L e royaume se détricote. Flamands et Wallons s'aviseront-ils que la belgitude vaut d'être sauvée ? Est-il trop tard pour espérer ? Ces phrases sont tirées de l'introduction d'un dossier paru dans l'hebdomadaire politique français Marianne (n°546 du 6 au 12 octobre) au titre accrocheur : Il faut sauver la Belgique ! Un exemple parmi tant d'autres de l'intérêt porté par les médias étrangers à notre situation politique particulièrement délicate et complexe. Depuis l'historique 7 novembre et le texte adopté en commission parlementaire avalisant la scission de l'arrondissement électoral et judiciaire Bruxelles-Hal-Vilvorde, le coup de force flamand a même retenti outre Atlantique : dans son édition du 8 novembre, le New York Times publiait un communiqué de l'agence Reuters.
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L e royaume se détricote. Flamands et Wallons s'aviseront-ils que la belgitude vaut d'être sauvée ? Est-il trop tard pour espérer ? Ces phrases sont tirées de l'introduction d'un dossier paru dans l'hebdomadaire politique français Marianne (n°546 du 6 au 12 octobre) au titre accrocheur : Il faut sauver la Belgique ! Un exemple parmi tant d'autres de l'intérêt porté par les médias étrangers à notre situation politique particulièrement délicate et complexe. Depuis l'historique 7 novembre et le texte adopté en commission parlementaire avalisant la scission de l'arrondissement électoral et judiciaire Bruxelles-Hal-Vilvorde, le coup de force flamand a même retenti outre Atlantique : dans son édition du 8 novembre, le New York Times publiait un communiqué de l'agence Reuters. Oui, la Belgique intrigue et alimente les carnets des journalistes étrangers. Et c'est bien normal. Et le football belge ? Les derniers résultats des Diables Rouges depuis 2002, ou ceux de nos clubs dans les coupes européennes, ne plaident pas en sa faveur. Le football belge aura tout de même réussi à faire parler de lui, à travers deux gros faits d'armes entre 1995 et 2005 : l'arrêt Bosman et le scandale Zheyun Ye. Deux affaires relayées à leur juste valeur par les quotidiens étrangers. Dernièrement, Johan Vermeersch, par des déclarations racistes, réussissait, lui aussi, à remettre le football belge au goût du jour sur la scène européenne... Voilà pour l'aspect faits divers qu'a pu évoquer en un peu plus de dix ans notre football extra-muros. Quant au sportif ? Qui peut évoquer les dernières perfs ? Qui peut nous citer des noms de joueurs belges ? Malgré quelques bonnes âmes compatissantes, les réponses données par différents journalistes européens allaient de surprenantes à vagues. Coup de sonde dans les rédactions européennes. " Si vous demandez à un Portugais passionné de foot de vous citer un nom de joueur belge, il y a de fortes chances qu'il vous parle du gardien de l'équipe nationale Stijn Stijnen ", affirme Nuno Paralvas, journaliste pour le quotidien A Bola. " Et vous en connaissez évidemment les raisons. Mais ne lui demandez pas de retrouver son nom exact. Au Portugal, le football belge est rangé dans la troisième division européenne. Le Portugais a ce défaut d'avoir une haute estime de son football, souvent trop haute d'ailleurs. Je suis néanmoins persuadé qu'à l'étranger, tout le monde considère notre football comme bien meilleur que le belge. Vu l'état de votre équipe nationale, il faut que vous fassiez confiance à votre jeune génération. Elle m'a vraiment bien plu lors du dernier Euro Espoirs aux Pays-Bas. Si les qualités intrinsèques des jeunes Portugais étaient peut-être supérieures, vous étiez meilleurs dans le jeu grâce à un collectif impressionnant. Individuellement, deux joueurs ont démontré qu'ils pourraient être un jour des éléments de classe mondiale : MarouaneFellaini et KevinMurallas ( sic). Au niveau des clubs, on se rappelle qu'Anderlecht avait éliminé successivement Porto (2000) et Benfica (2004) des poules de la Ligue des Champions. Bruges et le Standard sont des noms connus également. Surtout ce dernier avec Michel Preud'homme et les nombreux joueurs portugais qui ont transité là-bas. Mais le souvenir le plus marquant pour le public portugais, c'est la finale de Coupe de l'UEFA en 1983 entre Anderlecht et Benfica. Comment oublier des joueurs comme Munaron, Hofkens, Olsen, Lozano, Coeck, Vercauteren ou Vandenbergh ? On baignait, à cette époque, en plein dans l'ère dorée du football belge. En équipe nationale, on retrouvait des artistes comme EnzoScifo, des gars comme Vander Elst, Ceulemans, Pfaff, et j'en oublie. Le surnom Diable avait vraiment tout son sens ". Nostalgie quand tu nous tiens... De nostalgie, il en sera évidemment question chez tous les intervenants. En novembre 2006, le mensuel français So Foot consacrait huit pages à la question du football belge. Ce document intitulé cyniquement Le foot belge au fond du trou revenait abondamment sur l'affaire Ye, mais évoquait aussi une Histoire, en son temps, brillante. " Les enfants du XXIe siècle ne le savent pas mais, un jour, il n'y a pas si longtemps, on a joué au football en Belgique. Et plutôt bien. Avec douze finales européennes de 1970 à 1993, dont sept pour le seul Anderlecht, le foot ultraquiévrainois ne prêtait pas le flanc à la risée. C'était au temps où Bruxelles bruxellait... " Deux ans après sa parution, retour avec l'un des journalistes de ce dossier : " Vous citez des noms de joueurs actuels ? Euh-h-h... A part Kompany et Mpenza, je ne vois pas ", répond Jean Damien