Les deux clubs ne sont distants que de 48 kilomètres et lorsqu'on évoque ce match, on a tendance à évoquer le derby hennuyer. Pourtant, entre Mons et Charleroi, il n'y a pas d'animosité. Ni de grande rivalité.
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Les deux clubs ne sont distants que de 48 kilomètres et lorsqu'on évoque ce match, on a tendance à évoquer le derby hennuyer. Pourtant, entre Mons et Charleroi, il n'y a pas d'animosité. Ni de grande rivalité. " Les rapports entre Mehdi et moi sont respectueux et cordiaux ", explique Alain Lommers, le directeur général du RAEC. " Je suis à la Pro League et Charleroi n'y est pas et il n'est pas rare que Mehdi me demande de parler de tel ou tel sujet ou prenne des nouvelles d'une réunion ou l'autre. " Lorsque Charleroi est descendu, Mons qui venait de remonter a bien compris qu'il ne pouvait ni attirer le public, ni les sponsors carolos. Cela vaut également pour Charleroi, dont le bassin démographique ne va pas jusque Mons. De plus, la notoriété des Zèbres n'a jamais eu besoin de se nourrir du public montois, bien plus clairsemé. " Ce derby nous permet d'avoir un match animé dans les business seats car il y a des partenaires communs dans les deux régions ", explique Pierre-Yves Hendrickx, le secrétaire général de Charleroi. " Mons est un club sympa mais on ne peut pas parler d'un vrai derby. Il n'y a pas le côté passionnel d'un tel affrontement. On peut parler d'un derby amical. On connaît tout le personnel du RAEC Mons, leur entraîneur a débuté chez nous, notre entraîneur de gardiens vient de là mais pour le Sporting, le grand rival demeure le Standard. " En marge de l'affrontement, Sport/Foot Magazine a donc analysé ces deux clubs " amis " et proches. En termes d'ancienneté, on a affaire à deux alertes centenaires. Charleroi a été créé en 1904 et Mons six ans plus tard. Pas question donc de parler de club neufs. Au classement du nombre d'années de présence en D1, Charleroi apparaît à la septième place avec 33 saisons au sein de l'élite depuis l'instauration du professionnalisme en 1974. Mons, lui, n'occupe que le 30e rang avec huit saisons à peine. Avant leur descente en 2011, les Carolos comptaient 26 campagnes d'affilée au plus haut niveau. Seuls le Club de Bruges, le Standard et Anderlecht faisaient mieux ! Malgré un palmarès vierge, le Sporting a atteint la finale de la Coupe de Belgique (1978 et 1993), a terminé vice-champion en 1969 et a un léger passé européen. Rien de tout cela à Mons qui évoluait encore en D3, il y a 15 ans. L'Albert doit donc se construire une histoire, ce qui passera par une stabilité en D1 (jusqu'à présent, le RAEC n'a jamais réussi à faire plus de trois saisons d'affilée en D1) et par l'un ou l'autre trophée. Certes, à Charleroi, on parle avec nostalgie des années Waseige ou des années Mathijssen lorsque la moyenne de spectateurs avait passé la barre des 10.000. En 1994, le stade accueillait en moyenne 10.897 supporters. En 2006, ils étaient 12.117 et à peine un peu moins l'année suivante (11.284). Depuis lors, la gestion d'Abbas Bayat et la descente ont fait beaucoup de mal. La saison passée, les Zèbres ont fait à peine mieux (6.387) que la saison de la descente (6.375). OK, on parle d'un public chaud et vibrant mais le sera-t-il encore lors des premiers mois de la compétition dans un stade sans toiture ? Il restera en tout cas toujours plus fourni que celui de Mons. Malgré des conditions inconfortables, la campagne d'abonnements a démarré convenablement (2.000 pour 2.500 à la clôture en septembre 2012). Chez les Dragons, on ne sait plus à quel saint se vouer pour que l'engouement populaire visible lorsque le club évoluait en D3 électrise les travées du stade Tondreau. Malgré les deux dernières bonnes saisons, l'affluence ne décolle pas avec 4.684 spectateurs de moyenne lors de la remontée et 4.010 la saison dernière. Comment expliquer une telle différence entre les deux clubs ? Charleroi est une ville beaucoup plus populaire, avec un noyau ouvrier très fort. De tous temps, le public carolo fut parmi les plus fidèles et enthousiastes de la D1 (comme souvent dans les régions industrielles). La crise a pourtant frappé de plein fouet. Dans une région sinistrée, le coût d'un abonnement peut peser sur le budget d'un ménage. La concurrence du basket a également érodé l'affluence au Mambourg. Mons est une ville davantage bourgeoise. On a tendance à dire que les amateurs de foot se situent en périphérie de la ville. Or, qui dit périphérie, dit Borinage. Et n'allez jamais dire à un Borain qu'il est Montois. Il ne saurait donc pas se reconnaître dans le club de la ville. Là aussi, la