Ils étaient jeunes. Ils étaient magnifiques. Léo, Mika, Régis... Il y avait du James Dean et du Che Guevara en eux lors de l'entame de leur carrière à Sclessin au début des nineties. Les belles voitures ont hanté leurs rêves de jeunes comme ceux de la légende américaine qui se fracassa à bord d'une Porsche. Et, comme le révolutionnaire argentin, revenu dans l'actualité avec le film de Walter Salles consacré à son voyage de huit mois à moto à travers l'Amérique latine en 1952, ils ont souvent crié, hurlé, pesté. Il fallait que jeunesse se passe. De 1992, date de ses débuts au Standard, à 2004, le temps a passé à l'horloge de la vie de Philippe Léonard. A 30 ans, il a désormais le regard de la maturité sur sa carrière, le football, le Standard, Monaco, Nice, l'alphabet de sa vie de footballeur...
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Ils étaient jeunes. Ils étaient magnifiques. Léo, Mika, Régis... Il y avait du James Dean et du Che Guevara en eux lors de l'entame de leur carrière à Sclessin au début des nineties. Les belles voitures ont hanté leurs rêves de jeunes comme ceux de la légende américaine qui se fracassa à bord d'une Porsche. Et, comme le révolutionnaire argentin, revenu dans l'actualité avec le film de Walter Salles consacré à son voyage de huit mois à moto à travers l'Amérique latine en 1952, ils ont souvent crié, hurlé, pesté. Il fallait que jeunesse se passe. De 1992, date de ses débuts au Standard, à 2004, le temps a passé à l'horloge de la vie de Philippe Léonard. A 30 ans, il a désormais le regard de la maturité sur sa carrière, le football, le Standard, Monaco, Nice, l'alphabet de sa vie de footballeur... Philippe Léonard : Enorme. Du bonheur même s'il y a eu aussi des bas. J'y ai passé sept ans et cela m'a changé. J'y ai progressé, mûri. Je n'avais jamais quitté mes parents et je me retrouvais, du jour au lendemain, dans un paradis où l'on croise des célébrités partout. Mais je ne fréquentais pas la jet-set. J'ai découvert le football de haut niveau, disputé une demi-finale de Ligue des Champions, gagné deux titres français. Je devais normalement signer à Feyenoord. L'affaire traînait depuis des semaines. Un vendredi après-midi, Luciano D'Onofrio est venu chez moi : -J'ai un club pour toi. Il a noté mon intérêt avant de me dire que c'était Monaco. Je lui ai demandé : -Où est le contrat. Ce fut quasiment réglé sur-le-champ. Le Standard a touché un bon million d'euros, 42 millions d'anciens francs. Cette décision a constitué le tournant de ma vie et de ma carrière. J'y ai gardé mon appartement. Un gardien de but hors du commun qui marque son temps. Fabien est aussi fort des mains que des pieds. Son exigence, tant pour lui que pour les autres, est énorme. J'ai joué avec lui à Monaco. En match, il crie tout le temps et j'étais souvent dans son collimateur. Après, il est baba cool, gentil. Un ami. Il m'appelait tout le temps... le Belge. Pas Phil ou Léo. A l'entraînement, Eric Deflandre a aussi lancé un... -Hé, le Belge. Marrant. Guy Hellers m'avait surnommé un jour le Suisse car à ses yeux, j'étais alors un peu mou. Mais ça, je n'aimais pas du tout. Le Brésilien avait de la classe à revendre. Sa présence, sa lecture du jeu et sa frappe phénoménale du gauche en faisaient un énorme arrière central. Avec Stéphane Demol, André Cruz a été à la base du Standard d' Arie Haan. Sans cette charnière centrale, mon éclosion et celle de Régis Genaux à droite auraient été plus difficiles. André ne comptait pas ses conseils. Stef nous protégeait. J'ai eu un jour un problème avec Henk Vos. Il m'a lancé : -Je te pète la jambe si tu me serres de trop près à l'entraînement. Demol rétorqua tout de suite : -Si tu le touches, je te casse les tiennes. André Cruz et Stéphane Demol ont été super avec les jeunes. Il a été malhonnête