans le rapport sur l'état de ce stade, on peut lire : ici, il y a de la verdure ; là, il y a des infiltrations d'eau, là le béton est cassé et là, de l'eau s'écoule des coffrets électriques. Des situations invraisemblables. A première vue, tout est relativement bien fini mais les plastiques ne font que camoufler la pourriture et l'humidité.

En 2007 déjà, Michel D'Hooghe a présenté les plans d'un nouveau stade mais, même si le permis de bâtir est approuvé, il y a peu de chance que celui-ci soit prêt en 2022. Ici, pour construire un stade, il faut beaucoup de patience. En attendant, avant le début de la Ligue des Champions, les supporters du Club Bruges se sont sentis obligés de présenter leurs excuses aux adversaires en raison de l'état du stade. "

Qualité d'abord

De Bock ne s'exprime pas sur l'absolue nécessité de construire un stade national, un Eurostade. Il affirme comprendre les arguments des partisans et des détracteurs de celui-ci. Mais il ajoute qu'il est un fait que le succès des Diables Rouges ne peut être exploité au mieux sur le plan commercial car aucun stade de club ne s'y prête non plus.

" Selon les économistes du sport, un stade en béton d'une capacité de 50.000 personnes n'est pas rentable en Belgique. Il est cependant nécessaire d'entrer en ligne de compte pour l'organisation d'une finale européenne ou d'un championnat d'Europe. Mais l'architecte britannique John Barrow, expert mondialement connu en matière de construction de stades, plaide en faveur de solutions modulables permettant d'adapter la capacité du stade aux besoins.

Les stades actuels sont conçus pour être flexibles en fonction de la clientèle. En mai, à la Johan Cruijff Arena d'Amsterdam, la pelouse a été enlevée juste après un match. On a installé un plancher et aménagé un podium pour un concert de U2. Trois jours plus tard, tout était remis en place pour un nouveau match. Plus que l'augmentation de la capacité, ce qui compte, c'est la qualité du stade. Lors d'une visite guidée de celui de l'Ajax, le guide avait montré la tribune principale et déclaré :

" C'est ici que nous gagnons de l'argent. Le reste sert à mettre l'ambiance. " C'est exactement le problème de nos stades : le confort des VIP est insuffisant et nous perdons énormément d'argent. Or, cet argent pourrait faire office de levier pour notre football. Dans un petit championnat, c'est encore plus important car les droits de télévision ne sont pas très élevés. Je comprends que les clubs souhaitent bénéficier des revenus de leur stade. Les promoteurs peuvent toujours récupérer leur investissement grâce aux possibilités qu'offre l'aspect multifonctionnel des stades. En organisant des concerts et des événements, par exemple. Tout le monde doit y gagner : le club, le partenaire privé et la société. "

© BELGAIMAGE

Temps perdu

Il prend en exemple la plus-value que la transformation du stade de l'Antwerp offre au club. " Une place de parking privilégiée devant la nouvelle tribune principale coûte désormais entre 1000 et 1750 euros. Les chiffres de la Ghelamco Arena à Gand prouvent que, si l'appareil commercial fonctionne bien, on peut générer beaucoup plus de revenus.

Un stade moderne offre tellement plus de possibilités, de possibilités pour les VIP, pour les familles, etc. On peut par exemple vendre des données captées grâce au wi-fi du stade. Bart Verhaeghe se sent mal lorsqu'il pense au nombre d'années que le Club Bruges a perdues parce qu'il n'a pas de nouveau stade et ne peut pas répondre à la demande d'entreprises ni des trois ou quatre mille supporters qu'il pourrait accueillir en plus. "

Moins de revenus commerciaux, c'est aussi moins d'investissement dans la croissance sportive. " À l'Ajax, ils affirment clairement qu'ils veulent retrouver un niveau leur permettant de gagner à nouveau la Ligue des Champions mais que, pour cela, ils doivent encore mieux exploiter leur stade.