Lesay. " Rassurez-vous, en France, le problème est sensiblement le même. Quand on demande à l'étranger de nous parler de joueurs évoluant dans le championnat de France, on ne sait pas me répondre. Alors, pour un pays comme la Belgique, qui est mal représenté en Coupe d'Europe par le seul Anderlecht, ça rend la tâche plus difficile encore... Et pourtant, vous étiez costauds à une époque. Je me rappelle encore du quart de finale en 83 entre le PSG et Waterschei. A l'aller, le PSG s'impose 2-0. Au retour, on se dit que Paris va facilement passer face à une équipe que l'on prenait pour des bouseux. Résultat des courses : 3-0 et élimination. A cette période, les clubs belges mettaient régulièrement des claques aux clubs français. L'arrêt Bosman a véritablement marqué une rupture. La Belgique était un marché trop petit pour encaisser le choc. Comment voulez-vous faire face à des clubs anglais, allemands ou espagnols, qui amassent des sommes gigantesques rien qu'en droits télés, pour certains, bien plus mirobolantes que le budget de vos clubs phares ? En France, alors que la Ligue était parvenue il y a trois ans à négocier un joli pactole avec Canal + (600 millions d'euros par an), on n'arrive quand même pas à garder nos meilleurs joueurs. Prenez FranckRibéry, DidierDrogba : après un an au top, ils s'en vont à l'étranger dans des championnats plus importants ". Halte là ! A la fin du mercato, Anderlecht transférait un international tchèque issu de la fastueuse Bundesliga. OK, Jan Polak arrivait de Nuremberg, vainqueur de la dernière Coupe d'Allemagne, mais dont le nom rappelle plus un procès qu'une équipe de football. Daniell Westgate, attaché pour le quotidien Bild au FC Nuremberg, évoque ce départ : " Polak pouvait s'en aller. Il était devenu un second couteau. A Anderlecht je crois par contre qu'il devrait apporter quelque chose... " Plus au sud, on se veut moins critique, ou plus complaisant, c'est selon. Pietro Cabras du Corriere dello Sport et Xavier Jacobelli, rédacteur en chef de Quotidiani. it et invité permanant de le partite non finiscono mai, le réputé débat de la Sette, sont unanimes sur un point : " Il y a une crise de talent ". Néanmoins " Votre championnat reste très bénéfique pour les jeunes ", assure Cabras. " Prenons le cas de Gaby Mudingayi qui, après ses problèmes à Gand, a su s'imposer à l'étranger. AnthonyVanden Borre, qui a été transféré à la Fiorentina, Kompany qui a été suivi par l'Inter... Le nerf de la guerre c'est évidemment l'argent et les clubs belges en manquent cruellement. D'où le pillage de vos meilleurs éléments. D'autant que les dirigeants des clubs italiens portent un intérêt important à votre championnat, tout comme au français, par exemple. Ce sont des pays où les joueurs ne sont pas encore trop chers et où ils sont mieux considérés que ceux issus des pays de l'Est ". Comme d'habitude, après quelques considérations actuelles, les 80 glorieuses reviennent sur le tapis : " Guy Thys réussissait à unir Flamands et Wallons vers un seul but : la gagne ", se rappelle Jacobelli. " A l'exception de Scifo, la Belgique ne connaissait pas d'énormes talents et pourtant elle était diablement efficace ". " Dans les années 80, sa grande force, c'était l'organisation ", explique Cabras. " Des types comme E ricGerets, René Vandereycken que j'ai bien connu du temps où il jouait à Genoa, c'étaient des leaders. Les autres nations savaient que quand elles ren- contraient la Belgique, le match serait physique, et dur tactiquement. Aujourd'hui, j'ai l'impression que Vandereycken n'arrive pas à transmettre cet héritage ". Et en Espagne, le pays qui abrite ce qui est considéré par beaucoup comme le meilleur championnat du monde, qui peut nous parler de la Belgique ? Son paysage foot est tellement plus clinquant. Et ce n'est pas le passage à Barcelone et au Real Madrid de Fernand Goyvaerts dans les années 60 ou l'arrivée de Tom De Mul à Séville qui permettent aux Ibères de se faire une idée de notre football. " Kompany, Vanden Borre, Simons, Mpenza, Van Buyten ", nous cite Rafa Jimenez, journaliste chez Don Balon. " Voilà, c'est à peu près tout ". Cinq noms, pas mal du tout ; mais cinq joueurs qui évoluent à l'étranger. Et au sein de la Jupiler League ? " Silvio Proto, c'est ça ? Wilhemsson aussi. Ah il n'y joue plus. Bon, je m'arrête là... " Voilà c'est tout pour chez nous : " Vu les résultats désastreux de ces dernières années, il faudrait peut-être penser à changer votre manière de travailler. Votre période de gloire basée principalement sur une organisation rigoureuse et de l'engagement ne suffit plus pour être compétitif au haut niveau ", conclut Jimenez. Et du côté des îles britanniques ? Là où la vie en vase clos est réputée encore plus importante qu'ailleurs : " Je suis triste de voir votre football aussi malade ", déclare Keir Radnedge, journaliste pour World Soccer. " C'est un peu de notre faute aussi. Des clubs comme l'Antwerp ou Beveren sont devenus des serres pour les jeunes pousses anglaises où étrangères, amenées un jour à évoluer en Premier League. Vous les hébergez et nous, on vient les reprendre quand ils sont prêts. La Belgique reste pour moi une nation de foot. On peut évidemment reparler des années 80 avec tous ces fabuleux joueurs. Mais mes souvenirs remontent bien avant : Paul Van Himst, quel fabuleux joueur vous aviez ! J'aimerais que votre pays retrouve cette étiquette de giant killers qui faisait votre force à l'époque ". par thomas bricmont