Nous sommes le 31 janvier, à l'heure du déjeuner. L'entraînement matinal vient de se terminer. L'Académie est enneigée et l'atmosphère plutôt calme, alors que l'on vit les dernières heures du mercato. Christian Luyindama salue ses équipiers et file vers Istanbul où un contrat à Galatasaray l'attend. Un peu plus tard dans la soirée, c'est Alen Halilovic qui débarquera sur Liège en provenance de Milan.
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Nous sommes le 31 janvier, à l'heure du déjeuner. L'entraînement matinal vient de se terminer. L'Académie est enneigée et l'atmosphère plutôt calme, alors que l'on vit les dernières heures du mercato. Christian Luyindama salue ses équipiers et file vers Istanbul où un contrat à Galatasaray l'attend. Un peu plus tard dans la soirée, c'est Alen Halilovic qui débarquera sur Liège en provenance de Milan. Razvan Marin, lui, semble habitué aux tribulations du foot business. On a parfois du mal à croire que le milieu de terrain roumain n'a que 22 ans, tant ses qualités et son étonnante maturité sautent aux yeux de tous. Avant de causer des séries télé qui lui restent à regarder, et auxquelles il dit être accro, le milieu de terrain roumain se raconte, de Bucarest à Liège. Début décembre, tu as été élu joueur roumain de l'année 2018. Cette reconnaissance a été une surprise pour toi ? RAZVAN MARIN : Oui, quand même un petit peu. J'étais déjà heureux d'être parmi les trois nominés. Ce trophée veut dire beaucoup pour moi, c'est spécial. Et j'espère que ce n'est pas le dernier. A 22 ans, j'ai normalement encore du temps devant moi pour le remporter à nouveau. Le foot roumain semble avoir pas mal de difficultés à retrouver l'éclat des années 90-début 2000. Comment l'expliques-tu ? MARIN : Je ne sais pas l'expliquer. Mais j'ai quand même l'impression que les temps changent et que le foot roumain s'améliore. Qu'est-ce qui différencie le foot roumain d'autres nations ? MARIN : C'est difficile de comparer mais j'ai l'impression que nous sommes des joueurs intelligents, qui aiment le ballon. Notre foot est plutôt latin, on aime la possession, le dribble. Le rôle de ton père, Petre Marin, ex-joueur pro, a-t-il été décisif dans ton développement ? MARIN : Bien sûr. Il a joué plus de six saisons au Steaua, il a disputé la Ligue des Champions, une demi-finale d'Europa League face à Middlesbrough, je m'en rappelle encore, comme son match face au Standard. Ça a été un avantage pour moi par rapport aux autres jeunes car il connaît tout du monde du foot, il me conseille sur tout, le coaching, les entraînements, comment affronter la pression. Il a été déterminant également lors de ton passage au Standard ? MARIN : Oui. Quand l'offre du Standard est arrivée, j'étais en stage. Gheorghe Hagi m'a appelé dans son bureau et m'a dit qu'il était d'accord de me laisser partir, ça ne dépendait que de mon choix. La première personne que j'ai appelée, ça a évidemment été mon père, je devais avoir son avis, même si j'ai un agent. Et après chaque match, c'est aussi la première personne que j'appelle, il observe tous les matches que je joue. Quand tu es arrivé en Belgique, tu disais être impressionné par l'impact physique, l'intensité. MARIN : Oui, c'est plus physique ici, j'ai dû me développer, j'ai passé beaucoup de temps à la salle. L'intensité est différente, la Belgique est un meilleur championnat que celui de Roumanie. Et pour moi, c'était l'étape parfaite, pas trop haute non plus. Je suis très heureux de mon choix. Pourquoi avoir choisi un club comme le Standard alors que tu étais suivi par des clubs italiens et anglais ? MARIN : C'est vrai que quand j'étais à Viitorul, il y avait de l'intérêt de clubs italiens, anglais et, je crois, aussi espagnols. Mais le Standard a été le premier à faire une offre concrète, à déposer de l'argent sur la table. Je savais où je signais, dans un bon championnat, au sein d'une des