La scène remonte au mois de décembre 2013. On imagine un reportage avec les parents de Michy Batshuayi. Pour faire la demande et fixer un rendez-vous, on passe par José de Médina, conseiller de longue date de Michy et de son frère anderlechtois Aaron. Il peut nous donner les bons numéros et prendre la température pour nous. On lui propose aussi d'assister à l'interview et à la séance photos, il est partant. On téléphone ensuite aux parents qui, eux, ne sont pas très chauds pour que le conseiller soit présent.
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La scène remonte au mois de décembre 2013. On imagine un reportage avec les parents de Michy Batshuayi. Pour faire la demande et fixer un rendez-vous, on passe par José de Médina, conseiller de longue date de Michy et de son frère anderlechtois Aaron. Il peut nous donner les bons numéros et prendre la température pour nous. On lui propose aussi d'assister à l'interview et à la séance photos, il est partant. On téléphone ensuite aux parents qui, eux, ne sont pas très chauds pour que le conseiller soit présent. Et donc, il ne vient pas. Pendant l'interview, on évoque naturellement José de Médina. Le père Batshuayi explique alors que ses fils sont guidés depuis peu par Christophe Henrotay " parce qu'il nous fallait un agent avec la licence FIFA. " Il signale que José de Médina reste un ami de la famille. Son raisonnement tient la route mais on perçoit quand même un début de malaise. Entre-temps, on n'a pas arrêté de citer le buteur du Standard dans plusieurs bons clubs européens. Chaque semaine, une nouvelle rumeur apparaît. Et des soi-disant certitudes. Toutes les sources sont dites fiables. Mais les infos se télescopent. Et donc, quel avenir pour Michy Batshuayi ? Quel rôle pour Christophe Henrotay ? Pour José de Médina ? Pour ses parents ? En quoi Roland Duchâtelet a-t-il les clés de son avenir ? Essayons d'y voir plus clair, de démêler le vrai du faux, l'info de l'intox. Pendant l'été 2013, Michy Batshuayi a prolongé son contrat jusqu'en juin 2018. A l'époque, il n'était pas encore question de Henrotay. C'est de Médina qui a traité le dossier. Il a d'autres Rouches dans son portefeuille, essentiellement des jeunes. Ses relations avec Roland Duchâtelet sont excellentes et ça n'a pas changé entre-temps. " Quand les parents m'ont demandé si je connaissais un agent agréé avec des entrées en Angleterre, je leur ai conseillé de contacter Christophe Henrotay ", dit-il. L'entente entre les parents et de Médina s'est refroidie en décembre quand il a été question d'un passage à Anderlecht dès le mercato d'hiver. Voyant que ça ne se passait pas trop bien entre les parents et le Standard, le conseiller a pris ses distances avec la famille. " Je leur ai donné le maximum de conseils au moment de la signature du nouveau contrat. Ils ont eu tout ce qu'ils voulaient. Même plus que ce qu'on pouvait espérer au départ, vu le jeune âge de Michy. Et j'insiste sur le fait que Roland Duchâtelet a toujours respecté ses promesses. S'il te doit dix euros demain, tu les recevras dès que tu sortiras du lit !" Aujourd'hui, José de Médina n'est en guerre avec personne : il a croisé Michy la semaine dernière à Liège et ils ont un peu discuté, il a toujours des relations correctes avec ses parents, et son fils est d'ailleurs un grand pote du petit frère de Michy. Mais ça ne va pas beaucoup plus loin. La saga d'une arrivée à Anderlecht en janvier, on pourrait la résumer comme ceci... Johnvan den Brom était pour à 500 %. Michy et ses parents étaient chauds aussi, la perspective de voir leurs deux gamins réunis dans le noyau pro les faisait flasher. Herman Van Holsbeeck n'avait rien contre mais il savait que ce serait compliqué. Christophe Henrotay n'avait guère envie de ce déménagement. José de Médina et