Sur la pelouse du stade Constant Vanden Stock, Renaud Emond a la tête basse. Son numéro 9 vient de s'afficher sur le panneau brandi par le quatrième arbitre. Pour résister à la puissance mauve, Aleksandar Jankovic décide de se priver d'un attaquant et d'installer Danilo Barbosa devant la défense. Le Brésilien monte sur la pelouse du pied droit. Comme toujours. Une superstition qui remonte à ses années au pays, même si ses compatriotes n'ont pu la consommer qu'avec modération, puisque le milieu de terrain n'a disputé qu'une poignée de matches en pro sur ses terres avant de prendre la route de l'eldorado européen.
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Sur la pelouse du stade Constant Vanden Stock, Renaud Emond a la tête basse. Son numéro 9 vient de s'afficher sur le panneau brandi par le quatrième arbitre. Pour résister à la puissance mauve, Aleksandar Jankovic décide de se priver d'un attaquant et d'installer Danilo Barbosa devant la défense. Le Brésilien monte sur la pelouse du pied droit. Comme toujours. Une superstition qui remonte à ses années au pays, même si ses compatriotes n'ont pu la consommer qu'avec modération, puisque le milieu de terrain n'a disputé qu'une poignée de matches en pro sur ses terres avant de prendre la route de l'eldorado européen. L'histoire sonne presque comme un refrain pour les prodiges du football brésilien, mais Danilo a rapidement mis son avenir entre les mains du ballon rond. Repéré grâce à une vidéo tournée dans sa ville natale, il passe d'abord un test à São Paulo, où évolue son idole Hernanes. Refusé chez les paulistas, il atterrit finalement à Porto Alegre, dans le club de Grêmio. Danilo a seulement onze ans, et se retrouve à taper dans le ballon à plus de 3.000 kilomètres de chez lui. Chez lui, c'est Simões Filho, non loin de Salvador de Bahia. Une ville rendue tristement célèbre par sa deuxième place au classement des cités les plus violentes du Brésil. Danilo voit le jour le 28 février 1996, pendant que le monde se passionne pour l'officialisation du divorce du Prince Charles et de Lady Diana. Huit ans plus tard, c'est son père alcoolique qui claque la porte, abandonnant Danilo, sa mère et ses cinq frères et soeurs. " Il n'a jamais aimé le football, il ne m'aurait pas laissé jouer ", racontera le Brésilien, rarement bavard à l'heure d'évoquer cette jeunesse tout droit sortie d'une telenovela. Le football fait voyager Danilo. Après dix-huit mois à Grêmio, il revient à Salvador de Bahia pour porter le maillot de Vitória, avant d'aller polir son talent dans la mégapole de Rio de Janeiro, sous les prestigieuses couleurs de Vasco de Gama. Au sein de l'école de jeunes du Gigante da Colina, il est l'un des fleurons de la " génération 96 ", lauréate du championnat carioca avant de constituer la colonne vertébrale de l'équipe nationale U15 qui remportera la Copa América en 2011. Si la star de l'équipe brésilienne s'appelle Gabriel Barbosa (alias " Gabigol ", aujourd'hui à l'Inter), son ossature est bien de Vasco : Danilo, mais aussi Foguete, Baiano, Mosquito et Matheus Indio. Les projecteurs se braquent surtout sur les buts de Mosquito et les dribbles ravageurs de Matheus Indio, Aujourd'hui, le premier est toujours au Brésil, tandis que le second évolue à Estoril, en D1 portugaise. Moins tape-à-l'oeil, mais plus adapté au football européen, Danilo n'attendra pas aussi longtemps pour franchir l'Atlantique. Le premier coup de coeur du Vieux Continent remonte à l'année 2013. Au prestigieux tournoi de Toulon, où sa carrière croise pour la première fois la route de la Belgique (victoire 2-1 des Brésiliens en phase de poules), Danilo atteint la finale à tout juste dix-sept ans. Une précocité qui lui vaut un prix de révélation remis par Mazinho, champion du monde 1994 et ancien de Vasco de Gama, ainsi que les compliments de Brendan Rodgers, qui se verrait bien attirer la promesse auriverde à Liverpool. Les Reds se tâtent, et laissent à Danilo l'occasion d'éclabousser les yeux des scouts une seconde fois quelques mois plus tard. Les Émirats Arabes Unis accueillent la Coupe du monde U17, et le