Il y a cinquante ans, les jeunes avaient autant envie de devenir footballeurs que maintenant. Mais les parents n'y étaient guère favorables. Ils s'y opposaient même souvent. Généralement, le gamin s'entraînait en catimini, on lui prêtait une paire de chaussures pour effectuer un test et on lui faisait signer sa carte d'affiliation sur le champ s'il était bon. Quand nous nous sommes affilié à Uccle Sport, alors en D2, avec même un passage d'un an en D1, les jeunes recevaient déjà une petite indemnité. Vingt francs en Scolaires, cinquante en Juniors. Cet argent permettait d'aller au cinéma ou de manger une glace avec sa copine.
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Il y a cinquante ans, les jeunes avaient autant envie de devenir footballeurs que maintenant. Mais les parents n'y étaient guère favorables. Ils s'y opposaient même souvent. Généralement, le gamin s'entraînait en catimini, on lui prêtait une paire de chaussures pour effectuer un test et on lui faisait signer sa carte d'affiliation sur le champ s'il était bon. Quand nous nous sommes affilié à Uccle Sport, alors en D2, avec même un passage d'un an en D1, les jeunes recevaient déjà une petite indemnité. Vingt francs en Scolaires, cinquante en Juniors. Cet argent permettait d'aller au cinéma ou de manger une glace avec sa copine.Les temps ont changé. Ceux qui désirent s'affilier dans un club doivent désormais s'acquitter d'une cotisation, comme dans les clubs de tennis et autres. Généralement, il s'agit de 3.000 francs par saison. Payés par les parents, qui doivent signer la carte d'affiliation. On ne donne plus d'argent aux jeunes après les matches. Une limonade ou un coca à la cantine et ça suffit. Il existe toutefois des exceptions. Le jeune de talent qu'on repère dans une plaine de jeu ne devra pas payer de cotisation. Les parents, pour autant qu'ils sachent que leur rejeton est bourré de talent, se feront prier avant de signer la carte.Depuis quelques mois, on constate l'émergence d'un nouveau phénomène. Des parents traînent leur gosse de club en club jusqu'à ce qu'ils en retirent de l'argent. En Angleterre, la recherche de talents est tellement âpre qu'on approche déjà des enfants de six ans, alors qu'ils doivent encore patienter trois ans avant de pouvoir être admis dans l'école de jeunes d'un club. Mais les parents veillent au grain. Ils tentent de monnayer le talent de leur enfant dès qu'ils remarquent que celui-ci est doué. Ils l'emmènent dans un club de renom et exigent une forte somme pour y affilier leur progéniture. En Angleterre, il faut avoir au moins seize ans avant d'être soumis à un programme d'entraînement dans un club professionnel moyennant indemnité, mais les parents peuvent encaisser l'argent à la place de l'enfant.La semaine dernière, The Sunday Times a publié l'histoire d'un certain Anthony Jackson, dont le fils Kane, doué, s'est vu offrir trois millions de nos francs pour s'affilier dans un club londonien. Kane a été découvert à l'âge de six ans. A dix ans, il était déjà payé pour jouer avec le logo d'un fabriquant d'articles de sport. Les pères de ces enfants doués reçoivent du club une carte de membre qui leur permet d'assister à tous les matches en tant que scouts. La plupart des parents estiment qu'offrir à leur enfant une chance de devenir footballeur professionnel vaut la peine. Ils ont autant de chances de réussite et de richesse qu'en accédant au poste de manager d'une entreprise, d'ingénieur ou de ministre, au terme de longues études universitaires. En outre, on peut détecter très tôt le talent d'un footballeur et gagner de l'argent bien plus tôt. Par contre, on ne peut évaluer les aptitudes intellectuelles réelles d'un étudiant qu'après l'adolescence et l'argent ne suit que des années après.Combien de parents ne vivent-ils pas sur un grand pied, grâce au talent de leur footballeur de fils. L'exemple le plus illustre est celui de Michael Owen, le joueur de Liverpool, qui a fait construire une demi-douzaine de villas dans une rue, pour réaliser son rêve et celui de ses proches. Il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus. En sport, ce vieux dicton se vérifie toujours. Ça n'empêche pas les gens de considérer le sport, et surtout le football, comme le moyen le plus direct d'accéder à la richesse. Un joueur sur mille y parvient, mais on considère ce pourcentage comme un facteur de risque normal. Si ça ne marche pas, on verra bien plus tard... Mick Michels