Roland Duchâtelet ne voulaient pas en entendre parler. Un transfert direct du Standard à Anderlecht était évidemment impossible : le Sporting n'avait pas les moyens de se l'offrir et Michy n'allait bien sûr pas s'engager à long terme dans un autre club belge puisqu'il pensait déjà très fort à un départ à l'étranger. Par contre, l'idée d'un prêt de quelques mois (découlant d'un transfert via une vente dès janvier) l'intéressait. Le Standard a affirmé à l'époque qu'il avait le droit, en cas de vente, d'empêcher un prêt à Anderlecht. Pas sûr. Finalement, tout le monde a compris son intérêt. Michy a écouté Christophe Henrotay, qui lui conseillait de rester dans un environnement où il se sentait bien, surtout dans l'optique de la Coupe du Monde - sans savoir évidemment à ce moment-là qu'une place allait se libérer dans le noyau suite à la blessure de Christian Benteke. Et Herman Van Holsbeeck n'a pas fait le forcing, déjà qu'il se faisait démolir pour sa tentative d'arracher Thorgan Hazard à Zulte Waregem. Evidemment, la chance d'Anderlecht est maintenant passée pour de bon. Le joueur était prêt à aller à Anderlecht à ce moment-là mais ce n'est plus une option entre-temps. Comme Hazard, il n'a plus qu'une idée en tête à partir de l'été : un grand championnat. Il a encore un projet à Bruxelles mais ça se limite à " acheter une grande villa pour ma famille ". Dans les interviews, il tonne qu'il veut partir dès cet été. Il l'a répété la semaine dernière à José de Médina quand ils sont tombés nez à nez, par accident. Son ancien conseiller lui a rappelé que Duchâtelet ne lui compliquerait pas la vie. Et il a un avis sur la destination : tout le monde est à côté de la plaque ! On cite, pêle-mêle, la Lazio, l'AS Rome, Hanovre, Tottenham, Arsenal, Swansea, Everton, Chelsea, Benfica,... " Personne n'en sait rien pour le moment, c'est du cinéma ", dit José de Médina. On touche ici un gros noeud de l'affaire. Une clause du contrat prévoit que Batshuayi peut partir pour 8 millions, à certaines conditions. Et la somme tombe à 5 millions dès le moment où Duchâtelet quitte la présidence. Le patron ne veut pas en dire plus, se limitant à un énigmatique " je conçois que cela paraît bizarre ". José de Médina, qui assistait Batshuayi quand ce contrat a été rédigé, ne veut pas non plus révéler les détails de la clause : " On peut résumer en disant qu'à partir d'une offre de 8 millions, le Standard accepte d'ouvrir des discussions. Toujours dans un esprit positif. Il faut arrêter de diaboliser Duchâtelet. Stop ! " Une clause dit en fait que le joueur peut rompre son contrat de manière unilatérale si un club propose 8 millions. Mais un autre paragraphe, plus bas, stipule que dans un délai de cinq jours, le Standard a le droit de refuser que Batshuayi casse son contrat, et à ce moment-là, le club ouvre des négociations sur une base de 8 millions minimum. C'est contradictoire. Le président cède la main d'un côté et la reprend de l'autre. Une fois le contrat signé, les parents (qui exigeaient un montant de départ défini pour que leur fils prolonge) étaient persuadés qu'il suffisait d'une offre de 8 millions, venant d'un club avec lequel Michy serait d'accord, pour un départ automatique. La clause qui suit, ils ne s'y sont pas intéressés à l'époque. Entre-temps, ils ont compris qu'ils avaient été abusés. Ils ont consulté un avocat qui leur a expliqué que s'ils attaquaient le Standard sur le contenu du contrat, ils gagneraient le procès, " parce que ce document a été rédigé de façon malhonnête ". Mais ils n'ont pas l'intention d'aller en justice. Ils restent persuadés de l'honnêteté et des bonnes intentions de Roland Duchâtelet. Un homme qui connaît bien le dossier n'en est pas si sûr : " Il pense qu'il va vendre Michy pour une quinzaine de millions, il n'a