Il vous reste jusqu'au 3 décembre pour vous rendre à Liège, en l'église Saint-Antoine, l'ancien lieu de culte du couvent des Frères Mineurs où niche désormais le Musée de la Vie wallonne. Vous pourrez même lever les yeux à l'occasion, et votre vista vous permettra d'admirer le stucage tout blanc tout pimpant des voûtes, et les faciès sculptés de l'équipe de Jésus, ses 12 apôtres en 12 médaillons au sommet des arcades. Vous n'êtes pas là pour ça, mais ça vous baignera de spiritualité, ce qui peut vous être utile footballistiquement : car vous êtes d'abord en ce saint lieu pour visiter " Au nom du foot ", expo internationale de passage dans la Cité ardente, et qui interroge la passion collective pour le football, surtout dans ses rapports avec les rituels, la superstition, les puissances supérieures, le ...

Il vous reste jusqu'au 3 décembre pour vous rendre à Liège, en l'église Saint-Antoine, l'ancien lieu de culte du couvent des Frères Mineurs où niche désormais le Musée de la Vie wallonne. Vous pourrez même lever les yeux à l'occasion, et votre vista vous permettra d'admirer le stucage tout blanc tout pimpant des voûtes, et les faciès sculptés de l'équipe de Jésus, ses 12 apôtres en 12 médaillons au sommet des arcades. Vous n'êtes pas là pour ça, mais ça vous baignera de spiritualité, ce qui peut vous être utile footballistiquement : car vous êtes d'abord en ce saint lieu pour visiter " Au nom du foot ", expo internationale de passage dans la Cité ardente, et qui interroge la passion collective pour le football, surtout dans ses rapports avec les rituels, la superstition, les puissances supérieures, le Bon Dieu... Keep cool, n'arrêtez pas déjà de me lire, la visite ne va pas vous emmerder, au cas où les musées vous emmerderaient autant que les temps morts de mille 0-0 : l'expo est kitsch-folk dès le premier écran, via l'abbé Robert Waseige qui vous accueille en soutane pour célébrer le Dieu Football ! À partir de là, vous avez deux options pour pérégriner. Soit vous vous contentez des photos, vidéos, montages et objets exposés. Ça vous mettra dans votre élément, et vous constaterez en souriant que des tas de supporters sont fameusement accros, oserais-je dire réellement tapés : perso, prier devant l'autel Maradona, faire naître son enfant dans une salle d'accouchement aux couleurs de son club, se faire enterrer sous le stade ou prévoir son urne funéraire avec emblème ad hoc ...j'avoue que mon amour du foot n'atteint pas ces hauteurs ! Soit vous savez que les grandes victoires ne se remportent pas sans grandes douleurs, vous vous mouillez le maillot pour récolter le suc de cette exposition, et vous lisez les judicieux petits commentaires explicatifs : du chapelet fait de petits ballons au ballon surmonté d'une couronne d'épines, en passant par le hooliganisme, les chants du stade, les trouvailles du merchandising ou celles des artistes branchés/foot, vous n'échapperez pas à l'évidence : le foot est bien une religion. Avec tout ce qu'implique une religion, de l'excès mais aussi de l'amour, du pain et des jeux, de l'abus de confiance mais aussi du secours, des valeurs et des bondieuseries. À ce propos, et le Dieu du foot sait pourtant à quel point je suis un inconditionnel d'Axel Witsel chez les Diables, le sommet de la bondieuserie de cette expo est cette photo géante d'Axel, angélique, torse nu, tatoué partout partout, regard tourné vers l'Eternité ... mythification (à pleurer de rire) d'un mec normal simplement malin pour manier un ballon ! Acquiesçons donc : bien visitée, cette expo nous confirme que le foot est une religion et que, comme toutes ses copines, elle peut faire du bien et des dégâts. De là à conclure à l'existence d'un Dieu du Foot unique, je mettrais un bémol, ... le foot me semble une religion sauvagement polythéiste : le supporter prie pour que son Dieu batte celui d'en face ! Ça ressemble davantage à la mythologie, et à cette clique des dieux de l'Olympe qui se chamaillaient continuellement ! Bémol aussi pour terminer, l'expo confond supporter et spectateur, comme si les neutres n'existaient pas, comme si l'intrinsèque beauté du jeu s'avouait dominée par l'espérance de la victoire des siens, ou la tristesse de leur défaite... Pas chez moi ! Si Dieu est supporter, je préfère rester un athée du football : y'a rien de plus con que se tourner vers des puissances supérieures pour leur quémander religieusement une victoire ! Aux candides qui font ça, et puisqu'on en est aux bondieuseries, je citerai la Bible et plus particulièrement le Livre de Job, un gars qui n'était ni footballeur, ni supporter du Beitar Jérusalem, mais qui en avait pris dans le bide, question défaites et désillusions : " Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur ? " Pas con. Chapitre 2, verset 6. Je me demande si Michel Calimero l'a lu. PAR BERNARD JEUNEJEAN