Brésilien impressionne devant la défense : brassard autour du bras, il récupère des ballons à la pelle, les relance très simplement et se trouve toujours à la bonne place pour éteindre les attaques adverses. Un pompier doublé d'une machine à laver. Et un talent suffisant pour inciter Jorge Mendes à entrer dans la danse. Les réseaux tentaculaires de l'agent le plus puissant de la planète ont parlé. Au Brésil, c'est Deco, l'ancien maestro du Porto de José Mourinho, qui joue les détecteurs de talent depuis sa retraite, quelques mois plus tôt. Mendes, convaincu, fait chauffer la carte bleue de sa société Gestifute et aligne quatre millions et demi d'euros sur la table des dirigeants de Vasco de Gama. Le club, en manque cruel de liquidités pour payer les salaires de ses joueurs, préfère l'offre portugaise aux 3,5 millions + 1 million de bonus éventuels proposés par Liverpool. Danilo, après une poignée de matches avec l'équipe fanion de Vasco de Gama, se retrouve donc parachuté à Braga, club qui se voit promettre un (petit) pourcentage des bénéfices qu'occasionnera la revente du joueur. De toute façon, le président Antonio Salvador aurait été bien incapable de s'aligner sur de tels montants sans l'aide de Gestifute. C'est déjà grâce à l'entregent et au portefeuille de Jorge Mendes que Braga avait accueilli les premiers pas européens de Diego Costa, une petite dizaine d'années plus tôt. L'aventure européenne de Danilo commence donc au Portugal, lieu de transit privilégié pour les jeunes Brésiliens qui ne s'y heurtent pas à la barrière de la langue. Le choc culturel est donc rapidement digéré, et l'ancien de Vasco devient une valeur sûre du onze de Sergio Conceição. La rigueur de l'organisation défensive mise en place par l'ancien rouche est taillée sur mesure pour les qualités de Danilo, qui règne sur le milieu de terrain et voit émerger dans la presse portugaise des comparaisons avec Sergio Busquets, grâce à sa lecture des trajectoires et à sa qualité pour casser les lignes à la relance. La saison de Braga se termine avec une quatrième place en championnat et une finale de Coupe, perdue contre le Sporting. La trajectoire classique des jeunes talents qui débarquent en première division portugaise semble devoir l'envoyer chez l'un des trois grands du pays, mais la sélection brésilienne passe encore par là. En Nouvelle-Zélande, le Brésil atteint la finale de la Coupe du monde des moins de vingt ans. La Seleção aligne Boschilia, le Belgo-Brésilien Andreas Pereira, Malcom (aujourd'hui à Bordeaux) ou encore Gabriel Jesus (arrivé cet hiver à Manchester City), mais c'est Danilo qui impressionne. Battu en finale par la Serbie, il échoue également sur la deuxième marche du podium pour le prix de meilleur joueur du tournoi, gratté par le Malien Adama Traoré. Les clubs se bousculent pour celui que le Brésil surnomme déjà " le nouveau Socratés " : un intérêt de la Juve est sérieusement évoqué, et le Bayern garde un oeil attentif sur la pépite brésilienne, qui affiche sur son CV un record de sélections en équipes d'âge de la Seleção. Mais le choix se resserre rapidement, autour de deux clubs où Jorge Mendes a l'habitude de placer ses poulains : Monaco et Valence. Sous contrat avec Gestifute, Leonardo Jardim voit évidemment en Danilo le remplaçant idéal de Geoffrey Kondogbia, parti à l'Inter. Le Portugais est séduit par les facultés de projection balle au pied du Brésilien, moins " bulldozer " mais tout aussi efficaces que celles de son ancien infiltreur français. Mais Danilo préférera Valence, qui le contacte directement par l'intermédiaire de Nuno Espirito Santo, coach portugais du club ché (et ami très proche de Jorge Mendes). Le Brésilien arrive donc à Mestalla, où il prend un bain de foule de 7.000 personnes en compagnie d'Ayuderlin Santos (comme lui, un Brésilien venu de Braga), Mathew Ryan et Zakaria Bakkali, les joyaux de l'Operación diamante du propriétaire du club Peter Lim. Le milliardaire singapourien souhaite faire de Valence un club qui fait grandir de jeunes talents du monde entier, avant de les revendre à prix d'or. Et Jorge Mendes est