concurrence du basket a certainement joué en défaveur du RAEC. Surtout dans une ville comme Mons où un sport de salle est plus adapté au caractère bourgeois de la cité. A Mons, il ne manque plus que deux tribunes pour être heureux. Les dirigeants sont persuadés que leur construction doperait l'assistance. Cela mettrait en tout cas fin à une période de transformations entamée en 2003 après la montée en D1. Le stade Tondreau d'alors ressemblait davantage à une arène de D3 qu'à un stade de D1. La construction de deux tribunes allait lui conférer un aspect de club d'élite. Tout comme l'aménagement des terrains d'entraînement (dont un synthétique) à côté du stade. La mauvaise publicité de la saison passée (avec une vidéo des abords boueux et la fermeture d'une des tribunes pour vétusté) a nui à l'image du club mais a fait bouger le dossier du stade. Du côté carolo, le stade a été démonté cet été et devra attendre plusieurs mois avant de recevoir une toiture. La capacité a été revue à 14.000 places mais cela suffira pour accueillir la grande majorité des adversaires. Le Sporting verra uniquement sa recette contre le Standard et Anderlecht amputée de quelques milliers d'euros. Quant au centre d'entraînement, il fait encore pâle figure face à celui de Mons. Le site de Marcinelle a toujours manqué de terrains d'excellence mais fait progressivement sa mue. Le RCSC a engagé un ouvrier pour s'occuper des terrains (pourtant communaux !). Quant à la ville, elle a construit un nouveau bâtiment pour les jeunes. Le Sporting va négocier la possibilité d'occuper également ce bâtiment. Enfin, la ville devrait prochainement lancer la deuxième phase de travaux, à savoir la rénovation des vestiaires. En attendant que le site de Marcinelle soit clinquant, le Sporting multiplie les séances d'entraînement à Tubize. Les deux clubs jouent plus ou moins dans la même cour. Le budget de Charleroi s'élève à 6 millions ; celui de Mons également. Seule différence : Mons a peut-être moins de rentrées d'argent (sponsoring, ticketing,...) que Charleroi et dépend davantage d'un seul homme (Dominique Leone). Cependant, le travail d'Alain Lommers a permis au fur et à mesure à l'Albert d'équilibrer les comptes. La vente récente de Jérémy Perbet en est le dernier exemple en date. Mons s'est organisé en S. A depuis 2002 et les comptes affichent une stabilité étonnante. Seules les relégations en D2 ont obligé le président Leone à augmenter le capital. Depuis la remontée, les comptes ont révélé un bénéfice de 18.000 euros et un déficit de 9.000 euros. Autant dire l'équilibre parfait. Cette saison, la vente de Perbet devrait aboutir à un bénéfice et combler certains trous laissés par la baisse du ticketing. Pour Charleroi, très florissant il y a encore trois ans, la descente (et le maintien d'un train de vie de D1) a fait beaucoup de mal aux finances. Après un déficit de 4,5 millions la saison passée, il sera encore de l'ordre de 600.000-700.000 cette saison. Preuve que la barre a été redressée (grâce notamment à l'arrivée de nouveaux partenaires comme le vice-président Alain Gaume) mais que le club navigue encore dans le rouge. Néanmoins, une fois l'héritage Abbas Bayat liquidé, on peut espérer revoir le club passer en bénéfice. D'autant plus que le Sporting n'a pas voulu vendre à tout prix ses principaux joueurs. Il dispose donc toujours de cette possibilité. Mons s'est toujours plaint de la difficulté d'attirer des sponsors nationaux. Lommers n'a jamais compris comment certaines grandes sociétés (comme Electrabel) aient toujours privilégié le Standard et Charleroi à Mons. La saison passée, confronté au manque d'envie des sociétés régionales, le club s'était même tourné vers la société flamande Les Vérandas Willems pour orner ses maillots ! " Quand un gros sponsor rentre, un autre diminue sa participation ou nous quitte ", dit Lommers, " Depuis deux ans, on dispose du même montant de sponsoring. Il n'y a pas d'évolution. C'est un peu un problème. Les entreprises évoquent toujours la crise. A part pour les quatre ou cinq grands clubs, le marché est très dur pour tout le monde. " Le sponsoring représente 18 % du chiffre d'affaires de l'Albert (les droits TV 36 % et la billetterie 13 %). Pour combler ce déficit d'image, Mons essaie de trouver de nouvelles idées. Ce fut le premier club francophone à mettre sur pied un club affaire (le club 44) qui rassemble autour de conférences et de soupers plusieurs acteurs économiques. Cette idée a d'ailleurs été reprise par Walter Chardon, directeur commercial de Charleroi, lorsqu'il est arrivé il y a un an. " On développe des relations d'affaires entre les partenaires. En plus