Un adversaire déposé, des yeux levés qui voient le gardien un rien trop avancé, des petits pas d'ajustement, un tir surpuissant malgré un gabarit léger et au final, le but de la saison. Tout cela, c'est un peu le condensé de ce que Malcom Filipe Silva de Oliveira, alias Malcom, sait faire balle au pied. Provoquer, dribbler, éliminer, et balancer des patates du gauche. Pas étonnant que le Barça ait craqué pour lui, offrant 41 millions d'euros aux Girondins de Bordeaux pour leur pépite brésilienne.
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Un adversaire déposé, des yeux levés qui voient le gardien un rien trop avancé, des petits pas d'ajustement, un tir surpuissant malgré un gabarit léger et au final, le but de la saison. Tout cela, c'est un peu le condensé de ce que Malcom Filipe Silva de Oliveira, alias Malcom, sait faire balle au pied. Provoquer, dribbler, éliminer, et balancer des patates du gauche. Pas étonnant que le Barça ait craqué pour lui, offrant 41 millions d'euros aux Girondins de Bordeaux pour leur pépite brésilienne. Débarqué au Camp Nou avec le discours traditionnel (" Je réalise un rêve de gosse "), le gaucher va maintenant devoir s'intégrer au 4-3-3 d'Ernesto Valverde. Et surtout, se tailler une place entre Philippe Coutinho, Ousmane Dembélé et Lionel Messi, qui prend place légèrement excentré sur la droite du trident offensif de l'Espagnol. C'est dire si, en plus d'avoir du foot dans les pattes, le jeune homme de 21 ans (il est né le 26 février 1997) a de l'ambition. Mais peu de patience, à en juger par une ascension aussi rapide que ses perforations. Une enfance à Buraco Quente, favela de la banlieue de Sao Paulo, un père absent, une mère qui fait ce qu'elle peut avec ses deux gamins, un cursus scolaire abandonné très tôt : la jeunesse de Malcom ressemble à celle de milliers d'autres footeux de son pays. Sauf que lui n'a jamais vraiment eu l'intention de s'y éterniser. Paulista bon teint, il intègre rapidement les Corinthians, l'une des institutions de la mégalopole brésilienne. Et c'est tout aussi rapidement qu'il décroche son billet pour l'équipe première, où il foule la pelouse pour la première fois en 2014, à 17 ans. " Nous avons disputé un match contre les U17 et il a attiré mon attention ", explique à l'époque le coach des U20 du club. " C'est un second attaquant qui possède une grosse finition et est précis. Je ne serais pas surpris de le voir réussir. " Un temps cantonné au banc, il se taille en effet une place de titulaire dès septembre. D'abord utilisé comme attaquant axial dans un système à deux pointes, il est ensuite positionné sur son bon pied comme ailier gauche par Tite, actuel sélectionneur de la Seleçao. Lui-même semble préférer cette affectation. Logique lorsqu'on sait que ses modèles se nomment Neymar (évidemment ! ) ou encore Robinho, deux joueurs de flancs. Cette modification est en tout cas une réussite. En décembre 2015, il remporte ce qui reste son unique titre collectif : le championnat du Brésil. Pas mal à seulement 18 ans. Pourtant, l'avant est loin d'afficher des stats démentielles. Cinq buts et quatre passes décisives à peine en 31 rencontres lors de l'année du titre, voilà qui n'est pas de nature à exciter les recruteurs européens. Sauf que l'apport de Malcom ne se résume pas qu'aux chiffres, et qu'au sortir de l'adolescence, sa courbe de progression est particulièrement intéressante. En témoignent notamment ses sélections avec les U20 brésiliens pour la compétition sud-américaine et surtout le Mondial espoirs, où il atteint la finale, perdue face à la Serbie. C'est en tout cas suffisant pour attirer l'oeil de Bordeaux, qui se voit susurrer son nom par ZéRoberto en janvier 2016. Le Brésilien n'est autre que l'ex-équipier de Willy Sagnol au Bayern, qui est alors en place sur le banc du club au scapulaire. Les Français n'hésitent pas et déposent cinq petits millions sur l'un des futurs cracks du foot brésilien. Un statut qui n'est pas toujours rassurant, quand on connaît les crashes qu'ont déjà subis des Gabigol, et autres Paulo Ganso. Mais une demi-saison après avoir acquis les bases du foot français, l'attaquant devient titulaire indiscutable et réussit cette transition AmSud-Europe parfois si délicate à gérer. Sur son aile droite, Malcom ravit la Matmut Atlantique et lui assure un bon capital offensif (23 buts, 16 passes décisives en deux saisons et demi). Encore une fois, ce n'est pas stratosphérique, mais ses qualités balle au pied, sa façon de rentrer dans le jeu depuis le flanc et son sens du collectif en font l'élément le plus précieux du vestiaire aquitain, malgré une petite irrégularité due à son jeune âge. Lors du dernier championnat, le plus abouti de sa jeune carrière, le Brésilien est impliqué dans plus d'un but sur trois de son équipe. " C'était mon joueur différent, le genre de gars qui sait gagner un match à lui seul ", déclare un Gustavo Poyet pré-pétage de plombs en conférence de presse, à Cadena Ser. " Il a des facultés innées. Il a un don naturel pour déséquilibrer l'autre, provoquer des un contre un et se montre déterminant. Il marque des buts, il a une très grosse frappe, c'est un joueur imprévisible dans les 30-40 derniers mètres. " Preuve de son importance au sein de l'effectif bordelais, la première inquiétude de Poyet au moment d'arriver dans son nouveau club est d'avoir la certitude que son petit génie reste au moins jusqu'en fin de saison. L'Uruguayen sait toutefois que son poulain ne fera pas toute sa carrière en Ligue 1. Pisté en Angleterre (Tottenham, Arsenal et Everton ont été annoncés), c'est avec la Roma que le flirt est le plus insistant. La Louve annonce même l'arrivée de l'attaquant en Italie en accord avec les Girondins... avant de se faire éconduire dans les heures qui suivent au profit de Barcelone. La raison ? Une offre venue de Catalogne après la publication du communiqué officiel, mais avant le passage à la visite médicale. Le club français et les agents du joueur décident alors de dire oui au Barça, qui lâche plus de 40 millions d'euros, soit le plus gros chiffre de vente de l'histoire bordelaise. Pour les Blaugranas, Malcom constitue un joli lot de consolation après avoir loupé Willian. Simple plan B, donc ? Après avoir dompté le Brésil et un grand championnat européen, c'est une nouvelle étape à laquelle s'attaque désormais le garçon. Et elle prend des airs de fameuse montagne, quand on connaît l'effectif dont dispose le Barça sur les ailes. Mais comme le disait Malcolm X, à qui le paternel a rendu hommage en baptisant (presque) son aîné de son prénom, trébucher n'est pas tomber...