Il y a 7 ans, le petit monde du ski alpin avait été traumatisé par le décès survenu en compétition de la championne autrichienne Ulrike Maier. Ce décès était essentiellement dû à la fatalité (ou "force majeure" en langage juridique): lors d'une épreuve de descente, Ulrike Maier chuta et vint percuter -tête la première- un poteau situé le long de la piste.
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Il y a 7 ans, le petit monde du ski alpin avait été traumatisé par le décès survenu en compétition de la championne autrichienne Ulrike Maier. Ce décès était essentiellement dû à la fatalité (ou "force majeure" en langage juridique): lors d'une épreuve de descente, Ulrike Maier chuta et vint percuter -tête la première- un poteau situé le long de la piste. Certaines voix s'étaient néanmoins levées, regrettant la faiblesse des protections entourant ce poteau et donc la non-prise en compte par la Fédération Internationale de Ski, qui organise chaque compétition officielle, du danger potentiel que cet objet présentait pour les skieurs.Mais que dire alors de l'accident tragique survenu le 29 octobre dernier sur le glacier autrichien du Pitzal et qui fut hélas fatal à la championne française Régine Cavagnoud. Les faits sont dramatiquement consternants: lors d'une descente d'entraînement privé où chaque skieuse effectue plusieurs passages, tour à tour et chacune seule en piste pour des impératifs évidents de sécurité, la Française est entrée en collision frontale avec l'un des entraîneurs de l'équipe allemande, qui traversait à cet instant la piste à la réception d'une bosse qui eut pour effet de masquer pour les deux victimes l'imminence de l'effroyable choc. Ce qui est certain, c'est que Markus Anwader n'avait pas et ne pouvait pas se trouver là à ce moment. Selon les premiers éléments de l'enquête, un manque de communication est à l'origine du drame. L'équipe allemande avait été informée de la présence sur la piste de Régine Cavagnoud mais Anwader n'a pas reçu l'information, soit parce qu'il ne l'a pas comprise, soit parce qu'il y a eu un problème technique. Il appartient à la Justice de déterminer les responsables de l'accident. Mais sont d'ores et déjà pointés du doigt deux entités:1. L'organisateur de l'entraînement. Celui-ci voit peser sur lui une obligation de sécurité qui implique l'adoption de mesures adéquates, au vu du sport dont il est question, à restituer les participants et spectateurs sains et saufs. Cette obligation est de moyens, ce qui signifie que la seule survenance d'un dommage ne suffit pas à engager la responsabilité civile de l'organisateur. La preuve d'une faute, c'est-à-dire d'une négligence, est en outre nécessaire. En l'espèce, comme dit précédemment, il s'agissait d'un entraînement privé et libre convenu entre différentes équipes nationales, et donc non soumis aux normes de sécurité de la FIS. Mais il n'empêche: le devoir général de prudence envers autrui ne souffre aucune exception et vaut, quel que soit le type de compétition ou d'entraînement. Devront être notamment examinées scrupuleusement les mesures de surveillance qui ont entouré l'entraînement, car il est acquis que ni Régine Cavagnoud, ni Markus Anwader n'ont été alertés, ne fût-ce que par des signes, du danger. 2. L'équipe allemande de ski. Certains n'hésitent pas à incriminer dès aujourd'hui Anwader personnellement. Dans l'attente de son témoignage, il est néanmoins clair qu'il y a eu un manque de communication fautif au sein de l'équipe allemande. A l'instar du sportif, un entraîneur ne bénéficie d'aucune immunité de responsabilité dans l'exercice de sa profession. La moindre négligence dans son chef sera dès lors fautive.Là aussi, faisons confiance à la Justice, dont la mission n'est pas de rechercher un coupable à tout prix.Luc Misson