évidemment de la partie, fournissant l'immense majorité de ces diamants à Valence. À Mestalla, c'est Mario Kempes, champion du monde 78 et ancienne gloire du club, qui fait les présentations. Mais pour en savoir plus sur le Brésilien, c'est vers un autre ancien de la maison que se tourne la presse valencienne. Mazinho présente Danilo comme " un joueur avec un grand sens du sacrifice défensif, et la qualité nécessaire pour porter le jeu d'une équipe comme Valence. Il a de la taille, de la présence, et un bon toucher de balle. Il contrôle le centre du terrain. " Dès les premiers entraînements, c'est avec ses poumons que Danilo impressionne. Le Brésilien fait les meilleurs chronos sur certains exercices physiques, et ne tarde pas à se faire une place dans le plan de bataille de Nuno, basé sur une bonne organisation défensive et des contres ravageurs. Une méthode qui a fait ses preuves la saison précédente, permettant au club de finir à la quatrième place en Liga, et de retrouver la Ligue des Champions après une victoire en barrages contre... Monaco. Malheureusement pour lui, l'arrivée de Danilo coïncide avec le début du foutoir institutionnel qui pourrit le club ché à tous les étages. L'élimination en C1, derrière La Gantoise, sonne le glas de l'ère Nuno, et Gary Neville débarque à la tête de l'équipe, avant de la quitter quelques mois plus tard au bord de la relégation. C'est finalement Pako Ayestaran qui sauvera le club, mais Danilo disparaît de l'équipe après le départ de Nuno, ne comptant que trois titularisations lors des quinze dernières journées. En Liga, malgré son irrégularité, c'est au poste de milieu relayeur qu'il brille, son rôle fétiche de premier relanceur étant dévolu à Javi Fuego. Ses projections balle au pied le rendent très intéressant dans l'équipe de Nuno, et il livre même une prestation cinq étoiles face au Barça à la fin de l'année 2015. Par contre, quand ce football de reconversions laissera place au football plus ambitieux de Neville et Ayestaran, Danilo se noie en même temps que ses équipiers. Valence refuse de payer les 15 millions d'option d'achat en fin de saison, et tente de négocier un nouveau prêt, mais le président de Braga refuse. En coulisses, on chuchote que Jorge Mendes voudrait surtout retirer la majorité de ses talents d'un club qui fait fondre leur valeur marchande en alignant les prestations indignes dans une marmite institutionnelle sur le point d'entrer en ébullition. C'est un prêt, assorti de la même option d'achat, qui attend encore le Brésilien : direction Benfica. Les Aigles, en quête d'un remplaçant pour Renato Sanches, parti au Bayern dans la foulée d'un EURO en boulet de canon, jettent leur dévolu sur Danilo. Le football de Rui Vitoria, bâti sur un 4-4-2 ambitieux mais souvent désordonné, convient fort peu au style plus conservateur du Brésilien, qui voit en plus son début de saison gâché par une blessure. Les plans du coach des Lisboètes se dessinent rapidement sans sa nouvelle recrue, et Danilo s'apprête à ajouter un nouveau cachet dans son passeport au mercato d'hiver. Devenu l'agent incontournable du Standard, Christophe Henrotay contacte donc Jorge Mendes, et les deux hommes s'accordent pour ajouter Liège dans le carnet de voyages de Danilo Barbosa. Le casting ressemble à la mise en place d'une pièce de théâtre de boulevard : le prêt, sans option d'achat, d'un joueur en quête de stabilité pour stabiliser un club en quête d'équilibre. Mais Danilo, du haut de ses vingt ans, a déjà de la bouteille. Il en faut pour s'installer devant la défense d'un Brésil qui pense tellement vers l'avant qu'il oublie souvent de jeter un oeil dans ses rétroviseurs. Reste à répondre à une question : est-ce qu'un pompier brésilien est vraiment bien indiqué pour renflammer l'enfer de Sclessin ? PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTOS BELGAIMAGE " Danilo possède un grand sens du sacrifice défensif. Il a de la taille, de la présence, et un bon toucher de balle. Il contrôle le centre du terrain." MAZINHO Lorsque Danilo évoluait à Braga, la presse portugaise le comparait à Sergio Busquets.