Marc Sergeant a mis fin à sa carrière il y a sept ans mais n'a pas pris un gramme. Il a conservé la discipline qu'on lui connaissait. Après trois ans avec Patrick Lefevere chez Mapei et Domo-Farm Frites, il a été sollicité par Jan De Clerck pour diriger Lotto-Domo.
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Marc Sergeant a mis fin à sa carrière il y a sept ans mais n'a pas pris un gramme. Il a conservé la discipline qu'on lui connaissait. Après trois ans avec Patrick Lefevere chez Mapei et Domo-Farm Frites, il a été sollicité par Jan De Clerck pour diriger Lotto-Domo. " Notre début a été difficile ", dit Sergeant. " ABX a jeté l'éponge fin octobre et l'équipe a décidé d'attendre. Pour s'inscrire à l'UCI, il faut avoir 18 coureurs sous contrat et prouver qu'on peut les payer. Nous avons donc dû nous séparer provisoirement de certains pour boucler le budget. La presse a ensuite publié la liste des salaires, ce qui a déclenché des crises de jalousie. Nous n'avons retrouvé notre équilibre qu'au moment des classiques printanières. Peter Van Petegem a gagné deux épreuves de suite mais au Tour, nous avons chaque fois échoué de peu. Nous avons misé sur la Coupe du Monde, avec Van Petegem, mais nous nous sommes heurtés à un formidable Paolo Bettini. Si l'équipe avait été aussi régulière toute la saison, notre bilan serait meilleur. N'importe qui signerait pour deux victoires en Coupe du Monde mais le bilan global n'est pas assez étoffé. Peter ne réussira pas pareil exploit chaque saison. Il est très fort mentalement mais n'éprouve pas le besoin de prouver sa valeur par des résultats. Bettini, lui, est nerveux, il veut toujours gagner. Peter roule en arrière et pense que si tout se déroule comme prévu, il s'imposera dans le final. Rouler en arrière coûte moins d'énergie et c'est moins dangereux car les hommes de tête sont nerveux. Un moment donné, à 30 ou à 80 km de l'arrivée, on sait que le peloton va éclater et on se place en avant. C'est une question d'instinct. Il ne faut pas se tracasser en se demandant toute la journée quand l'échappée décisive aura lieu. Il faut avoir confiance en l'équipe ". Marc Sergeant : Il a signé la course parfaite. Après 260 km, il s'agit de puiser dans ses dernières forces et de se décider en une fraction de seconde. S'il avait suivi Astarloa, Bettini aurait peut-être gagné. Le vent était contraire et Van Petegem a estimé qu'Astarloa allait ralentir, ce qu'il n'a pas fait. Peter a quand même la médaille de bronze. Il aurait tout aussi bien pu être champion du monde. Oui. Nous avons même perdu le maillot vert le dernier jour. Nous n'avons rien gagné. Il m'a fallu dix jours pour m'en remettre. L'année précédente avait été exceptionnelle. Maintenant, il est à 95 % et s'est fait battre de justesse. Il y a deux ans, chez Domo-Farm Frites, il était habitué à un certain niveau de vie. L'équipe s'est effondrée, personne ne voulait de lui. D'un coup, il a dû rouler pour un salaire qu'il ne jugeait pas acceptable. Il a compris en hiver qu'il devait se ressaisir. Il a obtenu une augmentation, puisqu'il était troisième au classement UCI il y a un an. Peut-être a-t-il obtenu trop. Peter a été augmenté aussi mais a gagné deux classiques. Certains ont besoin d'avoir le couteau sur la gorge. Je ne peux pas : comme la plupart, il a signé pour deux ans. A la fin du contrat, je veux passer à un système d'un an avec option ou à un salaire lié aux performances. Rik Verbrugghe. Il est un des fers de lance de l'équipe, avec Van Petegem, Axel Merckx et McEwen. Van Petegem était hors-catégorie, McEwen un rien en dessous de son niveau et Axel a touché le fond au Tour. Il s'est posé beaucoup de questions. Après chaque étape, il s'excusait : - Marc, désolé, mais je ne peux pas mieux pour le moment. Il est un des coureurs les plus honnêtes du peloton. Il ne cherche pas d'excuses. Un moment donné, il a dit : - Ça suffit. J'ai compris qu'il voulait arrêter. Une fois son infection soignée, il est redevenu lui-même et a gagné le Tour de l'Ain. Verbrugghe a terminé troisième d'une étape de Paris-Corrèze. J'ai vécu ça en 1985. On pense être bien et on s'enfonce. Ça tient à des détails : une autre bouteille de vin, s'attarder après dix heures, se faire moins mal à l'entraînement. On chute dans une course ou on n'est pas dans la bonne échappée. Quand on est plus agressif, ça arrive aussi mais à la troisième fois, on dit : -C'est assez. Rik ne l'a pas fait. Il est tombé au Giro, il a souffert du genou. Ça n'explique pas tout. Ma franchise après le Tour l'a gêné. Je lui ai alors demandé s'il était content de sa saison. Non, évidemment. Un médecin français avait posé ce diagnostic. Je lui ai demandé de se faire examiner par le Dr De Neve en Belgique. Surpris, il s'est exécuté. Il n'avait rien et nous lui avons ordonné de se démener pendant le Giro, en des termes plus crus ! Là, il s'est effectivement occasionné une déchirure. Dommage car il était bien. A cause de cette blessure, il a entamé le Tour dans de mauvaises conditions. Je lui ai fait part de mon mécontentement. Si Tyler Hamilton roule avec la clavicule cassée, il pouvait continuer malgré sa côte froissée. Rik a des possibilités mais il doit retrouver la rage de vaincre et pas se dire le matin d'une course qu'il aimerait la gagner. Il doit y penser des mois à l'avance, comme Van Petegem. Quelques semaines. Ce n'était pas aussi simple. Lotto-Domo, c'était l'idée de Patrick Lefevere mais la place qu'il imaginait n'était pas possible. Puis Mapei a arrêté et Quick Step lui a demandé de former une nouvelle équipe. Jan De Clerck voulait reprendre des coureurs et du personnel de Domo et m'a contacté pendant le Tour. Il n'y avait que trois postes. J'ai demandé à Hendrik Redant de venir car je le connais bien. Claudy Criquielion était chez Lotto depuis longtemps, il apporte un équilibre communautaire et est de notre génération. " Au Tour on n'a rien gagné. Il m'a fallu 10 jours pour m'en remettre "