avec moi et avec d'autres comme Marco Simone et Christian Panucci. Il a cru que j'étais l'allié de mes amis italiens. Je n'étais en rien concerné par les problèmes qui les opposaient. Moi, je voulais jouer, gagner, avancer. DidierDeschamps changeait sans cesse d'avis à mon propos. Je jouais bien puis je me retrouvais sur le banc sans raison. Il me mentait, affirmait compter sur moi quand cela l'arrangeait en raison de l'une ou l'autre blessure, avant de me placer sur la liste des transferts le lendemain. A devenir fou. Je n'ai pas fait de déclaration à la presse mais j'ai souvent eu envie de lui envoyer une pastèque à la figure. Je n'ai jamais compris pourquoi il m'en voulait tant. Les raisons de cette ranc£ur n'étaient en tout cas pas du tout sportives. Il a été un des premiers à me féliciter quand j'ai signé à Monaco. Il était là pour m'accueillir et m'a présenté au vestiaire. Enzo Scifo a laissé un énorme souvenir en France et surtout à Monaco. Je le range évidemment parmi les meilleurs joueurs qu'il me fut donné de côtoyer. Marcelo Gallardo est en tête de mon hit-parade puis, tout juste derrière, il y a Enzo, Thierry Henry, David Trezeguet, etc. La L1, c'est beaucoup de qualités. A ce niveau, les clubs allient le physique, la technique, la tactique et surtout la vitesse. La gagne y est une religion. Il n'y a de place que pour les compétiteurs. Au top, cela joue vite devant et surtout sur les ailes. La formation est évidemment exemplaire. Le football belge doit absolument s'en inspirer sans en faire de complexes. Nos meilleures équipes tiendraient certainement un rôle en vue en L1. Si c'est la folie à Marseille, au PSG ou à Lyon, ailleurs, c'est quand même plus calme. Mika, ce sont de bons souvenirs, ceux de nos débuts. C'est le passé et on a raconté tant de choses. Les voitures, les coups d'éclat : c'est loin tout cela. Un jour, pour rire, on a déposé Sacha Rychkov dans un quartier chaud. Roger Henrotay nous en a un peu voulu mais c'était pour se marrer, rien de plus. Michaël Goossens était un attaquant très doué. Nous nous sommes perdus de vue. C'est la vie... Il m'a lancé en D1. Un jour, son adjoint, Léon Semmeling, est venu me voir chez les Espoirs et m'a dit au repos d'un match : -Tu arrêtes. Demain, entraînement avec le noyau A. C'était extra. Le lendemain, j'étais bien à l'heure. Il n'y avait personne dans le vestiaire. Je me suis assis en attendant les autres. Gilbert Bodart est arrivé le premier et je me souviendrai toujours de ses premiers mots : -Hé, toi, le jeune, tu es assis à ma place. Je me suis écarté poliment. Arie Haan était un maître tacticien. Il cernait, comme personne, le jeu adverse et nous donnait sans cesse des conseils. De plus, l'ambiance était formidable. On sabrait souvent le champagne. A mon avis, tous les joueurs fêtaient leur anniversaire deux fois par an. Mais il avait l'£il à tout. Un jour, j'avais tout fait pour ne pas exécuter un exercice à l'entraînement. J'avais cru qu'il n'y verrait que du feu. Par contre, le petit match m'intéressait. Arie Haan m'écarta : -Non, tu feras des tours du terrain à la place. Tu as oublié un exercice... C'était du Arie Haan tout craché : un grand entraîneur. En France, la presse est plus chauvine qu'en Belgique. Là, on apprécie les joueurs qui viennent du Brésil ou d'Argentine. Par contre, si un Belge prend la place d'un Français, la presse aime moins. Sur TF1, Jean-Michel Larqué appréciait mon style. Mais Thierry Roland moins, et quand il parlait du Belge de Monaco, j'avais compris : quelques mots puis basta. C'est le prénom de ma fille. C'est pour elle que je me bats, que je travaille. Plus tard, il faut qu'elle soit à l'abri du besoin. En revenant au Standard, je me rapproche d'elle, je la verrai plus souvent. Elle vit avec sa maman. C'est une tour, un caractère. Je