Le destin. Vous y croyez ? Y a quand même quelque chose, non ? Sûrement. Même si croire à la destinée, c'est croire à une certaine fatalité.
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Le destin. Vous y croyez ? Y a quand même quelque chose, non ? Sûrement. Même si croire à la destinée, c'est croire à une certaine fatalité. A une sorte de force surnaturelle qu'on ne maîtrise pas mais qui maîtrise notre vie. Pour certains, le mot fatal est synonyme de mort. On s'y dirige tous, c'est même la seule certitude quand on prend vie. Le destin, c'est bien, mais l'aider à prendre les bonnes directions, c'est mieux. PaulClement l'a fait. Qui ? Paul Clement, un p'tit prof de gym de Sutton, petit district situé dans le Grand Londres, qui va - grâce à son envie et sa bonne étoile - fréquenter les grandes capitales. Londres, Paris, Madrid. Pas de demi-mesure avec Paul. C'est pour cela que les grosses pointures (Guus Hiddink et CarloAncelotti) le veulent comme adjoint. Et pourtant, le chemin fut long et parfois douloureux. La finesse d'analyse des choses du football, il l'a très tôt. Poser un constat très dur, cruel, il sait le faire car il se l'est infligé à lui-même. Son père, DaveClement, international anglais au sommet de la gloire meurt dans un accident. Gros choc. Son frère et lui se jurent de perpétrer le talent familial. Mais le talent des pelouses, c'est son frère qui le possède. Paul en a un autre, la lucidité qui le pousse à renoncer à vouloir devenir pro. Un renom qui va lui permettre de se faire un nom et un joli palmarès. La vitesse requise au haut niveau, il l'aura dans la réflexion. Sa technique sera celle de l'élaboration de séances d'entraînement. Son sens tactique, il l'expliquera avec des mots et des schémas. Le ballon, il le fera vivre via les pieds des autres. Diplômé dès l'âge de 20 ans de la Fédé anglaise, il le sera sept ans plus tard de l'UEFA. Ses copains de promotion sont deux autres précoces : AndréVillasBoas et BrendanRodgers. C'est tout ce qu'ils partageront. Le Portugais ne le garde pas quand il débarque à Chelsea. Un mal pour un bien, un autre signe du destin. Il va à Blackburn. C'est là qu'Ancelotti vient le rechercher. Il passe du hors-piste qu'est la D2 anglaise à la piste aux étoiles du PSG. C'est pourtant à Chelsea que tout a commencé. Il y débute tout en bas avec les 10-12 ans. Il grimpera jusqu'aux pros. En passant par la case du " Programme d'insertion à travers le foot ". Puis, il y aura Fulham pour s'occuper du " programme éducatif et de santé ". Apprendre, toujours apprendre et puis revenir chez les Blues. Sa grande chance, c'est l'impatience d'Abramovitch, le mécène qui vire comme il respire. Paul Clement est la respiration qui aide à la transition. Il est le trait d'union entre les valeurs du club et tous ces coaches qui débarquent avec leur staff. Il faut une cellule souche pour que la greffe prenne. Il sera le Blues qui permet de garder le cap. Hiddink, le repère, Ancelotti le confirme et puis ne saura plus s'en passer. A Paris, il y a eu Beckham, mais l'Anglais qui a le plus influé sur le jeu, c'est Clement. Un vrai " workingclasshero " dans le monde du " blingbling ". L'ancien prof de Sutton éduque les élèves turbulents les mieux payés de la planète. " De mon métier de prof, j'ai gardé le sens de l'organisation, de l'adaptation aux multiples personnalités des élèves. C'est là que j'ai commencé à devenir coach. " Maintenant, il donne la leçon à Cristiano Ronaldo après avoir dirigé Ibra. Zizou lui demande de lui expliquer pourquoi les fractionnés permettent de tourner plus rond. Sa spécialité : organiser et apprendre au groupe à communiquer. En un mot : créer des liens. Humains et footballistiques. " Les grands entraîneurs avec qui j'ai travaillé étaient des hommes de bancs. Des génies dans la gestion des matches. Hiddink et Ancelotti voient tout très vite. Ils possèdent une certaine intuition complétée par un grand vécu de footballeur. En match, cela fait la différence. " Chacun son rôle mais un jour Paul jouera le premier. Il a le temps, il laisse faire le destin pour le mener jusqu'au festin. " Un vrai working class hero dans le monde du bling bling. "