de la visibilité, le sponsor reçoit dans son package la possibilité d'élargir son réseau d'affaires ", reconnait Mehdi Bayat. Charleroi a toujours pu compter sur des sponsors fidèles. " Charleroi est la première ville francophone de Belgique en termes de population ", analyse Mehdi Bayat. " Nous sommes donc plus enclins à attirer des sponsors nationaux. " La descente en D2 a mis à mal la confiance de certains mais le retour en D1, accompagné du projet Carolos are back, a redonné un nouvel élan. Même si, de l'aveu-même des dirigeants carolos, ce projet aurait pu rassembler encore davantage de monde. " Oui mais il ne faut pas oublier que les gens veulent associer leur image à la victoire. C'est pour cette raison que tout passe par un projet sportif qui tient la route et amène des résultats ", explique Mehdi Bayat. Néanmoins le retour en D2 aura permis de compter 50 % de sponsors supplémentaires. Aujourd'hui, dans le budget carolo, le sponsoring représente près de 30 % et la billetterie 10 % ! A noter que les descentes successives des deux clubs n'ont en rien profité à celui qui restait en D1. " J'entends souvent ce discours ", dit Lommers. " Lorsque Mons est descendu la première fois et que La Louvière était toujours en D1, certains avaient dit que tous nos sponsors fileraient à La Louvière, distant d'à peine 23 kilomètres. Or, ce ne fut pas le cas. Les sponsors locaux restent fidèles à leur région. Seuls les sponsors nationaux vont rechercher la visibilité d'un club de D1. La descente de Charleroi, il y a deux ans, n'a eu aucune incidence au niveau de l'affluence ou du sponsoring. Elle nous a juste profité sur le plan de la médiatisation. On parlait davantage de nous dans la presse et un peu moins de Charleroi. " Depuis son retour en D1, Mons s'est stabilisé. L'entraîneur est en place depuis un an et demi et a battu le record du club en décrochant une septième place. Enzo Scifo, à l'image du club, ne fait pas de vagues mais travaille bien. Les transferts, ciblés et souvent peu onéreux, ont tous rapporté gros. Qui aurait misé sur les Tim Matthys, Tom Van Imschoot (depuis lors parti à Ostende), Mustapha Jarju, voire même Shlomi Arbeitman qui a bien remplacé Jérémy Perbet après Noël ? En misant sur des joueurs expérimentés et revanchards, Mons s'est assuré une place dans le ventre mou et titille même les candidats aux play-offs. Il en oublierait que pendant deux ans, Mons disposait du plus petit budget de la division un ! Certes, l'Albert n'est pas à l'abri d'un scénario " Westerlo " ou " Cercle " (un club stable qui connaît une année sans) mais rien ne laisse présager un tel dénouement. Charleroi a également mis le sportif au centre de son projet de développement. Avec un peu moins de garantie que l'Albert puisque le club n'a qu'une saison de D1 derrière lui et que son entraîneur, Felice Mazzu, ne présente pas encore la même expérience que Scifo. Mais tous les signaux sont au vert : les Zèbres ont réussi à conserver leur pilier et pour la première fois depuis de nombreuses saisons, le club donne vraiment l'impression d'avoir ciblé ses renforts. Charleroi a bien décidé de miser sur des jeunes joueurs (Mohammed Mrabet et Habib Daf ont 19 ans, Jonathan Vervoort, Kenneth Houdret et Jamal Thiaré ont 20 ans) mais seul Houdret vient de l'école des jeunes. Cela fait des années qu'elle ne rapporte rien au club. Depuis Laurent Ciman, aucun joueur n'a fait son trou en D1. Et le club a laissé partir Dorian Dessoleil à Saint-Trond, se privant d'une belle vitrine. Un an avant, Massimo Bruno était lui aussi parti, ne croyant pas au projet carolo. Quant à Mons, depuis Alessandro Cordaro, aucun joueur formé au club n'a pointé le bout de son nez. Dans le noyau actuel, trois joueurs (Adrien Saussez, Noël Dussenne et Dylan De Belder) viennent de l'école des jeunes. L'avenir nous dira si c'est le premier signe d'un changement de cap. " On sort des éléments ", se défend Lommers, " mais on a du mal à tenir nos jeunes de -16 ans car on ne peut leur offrir de contrat avant cet âge. L'année passée, Bruges nous a piqué deux éléments. Mais pour le moment, deux de nos joueurs, De Belder et Brice Ntambwe (NDLR : que Mons a transféré de Birmingham) évoluent en équipe nationale Espoirs. Mons n'avait jamais connu cela. Une fois que le club se sera stabilisé en D1, les jeunes comprendront qu'ils auront plus de chances de jouer en D1 à Mons que dans un plus grand club. " PAR STEPHANE VANDE VELDE - PHOTOS : IMAGEGLOBE" Ce derby nous permet d'avoir un match animé dans les business seats. " Pierre-Yves Hendrickx Alors que Charleroi reste sur deux années de déficit, Mons affiche un équilibre presque parfait.