La Louvière-Mouscron, cela évoque quoi ? D'abord, c'est un derby hennuyer, même si l'appellation derby est un peu usurpée dans la mesure où une centaine de kilomètres séparent les deux villes. C'est un match qui, la saison dernière, marqua un tournant dans la saison des Hurlus puisque c'est au Tivoli que Philippe Saint-Jean avait subi sa première défaite. C'est un match qui, cette saison, pourra être suivi gratuitement par les supporters : une initiative des Loups. C'est aussi un match qui opposera deux équipes dont beaucoup de joueurs se connaissent : Alexandre Lecomte et Bob Cousin étaient Mouscronnois la saison dernière, alors que Geoffray Toyes était Louviérois. Enfin, et on ne peut malheureusement pas en faire abstraction, c'est un match qui opposera deux équipes touchées, directement ou indirectement, par les rumeurs de scandale qui secouent le football belge : elles sont toutes les deux privées de leur dernier entraîneur principal, Gilbert Bodart et Paul Put, l'un démissionnaire et l'autre limogé.
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La Louvière-Mouscron, cela évoque quoi ? D'abord, c'est un derby hennuyer, même si l'appellation derby est un peu usurpée dans la mesure où une centaine de kilomètres séparent les deux villes. C'est un match qui, la saison dernière, marqua un tournant dans la saison des Hurlus puisque c'est au Tivoli que Philippe Saint-Jean avait subi sa première défaite. C'est un match qui, cette saison, pourra être suivi gratuitement par les supporters : une initiative des Loups. C'est aussi un match qui opposera deux équipes dont beaucoup de joueurs se connaissent : Alexandre Lecomte et Bob Cousin étaient Mouscronnois la saison dernière, alors que Geoffray Toyes était Louviérois. Enfin, et on ne peut malheureusement pas en faire abstraction, c'est un match qui opposera deux équipes touchées, directement ou indirectement, par les rumeurs de scandale qui secouent le football belge : elles sont toutes les deux privées de leur dernier entraîneur principal, Gilbert Bodart et Paul Put, l'un démissionnaire et l'autre limogé. Dans ce contexte, Teklak, le médian des Loups qui a passé six saisons au Canonnier et en a gardé de très bons souvenirs, a bien voulu rencontrer Dugardein, son ancien capitaine et milieu lui aussi, mais à une condition : qu'on parle uniquement de football. Et là, on s'aperçoit que le parcours des deux équipes présente bien des points communs. Teklak : Sans doute. On est déjà tard dans la saison, et dès que les événements sont survenus, j'étais persuadé que l'on s'orienterait vers cette solution-là, tant à La Louvière qu'à Mouscron. Fred Tilmant, comme Gil Vandenbrouck à Mouscron, est un homme du terroir qui défendra ses couleurs jusqu'au bout. J'ai pleine confiance en lui, comme en Arnaud Laly - un préparateur physique de grande qualité - et en Michel Piersoul - un très bon préparateur de gardiens. Il nous a demandé de faire abstraction de toutes les rumeurs qui circulent et de nous concentrer uniquement sur notre jeu. Dugardein : Le choix de Vandenbrouck s'imposait. Il reste une dizaine de matches, plus la Coupe. Un nouvel entraîneur mettrait du temps à enseigner son système à lui. Gil connaît la maison, et commence à avoir de l'expérience : c'est la troisième fois qu'il reprend l'équipe. Il a aussi pu apprendre le métier au contact d'entraîneurs de haut niveau, comme Georges Leekens, Hugo Broos et - malgré tout - Put. Peut-être faudrait-il, néanmoins, songer dès à présent à lui offrir un adjoint, car il ne peut pas tout faire avec Didier Vandenabeele qui prépare les gardiens. Trois techniciens pour diriger un groupe de 25 joueurs, ce ne serait pas du luxe. Tonci Martic a été contacté, mais il a refusé car il est dans le plâtre et son épouse va bientôt accoucher. J'ai lu qu'on comptait un peu sur Marcin Zewlakow, Olivier Besengez et moi pour transmettre certaines directives. Je veux bien, mais on est encore joueurs et on ne peut pas se multiplier. Teklak : Ferrera a été critiqué, mais c'était un très bon entraîneur. Lorsqu'il parlait, on entendait directement qu'il connaissait le foot. Il m'a appris énormément. On a évoqué un problème de communication, mais entre lui et moi, le courant est toujours très bien passé. Ses rapports avec l'entourage du club ? Son job, c'est de préparer l'équipe et de faire des