meilleures équipes du pays. Et pourtant, les débuts, en janvier 2017, ont été difficiles au sein d'un club bien moins organisé et structuré qu'aujourd'hui.MARIN : Exact. Beaucoup de choses étaient en train de changer. J'ai connu trois coaches en un an et demi, ça n'était pas évident pour moi. J'ai eu la chance de rencontrer des compatriotes qui possèdent l'un un restaurant à Liège, l'autre à Spa. Ça a facilité mon adaptation. Je les vois presque chaque jour, je mange un bout, on cause. Ils m'ont appris le français. Si t'es tout seul à 20 ans dans un nouveau club, ça rend les choses plus compliquées. Mais je dois aussi avouer que le club - que ce soient mes équipiers, le président, le directeur sportif - a tout fait pour que je m'intègre facilement. Même si, à mon arrivée, on avait de bons joueurs mais pas de vrai groupe, on ne jouait pas en équipe les six premiers mois. Quand le coach Sa Pinto est arrivé, ça a été mieux et cette saison ça l'est encore davantage. Car coach Preud'homme veut construire quelque chose avec ce club sur la durée et le rendre plus professionnel encore. Il nous transmet son goût de la victoire, son envie de gagner des titres et des trophées. J'apprends beaucoup depuis son arrivée. Le vestiaire était si difficile à tes débuts au Standard ? MARIN : Oui, c'était compliqué, l'ambiance n'était pas bonne. Surtout pour un jeune joueur comme toi venant de l'étranger. MARIN : De mon côté, j'essayais d'être correct avec tout le monde. Aujourd'hui, c'est plus organisé, plus professionnel. Si tu veux réussir quelque chose collectivement, tu te dois de respecter ton métier. Quelles sont les principales différences entre Sa Pinto et Preud'homme ? MARIN : Il y en a beaucoup. Il y a d'abord une différence en terme de personnalité. Sa Pinto, c'était le feu, Preud'homme est plus calme. Mais en tant que joueur pro, tu dois savoir t'adapter aux personnes, aux clubs, tu dois être prêt au changement. Mais pour ma part, ça n'a pas été si compliqué à m'adapter à ce changement car, à Viitorul, j'évoluais dans le même schéma de jeu, un 4-3-3 ou 4-2-3-1. J'ai été habitué à ce type de football, de possession, c'est le foot que j'aime. Pour l'équipe, ça a été plus compliqué car l'an dernier on jouait de façon plus directe, avec de longs ballons. C'est pourquoi ça a pris du temps à comprendre ce que le coach voulait appliquer. On a eu des difficultés au début, ce qui est normal. Il a fallu du temps pour emmagasiner le changement. Tu n'évolues pas plus haut dans le jeu ? MARIN : Oui, l'an passé, en début de saison, on jouait avec deux vrais 6, Merveille Bokadi et Uche Agbo, et on défendait plus bas. Aujourd'hui, on essaie de presser plus haut l'adversaire, tout le monde évolue plusieurs mètres plus haut. C'est normal quand on a l'ambition d'avoir la possession. C'est pour ça qu'on a l'impression que je joue plus haut mais ma place sur l'échiquier n'a pas changé. Ton association avec Gojko Cimirot est peut-être la plus complémentaire du championnat. On a même parfois des difficultés à vous différencier.MARIN : Oui je sais, même le coach nous confond parfois à l'entraînement. Tout le monde sait que Cimi est un joueur très important pour nous. Tu as été coaché par des ex-grands joueurs comme Gheorghe Hadi, Ricardo Sa Pinto, et maintenant Michel Preud'homme. Leur passé comme footballeur a son importance ? MARIN : Bien sûr car ils connaissent le haut niveau, les petits détails qui font la différence. J'ai beaucoup appris de Gheorghe Hagi, non pas d'un point de vue " foot ", mais plutôt sur la manière de se comporter dans la vie de tous les jours, ou comment réagir par rapport aux médias. Avec coach Preud'homme, c'est la même chose, même s'il est plus calme, il ne parle pas beaucoup avec les joueurs mais tu apprends beaucoup de ce genre de personnage. Le préparateur physique, Renaat Philippaerts semble aussi avoir un impact considérable dans