C'est l'histoire d'un club aux allures de Tour de Babel. L'histoire d'un matricule qui n'a pas trente ans, mais déjà quelques belles histoires à raconter. Un club de son temps. Jeune, cosmopolite, et un brin vagabond. Issu du football corporatif, le FC Kosova a grandi au Sippelberg, à Molenbeek au coeur des années 1990 avant de migrer sur Schaerbeek à l'aube du nouveau millénaire. Avenue du Suffrage Universel d'abord, puis au rond-point Chazal à partir de 2012.
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C'est l'histoire d'un club aux allures de Tour de Babel. L'histoire d'un matricule qui n'a pas trente ans, mais déjà quelques belles histoires à raconter. Un club de son temps. Jeune, cosmopolite, et un brin vagabond. Issu du football corporatif, le FC Kosova a grandi au Sippelberg, à Molenbeek au coeur des années 1990 avant de migrer sur Schaerbeek à l'aube du nouveau millénaire. Avenue du Suffrage Universel d'abord, puis au rond-point Chazal à partir de 2012. " Si on déménage de l'autre côté de la capitale en 1999, c'est parce qu'on s'est rendu compte que le vivier le plus important de la communauté albanaise était ici, à Schaerbeek ", rembobine Afrim Kas, CQ du club. Pour autant, le Kosova ne se limitera jamais à sa seule communauté albanaise. Question de survie, plus que de principe. Enfin pas tout à fait. " C'est un sujet épineux. Évidemment, ce serait peut-être une fierté de n'avoir que des Albanais, mais si on veut avancer dans le foot, c'est important de s'ouvrir ", raconte Ram Islamaj. À la tête d'une compagnie de cars, ce jeune quinqua est un ancien de la maison Kosova, revenu en qualité de président en 2013. Une arrivée qui a coïncidé avec l'assainissement des finances d'un club devenu subitement plus stable. Fini les gros contrats venus du foot d'en haut, le Kosova joue désormais l'apaisement. " Je vais vous faire une confidence : je n'ai pas mis un seul euro de ma poche depuis mon arrivée comme président ", concède Ram Islamaj. Par contre, on arrive en car pour la majorité de nos déplacements, ce qui fait peut-être penser à nos adversaires qu'on paye bien, pouffe le président. L'éclat de rire est communicatif. En vrai, le FC Kosova tournerait avec l'un des plus petits budgets de sa série en P1 Brabant ACFF. Ce qui n'empêche pas le club de rêver. Comme en ce dimanche de janvier où la buvette fait salle pleine. Aujourd'hui, le matricule 9267 reçoit Huppaye (P3) et ne fera pas dans le détail : 5-0 et une qualification pour le dernier carré de la Coupe du Brabant qui valident aussi la qualification pour la prochaine Coupe de Belgique. Une victoire logique et dûment fêtée par une équipe aux mille couleurs où se mêlent des ressortissants d'origine turque, tunisienne, congolaise, colombienne, marocaine, italienne, espagnole, grecque et bien entendu albanaise. Le tout avec le sentiment d'une alchimie réussie. À l'ombre de Reyers, le FC Kosova serait-il donc tout doucement en train de s'imposer comme le premier club de la commune ? Si la question de la survie de la Renaissance Schaerbeek (ex-Racing) est aujourd'hui posée après la gestion tumultueuse des années Selbi Liman, la saine concurrence sportive avec le Crossing (ex-RUSAS) est-elle de nature à fortifier l'image de la commune sur un plan sportif ? " On n'a jamais cherché la rivalité avec le Crossing" , détaille d'entrée Afrim Kas. " On est d'ailleurs monté à Chazal en 2012 pour leur laisser le stade parce que la RUSAS avait à l'époque des ambitions nationales. Pour nous aussi, il s'agissait d'une belle opportunité puisque cela nous a permis d'augmenter nos heures d'occupations et de passer de 150 à 280 jeunes inscrits. " Des affiliations en hausse qui s'expliquent aussi par la montée en P1 cette saison après la relégation en P3, la seule de l'histoire du club, en 2011. Une ascension sportive en grande partie due à la réforme du football amateur qui ne doit pas faire oublier que le Kosova n'a pas vocation à grandir trop vite. " Cette saison a très mal débuté, puis les résultats ont commencé à venir " observe le président Islamaj. " Du coup, certains voudraient déjà parler de montée. Concrètement, je ne dirai jamais à mes joueurs de lever le pied et on fera la fête en cas de promotion. Mais on sait aussi qu'une fête est bien souvent assortie, le lendemain, d'une gueule de bois. Alors, autant rester dans la mesure... Et, donc, anticiper les maux pour éviter le mal de crâne compulsif propre à ceux qui veulent se voir trop beaux. Le Kosova apprend vite. Ici, on paye peu, mais on paye quand même : 50 euros le point, 100 euros la victoire, moins les frais de lessive. Ce n'est peut-être pas au Kosova qu'il faut traîner si l'on veut arrondir considérablement ses fins de mois, mais... " Mais il y a encore des gars qui jouent au foot pour le plaisir ", intervient le président. " Notre gardien, par exemple, est arrivé en cours de saison. Il n'avait jamais joué ailleurs et a été surpris de voir qu'il pouvait malgré tout gagner un peu d'argent en faisant simplement ce qu'il aime. " À savoir jouer au foot le dimanche après-midi. Et gagner, si possible. Ce jour-là, le jeune gardien repartira avec sa prime de victoire. Une petite habitude que le Kosova aimerait bien préserver le plus longtemps possible. Au minimum jusqu'au 4 février prochain et la réception du Crossing Schaerbeek. Un derby qui devrait drainer quelque 400 supporters des deux camps. La preuve que le football schaerbeekois vit bien. " Ce qui pourrait nous aider à nous faire connaître encore un peu plus, ce serait un coup de main d'Adnan Januzaj, évidemment. On espère toujours qu'il vienne un jour donner le coup d'envoi d'un de nos matchs ", s'amuse, railleur, Afrim Kas. Le Diable rouge de la Real Sociedad, c'est la star du football bruxello-albanais. " Deux de ses oncles ont joué pour le club dans le passé et son père venait régulièrement jadis. Mais entre-temps, il s'est fait plus discret. Normal, il s'occupe de son fils, ça prend du temps... " Pas grave, puisque de toute façon le FC Kosova s'est justement juré d'être patient. En attendant Adnan et pour éviter la gueule de bois. Deux solides arguments...