Ils ont d'abord songé à l'agrandir mais ils ont finalement décidé de ne pas faire cela mais de mieux aménager l'infrastructure, de mieux exploiter leur très beau complexe de conference rooms ainsi que le parking attenant et de rénover le centre de formation. "

La vraie question, c'est : pourquoi la Belgique n'avance-t-elle pas ? Selon De Bock, le problème, c'est que les dirigeants de clubs ne comprennent pas qu'ils doivent travailler ensemble à un changement de mentalité de la société, afin que celle-ci se montre réceptive à l'idée qu'il faut construire de nouveaux stades ou les rénover de fond en comble.

" Les scandales et l'impression qu'en football, tout n'est que magouilles, compliquent encore les choses. Il faut faire comme un judo : utiliser les attaques de l'adversaire pour se défendre et contre-attaquer. Je veux dire que c'est justement le moment de montrer qu'on peut faire autrement à condition que les clubs puissent générer plus de recettes grâce à leur stade. Car l'intérêt de la société pour le football, il est là. "

Changer les règles

La plupart du temps, l'urbanisme constitue le plus gros obstacle. " Savez vous que 85 % des plaintes introduites au Conseil d'Etat sont rejetées ? Notre système est complexe et très lent. On peut perdre beaucoup de temps. Les obstacles qu'ils faut franchir pour obtenir un permis de bâtir sont énormes et, quand on est bloqué, il faut tout recommencer de zéro. Dans le dossier du Club Bruges, cela veut dire qu'il a chaque fois fallu redemander une étude d'impact environnemental car il s'était écoulé tellement de temps que la situation pouvait avoir changé. "

Pour De Bock, c'est aux politiciens de prendre leurs responsabilités. " Manifestement, la loi a été écrite par et pour les technocrates et les politiciens concernés n'y comprennent rien. Ils suivent donc tout simplement les règles car ils se protègent. "

Et les règles, il faut les changer. " Je compare volontiers cela au contrôle technique de la voiture. Dans la plupart des cas, vous recevez une carte verte sans condition. Mais on peut aussi vous demander de revenir après avoir effectué un réglage. Ce n'est qu'après qu'on vous donne éventuellement une carte rouge. Par contre, dans les dossiers des stades, on cherche la petite bête. Un des aspects négatifs de l'étude d'impact environnemental dans le dossier Chartreuse du Club Bruges était qu'on ne pouvait pas bâtir sur ce terrain car il contient des arbres dans lesquels les chauve-souris se posaient avant de se rendre dans les clochers.

Peu après, ces clochers ont été rénovés et les chauve-souris n'y sont plus allées mais le point figurait toujours dans le rapport de l'étude. Le rapport sur la mobilité n'a jamais donné de résultat positif non plus. Car quand on construit un stade, sur le Parking C à Bruxelles, par exemple, cela veut dire qu'on surcharge le trafic existant. En réfléchissant de la sorte, il est évident qu'on part toujours d'un point de vue négatif. "

Mieux se vendre

Pour De Bock, il est nécessaire de simplifier les procédures, et pas seulement dans l'intérêt du football. " C'est un gros problème de société qui affecte aussi la construction de centres commerciaux et de routes. C'est ainsi qu'en mars, une petite fille a été renversée à un carrefour dangereux d'Oostakker. Tout le monde s'est indigné et demandé pourquoi ce carrefour n'avait jamais été aménagé.

Il est alors apparu que Ben Weyts, Ministre flamand de la Mobilité, l'avait demandé depuis longtemps mais que quelques habitants n'avaient pas voulu qu'on exproprie une partie de leur terrain. Tout était donc bloqué. Un politicien ne doit-il pas pouvoir prendre une décision dans l'intérêt général ? En tout cas : en simplifiant les choses, on faciliterait la tâche de l'administration et de la justice. Bien entendu, il faut conserver un droit de regard et de contestation mais les litiges ne doivent plus durer dix ans. "

Selon De Bock, les clubs doivent veiller à démontrer qu'ils sont une plus-value pour la société. " Voici peu, les Buffalos ont été récompensés pour leur travail de communauté. Le bourgmestre a dit : C'est la preuve qu'avec un peu de concertation, les clubs de football peuvent faire de grandes choses. Et je le comprends. Le Club Bruges, Anderlecht et d'autres clubs ont une fondation, sans parler de la formation des jeunes. Mais je constate qu'on parle plus du travail social d'un club de boxe de Bruxelles que de celui d'un club de football qui forme beaucoup plus de jeunes.

