Nous avons pu constater il y a quatre ans que les Japonais pouvaient être dingues de foot, durant les matches des Nippons, le nom qu'ils scandent pour encourager leurs joueurs. Le Mondial était suivi avec passion dans les stades et dans les cafés. Nul n'aurait cependant imaginé que le Japon attirerait 10.000 spectateurs à Düsseldorf pour un match amical contre Malte, à une semaine du Mondial.
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Nous avons pu constater il y a quatre ans que les Japonais pouvaient être dingues de foot, durant les matches des Nippons, le nom qu'ils scandent pour encourager leurs joueurs. Le Mondial était suivi avec passion dans les stades et dans les cafés. Nul n'aurait cependant imaginé que le Japon attirerait 10.000 spectateurs à Düsseldorf pour un match amical contre Malte, à une semaine du Mondial. " La Coupe du Monde a vraiment provoqué un déclic dans l'empire du Soleil Levant ", explique Yoshiyuki Osumi, journaliste qui suit l'équipe nationale depuis des années. " Les matches contre l'Australie, lundi dernier, et la Croatie, dimanche prochain, ne sont que des amuse-gueules avant le duel dont tous le pays rêve : contre le Brésil. 500 ou 600 supporters vont effectuer le voyage du Japon rien que pour cette affiche. Ils repartiront immédiatement après. Passer deux jours dans un avion pour un match de football, cela doit vous paraître dingue, non ?" Les supporters vêtus de bleu ne diront pas qu'ils peuvent être champions du monde mais les matches nuls contre l'Angleterre (une joute amicale), le Brésil (en Coupe des Confédérations) et celui, plus récent, contre l'Allemagne à Leverkusen, ont donné confiance aux Nippons. Le sélectionneur Zico préfère s'abstenir de pronostic. Il n'est d'ailleurs pas facile de lui poser une question. Celle-ci, formulée en anglais, est traduite en japonais puis en portugais. Zico répond en portugais et les traducteurs renvoient l'ascenseur... Réponse finale : " Le football, mon cher, est une loterie. Vous pouvez gagner les trois matches de poule comme vous pouvez les perdre ". Auparavant, il avait confié à l'agence Reuters que " la demi-finale constituerait son objectif ". Ce n'est pas un hasard : c'est le résultat obtenu il y a quatre ans par son grand rival, la Corée du Sud. Le Japon avait terminé premier de son groupe devant la Belgique, la Russie et la Tunisie mais avait trébuché en huitièmes de finale face à la Turquie, une des révélations du tournoi. C'était resté en travers de la gorge des Japonais. Selon Osumi, la Corée, qui se produit toujours à Séoul devant 60.000 personnes, reste la meilleure équipe nationale d'Asie : " En 2004, nous avons remporté la Coupe d'Asie, en Chine, mais je trouve la Corée meilleure. Plus costaude, plus rapide, elle a surtout d'excellents avants, ce qui n'est pas notre cas ". Joseph Kim n'est pas d'accord. Il travaille pour Adidas, le sponsor matériel de... Nippon. Kim : " Nous sommes meilleurs que la Corée du Sud ! Physiquement, cette équipe est plus agressive et elle est plus forte offensivement. Elle aligne trois attaquants, un peu à la néerlandaise, mais le Japon a un meilleur équilibre, il soigne mieux sa défense. Nous avons énormément progressé sur les plans physique et tactique ces dernières années. Nous attendons plus de cette Coupe du Monde. Nous avons davantage de footballeurs talentueux, plus de joueurs expatriés, qui sont plus compétitifs qu'il y a quatre ans ". Mais Osumi persiste et signe : " La plupart des Japonais expatriés ne jouent pas régulièrement. Ils manquent donc de rythme quand ils sont convoqués en équipe nationale. Zico tente de trouver un équilibre depuis quatre ans. La sélection comporte peu de jeunes footballeurs. La plupart