viens de faire sa connaissance. A l'heure actuelle, il n'est pas facile d'assumer le rôle d'attaquant. Le football moderne est très exigeant à leur propos. Ils ont le devoir d'être performants dans le rectangle adverse. Mais on leur demande aussi d'être des points d'appui et les premiers défenseurs de l'équipe. J'ai connu une flopée de grands attaquants. Certains furent mes équipiers, comme Thierry Henry, Sonny Anderson ou David Trezeguet, mais le meilleur, ce fut un adversaire : Del Piero. Avec lui, rien n'était jamais fini. Il a provoqué la plus grosse déception de ma carrière. En 1998, je méritais de prendre part à la phase finale de la Coupe du Monde. Cela se passait en France. J'y jouais, cela aurait été le bonheur. Après le Tournoi Hassan II, il m'a éliminé. On a dit qu'il voulait récompenser des vieux comme Vital Borkelmans, qui était moins fort que moi. Je ne pense pas que c'est lui qui a composé tout le groupe... L'équipe nationale et moi, il y a sans cesse eu des problèmes. Face à la Hollande en 1996 (0-3), j'ai été abandonné par Marc Degryse alors que j'étais pris entre deux adversaires. Il m'a mis dans la merde mais je ne pouvais pas hurler sur lui. Wilfried Van Moer aurait dû le voir. De l'autre côté, Marc Wilmots, lui, avait reculé pour aider Eric Deflandre qui se retrouvait dans la même situation que moi. Personne n'a fait de reproche à Marc Degryse mais, moi, j'ai payé la note, j'ai été remplacé par Nico Van Kerckhoven après 35 minutes. Marc Wilmots était là quand je suis arrivé au Standard. C'était un des piliers de l'équipe avec Gilbert Bodart, André Cruz, Stéphane Demol, Guy Hellers. Il portait l'équipe comme les ballots de paille de la ferme de son papa. Sa force de caractère était phénoménale. Il ne lâchait jamais rien. Pendant l'EURO 2000, j'ai partagé la chambre avec lui. Il m'a donné de bons conseils quand cela chauffait avec le coach, Robert Waseige. Marc me recommandait de rester calme alors que j'avais envie de faire mon sac, en plein tournoi, et de rentrer chez moi. Technique. Vitesse. Puissance. Un parcours incroyable entre le Burundi et Monaco via l'Afrique du Sud, Zurich et Rennes. C'est une belle histoire comme on n'en voit que dans le sport. Elle fait penser à celle de Didier Drogba qui ne passa pas par les centres de formation, se lança à Guingamp, perça à l'OM et joue désormais à Chelsea : fou, fou, fou. Je m'y suis relancé grâce à son coach, Gernot Rohr. Ce n'était pas loin de Monaco. Cela m'arrangeait même si on y paye 54,06 % de taxes. A Monaco, c'est 0 %. Nice avait une option mais j'avais d'autres projets. Rohr a compris mon point de vue. Liège et Monaco, deux principautés. On dit que les Liégeois ont un caractère assez ardent. Liège, c'est ma ville, c'est chez moi. Cette région vit pour le football. J'y reviens avec un énorme plaisir. Je suis certain qu'il y a moyen de faire de grandes choses au Standard. Luciano D'Onofrio m'a permis de revenir. Je dois beaucoup à mon manager. Si j'ai réussi, c'est grâce à lui. Il connaît bien le football. Je ne le voyais pas souvent mais il m'a bien conseillé quand il le fallait. Je lui en serai toujours reconnaissant. Il fut souvent question d'un retour. Mais ce n'était pas possible. Quand on gagne 1.500 euros, on ne change pas pour un job où on ne peut plus empocher que 150. Mais c'était il y a quelque temps et la situation a changé. C'est pour plus tard, à la fin de ma carrière. Avant Nice, j'avais passé des tests positifs à Bolton. Je voulais découvrir la Premier League. Mais Bolton proposa de me payer à la semaine : j'ai refusé. Blackburn s'intéressa aussi à moi mais l'affaire capota quand Graeme Souness quitta le club. Bolton est revenu à la charge récemment. Cela ne m'intéressait pas. Un personnage totalement différent de moi. Au Standard, il montait sans