Je connais des enfants de quatre ans qui, dès qu'ils voient un maillot rouge crient Lukaku. Les joueurs pros peuvent inciter les gens à faire des choses positives. Le football peut rassembler la société. Il doit donc mieux se vendre afin que ses projets soient approuvés et que les politiciens ne réagissent ps comme maintenant en étant anti-football, en le diabolisant.

Le football doit créer un climat qui fera en sorte que la société demande qu'on construise des stades. On peut parler d'une sorte de légitimation : le football doit s'autoréguler ! Si les autorités aident les clubs à construire des stades dans un contexte de concertation et de consensus, plus personne ne parlera de magouilles. Et si les clubs gagnent plus d'argent grâce à ces stades, il ne faudra peut-être plus leur accorder les réductions de cotisations sociales si décriées actuellement. "

Concurrence déloyale

L'enjeu est énorme : " C'est extrêmement important pour l'avenir de notre football, pour conserver le niveau et pour garantir de nouvelles générations. Dans des pays comme le Portugal, les Pays-Bas, la Suisse et la Pologne, il y a des stades bien plus modernes qu'ici. Si ceux-ci sont bien exploités, cela permet d'investir dans la croissance sportive et d'attirer des joueurs que nous ne pouvons pas payer.

La Belgique est en lutte avec ces pays pour obtenir des places qualificatives pour la Ligue des Champions et l'Europa League, des compétitions qui rapportent beaucoup. L'Ajax, assuré de sortir des poules, a déjà la certitude de toucher 60 millions d'euros cette saison. Cela augmente son pouvoir d'achat sur le marché des joueurs. Si on gagne plus d'argent grâce aux stades, on crée une spirale positive qui touche également les équipes d'âge et qui permet au club de jouer un rôle dans la société. "

De Bock constate également qu'en matière d'espace, on ne réfléchit pas beaucoup. " Je veux dire que si un problème se pose quelque part et que le dossier est bloqué, il faut pouvoir étudier d'autres options. Tubize ne constituerait-il par exemple pas une alternative correcte à la construction d'un stade sur le Parking C ? Ce n'est pas Bruxelles mais c'est au centre du pays, à la frontière linguistique et pas loin de l'autoroute. Mais pour que des idées pareilles soient portées publiquement, il faut que les dirigeants des clubs et de la fédération sortent de l'ornière dans laquelle ils se sont enterrés. "

Il compte sur la sagesse et le sens des affaires de patrons de clubs comme Marc Coucke, Bart Verhaeghe et Paul Gheysens. " Evidemment, ils ne s'entendent pas du tout mais ils ont avant tout le même problème, que ce soit au Parc Astrid, au Stade Jan Breydel ou sur le Parking C. J'espère que leurs querelles se transforment en une véritable collaboration et que les dirigeants de clubs ne passeront plus leur temps à se planter des couteaux dans le dos mais comprendront qu'ils sont sur le même bateau.

Car l'infrastructure des clubs de football peut constituer un levier fantastique pour la société. Il faut donc, au niveau politique également, un changement de culture pour exploiter au maximum le potentiel de notre football, y compris pour nos jeunes et notre société. Le football a beau être accessoire, l'infrastructure qu'il requiert peut être très importante pour que ce sport très populaire retrouve sa place dans la société "

