En D1, on n'a pas le temps de flâner : la découverte de ce nouvel univers est-elle plus surprenante que pré-vu ?

David Vandenbroeck : Disons, pour être précis, que tout est infiniment plus intense qu'en D2... A ce niveau, que ce soit en match ou à l'entraînement, on ne peut pas se cacher ou même lever le pied. Je ne dis pas que c'est le cas en D2 mais l'approche de tout ce qu'on vit est quand même très différente. Dans l'univers de l'élite, si on ne se montre pas, on n'existe pas. Il faut être dominant dans le job qui vous est attribué. Le rythme est plus élevé en D1 mais le tour final m'avait déjà permis d'approcher ce niveau. Ce fut un rush de six matches dignes de ce qui se voit en Pro League : préparation intensive, engagement, organisation défensive, réalisme offensif, esprit de corps, etc. Pour moi, ce fut finalement un bon tremplin pour la D1. C'est un immense bonheur d'avoir vécu cela.
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David Vandenbroeck : Disons, pour être précis, que tout est infiniment plus intense qu'en D2... A ce niveau, que ce soit en match ou à l'entraînement, on ne peut pas se cacher ou même lever le pied. Je ne dis pas que c'est le cas en D2 mais l'approche de tout ce qu'on vit est quand même très différente. Dans l'univers de l'élite, si on ne se montre pas, on n'existe pas. Il faut être dominant dans le job qui vous est attribué. Le rythme est plus élevé en D1 mais le tour final m'avait déjà permis d'approcher ce niveau. Ce fut un rush de six matches dignes de ce qui se voit en Pro League : préparation intensive, engagement, organisation défensive, réalisme offensif, esprit de corps, etc. Pour moi, ce fut finalement un bon tremplin pour la D1. C'est un immense bonheur d'avoir vécu cela. Tout à fait. J'ai même été présenté au public de Charleroi. Mais Tubize (comme il en avait le droit) a exigé que je preste jusqu'à la fin de mon contrat. A ce moment-là, j'aurais préféré une autre solution. J'étais déçu. Mais, bon, je n'ai pas fait la tête, ce n'est pas mon style, et je me suis remis au travail. Je vis des trucs fantastiques. Je dois beaucoup à Tubize et j'ai contribué à la réalisation d'un rêve. Tubize existe et, en plus de l'élan sportif, cela génère des retombées économiques. Je connais beaucoup de commerçants de Tubize : leur chiffre d'affaires est en forte hausse. Oui, oui... grâce au football. Je dirai même plus : cette montée en D1 a " sauvé " la carrière politique du président Raymond Langendries. Il y avait quand même du remous et certains reprochaient à ce visionnaire d'avoir abattu la piscine pour ériger la tribune principale du stade Leburton. Aujourd'hui, les travaux avancent vite et les habitants de Tubize sont fiers qu'on parle tant de leur ville. Je savais cependant qu'il était temps pour moi de découvrir autre chose, de couper quelque part le cordon ombilical. J'ai eu deux offres : Mons et Charleroi. A Charleroi aussi mais pas au centre d'entraînement. Mais nous ne nous y déshabillons pas. Je n'ai même jamais vu ces vestiaires. Les joueurs se préparent au Mambourg, se rendent à Marcinelle en voiture, reviennent au stade dès que le boulot est terminé. Je n'ai rien à reprocher à Mons mais les Dragons n'ont pas encore acquis de véritable culture de la D1. Ils s'y implantent de plus en plus mais vivent quand même des saisons houleuses. Charleroi constitue une des valeurs stables de la D1. Le Sporting détient les moyens de rudoyer régulièrement les grands ténors de l'élite. C'est un club qui n'hésite pas à afficher ses ambitions. Le discours de Mogi Bayat m'a plu et la réalité colle avec mes attentes. Charleroi peut miser sur un groupe complet qui regorge de qualités techniques et athlétiques. L'effectif carolo a tout pour surprendre : Anderlecht, par exemple, a eu peur de nous... Oui, et nous aurions pu mener 0-2 après un quart d'heure de jeu. Charleroi a eu des occasions franches mais n'a pas su tuer son adversaire. Notre aisance technique l'a embarrassé. Le but était de priver Anderlecht de ballon. Quand on y arrive, c'est l'étonnement et même l'effroi. J'en suis certain : Anderlecht a eu la trouille. Un fait de match a changé la donne : l'exclusion de Frank Defays. A 10 contre 11, Thierry Siquet a joué avec trois arrières. Cette volonté explique pas mal de choses même si nous avons finalement perdu. Si je suis en D1, c'est pour vivre de tels matches. J'espère que mon coach est content. J'ai la chance de faire mon chemin dans un groupe qui a du métier. J'ai notamment le bonheur de jouer avec des joueurs qui étaient des références pour moi à Nancy : Bertrand Laquait et Sébastien Chabaud. J'étais au centre de formation, et ils évoluaient en équipe Première. J'ai joué avec Salahedinne Sbai à Tubize. Le secteur défensif est