cesse et je devais courir derrière pour compenser. Cela m'a peut-être desservi. En équipe nationale, je lui ai dit un jour de faire gaffe. J'avais aussi envie de mettre le nez à la fenêtre. Il m'a dit : -Hé, t'es devenu exigeant depuis que tu joues à Monaco. C'était Régis... Tout a changé. Les conditions de travail sont merveilleuses : vestiaires, terrains, etc. Sclessin, c'est mieux que Monaco où il pleuvait dans le vestiaire de notre centre d'entraînement. A Nice, Roberto Bisconti verra la différence : Sclessin, c'est autre chose. Ce stade vibre. J'y ai été chahuté aussi. Comme après un match contre Waregem. Je n'avais pas été bon. A la sortie, des gens s'en sont pris à ma fiancée. J'ai eu envie de leur régler leur compte. Hellers m'a conseillé de ne pas bouger. Quelques instants plus tard, des cailloux atterrissaient sur le capot de ma voiture. Mais c'est mon club. Pour progresser, c'est mon avis, il faudra garder le noyau, le renforcer où il le faut, pas plus. Cela avait été la clef du dernier titre de Monaco en championnat. Je suis là pour me relancer et aider le Standard. Physiquement, je serai à 100 % dans deux à trois semaines. Thierry Henry habitait dans le même immeuble que moi à Monaco. Nous allions ensemble à l'entraînement. Quelle vitesse : quand il lâche une torpille, on ne le voit plus. C'est un attaquant moderne mais Patrick Vieira sera plus que lui le patron de la nouvelle équipe de France. Un jour, Luciano D'Onofrio m'a demandé de le sonder à propos de son intérêt pour l'Italie. Titi était intéressé. Et j'en ai fait part à Luciano. C'était leur problème et Titi est parti à la Juventus. J'ai joué mon premier match avec les Diables Rouges contre les Etats-Unis. L'équipe nationale et moi, il y a un goût de trop peu mais ce n'est pas fini. Il grillait sa cigarette dans le bus ou dans le vestiaire. J'en ai connu d'autres : Fabien Barthez, Emmanuel Petit, José Cobos... Quand il avait envie, Frans Van Rooy était impérial. Un jour, il est monté sur un terrain boueux avec des multi aux pieds. Nous, on avait nos plus longs crampons. Pour moi, il n'allait pas en toucher une. Or, il a été le roi de la pelouse. Je n'ai pas eu de problèmes avec lui au Standard. En équipe nationale, ce fut différent. Avant d'annoncer la sélection pour L'EURO 2000, il m'a dit, devant son staff : -Ici, le patron, c'est moi. André Duchêne et tes copains du Standard, cela ne compte pas. Danny Boffin et Toni Brogno mériteraient plus leur sélection mais je te prends quand même. J'avais envie de partir, je lui ai dit que j'avais déjà connu cela en 1998 et que cela ne me poserait pas de problème. Je suis quand même resté. Plus tard, cela s'est corsé. Un soir, j'ai téléphoné de la salle de soins. Je ne voulais pas déranger mon compagnon de chambre, Marc Wilmots, qui s'était endormi à 21 h 30. Je n'avais rien à cacher. Le coach m'a vu et, le lendemain, ce fut le drame. Marc m'a demandé ce que j'avais fait. Tout le top de la fédération avait été convoqué par le coach. Une histoire de fous. J'étais accusé d'avoir téléphoné sur le compte de la fédé. Waseige avait besoin d'un bouc émissaire, me critiquait pour des détails, quand ma chemise dépassait de mon pantalon, etc. J'étais décidé à quitter L'EURO 2000. Mon père m'avait dit : -Tu fais tes bagages et tu rentres à la maison. Marc Wilmots et Luciano D'Onofrio m'en ont dissuadé. Après ma carrière, j'espère devenir entraîneur et avoir un commerce à Monaco. Djorkaeff a joué à Bolton. Là, je l'ai vu et il m'a salué comme si j'étais un Anglais : - Hi ! Il ne savait pas que je jouais à Monaco. Je l'ai revu plus tard dans un restaurant avec un ami. Il ne se souvenait plus de notre rencontre. Un mot : le meilleur. Pierre Bilic" SCLESSIN, C'EST MIEUX QUE MONACO où il pleuvait dans le vestiaire de notre centre d'entraînement "