L'Arena d'Amsterdam est le stade multifonctionnel par excellence. Il abrite à la fois les rencontres de l'Ajax et permet l'organisation de concerts., BELGAIMAGE
L'Arena d'Amsterdam est le stade multifonctionnel par excellence. Il abrite à la fois les rencontres de l'Ajax et permet l'organisation de concerts. © BELGAIMAGE
Nous avions eu l'idée de nous rencontrer au Stade Roi Baudouin mais nous avons vite laissé tomber car, dans l'enceinte occupée par l'équipe numéro un mondiale, il n'y a même pas d'endroit pour prendre un café. " Un jour, Eden Hazard a été contraint de quitter le stade pour manger un hamburger ", sourit Willem De Bock. " Mais il va de soi que, dans un stade moderne, il n'est pas normal de devoir sortir pour prendre un café. " Ce n'est pas le seul problème. " De sources bien informées, je sais qu'un stade de cette capacité a normalement besoin de 150 stewards pour que tout fonctionne bien mais au Stade Roi Baudouin, il en faut 400 car il y a tellement de caves et de labyrinthes qu'il n'est pas possible de tout sécuriser. C'est ça la situation en Belgique, en ce moment. " Le stade Jan Breydel de Bruges est l'exponentiel de cette problématique des stades belges. " Dans le rapport sur l'état de ce stade, on peut lire : ici, il y a de la verdure ; là, il y a des infiltrations d'eau, là le béton est cassé et là, de l'eau s'écoule des coffrets électriques. Des situations invraisemblables. A première vue, tout est relativement bien fini mais les plastiques ne font que camoufler la pourriture et l'humidité. En 2007 déjà, Michel D'Hooghe a présenté les plans d'un nouveau stade mais, même si le permis de bâtir est approuvé, il y a peu de chance que celui-ci soit prêt en 2022. Ici, pour construire un stade, il faut beaucoup de patience. En attendant, avant le début de la Ligue des Champions, les supporters du Club Bruges se sont sentis obligés de présenter leurs excuses aux adversaires en raison de l'état du stade. " De Bock ne s'exprime pas sur l'absolue nécessité de construire un stade national, un Eurostade. Il affirme comprendre les arguments des partisans et des détracteurs de celui-ci. Mais il ajoute qu'il est un fait que le succès des Diables Rouges ne peut être exploité au mieux sur le plan commercial car aucun stade de club ne s'y prête non plus. " Selon les économistes du sport, un stade en béton d'une capacité de 50.000 personnes n'est pas rentable en Belgique. Il est cependant nécessaire d'entrer en ligne de compte pour l'organisation d'une finale européenne ou d'un championnat d'Europe. Mais l'architecte britannique John Barrow, expert mondialement connu en matière de construction de stades, plaide en faveur de solutions modulables permettant d'adapter la capacité du stade aux besoins. Les stades actuels sont conçus pour être flexibles en fonction de la clientèle. En mai, à la Johan Cruijff Arena d'Amsterdam, la pelouse a été enlevée juste après un match. On a installé un plancher et aménagé un podium pour un concert de U2. Trois jours plus tard, tout était remis en place pour un nouveau match. Plus que l'augmentation de la capacité, ce qui compte, c'est la qualité du stade. Lors d'une visite guidée de celui de l'Ajax, le guide avait montré la tribune principale et déclaré : " C'est ici que nous gagnons de l'argent. Le reste sert à mettre l'ambiance. " C'est exactement le problème de nos stades : le confort des VIP est insuffisant et nous perdons énormément d'argent. Or, cet argent pourrait faire office de levier pour notre football. Dans un petit championnat, c'est encore plus important car les droits de télévision ne sont pas très élevés. Je comprends que les clubs souhaitent bénéficier des revenus de leur stade. Les promoteurs peuvent toujours récupérer leur investissement grâce aux possibilités qu'offre l'aspect multifonctionnel des stades. En organisant des concerts et des événements, par exemple. Tout le monde doit y gagner : le club, le partenaire privé et la société. " Il prend en exemple la plus-value que la transformation du stade de l'Antwerp offre au club. " Une place de parking privilégiée devant la nouvelle tribune principale coûte désormais entre 1000 et 1750 euros. Les chiffres de la Ghelamco Arena à Gand prouvent que, si l'appareil commercial fonctionne