Il suffit de voir le déploiement médiatique engendré par son premier entraînement à Sclessin pour comprendre qu'avec Jorge Costa, c'est une véritable pointure que le Standard a engagée. Bien entendu, tous n'étaient pas là que pour le voir apposer sa signature au bas d'un contrat de 18 mois. La proximité du choc contre Anderlecht expliquait également l'intérêt... Il n'empêche que deux des trois quotidiens sportifs portugais avaient délégué leurs envoyés spéciaux tandis que les correspondants locaux des trois chaînes de télévision classiques ( RTP, SIC et TVI) étaient également à pied d'£uvre. Costa, au Portugal, c'est un mythe, le symbole d'une communauté, celle du nord du pays, qui a toujours lutté contre le pouvoir de la capitale. Mais à Lisbonne aussi, on reconnaît au solide défenseur central des vertus que masque mal son imposante stature (1,88 m, 86 kg).
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Il suffit de voir le déploiement médiatique engendré par son premier entraînement à Sclessin pour comprendre qu'avec Jorge Costa, c'est une véritable pointure que le Standard a engagée. Bien entendu, tous n'étaient pas là que pour le voir apposer sa signature au bas d'un contrat de 18 mois. La proximité du choc contre Anderlecht expliquait également l'intérêt... Il n'empêche que deux des trois quotidiens sportifs portugais avaient délégué leurs envoyés spéciaux tandis que les correspondants locaux des trois chaînes de télévision classiques ( RTP, SIC et TVI) étaient également à pied d'£uvre. Costa, au Portugal, c'est un mythe, le symbole d'une communauté, celle du nord du pays, qui a toujours lutté contre le pouvoir de la capitale. Mais à Lisbonne aussi, on reconnaît au solide défenseur central des vertus que masque mal son imposante stature (1,88 m, 86 kg). Fils cadet d'une famille de cinq enfants (trois s£urs et un frère), il a grandi à deux pas de l'embouchure du Rio Douro et de l'Océan Atlantique. C'est là, au Futebol Club da Foz, qu'il va s'affilier pour la première fois. Contrairement à beaucoup d'autres enfants, il ne commence pas à la pointe de l'attaque ou dans l'entrejeu mais directement au poste de défenseur central. Parce que ses premiers entraîneurs voient dans sa morphologie un véritable roc qu'il sera difficile de franchir. Dans sa famille, pourtant, tout le monde a un gabarit typiquement portugais : petit, trapu. Mais Jorge est grand et son père, technicien en ascenseurs, aime voir son fils s'élever dans les airs lorsqu'il s'agit de disputer des ballons de la tête. A 14 ans, plusieurs clubs de la région s'intéressent à lui mais il choisit l'option la plus difficile : le FC Porto. A l'époque, ce club n'a pas encore la réputation internationale qu'il possède aujourd'hui. Il n'a fêté que sept titres de champion mais vient de damer le pion à ses rivaux traditionnels (Sporting et Benfica) et s'apprête à se lancer à la conquête de l'Europe. Deux ans plus tard, il remportera en effet la Coupe des Champions sous la houlette d' Artur Jorge. Gamin, Costa assiste à tous ces exploits. Il se fait la promesse que lui aussi soulèvera un jour la Coupe aux grandes oreilles. A la fin de la saison 89-90, il est incorporé au noyau A, où il côtoie un certain Stéphane Demol. A l'âge de signer son premier contrat professionnel, pourtant, il doit accepter d'être prêté. Une épreuve délicate dont on ne sait jamais si on reviendra intact. Le 18 août 1990, alors qu'il n'a pas encore 19 ans, il effectue ses débuts en D1 sous le maillot de Penafiel, face au FC Porto. Joaquim Teixeira est le premier à lui faire confiance. Cette saison-là, il dispute 23 rencontres et inscrira 2 buts. Mais surtout, il remporte son premier trophée : le championnat du monde des -20 ans, sous la houlette de Carlos Queiróz. Il fait partie de la fameuse génération des Meninos de ouro, les gamins en or, dont tout le Portugal espère qu'ils pourront un jour briller lors d'un grand tournoi international. Porto, deuxième derrière Benfica après un championnat de toute beauté, n'a toutefois pas encore besoin de ses services et le prête à nouveau. Beaucoup plus loin, cette fois, puisque il doit s'exiler à Madère, où il porte le maillot de Marítimo. Lorsqu'il inscrit un but contre son camp face à Porto, il fait également connaissance avec la mesquinerie du monde du football : on l'accuse d'avoir agi intentionnellement. Il dispute pourtant 31 rencontres de ce championnat et gagne le droit de retourner définitivement au FC Porto. En 92-93, il ne disputera donc que neuf rencontres sous le maillot des Dragons, qui seront sacrés champions sous la conduite du Brésilien Carlos Alberto Silva. Les événements se précipitent pourtant pour lui puisque le 11 novembre 92, à l'occasion d'un match contre la Bulgarie, alors qu'il n'est pas encore titulaire dans son club, il est appelé en équipe nationale par Queiróz. La première de ses 50 sélections. C'est aussi en équipe nationale qu'il va connaître le premier coup dur de sa carrière. Le 28 avril 93, face à l'Ecosse, il se blesse au genou après 23 minutes mais mène la partie à son terme. Le verdict des médecins est implacable : rupture du ligament croisé du genou. Cette blessure, qui l'empêche de prendre part à la finale victorieuse en Coupe du Portugal, est la première d'une trilogie qui le verra souffrir mais revenir plus fort à chaque fois. En avril 96, c'est le ligament croisé de l'autre genou qui lâche, lors d'un match de coupe du Portugal au Sporting. Et quinze mois plus tard, au cours d'un stage en Suisse, il doit à nouveau être opéré du ligament