les résultats... MARIN : En tout cas, avec lui, on court beaucoup (il rit). Et ce n'est pas ce que je préfère. Sur un terrain, c'est différent. Je cours en moyenne je crois 11,5 km par match, je peux monter à 12,3 ou redescendre à 10,8 km. Avec Renaat, au début, c'était difficile, mais il sait ce qu'il fait, c'est pourquoi le coach le laisse faire. Comment Michel Preud'homme dirige-t-il son noyau au quotidien ? MARIN : Pendant l'entraînement, il ne dit pas grand-chose, il laisse Emilio Ferrera diriger mais il observe tout en retrait. Crois-moi, il sait tout, et quand il doit dire quelque chose à l'équipe ou à un joueur, il le fait. Ses analyses de l'adversaire sont très justes par exemple. Tu es connu pour être quelqu'un de plutôt réservé en dehors mais qui a un vrai caractère sur le terrain.MARIN : Tu ne me verras jamais en soirée. C'est arrivé une fois, ici à Liège, avec mes amis roumains mais je n'ai pas aimé. Même si chez moi, je sors très rarement, les soirées sont quand même très différentes à Bucarest. Un footballeur doit savoir quand il peut sortir, en vacances par exemple, mais quand les matches s'enchaînent tu ne peux pas le faire. Mais sur un terrain, j'ai mon caractère. Et sans caractère, tu ne peux pas réussir au haut niveau. Sur un terrain, tu n'as pas d'amis. L'an passé tu as dû trouver le temps long en début de saison, lors des premiers mois sous Sa Pinto.MARIN : Je n'étais pas très content, c'est vrai. Sa Pinto me parlait énormément, peut-être deux fois par semaine. Il me rassurait mais je ne jouais pas, c'était une situation étrange. J'ai eu des discussions assez dures avec lui, j'ai mon caractère, je ne vais pas cacher mes sentiments. Si j'ai quelque chose à dire, je le dis. Je suis comme ça. Si je ne suis pas d'accord avec le coach, je lui fais part de ma vision, et ça n'a rien à voir avec un manque de respect. Mais j'aime quand l'échange est constructif et que je lui fais part de mon opinion. Certains te comparent à Steven Defour au niveau du style de jeu. Son nom te dit quelque chose ? MARIN : Oui, je sais que c'était une légende du club, jusqu'à des choix de carrière étrange (il rit). J'ai aussi vu le fameux tifo... Tu as typiquement le profil que les supporters du Standard aiment. Une bonne technique, mais surtout un gros volume de jeu et de l'engagement. MARIN : Le fighting spirit, c'est ça l'esprit Standard. Les supporters aiment quand tu tacles, quand tu effectues un geste un peu fou, ils sont derrière toi, ils te donnent de la force. Pour moi, c'est le vrai 12e homme. En Angleterre, les supporters vont au theâtre. Il faut aller en Grèce ou en Turquie pour connaître de tels supporters. Et là, je suis impatient de jouer contre Anderlecht, c'est pour ce genre de match que je joue au foot. Qu'est-ce qui différencie ces deux rivaux historiques ? MARIN : C'est difficile d'un point de vue sportif car les équipes évoluent. Mais en terme de soutien, de supporters, ceux du Standard sont incomparables avec ceux d'Anderlecht. Comment imagines-tu ton futur ? Penses-tu qu'en fin de saison, le moment sera venu de franchir encore une étape ? On évoque aujourd'hui des contacts avec des clubs italiens, espagnols et français.MARIN : A chaque fois qu'on me pose cette question, je ne sais pas quoi pas répondre. J'aimerais évoluer un jour dans un grand championnat comme l'Italie, l'Allemagne, l'Angleterre, la France, peu importe lequel, au sein d'une équipe qui joue le haut du tableau. Tu n'as donc pas de plan de carrière tracé ? MARIN : Non, ça dépend de beaucoup de paramètres. Si un club vient avec 15 ou 10 millions pour moi et que j'ai l'ambition de le rejoindre mais que le Standard s'y oppose, je ne sais rien y faire. Mais je ne vais pas partir pour l'argent mais pour avancer dans ma carrière. Plus tard, on verra quelles seront les priorités. Mais ce qui m'occupe pour le moment c'est de gagner le titre avec le Standard.