bien, on peut générer beaucoup plus de revenus. Un stade moderne offre tellement plus de possibilités, de possibilités pour les VIP, pour les familles, etc. On peut par exemple vendre des données captées grâce au wi-fi du stade. Bart Verhaeghe se sent mal lorsqu'il pense au nombre d'années que le Club Bruges a perdues parce qu'il n'a pas de nouveau stade et ne peut pas répondre à la demande d'entreprises ni des trois ou quatre mille supporters qu'il pourrait accueillir en plus. " Moins de revenus commerciaux, c'est aussi moins d'investissement dans la croissance sportive. " À l'Ajax, ils affirment clairement qu'ils veulent retrouver un niveau leur permettant de gagner à nouveau la Ligue des Champions mais que, pour cela, ils doivent encore mieux exploiter leur stade. Ils ont d'abord songé à l'agrandir mais ils ont finalement décidé de ne pas faire cela mais de mieux aménager l'infrastructure, de mieux exploiter leur très beau complexe de conference rooms ainsi que le parking attenant et de rénover le centre de formation. " La vraie question, c'est : pourquoi la Belgique n'avance-t-elle pas ? Selon De Bock, le problème, c'est que les dirigeants de clubs ne comprennent pas qu'ils doivent travailler ensemble à un changement de mentalité de la société, afin que celle-ci se montre réceptive à l'idée qu'il faut construire de nouveaux stades ou les rénover de fond en comble. " Les scandales et l'impression qu'en football, tout n'est que magouilles, compliquent encore les choses. Il faut faire comme un judo : utiliser les attaques de l'adversaire pour se défendre et contre-attaquer. Je veux dire que c'est justement le moment de montrer qu'on peut faire autrement à condition que les clubs puissent générer plus de recettes grâce à leur stade. Car l'intérêt de la société pour le football, il est là. " La plupart du temps, l'urbanisme constitue le plus gros obstacle. " Savez vous que 85 % des plaintes introduites au Conseil d'Etat sont rejetées ? Notre système est complexe et très lent. On peut perdre beaucoup de temps. Les obstacles qu'ils faut franchir pour obtenir un permis de bâtir sont énormes et, quand on est bloqué, il faut tout recommencer de zéro. Dans le dossier du Club Bruges, cela veut dire qu'il a chaque fois fallu redemander une étude d'impact environnemental car il s'était écoulé tellement de temps que la situation pouvait avoir changé. " Pour De Bock, c'est aux politiciens de prendre leurs responsabilités. " Manifestement, la loi a été écrite par et pour les technocrates et les politiciens concernés n'y comprennent rien. Ils suivent donc tout simplement les règles car ils se protègent. " Et les règles, il faut les changer. " Je compare volontiers cela au contrôle technique de la voiture. Dans la plupart des cas, vous recevez une carte verte sans condition. Mais on peut aussi vous demander de revenir après avoir effectué un réglage. Ce n'est qu'après qu'on vous donne éventuellement une carte rouge. Par contre, dans les dossiers des stades, on cherche la petite bête. Un des aspects négatifs de l'étude d'impact environnemental dans le dossier Chartreuse du Club Bruges était qu'on ne pouvait pas bâtir sur ce terrain car il contient des arbres dans lesquels les chauve-souris se posaient avant de se rendre dans les clochers. Peu après, ces clochers ont été rénovés et les chauve-souris n'y sont plus allées mais le point figurait toujours dans le rapport de l'étude. Le rapport sur la mobilité n'a jamais donné de résultat positif non plus. Car quand on construit un stade, sur le Parking C à Bruxelles, par exemple, cela veut dire qu'on surcharge le trafic existant. En réfléchissant de la sorte, il est évident qu'on part toujours d'un point de vue négatif. " Pour De Bock, il est nécessaire de simplifier les procédures, et pas seulement dans l'intérêt du football. " C'est un gros problème de société qui affecte aussi la construction de centres commerciaux et de routes. C'est ainsi qu'en mars, une petite fille a été renversée à un carrefour dangereux d'Oostakker. Tout le monde s'est indigné et demandé pourquoi ce carrefour n'avait jamais été aménagé. Il est alors apparu que Ben Weyts, Ministre flamand de la Mobilité, l'avait demandé depuis longtemps mais que quelques habitants n'avaient pas voulu qu'on