résultats. En Italie et en Espagne, on ne demande pas non plus aux entraîneurs d'être amis avec Pierre, Paul et Jacques. Ce qui compte, c'est le terrain. Emilio a été imprégné de cette culture-là. Mais en Belgique, les mentalités sont peut-être différentes. Le copinage est encore très en vogue. Dugardein : Ce qui a surtout manqué à Broeckaert, c'était de l'expérience. Son cas n'était pas totalement comparable avec celui de Staelens, car Lorenzo en était à sa première expérience, mais l'acquis de Geert se limitait à entraîner des jeunes. Et il a, peut-être, parfois eu tendance à traiter les adultes comme des adolescents : en serrant la vis, en se montrant très sévère. Avec certains joueurs, cette méthode-là ne fonctionnait pas. Il a aussi été confronté à un contexte particulier. Les joueurs du groupe ne se connaissaient pas très bien et beaucoup d'entre eux découvraient le championnat de Belgique. Les mentalités étaient différentes aussi. On a parfois manqué de solidarité et notre départ raté nous a directement imposé une pression. On avait beau essayer de se coacher mutuellement sur le terrain, les conseils entraient par une oreille et sortaient par l'autre. Teklak : Lorsqu'un nouvel entraîneur arrive, il est fréquent qu'un choc psychologique se produise. Ce fut le cas lors de l'arrivée de Bodart. Les compteurs ont été remis à zéro, et certains joueurs qui se sentaient exclus ont trouvé une nouvelle motivation. Une vague d'enthousiasme a déferlé sur l'équipe. Gilbert a apporté certaines modifications tactiques, comme une défense à trois. C'était moins compliqué à assimiler : dans ce dispositif, on sait qu'on a un libero, et deux joueurs en marquage. Ces trois-là ne doivent s'occuper de rien d'autre. Mais on rencontrait des problèmes lorsqu'on affrontait une équipe qui évoluait en 4-3-3, car l'un des deux stoppeurs se retrouvait soit back gauche, soit back droit s'il suivait son homme. Il fallait alors s'adapter : c'était à l'un des médians qu'il incombait de reculer, pour occuper la place d'un défenseur. Le plus souvent, c'était moi, puisque depuis quelques mois je joue demi défensif. C'est Tilmant qui avait eu cette idée lorsqu'il a assuré l'intérim entre Ferrera et Bodart, à Roulers. L'équipe avait des problèmes pour récupérer le ballon au milieu et avait besoin d'un joueur comme moi, toujours prêt à aller au charbon. C'est un rôle que j'apprécie. En fait, ma mission n'est pas fondamentalement différente, je suis, en quelque sorte, le libero de la ligne médiane. Dugardein : Lorsque Put a débarqué, j'ai eu l'impression que Broos était revenu. En plus extraverti. Put n'avait pas tort lorsqu'il se considérait comme un mélange de Broos et de Leekens. C'était un entraîneur très professionnel, qui ne laissait rien au hasard : vidéo, tactique, analyse, préparation. Les joueurs savaient qu'il avait fait du très bon boulot à Lokeren et aussi au Lierse jusqu'à un certain moment. Et on l'écoutait. Je me souviens de ses premières paroles : on jouerait le plus haut possible, on viserait la première partie du classement comme l'Excel d'autrefois et on atteindrait la finale de la Coupe de Belgique. On sentait que ce n'était pas des paroles en l'air, qu'il y croyait vraiment. Le vendredi, au terme de sa première semaine, il a terminé son speech en disant : - C'estlorsquecelavamalqu'onvoitlesgensquiontenviederestersurlenavire ! Et il a ajouté : - Vousaveztoutleweek- endpourméditerlà- dessus, onserevoitlundi ! Tout le monde s'est regardé. Le message est passé. Dès le départ, on a travaillé les automatismes, le jeu avec ballon, les successions de passes. Cela nous a été très utile et cela s'est vu pendant les matches. Malheureusement, cela s'est terminé de la manière que l'on sait. Teklak : Bodart a subi des attaques de tous les côtés, et même s'il essayait d'en faire abstraction, on sentait que cela le marquait. Quoi de plus logique ? Au fil des semaines, la flamme s'éteignait progressivement. Dugardein : Dans le cas de Put, je n'ai rien senti venir. Jusqu'au bout, il a dispensé ses entraînements comme si de rien n'était. Je savais que des rumeurs circulaient à son égard, mais je ne me doutais pas que son expérience mouscronnoise se terminerait d'une manière aussi brusque. Lors de ce fameux vendredi après-midi qui allait être son dernier jour au Canonnier, il a organisé la séance de