Dans l'attente d'un nouveau challenge après sa mise à l'écart à Beveren en cours de saison, Johan Boskamp reste un spectateur attentif du football belge. Et d'Anderlecht en particulier, qui lui tient toujours autant à c£ur.
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Dans l'attente d'un nouveau challenge après sa mise à l'écart à Beveren en cours de saison, Johan Boskamp reste un spectateur attentif du football belge. Et d'Anderlecht en particulier, qui lui tient toujours autant à c£ur. Johan Boskamp : A mon avis, il s'est achevé au soir de la première journée des play-offs, suite au match nul réalisé par le Club Bruges à Saint-Trond. Avec un retard de six unités avant cette rencontre, les Bleu et Noir pouvaient toujours espérer résorber leur retard. A condition, bien sûr, de gagner à deux reprises contre les Sportingmen. Ce n'était peut-être pas aussi utopique que cela, dans la mesure où les hommes d'Adrie Koster avaient battu les Mauves par 4-2 au match aller et qu'ils ne s'étaient inclinés que de justesse lors de la revanche au Parc Astrid. Mais en perdant deux points au Stayen, les Brugeois ont vu leurs dernières illusions s'envoler. Leur seul mérite aura été d'entretenir le suspense un peu plus longtemps que prévu. Car il n'y a pas eu photo cette saison entre les Bruxellois et la concurrence. Le Standard, braqué sur l'Europe, n'a à aucun moment été dans le coup. La Gantoise a alterné les hauts et les bas. Il n'y a que les joueurs de Bruges qui auront donné du fil à retordre à la bande à Ariel Jacobs. Encore heureux, évidemment, que les compteurs aient été réduits de moitié au moment d'aborder la deuxième phase. Sans quoi le vainqueur aurait été connu depuis pas mal de temps. Le Sporting était plus riche en profondeur que tous ses rivaux. Et l'écart n'a fait que se creuser. En début de campagne, Anderlecht n'affichait pas la même domination insolente que ces derniers temps, loin s'en faut. A cause de plusieurs facteurs : tout d'abord le contrecoup de l'élimination au 3e tour préliminaire de la Ligue des Champions, face à Lyon, puis les blessures conjointes de Marcin Wasilewski et Jan Polak. A cette époque, ils n'avaient grappillé que 3 sur 9 : nul 1-1 contre les Rouches, défaite 2-1 à Saint-Trond et nouveau partage 1-1 face aux Buffalos. Le tout suivi, après des victoires étriquées 1-2 à Mouscron et 1-0 devant le Germinal Beerschot, de leur deuxième revers en un mois au Club Bruges. Jusqu'au déplacement en Europa League à l'Ajax Amsterdam, Anderlecht ne m'avait jamais fait une impression irrésistible. Le tournant se sera situé là-bas. Le 1-3 qu'ils y ont forgé les a boostés. Depuis, les Mauves se sont montrés conquérants en toutes circonstances. Et ils sont montés en puissance match après match. Les scores l'attestent : 0-4 à Sclessin, 0-5 au Kiel. Et même 6-0 récemment contre Zulte Waregem puis 1-3 à Gand. Les Bruxellois possèdent à la fois la meilleure attaque et la défense la plus rigide. Au départ, Silvio Proto n'était pas des plus rassurants. Une crispation liée sans nul doute à son statut, car il ne savait pas trop à quoi s'en tenir : Davy Schollen et lui auront longtemps été dans l'expectative quant à leur place dans la hiérarchie. J'ai vu pas mal de flottement chez eux. Le Louviérois s'est blousé à deux reprises à Gerland, par exemple. Et lors du retour, Schollen n'aura pas été davantage à son affaire. Ce n'est qu'à partir du moment où Silvio a été assuré définitivement de son rôle de titulaire qu'il a épousé la même courbe ascendante que ses équipiers. Il s'est vraiment étoffé, mois après mois, et il peut toujours espérer se bonifier, vu qu'il n'a