exproprie une partie de leur terrain. Tout était donc bloqué. Un politicien ne doit-il pas pouvoir prendre une décision dans l'intérêt général ? En tout cas : en simplifiant les choses, on faciliterait la tâche de l'administration et de la justice. Bien entendu, il faut conserver un droit de regard et de contestation mais les litiges ne doivent plus durer dix ans. " Selon De Bock, les clubs doivent veiller à démontrer qu'ils sont une plus-value pour la société. " Voici peu, les Buffalos ont été récompensés pour leur travail de communauté. Le bourgmestre a dit : C'est la preuve qu'avec un peu de concertation, les clubs de football peuvent faire de grandes choses. Et je le comprends. Le Club Bruges, Anderlecht et d'autres clubs ont une fondation, sans parler de la formation des jeunes. Mais je constate qu'on parle plus du travail social d'un club de boxe de Bruxelles que de celui d'un club de football qui forme beaucoup plus de jeunes. Je connais des enfants de quatre ans qui, dès qu'ils voient un maillot rouge crient Lukaku. Les joueurs pros peuvent inciter les gens à faire des choses positives. Le football peut rassembler la société. Il doit donc mieux se vendre afin que ses projets soient approuvés et que les politiciens ne réagissent ps comme maintenant en étant anti-football, en le diabolisant. Le football doit créer un climat qui fera en sorte que la société demande qu'on construise des stades. On peut parler d'une sorte de légitimation : le football doit s'autoréguler ! Si les autorités aident les clubs à construire des stades dans un contexte de concertation et de consensus, plus personne ne parlera de magouilles. Et si les clubs gagnent plus d'argent grâce à ces stades, il ne faudra peut-être plus leur accorder les réductions de cotisations sociales si décriées actuellement. " L'enjeu est énorme : " C'est extrêmement important pour l'avenir de notre football, pour conserver le niveau et pour garantir de nouvelles générations. Dans des pays comme le Portugal, les Pays-Bas, la Suisse et la Pologne, il y a des stades bien plus modernes qu'ici. Si ceux-ci sont bien exploités, cela permet d'investir dans la croissance sportive et d'attirer des joueurs que nous ne pouvons pas payer. La Belgique est en lutte avec ces pays pour obtenir des places qualificatives pour la Ligue des Champions et l'Europa League, des compétitions qui rapportent beaucoup. L'Ajax, assuré de sortir des poules, a déjà la certitude de toucher 60 millions d'euros cette saison. Cela augmente son pouvoir d'achat sur le marché des joueurs. Si on gagne plus d'argent grâce aux stades, on crée une spirale positive qui touche également les équipes d'âge et qui permet au club de jouer un rôle dans la société. " De Bock constate également qu'en matière d'espace, on ne réfléchit pas beaucoup. " Je veux dire que si un problème se pose quelque part et que le dossier est bloqué, il faut pouvoir étudier d'autres options. Tubize ne constituerait-il par exemple pas une alternative correcte à la construction d'un stade sur le Parking C ? Ce n'est pas Bruxelles mais c'est au centre du pays, à la frontière linguistique et pas loin de l'autoroute. Mais pour que des idées pareilles soient portées publiquement, il faut que les dirigeants des clubs et de la fédération sortent de l'ornière dans laquelle ils se sont enterrés. " Il compte sur la sagesse et le sens des affaires de patrons de clubs comme Marc Coucke, Bart Verhaeghe et Paul Gheysens. " Evidemment, ils ne s'entendent pas du tout mais ils ont avant tout le même problème, que ce soit au Parc Astrid, au Stade Jan Breydel ou sur le Parking C. J'espère que leurs querelles se transforment en une véritable collaboration et que les dirigeants de clubs ne passeront plus leur temps à se planter des couteaux dans le dos mais comprendront qu'ils sont sur le même bateau. Car l'infrastructure des clubs de football peut constituer un levier fantastique pour la société. Il faut donc, au niveau politique également, un changement de culture pour exploiter au maximum le potentiel de notre football, y compris pour nos jeunes et notre société. Le football a beau être accessoire, l'infrastructure qu'il requiert peut être très importante pour que ce sport très populaire retrouve sa place dans la société "