aucune idée des prix en vigueur. " Christophe Henrotay confirme : " J'ai fait quelques-uns des plus gros transferts belges, je sais que le Standard n'aura jamais 15 millions pour Michy. " José de Médina est curieux de voir : " Le jour où un club déposera 8 millions, d'autres vont surenchérir directement. J'ai croisé des représentants de clubs étrangers au dernier clasico, certains m'ont dit qu'ils étaient prêts à mettre 8 millions, je les ai prévenus qu'il faudrait plus. Mais ça ne sera peut-être pas un problème. Si un vrai grand club le veut, le prix n'a à la limite pas d'importance. Que dit le type qui fait les transferts dans un club comme Arsenal ? -Vous voulez 10 millions ? OK, voici 10 millions. Mais ça doit alors être vraiment une grosse équipe. Dès qu'on tombe au niveau d'un Everton, par exemple, ça dégaine déjà beaucoup moins facilement, ça compte plus ses sous. " Le Standard a flingué Henrotay sur son site en janvier, au moment où on parlait d'un passage à Anderlecht via une construction avec un club étranger. Extraits : " Le Standard de Liège souhaite interpeller la FIFA concernant les pratiques de Monsieur Christophe Henrotay, agent licencié par la FIFA (...) L'objectif final de l'agent en question semble être de vouloir vendre le joueur pour qu'il soit ensuite prêté dans un autre club de la compétition belge, ce qui ne présenterait, en aucun cas, une plus-value sportive pour Michy. " L'objectif était double : décrédibiliser à la fois l'agent et Anderlecht. Guy Luzon en a remis une couche lors d'un point presse à la même période : " Aller à Anderlecht, est-ce que ce serait un pas en avant dans la carrière de Michy ? Poser la question, c'est y répondre (...) Pour 100.000 euros de plus, je vous dis que son agent serait prêt à le transférer en Thaïlande ! Le seul intérêt de cet agent, c'est l'argent. " Peu de temps avant, le club avait déjà attaqué, toujours sur son site, suite à un article paru dans La Meuse et relatif à la situation contractuelle de Batshuayi : " Nous nous étonnons que certains journalistes écrivent n'importe quoi (...) En général, les parties recherchent la solution idéale et cela ne pourra se faire que dans une certaine sérénité. Sérénité que n'apportent manifestement pas certains médias en publiant des articles erronés et dépourvus de tout recoupement ou vérification d'informations. " Un témoin du dossier parle d'une " situation très simple qui devient très compliquée parce que Duchâtelet complique tout. Il ose dire dans la presse que certaines personnes essaient de lui casser ses play-offs ! Il est fatigant. " Pour conserver toutes les clés et continuer à marquer son territoire, le président aurait refusé d'accréditer des scouts d'Everton, de Tottenham et d'Arsenal qui souhaitaient assister au dernier clasico. Explication officielle : stade sold-out. Et ce sont justement des clubs dans lesquels Henrotay est bien introduit. Ce n'est pas nouveau. Lors de l'été 2013, déjà, Benfica s'était renseigné sur un transfert de Batshuayi. Cela a été confirmé par Duchâtelet, qui a signalé récemment que les Portugais étaient toujours chauds. " Benfica s'attend au départ d'un de ses deux attaquants titulaires, Rodrigo ou Oscar Cardozo ", nous explique Gonçalo Lopes, journaliste pour Diario de Noticias. " Il y a déjà eu une approche l'année dernière parce que Cardozo était sur le point de s'en aller. Le coach, Jorge Jesus, avait fait de Batshuayi une priorité. C'est le genre d'attaquant qu'il apprécie. Il joue en général avec deux hommes devant : un joueur très physique et un autre plus technique. Il imagine Batshuayi dans le rôle du puncheur. Et il faut savoir que les joueurs belges ont la cote au Portugal, encore plus depuis le passage d'Axel Witsel à Benfica. " Les contacts concrets entre le club portugais et