très solide. Laquait est un des meilleurs gardiens de D1. Defays est l'exemple à suivre. Il incarne parfaitement les valeurs du club. Defays, c'est un synonyme de Charleroi. C'était un peu mon cas à Tubize dont j'étais le capitaine. J'espère que j'imiterai Capi à Charleroi. Je dois exploiter ses conseils et tirer profit du métier de Badou Kere et de ses 260 matches en D1. A Tubize, je mettais le nez à la fenêtre. C'est possible en D1 mais mon premier job, c'est défendre. Il faut prendre garde car la moindre erreur se paye cash. Nous avons la chance d'avoir un des entrejeux les plus techniques de Belgique. Quand je vois Sergio Rémi à l'£uvre, je me délecte. Sa lecture du jeu le classe en haut de gamme. Et Majid Oulmers ? Encore du très technique. Fabien Camus revient après son opération et on comprend vite à l'entraînement : ça joue bien. Tim Smolders sait tout faire, Chabaud aussi. Devant, on est paré avec Cyril Théréau, Mahamadou Habibou, Orlando, Geoffrey Mujangi Bia, etc. Le Top 5. Charleroi n'a pas peur d'évoquer ses ambitions. Concernant mon cas, je sais que je dois avancer pas à pas... Je ne crois pas. J'avais peut-être besoin d'un peu plus de temps. Je me suis construit par le temps et le travail. A Tubize, Philippe Saint-Jean m'a dit : - Sois patient, tu y arriveras. Je suis parti de loin finalement. A la base, je suis Bruxellois. A 8 ans, je me suis inscrit au Racing de Bruxelles. Emilio Ferrera coachait la Première. Puis mes parents ont construit à Braine-l'Alleud. J'ai été transféré à Waterloo. Assez grand pour mon âge, je sautais souvent une tranche d'âge. Le CS Brainois m'a recruté et ce fut un pas important. Waterloo alignait ses jeunes dans des séries régionales. Braine était déjà réputé pour ses formateurs et comptait des équipes de jeunes en séries provinciales : le niveau était donc plus élevé. Entraîné par Jerry Schoupe et Christian Saint-Jean (le frère de Philippe), j'ai tout de suite débuté en Cadets provinciaux. Braine est un révélateur de jeunes pour cette région car ses équipes sont généralement bien classées. Cela m'a permis d'être repris en sélections nationales de jeunes, d'intéresser Jean-François Remy avant que Christophe Dessy ne m'approche pour Nancy. Mouscron était intéressé aussi. J'ai visité le Futurosport (où officiait Philippe Saint-Jean) mais en accord avec mes parents, j'ai opté pour Nancy et la formation à la française. Je ne l'ai jamais regretté. J'ai eu droit à un bon enseignement adapté aux impératifs du football avec deux entraînements par jour, à 10 h 30 et à 13 h 30. Et j'ai obtenu mon bac en gestion d'entreprises. C'était moi. Mes parents et ma s£ur Sarah me manquaient beaucoup. Même s'ils me rendaient souvent visite, cet éloignement familial était éprouvant. J'étais nostalgique. J'admire Kevin Mirallas et Eden Hazar qui réussissent en France. Ils doivent aussi lutter contre le mal du pays. Il faut un énorme mental. A l'étranger, le cercle des amis se restreint. Je n'ai gardé qu'un ami de ma jeunesse, Kevin Serville, qui joue maintenant au White Star. Avec Nancy, j'ai découvert la Coupe Gambardella avant que la concurrence ne soit très forte en CFA avec des joueurs chevronnés, des internationaux, etc. Je ne suis pas imposé à Nancy, c'est vrai, mais j'y ai tellement appris. Dessy a été un mentor pour moi. Quand Tubize a contacté mes agents (Jacques Lichtenstein et Daniel Detemerman), je n'ai pas hésité et cela me permettait de revenir à quelques kilomètres de chez moi. Là, j'ai pu mettre en pratique tout ce qu'on m'avait inculqué à Nancy. Tubize n'avait pas la meilleure équipe de D2, loin de là. Sur papier, elle aurait même dû lutter dans le bas du tableau. Or, elle est montée. Pourquoi ? Parce que le groupe était soudé : des copains ont fait bloc. C'était un plaisir d'être ensemble sur le terrain et au quotidien. Cette solidarité était le secret de Tubize. Je crois qu'on l'a un peu oublié là-bas. Des dirigeants vous ont dit que Saint-Jean était le roi des casse-pieds ? Non, il protégeait son groupe. C'est un perfectionniste. On savait que cela chauffait entre lui et la direction. Il a construit une bulle autour du groupe : rien ne pouvait nous atteindre. Si c'est pas du grand art, je ne sais pas ce que c'est ! Tubize n'a pas bien travaillé en été mais, contrairement à beaucoup, je suis persuadé que ce club restera en D1. Non, non, je le pense vraiment. Oui, je le connais très bien, j'ai fait mes classes de jeunes avec lui à Nancy. On jouait ensemble au coeur de la défense. C'est un excellent arrière qui a toujours su exploiter ses solides atouts athlétiques. Je me réjouis de le retrouver à la mi-novembre. A Nancy, je lui ai prêté un jour 60 euros. Il ne les a pas encore rendus... par pierre bilic photos : reporters/gouverneur