croisé. Ce jour-là, il songe sérieusement à mettre un terme à sa carrière mais il finit par se raviser. Depuis, il n'a plus connu de blessure grave. Entre-temps, il participe à l'Euro 96 mais, plus encore, devient une valeur sûre d'un club qui, en 94-95, entame un cycle de cinq victoires consécutives en championnat. Avec la création de la Ligue des Champions, Porto entreprend également de repartir à la conquête de l'Europe. En 96-97, il semble bien parti pour y arriver puisqu'il remporte presque toutes ses rencontres de poule. Il s'impose notamment à Milan (2-3), avec deux buts de Jardel. Sur le deuxième but milanais, Costa écrase le doigt de George Weah. Le solide défenseur portugais a-t-il vu ou non la présence de l'attaquant libérien dans son dos ? Les images vidéo ne parviennent pas à faire toute la lumière sur cette histoire. Weah, le doigt cassé, quitte le terrain mais au match retour, sa vengeance sera terrible. A l'issue de la rencontre, clôturée par un nul (le seul match de poule non remporté par Porto), il agresse Costa dans le tunnel menant au vestiaire. Choqué, le défenseur portugais apparaît à la conférence de presse, le visage ensanglanté. Il souffre d'une fracture du nez et dépose plainte contre Weah, qui vient pourtant de recevoir le prix du Fair Play de la FIFA. L'affaire est toujours en cours devant les tribunaux car Weah s'est toujours soustrait aux convocations de la justice portugaise. Il avait allégué, pour sa défense, d'insultes racistes mais tous les témoignages recueillis plaident en faveur du Portugais que personne n'a jamais pris à se laisser aller à de telles pratiques. D'autant qu'il a lui-même un filleul de couleur. Au sein même de son club, Jorge Costa est en tout cas devenu un héros. En 96-97, il a même inscrit quatre buts en championnat. Aussi, un vote des joueurs lui attribue-t-il le brassard de capitaine lorsque le légendaire arrière droit João Pinto (407 matches en D1 sous le maillot du FC Porto) met un terme à 15 années de carrière. Porto connaît encore deux belles saisons, avec un doublé coupe championnat en 97-98 et un cinquième titre consécutif en 98-99 avant de devoir se contenter de deux victoires en coupe pour sauver deux saisons dominées par le Sporting et même le petit voisin de Boavista. Entre-temps, le Portugal échoue en demi-finales de l'Euro 2000 face à la France, au cours d'une rencontre marquée par de gros incidents avec les arbitres. Abel Xavier et Nuno Gomes seront lourdement suspendus, Figo échappe miraculeusement aux sanctions mais, au milieu de la confusion, Costa a conservé son sang froid. Pour Porto, la saison 2001-2002 doit être celle du grand retour. Le club fait confiance à Octávio Machado, un ancien joueur du club dont l'un des premiers faits est d'écarter Costa. Remplacé au cours d'un match de championnat, celui-ci jette son brassard au sol d'un geste de rage. Il ne jouera plus et sera contraint d'émigrer à Charlton. " J'aurais encore préféré me casser les deux genoux ", lance-t-il, complètement dépité. Pourtant, les Anglais apprécieront son sens de la combativité et sa loyauté. Il y dispute 24 rencontres de championnat et gagne sa place à la Coupe du Monde 2002. Mais l'aventure tourne au cauchemar : élimination au premier tour et disputes au sein du groupe, où il apparaît que l'ambiance était viciée avant même le départ. Un joueur ( Kenedy) avait dû abandonner le groupe pour cause de dopage et d'autres cas étaient suspectés. Dont Costa et Conceição, qui présentaient un taux de nandrolone proche de la limite. Il apparut plus tard que ce groupe était allé manger du cochon de lait peu avant et que ce plat favorise la production naturelle de nandrolone. En attendant, la suspicion a fait son £uvre et Costa, décidant qu'il était temps de se consacrer à ses enfants ( David, 11 ans et Guilherme, 4 ans), préfère se retirer. Porto, qui a disputé son plus mauvais championnat depuis des lustres, a limogé Machado et fait confiance à un jeune entraîneur qui a travaillé au club quelques années plus tôt avec Bobby Robson et dont on parle beaucoup mais qui n'a encore rien gagné : José Mourinho. Une des premières exigences de ce dernier est de reprendre Costa. Au moment de désigner le capitaine par un scrutin au sein du vestiaire, Vitor Baía se lève et dit : " Moi, je vote pour Jorge ! " Tout le monde le suit et Costa reprend son bien. Mourinho, qui sait que Costa a déjà beaucoup souffert sur le plan physique, prend l'option de lui concocter un programme d'entraînement spécifique. Et cela marche puisque Porto renoue non seulement avec le titre mais remporte d'abord la Coupe UEFA, la Ligue des Champions et la Coupe Intercontinentale. Au sein du groupe règne une union terrible. Pas mal de joueurs ont été formés à Porto et les autres sont placés sous la coupe de chiens de garde comme Baía ou Costa, les derniers représentants d'une génération fabuleuse Les succès vont rapporter beaucoup d'argent au club mais coûter très cher à un groupe décimé ensuite par les transferts. La saison dernière, Porto consomme trois entraîneurs et n'arrache la deuxième place du championnat que par miracle. Cette saison, Co Adriaanse débarque et décrète presque immédiatement que Costa ne sera plus appelé qu'en cas d'extrême urgence. Au Portugal, même ceux qui comprennent qu'à 34 ans, un joueur ne représente plus aucune valeur marchande, n'apprécient pas le traitement réservé à un homme qui n'a eu de cesse que de défendre le groupe auquel il appartenait. Aussi chacun se réjouit-il de l'intérêt que le Standard lui porte... PATRICE SINTZEN