le Standard en 2013 nous sont confirmés par José de Médina. L'info est parue dans la presse belge et aussi dans A Bola, une référence au Portugal, il y a quelques jours : Benfica et Batshuayi ont trouvé un accord. Directement démenti par le club. José de Médina : " Encore du cinéma. C'est marrant, mon libraire me dit un jour que Michy va à Tottenham, il est sûr le lendemain que c'est Everton, puis encore un autre club. Toutes ces rumeurs n'ont aucune valeur. " Christophe Henrotay fait le même démenti : pas question d'un accord de son joueur avec les Portugais, et c'est de toute façon un championnat qui ne l'attire pas. Priorité à l'Angleterre, voire à l'Allemagne. Autre démenti crédible, celui de Gonçalo Lopes, qui passe une partie de sa vie dans les coulisses de Benfica : " Benfica et le clan Batshuayi n'ont jamais négocié. " On a lu aussi que les parents auraient visité le stade et le complexe d'entraînement. " C'est faux ", dit Lopes. Allô Madame Batshuayi ? " Toute l'histoire est fort compliquée, on a décidé de ne plus en parler dans la presse. Mais je vous garantis que nous ne sommes jamais allés à Lisbonne. " Par contre... " Une personne bien placée dans le club m'a garanti que Benfica et le Standard avaient conclu le deal pour le transfert de Batshuayi, s'il accepte de venir ", lance Lopes. " Ça tourne autour de 7 ou 8 millions. L'achat serait financé par un fonds d'investissement où on retrouve Jorge Mendes : Doyen Group. " Là, c'est du lourd. Mendes est l'agent, pêle-mêle, de José Mourinho, André Villas-Boas, Luis Felipe Scolari, Cristiano Ronaldo, Falcao, Pepe,... On le considère comme l'un des agents les plus puissants du monde. Le journaliste portugais poursuit : " Le problème est que Batshuayi n'a pas envie d'aller à Benfica. Le président, Luis Filipe Vieira, se prépare donc à partir à Liège pour le convaincre. " Un raisonnement auquel Christophe Henrotay ne croit pas du tout : " Il n'y a pas d'accord entre les clubs. Et je connais Vieira... " Michy Batshuayi serait le dixième joueur le mieux payé de notre D1 avec environ 950.000 euros bruts par an, il est aussi le plus jeune du Top 10. " Chez nous, on donne des montants nets ", dit le reporter de Diario de Noticias. " Il y a trois ou quatre joueurs de Benfica qui passent le million. Mais un jeune qui doit encore tout prouver en dehors de la Belgique, comme Batshuayi, n'aurait jamais autant. Il commencerait avec 700.000, éventuellement 800.000 euros par saison. C'est le salaire de Cardozo ou Nicolas Gaitan. " Ce serait donc quand même un pas en avant sur le plan financier puisque c'est du net, alors que sur les 950.000 bruts versés par le Standard, il faut déduire les impôts. Gonçalo Lopes affirme aussi que " Benfica a reçu des infos selon lesquelles l'agent de Batshuayi a un accord avec Tottenham ". En même temps, Duchâtelet, qui a assisté au match d'Europa League des Londoniens face à Benfica, a lancé dans les journaux qu'il avait discuté avec Daniel Levy, le patron de Tottenham : " Il m'a dit qu'il n'était pas intéressé par Batshuayi. " Levy en a entendu parler et a répliqué qu'il était bien au courant de la présence du président liégeois à ce match mais qu'il n'avait jamais discuté avec lui. " Tottenham le suit, comme ils pourraient suivre n'importe quel bon buteur en Suisse, au Portugal ou ailleurs ", nous dit Christophe Henrotay. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : IMAGEGLOBEEntendu à Benfica : les clubs ont un accord et le président portugais va débarquer à Liège pour convaincre Batshuayi. " On n'a pas mis un pied à Lisbonne. " La maman de Michy Le Standard a-t-il privé d'accréditations au clasico les clubs anglais où Christophe Henrotay est bien introduit ? " Michy a reçu le maximum du Standard. Et même plus. " José de Médina, ex-conseiller