Henri Depireux a bien mérité du football belge. Joueur légendaire du RFC Liège puis du grand Standard de la fin des années '60, celui que l'on surnommait le " King " dans la Cité Ardente aurait été une valeur sûre chez les Diables Rouges aussi si, au poste de 10, il n'avait pas été barré par un certain Paul Van Himst, sacré meilleur footballeur belge du XXe siècle.
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Henri Depireux a bien mérité du football belge. Joueur légendaire du RFC Liège puis du grand Standard de la fin des années '60, celui que l'on surnommait le " King " dans la Cité Ardente aurait été une valeur sûre chez les Diables Rouges aussi si, au poste de 10, il n'avait pas été barré par un certain Paul Van Himst, sacré meilleur footballeur belge du XXe siècle. Après avoir fourbi ses armes comme joueur-entraîneur en D3, tour à tour à Bas-Oha, Tilleur et Namur, le bel Henri tenta la grande aventure en tant que coach à Belenenses, au Portugal. C'était là le début d'un vaste périple à l'étranger qui l'aura mené successivement en Suisse, en France, en Afrique du Nord ainsi qu'aux Émirats Arabes Unis. Après une pige à Seraing, en qualité de manager sportif, il y a trois ans, l'homme vient de reprendre son bâton de pèlerin. À nouveau comme T1, mais au KV Woluwé-Zaventem ce coup-ci. Sa mission : sauver le club, mal embarqué pour l'heure en division 3 amateurs, puisqu'il y occupe l'un des sièges basculants. Pour ce faire, il n'hésite pas à rallier le club de la périphérie bruxelloise à raison de trois fois par semaine (et une quatrième pour les besoins du match) au départ de son domicile à Visé : 280 kilomètres aller-retour. C'est assez dire si, du haut de ses 75 ans, il en veut toujours. Henri, comment avez-vous abouti au KV Woluwé-Zaventem ? HENRI DEPIREUX : À l'instigation de Sacha Tavernier. Bras droit du président du club, Mesrop Yagan, il est aussi le parrain de ma fille Alexandra. Notre amitié remonte au tout début des années '60, à l'époque où j'évoluais en Première du RFC Liégeois alors que lui militait en catégories d'âge du Standard. Malgré des trajectoires ô combien différentes, nous sommes toujours restés en contact. En février dernier, il m'a demandé de voler au secours des banlieusards bruxellois, qui filaient du mauvais coton en division 3 amateurs. Je ne pouvais rester insensible à cet appel à l'aide et j'ai accepté. Pour quelqu'un, comme vous, qui a été sélectionneur du Cameroun autrefois, le décalage n'est-il pas trop saisissant ? DEPIREUX : Il y a un point commun entre les Lions Indomptables et mon emploi actuel : le football. Et il est et restera à jamais ma raison de vivre. Musset a dit un jour : " Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse. " Cette phrase est d'application pour moi. Car quel que soit le niveau où je travaille, je prends mon pied. Peu importe l'enseigne, ce qui me botte, c'est le foot stricto sensu. C'est lui mon ivresse. Et je trouve autant de plaisir à ce niveau qu'au plus haut échelon, même si les objectifs ne sont forcément pas les mêmes. Champion avec Bellinzona, lors de votre premier passage dans ce club jadis, vous voilà aujourd'hui mêlé à la lutte pour le maintien. DEPIREUX : Le challenge, à savoir assurer la survie, ne sera pas une sinécure. À la mi-février, j'ai assisté pour la première fois, en tant que spectateur, à un match du club. C'était face au dernier, Oostkamp, où l'équipe a finalement été battue 4-1. J'avoue, sur le moment, ne pas avoir compris. Car ce même adversaire avait été défait 6-2 à l'aller. Renseignements pris, d'un match à l'autre, pas moins de 9 joueurs qui avaient à l'époque effectué ce déplacement en Flandre occidentale, s'étaient volatilisés entre-temps. Et non des moindres car il s'agissait, pour la plupart, d'éléments chevronnés. Il me faut donc composer, aujourd'hui, avec le noyau le plus jeune de notre D3. C'est pas gagné d'avance dans ces conditions. Que vous