I l n'y a pas eu d'exploit. Malgré un début de saison canon, le Beerschot-Wilrijk n'est pas parvenu à se hisser en D1A, courbant l'échine lors de la finale de D1B face au Cercle Bruges. Guillaume François (ex-Mouscron, GBA et Charleroi), n'a donc pas vécu le cinquième titre consécutif des Anversois.
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I l n'y a pas eu d'exploit. Malgré un début de saison canon, le Beerschot-Wilrijk n'est pas parvenu à se hisser en D1A, courbant l'échine lors de la finale de D1B face au Cercle Bruges. Guillaume François (ex-Mouscron, GBA et Charleroi), n'a donc pas vécu le cinquième titre consécutif des Anversois. " Pourtant, quand Alexandre Boucaut fait appel au VAR après avoir sifflé le penalty en faveur du Cercle à la 90e minute, je crois vraiment qu'il va l'annuler. Deux minutes qui sonnent comme une éternité. Jusqu'à ce qu'il confirme sa décision. " Un café noir au bout des lèvres, le Champlonais évoque son amour pour la capitale du diamant et l'importance qu'a eue pour lui le Beerschot-Wilrijk au moment où, mis de côté par Charleroi, il s'est questionné sur la suite à donner à sa carrière. Comment digère-t-on la perte du titre à Anvers ? Guillaume François : On relativise, on se dit que l'objectif de la saison a été atteint, vu qu'on a évité la lutte pour le maintien. Maintenant, chemin faisant, on s'est vraiment pris au jeu, surtout après avoir gagné le match aller 1-0. On passe de l'idée d'être champion et de ne plus avoir de matchs pendant plus de trois mois à celle de devoir préparer dix rencontres de PO2. Le bon côté des choses, c'est qu'on teste notre niveau par rapport aux clubs de D1. Avec au programme un excitant Antwerp-Beerschot le week-end prochain...François : Notre public va être chaud boulette ! On espérait revoir l'Antwerp la saison prochaine, mais ça sera probablement le match le plus chaud de ma carrière. On va bien sûr se préparer différemment que lors du dernier affrontement. Tu l'as joué ? François : C'était un match de préparation d'avant-saison à l'époque de Glen De Boeck, donc en 2011 ou 2012. On sortait d'une semaine de physique intense et De Boeck avait dit : " Je n'en ai rien à foutre de ce match, je le prends comme une prépa, donc tout le monde jouera une mi-temps. " C'était un peu audacieux de le prendre à la légère... François : Je trouvais aussi, mais je ne me rendais pas compte de l'enjeu. Je le voyais certes comme un derby, mais amical. On est arrivé au Bosuil, c'était rempli, bouillant, tendu ! On a perdu 2-1 et nos fans nous en ont voulu. Il y a eu des bagarres entre supporters, la police a dû amener chevaux et canons à eau pour disperser la foule et on a attendu deux heures pour sortir du stade parce que nos propres fans nous bloquaient l'accès. Une fois arrivés au parking des joueurs, au Kiel, ils étaient à nouveau là, outrés, nous faisant comprendre que c'était scandaleux d'avoir perdu le match de l'année, surtout qu'on était en D1 et l'Antwerp en D2. On s'en est rendu compte trop tard et l'atmosphère a été très pesante pendant 2-3 semaines à cause de cette défaite. En tant que chevronné du Beerschot, as-tu intégré la culture de la rivalité avec l'Antwerp ? François : C'est plus via les supporters qu'on l'intègre mais au fur et à mesure que la carrière avance, on devient tous des collègues. Et puis, il y a beaucoup de mecs qui sont passés par les deux clubs : Wim De Decker était mon capitaine au GBA puis il a fait monter l'Antwerp en D1. Personne n'a été lui brûler sa maison pour autant. C'est uniquement sur le terrain, le jour du match, que c'est la guerre. Petit retour en arrière : qu'est-ce que tu t'es dit le 25 mai 2016 au moment de quitter la Cristal Arena après un match à Genk ? François : Je venais de vivre une saison catastrophique, avec un an de blessures, et j'ai pris l'eau avec toute l'équipe carolo ce jour-là (défaite 5-1 en finale des PO pour l'Europe, Ndlr). Je manquais de condition, donc j'ai été un des plus mauvais du match. Forcément, dans ces cas-là, c'est plus facile de taper sur celui qui n'était pas dans l'équipe pendant un an. En sortant de la Cristal Arena, je me suis dit qu'il était temps de refermer le beau chapitre carolo. J'ai contacté mes agents pour tenter d'atteindre mon rêve ultime d'évoluer en Angleterre. Ils m'ont trouvé assez vite un test à Rotherham United, qui était à l'époque en Championship. Un beau stage, finalement non concluant, mais qui m'a permis de me tenir loin de ce que j'avais vécu à Charleroi quelques semaines plus tôt. J'ai vraiment pu lâcher prise à cette occasion. Tu penses que les clubs de D1A et D1B avaient peur pour leur image d'enrôler le gars qui avait raté son seul match de 