Comment le football belge a-t-il pu dérailler à ce point et comment résoudre les problèmes ? Les personnes étrangères au milieu n'ont cessé de poser ces questions à ceux qui y travaillent, ces dernières semaines. Les deals qui permettent aux agents d'empocher des sommes énormes ne constituent pas une exception belge. Ceux qui suivent de près le mercato des autres compétitions savent que les sommes en jeu chez nous ne sont que des cacahuètes par rapport à ce qu'on touche ailleurs.
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Comment le football belge a-t-il pu dérailler à ce point et comment résoudre les problèmes ? Les personnes étrangères au milieu n'ont cessé de poser ces questions à ceux qui y travaillent, ces dernières semaines. Les deals qui permettent aux agents d'empocher des sommes énormes ne constituent pas une exception belge. Ceux qui suivent de près le mercato des autres compétitions savent que les sommes en jeu chez nous ne sont que des cacahuètes par rapport à ce qu'on touche ailleurs. D'autre part, même ceux qui gagnent de l'argent grâce au centre de transit qu'est devenue la Belgique la décrivent comme le Far West. C'est parce que notre pays, contrairement à d'autres, n'a pas de réglementation sur les managers et qu'il est un des marchés les plus libres du monde. Suite à l'arrêt- Bosman, la Belgique a supprimé toutes les limites tout en maintenant le salaire minimum des joueurs hors-CE à un niveau très bas. Aux Pays-Bas, un étranger non-européen doit gagner au moins 422.000 euros (211.000 pour un U21) alors qu'en Belgique, le plancher est fixé à 78.400 euros. Les clubs allemands sont obligés de reprendre dans leur noyau au moins douze joueurs formés en Allemagne. En Angleterre, un footballeur professionnel ne reçoit de permis de travail automatique que s'il est titulaire au sein d'une équipe nationale classée parmi les 70 meilleures du monde. L'Italie et l'Espagne limitent le nombre de joueurs non-européens. Reste donc la Belgique, où tout le monde est le bienvenu et où 180 des 465 footballeurs de D1A sont étrangers à l'Union Européenne cette saison, soit 36 %. Les footballeurs non-européens de notre championnat considèrent tous la Belgique comme un tremplin et ils veulent généralement la quitter le plus vite possible. Un tel transit nuit à l'identité et pourtant, une enquête menée au sein de nos grands clubs l'année passée a révélé qu'ils préféreraient réduire le nombre obligatoire de Belges (actuellement huit par noyau) plutôt que l'augmenter. Le pays de transit qu'est la Belgique profite de cette politique d'import-export. Joueurs, managers mais aussi dirigeants se partagent les bénéfices. En outre, la plupart des clubs sont devenus si dépendants de leurs managers attitrés qu'ils leur confient les clefs de leur gestion sportive au lieu de s'en remettre à une cellule de scouting bien huilée, qui permet ainsi de déterminer soi-même qui on embauche. Deuxième problème, l'absence de réglementation transparente dans notre petit monde des agents. On n'opère pas de distinguo entre les managers de clubs et les managers des joueurs. Ceux-ci peuvent donc impunément se piquer des joueurs, parfois encouragés par les clubs qui préfèrent travailler avec des agents attitrés. En France et en Angleterre, les agents des joueurs ne peuvent pas signer de contrat de plus de deux ans avec un footballeur. Durant ce laps de temps, ils ont droit à une indemnité de 5 %, y compris si le joueur ou le club s'associe à un autre manager. Chacun sait exactement où il en est et quelles sanctions il encourt (suspension ou amende) s'il enfreint le règlement. Et ces sanctions sont réellement appliquées. Mais pas en Belgique, donc, où chacun fait ce que bon lui semble et s'en tire. De ce point de vue, la volonté des managers de s'auto-réguler et de former une organisation professionnelle constitue un premier bon filtre. Reste à voir qui doit encore se mettre à table. La Pro League, avec toutes les parties concernées ? Les autorités belges ne sont pas compétentes : le sport est une matière communautaire répartie entre les trois communautés, de même que la législation sur le travail est aux mains des trois régions (Flandre, Wallonie et Bruxelles). Essayez de réunir ces six instances pour élaborer une réglementation... En résumé, le système existant ne sera pas rapidement adapté en interne et la division des autorités réduit les chances de corrections depuis l'extérieur. Sans réglementation transparente et contraignante, il n'y a plus qu'à attendre le prochain scandale.