frôlent la trentaine. On loue notre entrejeu. Il est fort, de fait, mais nous avons peu de bons attaquants et encore moins de défenseurs centraux valables. Ils sont trop petits et manquent de puissance ". L'engagement de Zico constitue une surprise de taille. La vedette brésilienne a participé à trois Coupes du Monde, en 1978, 1982 et 1986, sans jamais être championne. Membre du staff en 1998, il a perdu la finale contre la France. Il était presque pensionné quand le petit club Kashima Antlers l'a attiré au Japon au début des années '90. Ministre des Sports, Zico a décidé de relever le défi, grassement rémunéré, lancé par le Japon. Il devait assurer le passage du niveau d'amateur à celui de professionnel. Ce furent les temps glorieux de la J-League. Zico a joué encore deux ans puis est devenu conseiller sportif de Kashima. Quand le Japon a cherché un successeur à PhilippeTroussier, il s'est vite souvenu du Brésilien. Logique pour Osumi : " Depuis plus de 30 ans, même quand le sport était amateur, les Brésiliens affluaient au Japon et il était un des plus connus ". L'inexpérience de Zico au poste d'entraîneur n'a pas posé problème. Il a profité de l'élan du Mondial 2002. Joseph Kim : " Le football est nettement plus présent dans le pays. Depuis 2002, il est le numéro deux, derrière le baseball. C'était déjà le cas avant le Mondial mais l'écart a nettement diminué. Nous avons maintenant une J-League 1, une J-League 2, une J-League 3 et même une quatrième série ". Et les vedettes sur le retour ne viennent plus pour empocher des yens. Kim : " A l'époque, ils ont éveillé l'intérêt médiatique, ce qui nous a permis de populariser le football. Nous avons désormais davantage de joueurs de meilleure qualité. La preuve : le Japon a été champion d'Asie en 2004 en n'alignant qu'un seul expatrié. Le fait qu'il soit possible de gagner sans eux a d'ailleurs valu à Zico pas mal de polémiques. La télévision nipponne attache beaucoup d'importance au football européen. Nous voyons les matches de Ligue des Champions en direct, comme ceux de la D1 anglaise ou de la Serie A... " Tout le monde était las de la truculence de Troussier et de sa guerre permanente avec la presse. Zico est différent, plus distant aussi, mais il a du flair. Ou, comme le dit un journaliste du Japan Times : " Tout est Ok sur la planète Zico ". Il a même survécu à quelques querelles internes et à un incident dû à l'alcool. Fait étonnant, pour nous du moins, l'absence en Allemagne de Takayuki Suzuki, qui avait marqué un but contre la Belgique et s'était ensuite produit pour le RC Genk et Heusden-Zolder. Depuis la trêve hivernale, il gagne sa vie à l'Etoile Rouge Belgrade mais n'a pas été sélectionné. Kim explique que l'économie japonaise est en voie de redressement et que les clubs disposent d'argent. Cela ressort des assistances. La saison passée, la J-League 1 a attiré en moyenne 18.765 spectateurs par match. Ce succès est assorti de remarques critiques. En 2001, les offices de paris de football rapportaient 420 millions d'euros et quatre ans plus tard, le montant n'était plus que de 90 millions d'euros. Il est possible que les paris en ligne aient remplacé ceux qui étaient contrôlés par le gouvernement mais la chute est quand même spectaculaire. Osumi relativise ces chiffres : " Nous sortons d'une crise économique mais la J-League progresse. Certains clubs, comme Urawa Red Diamonds, attirent en moyenne 40.000 spectateurs. D'autres peinent à remplir leur stade. Certains clubs sont soutenus par des entreprises mais la majeure partie est indépendante et doit se rabattre sur le sponsoring. Comme l'économie a été longtemps mauvaise, les sociétés ne dépensaient pas beaucoup et quand elles devaient investir