Melbourne, dimanche 20 janvier 2019. Roger Federer doit se remémorer 2001 lorsqu'à Wimbledon, à 19 ans, et tout auréolé de son titre de numéro 1 mondial chez les juniors, il avait battu sa grande idole Pete Sampras - septuple vainqueur au All England Club - qu'il rencontrait pour la première fois. Près de 18 ans plus tard, dans la chaleur étouffante de l'été australien, les rôles son inversés. Le Suisse a 37 ans et il vient de perdre en quatre sets son premier match contre Stéfanos Tsitsipás, un joueur grec sans complexe d'à peine 20 ans, ex-numéro un mondial junior lui aussi.
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Melbourne, dimanche 20 janvier 2019. Roger Federer doit se remémorer 2001 lorsqu'à Wimbledon, à 19 ans, et tout auréolé de son titre de numéro 1 mondial chez les juniors, il avait battu sa grande idole Pete Sampras - septuple vainqueur au All England Club - qu'il rencontrait pour la première fois. Près de 18 ans plus tard, dans la chaleur étouffante de l'été australien, les rôles son inversés. Le Suisse a 37 ans et il vient de perdre en quatre sets son premier match contre Stéfanos Tsitsipás, un joueur grec sans complexe d'à peine 20 ans, ex-numéro un mondial junior lui aussi. Classé quinzième à l'ATP au début du tournoi, Tsitsipás va encore éliminer Roberto Bautista Agut, avant de s'incliner en demi-finale face à l'inaccessible Rafael Nadal, qui ne lui laissera que six jeux. Le maestro suisse, lui, est impressionné. " Il a quelque chose que je vois rarement chez les jeunes joueurs : il reste calme même dans les moments difficiles. Même quand j'ai eu des balles de break, il n'a jamais montré le moindre signe de faiblesse. " Pour John McEnroe, la relève est là et Tsitsipás peut gagner un Gand Chelem. Ça fait rire Federer. " J'entends dire ça depuis dix ans ", dit-il, à juste titre. Jo-Wilfried Tsonga (finaliste en Australie en 2008), Grigor Dimitrov et Alexander Zverev - vainqueurs des ATP Finals en 2017 et 2018 - ont tour à tour été désignés comme candidats au trône, mais à l'heure actuelle, ils n'ont toujours pas remporté le moindre tournoi majeur. Ça fait longtemps qu'on dit que les trois grands vont devoir céder le flambeau, mais ils sont toujours là. Tsitsipás savoure néanmoins : " Je suis l'homme le plus heureux du monde ", dit le Grec, avantagé sur le plan génétique. Son père, Apostolos, est en effet coach de tennis tandis que sa mère, la Russe Julia Salnikova, a figuré dans le top 200 au début des années '90. Elle-même est la fille de Sergei Salnikov, ex-légende du Spartak et champion olympique de football en 1956. " J'ai hérité du meilleur de deux cultures ", dit Tsitsipás. Sa mère a grandi sous l'impitoyable régime soviétique, connu pour sa discipline et sa rigueur. Son père a eu une vie bien plus relax, jusqu'à ce que la crise frappe la Grèce et qu'il abandonne son boulot pour parcourir le monde avec son fils. " À un moment, nous n'avions même plus d'assurance maladie ", se rappelle Julia au début de l'année dernière pour NRC Handelsblad. Et la famille ne peut pas compter sur la fédération de tennis grecque. " Y en a-t-il vraiment une ? ", rigole le joueur, qui a pu compter sur l'aide financière de sa tante, la soeur jumelle de sa mère, elle aussi ancienne tenniswoman. Ce n'est qu'en 2014, quand il joue la finale du prestigieux Orange Bowl, que Tsitsipás signe un contrat avec Adidas qui soulage a famille, composée de deux autres frères, dont Petros, 19 ans, lui aussi tennisman international, et d'une petite soeur. " Maintenant, c'est moi qui nourris tout le monde ", se marre le champion. " Mais pour ça, je dois obtenir des résultats. " Tsitsipás a trois ans lorsqu'il commence à jouer au tennis à l'Astir Palace, un hôtel au sud d'Athènes, où ses parents donnent des cours. " Croyez-moi ou non, mais il était fait pour le tennis ", affirme Julia. " Il est n'est pas né la tête la première mais le bras, comme s'il voulait smasher. " Son père, qui suit des cours d'entraîneur, le guide sur le circuit juniors. " Il a joué un rôle énorme dans ma carrière ", explique Tsitsipás, qui travaille toujours beaucoup avec son père, mais s'entraîne depuis l'âge de 17 ans à l'académie de Patrick Mouratoglou, le coach de Serena Williams. En raison de ses nombreux voyages, il connaît des difficultés à l'école secondaire, où ses camarades de classe, jaloux, lui pourrissent la vie. Il termine finalement ses études en ligne aux États-Unis. " À l'école, la méchanceté des autres me rendait fou. Parfois, on se battait dans la cour de récréation ", regrette-t-il dans A Greek Abroad, son podcast. En 2016, alors qu'il vient de devenir pro, il fait parler du tennis grec en remportant le double junior de Wimbledon aux côtés de l'Estonien Kenneth Raisma. Il occupe aussi la première place du classement mondial junior pendant un an. Puis tout va très vite. Fin 2017, il entre de justesse dans le top 100. Six mois plus tard, il atteint le quatrième tour à Wimbledon, avant de réaliser un parcours invraisemblable à l'Open du Canada, avec des victoires contre Alexander Zverev (ATP 3), Kevin Anderson (6), Dominic Thiem (8), et Novak Djokovic (10). À 20 ans à peine, il est 15e au classement mondial et hors catégorie aux Next Generation ATP Finals. En parallèle de ces résultats, le monde se délecte de ses vlogs, un hobby qui prend des proportions incroyables. Un tournoi à Rome ? Tsitsipás emmène les visiteurs de sa chaîne YouTube au Vatican, puis il monte les images de ses entraînements ou lance un tweet. Parfois sérieux, souvent ludique. Comme l'an dernier, avant sa participation au tournoi indoor de Rotterdam : " Just arrived to Hagelslaglandia ! ", écrit-il. Les granulés ( hagelslag en néerlandais), c'est ce qu'il préfère sur sa tartine. " Ces vidéos me permettent de me détendre ", se réjouit le Grec, toujours accompagné d'un drone et qui place toujours la barre plus haut, comme sur le terrain. " Il vit dans son monde mais, de temps en temps, il est bon de faire autre chose, de prendre un peu de distance par rapport au sport ", dit Mouratoglou lorsque, quelques semaines après sa demi-finale à l'Open d'Australie, le Grec entre dans le top 10 et bat Rafael Nadal à Madrid. Le numéro un mondial, Novak Djokovic, se casse lui aussi les dents sur ce joueur tout-terrain, qui deviendra le plus jeune vainqueur des ATP Finals depuis Lleyton Hewitt en 2001. Avec son jeu est agressif, imprévisible et offensif, il ne se laisse que rarement impressionner par les circonstances et par les adversaires. C'est selon lui une conséquence de l'accident qui a failli lui coûter la vie en 2015, lorsqu'il est entraîné par une vague sur la côte crétoise et ne parvient plus à respirer. C'est son père qui le sauve in extremis. " Encore un peu et je n'étais plus de ce monde ", confirme-t-il. " Depuis, sur le terrain, je n'ai plus peur de rien. "