2015-2016 avec Charleroi ? François : Au moment-même, j'étais très frustré qu'on ne me donne pas plus de crédit dans le sens où j'avais disputé six-sept saisons et 165 matchs en D1. Mais avec le recul, je me dis que le foot est fait comme ça : quand on te propose un joueur, tu regardes l'année qui vient de passer. Et si le gars n'a qu'un match merdique à proposer, tu tournes la tête. Signer au Beerschot était un risque...François : C'était très délicat, risqué même, parce que c'était une D1 amateurs, l'équivalent de l'ancienne D3. Dans ce cas-là, ça passe ou ça casse parce que si j'avais fait une année sans monter, on m'aurait oublié. L'avantage, c'est que je suis resté footballeur professionnel. Au moment de te récupérer, le Beerschot n'a pas des moyens mirobolants. Qu'est-ce que la direction a bien pu te dire pour te convaincre ? François : Le discours a été très simple : " On a gardé notre noyau de supporters depuis la P1, où on a joué devant 5000 personnes. On est champion depuis trois années consécutives et on vient d'enrôler Marc Brys, qui aura un rôle de manager à l'anglaise. On ne va pas te donner un salaire de D1A, mais on veut de nouveau le titre pour retrouver le foot pro le plus tôt possible. " L'équipe était constituée de jeunes joueurs du coin plus quelques chevronnés comme Hernan Losada, Davy De Beule, Kenny Thompson ou Bjorn Ruytinckx... Ces deux derniers n'ont pas toujours eu bonne presse, mais ils étaient précieux quand même...François : Pour une D1 amateurs, c'était parfait. Lors de déplacements dans des stades et terrains parfois pourris, on avait d'un côté jusqu'à 1000 fans qui foutaient un bordel pas possible et, de l'autre, il y avait effectivement Thompson et Ruytinckx. L'ancien Louvaniste montait au cours du dernier quart d'heure, bougeait tout, marquait, puis célébrait son but en se faisant glisser sur le torse (rires). Une fois la D1B atteinte, le projet a-t-il été modifié ? François : Quand le club a été recréé, en 2013, c'est un groupe de sympathisants qui ont associé le Beerschot à Wilrijk, qui était en P1. Ils sont ensuite partis à la recherche de sponsors pour que les moyens financiers s'adaptent aux ambitions sportives. Le président actuel, Eric Roef, était déjà là en P1. Mais les dirigeants ont récemment ouvert les yeux : si le Beerschot voulait être viable en D1A, et même en D1B, il fallait gonfler le budget. La nouvelle est donc tombée en février : le club va recevoir une aide financière d'un prince saoudien.François : Notre sponsor principal, DCA, a racheté la partie majoritaire du club et Abdullah Bin Mossaad s'est offert le reste. Le caractère belge - auquel les supporters tiennent beaucoup - va donc continuer à s'inscrire dans la durée, tout en assurant une compétitivité future. La prochaine étape, c'est l'amélioration des infrastructures, qui ne sont pas au top. Pour le moment, on se change au stade le matin, on prend les voitures pour aller s'entraîner à Wilrijk, puis on revient se laver au Kiel. L'utilisation du complexe, qui est fort petit, est en grande partie réservée aux jeunes. Tu dis que le club veut conserver un caractère belge. C'est-à-dire ? François : C'est bien connu : les Anversois sont assez fiers de leur ville. Il y a une certaine arrogance que je prends personnellement au second degré et que j'aime beaucoup. Les Anversois veulent que les choses qui leur appartiennent restent dans leurs mains. C'est pour ça qu'on a longtemps été un des seuls clubs de D1B 100 % belge. Mais là, on est obligé de faire face à la réalité. À OHL, il y a plein de joueurs amenés par Leicester, le terrain d'entraînement est exactement le même que celui du stade, il y a trois jardiniers qui s'occupent constamment de la pelouse, etc... Chez nous, c'est toujours le même homme qui s'occupe seul du terrain d'entraînement et du stade... et qui lave les maillots. Il y a une dizaine de personnes en tout dans le comité de direction du Beerschot-Wilrijk. C'est ce qui fait l'identité du club, mais on se rend également compte qu'il y a encore une marge pour arriver à se professionnaliser. Anvers conserve une réputation de ville par moments fermée sur l'extérieur. En tant que Wallon bien intégré, le ressens-tu ? François : Je le prends à nouveau au second degré. Je me suis déjà retrouvé sur le terrain alors que nos fans chantaient " Les Wallons, c'est du caca ! " Je ne ferai jamais un procès pour ça, ni pour leur chant " Il n'y a qu'un seul bon Wallon, c'est François ". Cela fait partie du folklore foot et ce n'est pas comparable aux cris de singes. Quand on ne dépasse pas les limites, je trouve qu'il faut prendre les choses avec philosophie. Le côté arrogant des Anversois me fait beaucoup rire.