en sponsoring sportif, elles préféraient le baseball. C'est aussi pour ça que les vedettes européennes et brésiliennes ne viennent plus au Japon ". Place à la K-League. Elle est organisée différemment. La saison écoulée, l'assistance moyenne s'élevait à 11.258 supporters. C'est moins que la J-League dans l'absolu mais le Japon est trois fois plus peuplé aussi. Hyun-Cheol Kim, qui suit le football national pour le Korea Times, pense que les deux championnats sont sur le même pied : " Nous avons profité de notre succès au Mondial précédent pendant un semestre environ. Puis les gens sont passés à autre chose et l'intérêt a chuté. En revanche, cette Coupe du Monde nous a permis de construire de beaux stades... où il n'est pas évident de mettre de l'ambiance avec 10.000 personnes ". Il n'a pas été facile de gérer l'après Guus Hiddink, qui avait conduit les Taeguk Warriors en demi-finales après un stage de cinq mois. Quelques héros de cette époque se produisent en Europe avec des succès mitigés. Trois sont en Angleterre ( Park à Manchester United, Lee à Tottenham et Seol aux Wolves), un, le médian Lee, se produit en Turquie, et un autre, Ahn, en Allemagne. Ahn, une des révélations de la World Cup 2002, n'a pas encore eu de succès, que ce soit à Pérouse, au FC Metz ou au MSV Duisburg. Au terme du Mondial, l'avant, qui a maintenant 30 ans, devrait retourner en K-League, comme l'a fait avant lui Lee Chun-Soo. Celui-ci avait signé, plein d'espoir, à la Real Sociedad puis à Numance, sans succès. Comme les Japonais, les Coréens ont des problèmes de communication et doivent digérer un énorme choc culturel. Les successeurs de Hiddink ont également eu du mal à répondre aux attentes coréennes, se souvient Kim. Le Portugais Humberto Coelho a échoué. Un nul blanc contre les Maldives lui a coûté son poste. Son remplaçant, Jo Bonfrère, a été remercié au bout d'un an. Les dirigeants lui reprochaient ses résultats décevants, l'absence de solution aux problèmes, un discours stérile. Bref : il était insuffisant. On a été chercher Dick Advocaat aux Emirats Arabes Unis. Le Néerlandais a posé un geste intelligent, en concertation avec la Fédération. Il a rassemblé l'équipe avec laquelle Hiddink avait travaillé. Kim : " C'était la meilleure chose à faire. Le groupe a d'emblée fait confiance à son staff. Le noyau a retrouvé discipline et objectif commun. Les joueurs, mieux payés depuis le Mondial, avaient acquis trop de pouvoir. Dorénavant, nos attentes sont mitigées. Certains craignent que la préparation, d'un mois, n'ait été trop courte, d'autres pensent que ça suffira, compte tenu du groupe dans lequel nous sommes versés. Après, tout est possible, sauf peut-être un remake du miracle d'il y a quatre ans ". La K-League a adopté le modèle américain. Les clubs appartiennent généralement à des sociétés, appelées Chaebols, qui sont aux mains de familles mais sont aussi soutenues par les pouvoirs publics. Depuis les années '60, ils sont la base de l'économie locale. Samsung, Hyundai of LG ( Lucky Goldstar) sont les plus connues. Une exception, l'équipe militaire de D1 Gwangju Samgmu Phoenix. Chaque année, la moitié de l'équipe change, puisque les joueurs ont achevé leur service militaire, qui dure deux ans en Corée. Mais appartenir à des sociétés n'est pas exempt de risques. La saison passée, les supporters du Bucheon SK ont vu leur équipe changer brusquement de nom (Jeju FC) et déménager sur une île du Sud. Le sport numéro un reste le baseball mais après le Mondial asiatique, la Corée a néanmoins fondé une K2 League, un championnat semi pro à 12 équipes. Le vainqueur n'est pas promu en K1 car cette série reste encore fermée, à l'américaine... PETER T'KINT, ENVOYÉ SPÉCIAL EN ALLEMAGNE