vidéo comme d'habitude. En arrivant, il m'a serré la main avec un grand sourire en me demandant le plus naturellement du monde : - Commentva, capitaine ? Pourtant, dans ses yeux, j'avais l'impression de lire quelque chose comme : - BonjourSteve, c'estpeut- êtreladernièrefoisqu'onsevoit ! On est ensuite allé se préparer dans le vestiaire, mais au moment d'en sortir pour monter sur le terrain, on nous a demandé d'encore patienter à l'intérieur. Lorsqu'on a pu aller s'entraîner, Put n'était plus là. On a tous ressenti un choc. Lorsque je suis rentré à la maison, le soir, ma copine Delphine a bien vu que j'étais perturbé. Elle m'a demandé ce qui n'allait pas. Elle a compris lorsque le délégué de l'équipe, Patrick Stelandre, m'a téléphoné pour annoncer qu'on avait rendez-vous avec le président le lendemain matin. Teklak : Après le partage concédé à domicile face au Germinal Beerschot, voici dix jours, tout le monde était très abattu. On venait de perdre deux points très précieux dans un match très important. La hantise de se retrouver en D2 existe, et on est conscient que dans ce cas, tout le monde en pâtirait. Heureusement, trois jours plus tard, lors du déplacement à Sclessin, j'ai retrouvé un véritable esprit de corps. A 1-0, et à dix contre onze, on ne donnait pas cher de notre peau. Pourtant, on a trouvé les ressources nécessaires. Moralement, c'est un fameux adjuvant. Dès le départ, j'ai senti que tout le groupe avait à c£ur de montrer ce qu'il avait dans le ventre. Le Standard, c'est évidemment un déplacement particulier : la motivation vient d'elle-même. J'apprécie beaucoup ce genre de matches, où il faut montrer son caractère devant 25.000 spectateurs. On s'attendait à une ambiance hostile, mais je tiens à souligner la correction manifestée à notre égard par les supporters du Standard. Jamais ils n'ont fait la moindre allusion aux rumeurs. Tout le contraire de ce qui s'était passé au Cercle de Bruges. L'affaire risque, hélas, de prendre une tournure communautaire et c'est regrettable. Pourquoi cet amalgame ? Dugardein : Lorsqu'on a appris le licenciement de Put, beaucoup de joueurs ont pris un coup sur la tête. Le vendredi soir, et encore davantage le samedi matin lorsque le président nous a adressé la parole. Car tout le monde appréciait Paul Put. Il y avait deux solutions : soit on baissait les bras, soit on réagissait d'une manière solidaire. C'est, heureusement, la deuxième solution qui a prévalu. Et ce, dès le match à Gand, dans un contexte peu évident : on a été dominés et on a bénéficié d'un peu de réussite, mais on a su se serrer les coudes pour ramener un point. J'espère qu'on se montrera aussi solidaire jusqu'au bout, car on vit vraiment une saison de m... Il y a eu le départ du manager Roland Louf, le limogeage de Broeckaert, et au moment où l'on voit une éclaircie avec l'intérim de Vandenbrouck et l'arrivée de Put, le ciel nous retombe sur la tête. Dans le foot belge, le climat général est à la suspicion, ce n'est pas agréable. Je vois des noms connus qui apparaissent sur la liste. J'espère que le phénomène ne touchera pas Mouscron. J'ai la conscience tranquille, mais cela fait drôle tout de même lorsque votre père vous téléphone un matin pour vous demander : - Steve, tun'asrienfaitaumoins, toi ?Teklak : On a trois matches à domicile qui seront très importants : Mouscron, Roulers et Saint-Trond. La pression va monter. Pour moi, ce n'est pas drôle. Je sors d'une saison avec l'Excel où l'on s'était sauvé lors de l'avant-dernière journée. J'ai un peu l'impression de revivre le même scénario, mais amplifié. Il faudra être solidaires jusqu'au bout, comme on l'a été l'an passé avec Mouscron. Broeckaert n'était pour rien dans le maintien des Hurlus. Ce qui a sauvé le club, c'est la volonté de tous les joueurs - y compris ceux qui savaient qu'ils devraient quitter le club en fin de saison - de se battre jusqu'au bout. J'espère qu'on retrouvera le même état d'esprit à La Louvière. On est tous dans la même galère et il faut ramer. Qu'on le veuille ou non. Dugardein : Le mois qui vient sera crucial pour l'Excel, avec des matches contre La Louvière, le Cercle de Bruges et le Germinal Beerschot. La Coupe de Belgique, c'est la cerise sur le gâteau. Lorsqu'on arrive en demi-finales, on se prend forcément à rêver. Mais l'essentiel demeure le maintien. DANIEL DEVOS