inspire cette compétition moins de deux mois après vos débuts comme coach ? DEPIREUX : Sur le plan purement footballistique, nous ne sommes pas moins forts que les ténors de notre série, Merelbeke, Wetteren ou Pepingen-Halle. Mais, par rapport à eux, nous manquons singulièrement d'expérience. Face à ces deux derniers adversaires, qui nous ont respectivement vaincus sur les marques de 1-3 et 7-1, nous n'avons concédé pas moins de quatre penalties. Oui, quatre ! Et ce, alors que notre but n'était même pas en danger. Cette absence de planche ne cesse de nous jouer des tours pendables. Les jeunes, c'est bien. Mais il faut des gars matures pour les encadrer. C'est un constat valable partout. Pourquoi Yari Verschaeren est-il performant à Anderlecht ? Tout simplement car Yannick Bolasie est là, pour le sublimer. La perche est ainsi tendue vers les play-offs 1. Que pensez-vous des Mauves, précisément ? DEPIREUX : Perso, je n'ai jamais vu un Anderlecht aussi faible de ma vie. Et j'ai quand même 75 ans, c'est tout dire ! Je ne vois vraiment pas quel joueur du Sporting actuel aurait eu sa place dans la grande équipe que j'ai affrontée au cours des années '60 et '70. Avec Paul Van Himst à la baguette et Robby Rensenbrink comme exécuteur des hautes oeuvres. À présent, on est loin du compte. Certains sont tout simplement indignes de porter le maillot mauve. Que fait donc ce James Lawrence au Parc Astrid ? Et ce qui vaut pour lui peut être étendu à la moitié de l'effectif. Honnêtement, cet Anderlecht-là ne vaut pas plus qu'une quatrième place. Et encore, car à choisir entre Gand et lui, mes faveurs vont aux Buffalos. Quant au top-3, il est connu. Oui, mais dans quel ordre ? DEPIREUX : J'ose espérer que Genk sera couronné pour l'ensemble de son oeuvre cette saison. Il le mérite car son parcours a été impressionnant, tant sur la scène nationale qu'européenne. Le hic, évidemment, c'est qu'il vient de perdre sa pièce-maîtresse avec Alejandro Pozuelo, à mes yeux le meilleur acteur du championnat. Mine de rien, la vente d'un tout bon élément se révèle souvent préjudiciable. Voyez Saint-Trond : il était annoncé en PO1 mais se retrouve finalement en PO2 suite aux départs, lors du mercato, de joueurs-clés comme Roman Bezus ou Casper De Norre. Je pense, dans un même ordre d'idées, que le Racing pourrait bel et bien se mordre les doigts d'avoir libéré son maître à jouer espagnol avant l'emballage final. Qui voyez-vous sur les deuxième et troisième marches du podium ? DEPIREUX : Tout dépendra de la moisson à domicile. Tant Bruges que le Standard ont perdu des plumes chez eux lors de la phase classique. La saison des Rouches peut être illustrée par un seul et même match : le 4-3 à domicile face à Waasland-Beveren. Pendant une heure, les Liégeois étaient tout bonnement à la ramasse, au point d'être menés 0-3 à Sclessin. Puis, en l'espace de 20 minutes de folie, ils ont renversé la vapeur comme peu d'équipes sont en mesure de le faire. La saison passée déjà, les Standardmen avaient réalisé des play-offs de ouf sous la conduite de Ricardo Sa Pinto. Ils pourraient rééditer cet exploit ce coup-ci aussi, même si je les trouve moins forts qu'il y a un an. À l'époque, ils pouvaient compter sur un Edmilson d'enfer. Cette fois, ce n'est plus le cas. Il a été question, cet hiver, de son retour en Belgique. Mais à l'Antwerp... DEPIREUX : Il y a du Luciano D'Onofrio là-dessous, évidemment. Avec Laszlo Bölöni, il forme le meilleur binôme dont un club peut rêver : l'un aux commandes dans les coulisses et l'autre sur le terrain. Leur association, c'est ni plus ni moins une garantie de succès. Je n'en veux pour exemple que le cas de Dieumerci Mbokani. D'Ono a flairé le bon coup et le coach a fait le reste. Du beau travail ! Comprenez-vous la décision de ces footballeurs, en pleine force de l'âge, qui comme Edmilson décident de s'exiler dans les pays du Golfe ? DEPIREUX : Auparavant, le Moyen et l'Extrême-Orient étaient des destinations de fin de carrière. À présent, la donne a changé suite aux salaires mirobolants qui y sont versés. De quoi attirer des valeurs confirmées comme Marouane Fellaini et Yannick Carrasco en Chine - sans oublier qu'Axel Witsel était déjà passé par là lui aussi - ou un Edmilson et un Ezekiel au Qatar. J'ai bien peur que ce n'est là qu'un début et que d'autres transferts de cette veine suivront. Vous-même avez entraîné une équipe des Émirats Arabes Unis : le FC Sharjah. DEPIREUX : Je venais de disputer la finale de la Coupe d'Afrique des Vainqueurs de Coupe avec les FAR Rabat face à l'Étoile Sportive du Sahel - défaite 2-0 à Sousse et 1-0 chez nous - et cette performance, véritable première dans l'histoire du club marocain, m'avait ouvert les portes là-bas. Pour moi, qui avais déjà coaché en Belgique, en France, au Portugal et au Cameroun, c'était l'occasion de découvrir autre chose. Mais après un an, le Standard est venu aux nouvelles avec la perspective d'y être T2. Je ne pouvais refuser ça. Vous êtes pourtant retourné aux FAR dès 2001 ? DEPIREUX : J'en viens à un deuxième proverbe qui veut que " Nul n'est prophète en son pays ". Je suis bien placé pour en parler car après 10 victoires consécutives avec les Standardmen en 2000, j'ai été renvoyé à mes chères études. Je me suis dès lors empressé de répondre à l'appel - le deuxième - des FAR. C'est la troisième fois que ça m'arrivait. Préalablement, j'avais déjà effectué des retours à Belenenses et Bellinzona. Si on m'a rappelé à autant de reprises, c'est que je n'étais quand même pas trop mauvais comme entraîneur, hein ( il rit). Cette deuxième aventure aux Forces Armées Royales a d'ailleurs débouché sur un nouveau succès car mes joueurs ont remporté la Coupe du Roi face au Wydad Casablanca : 1-0. Ce résultat m'aura valu de bénéficier d'une carte blanche, l'équivalent d'un passeport diplomatique. Je suis donc toujours le bienvenu au Maroc. Vous avez travaillé dans trois pays du Maghreb : les FAR au Maroc, l'USM Annaba en Algérie et l'US Monastir en Tunisie. Quid du niveau dans ces championnats ? DEPIREUX : Celui de Tunisie est au-dessus du lot avec des équipes comme l'Espérance et le Stade à Tunis ou l'Étoile du Sahel à Sousse. C'est vraiment du très bon niveau. Seuls les Égyptiens sont en mesure de rivaliser avec eux. Je songe alors aux deux grands clubs du Caire : Al Ahly et Zamalek. En Afrique noire, seul un club peut contester leur hégémonie : le Tout-Puissant Mazembé de Lubumbashi. Vous avez été sélectionneur de deux équipes africaines : le Cameroun et la République Démocratique du Congo, justement. Comment expliquez-vous, et le constat vaut pour le Nigeria ou les représentants de l'Afrique du Nord aussi, que ces teams ne parviennent pas à s'éveiller aux plus hautes ambitions ? DEPIREUX : Pour faire des résultats, il convient de pouvoir se focaliser sur le sportif et rien d'autre. Or, c'est toujours l'extra-sportif qui l'emporte dans ces pays-là. Tantôt sous la forme d'une brouille entre les pros à l'étranger et ceux restés au pays, tantôt pour un problème de logistique et d'organisation, tantôt encore pour une question d'argent. J'ai qualifié les Lions Indomptables pour la Coupe du Monde 1998 à deux matches de la fin de la phase de groupe. Idem concernant sa participation à l'apothéose de la Coupe d'Afrique des Nations au Burkina Faso cette année-là. Quand j'ai réclamé mon dû - 400.000 euros quand même -, on m'a gentiment envoyé promener. Au Congo, il en est allé de même. Là, c'est 300.000 euros qu'on me doit. Si je fais le compte de tout ce qui me reste dû durant toutes ces années, je suis millionnaire. Certes, j'ai saisi autant de fois la FIFA de l'affaire. Mais j'ai eu la mauvaise idée de faire appel à Luc Misson pour solutionner mes problèmes. Le père de l'arrêt Bosman qui attaque les plus hautes instances du foot, c'était évidemment perdu d'avance ( il grimace)...