que 26 ans. Je le comprends, en tout cas, lorsqu'il dit qu'il se donne encore deux ans pour atteindre sa plénitude. Certains remarqueront qu'un Iker Casillas ou un Hugo Lloris étaient déjà tout bons à 21 ou 22 ans. C'est vrai, mais ils ont eu tous deux la chance de commencer d'emblée dans une formation de pointe, au Real Madrid et à Lyon. Proto, lui, a évolué durant des années dans une équipe qui jouait bas, au Tivoli. Le contraste est grand avec une équipe qui joue haut. Il y a des automatismes à acquérir et il est toujours en phase d'apprentissage concernant certains aspects. Le but qu'il a concédé à Gerland sur une sortie trop audacieuse en dehors de sa surface en est une parfaite illustration. Ces chiffres sont significatifs de la différence de niveau d'une compétition à l'autre. En Belgique, le quatuor actuel est performant. Mais c'est limite en Europa League, et plus criant encore en Ligue des Champions. Proto a été montré du doigt, non sans raison, sur l'un ou l'autre but encaissé contre le HSV. A sa décharge, le flanc droit était trop souvent aux abonnés absents. Guillaume Gillet a un problème : il n'est pas assez rigoureux dans le marquage de son adversaire direct. Lors d'un changement d'aile ou d'un service en diagonale, il ne se trouve jamais au point de chute du ballon, mais à deux mètres ou davantage encore. En Belgique, ce manque de rigueur ne porte pour ainsi dire jamais à conséquence. Contre Hambourg, en revanche, il s'est payé cash. Si sur le côté gauche, Olivier Deschacht est plus intransigeant, sa contribution offensive est moindre. L'idéal serait un mix entre les deux. Je préfère d'ailleurs Oli dans l'axe central plutôt qu'à l'arrière latéral. Si le Sporting devait se séparer de Roland Juhasz, je le ferais coulisser à cette place tout en titularisant Jelle Van Damme dans le couloir gauche. Au coeur de la défense, la paire formée de l'international hongrois et d'Ondrej Mazuch est satisfaisante sur notre sol mais elle n'a pas la classe européenne. Chez nous, elle est déjà en difficulté face à des formations qui pressent haut, tels La Gantoise ou le Club Bruges. A l'échelon continental, elle est très peu à l'aise aussi face à des adversaires qui combinent rapidement. On a pu le vérifier face à l'Ajax, au Parc Astrid. C'est bien simple, tant que la lutte est physique, le duo central est performant. Mais dès que le débat se situe au niveau footballistique, il décroche. C'est ce qui explique d'ailleurs pourquoi, quand le Sporting est pressé par les attaquants adverses, il ne parvient guère à sortir un bon ballon de sa défense. Dans ce cas, ses défenseurs axiaux balancent toujours de longs services à suivre. La montée en puissance d'Anderlecht est sans conteste liée à la percée de Cheikhou Kouyaté. On parle toujours de l'avènement de Romelu Lukaku, mais celui du jeune Sénégalais est tout aussi important. C'est un monstre. Il est bien parti pour marcher sur les traces de Patrick Vieira. A 20 ans à peine, son volume de jeu et son placement sont phénoménaux. Davantage que Bouba Saré, qui se limite à un rôle d'essuie-glace devant la défense, Kouyaté arrache le plus souvent les ballons dans la verticalité. Il officie comme une véritable courroie de transmission. Grâce à lui, Lucas Biglia a pu enfin se permettre d'opérer plus haut, à une place qui convient nettement mieux à ses qualités. Jusqu'à cette saison, le petit Argentin ne m'avait guère séduit. Son jeu était beaucoup trop latéral. Or, un demi défensif est le premier relanceur de son équipe. Dès l'instant où le ballon est reconquis, c'est lui qui est appelé à orienter la man£uvre. Au sein d'une formation censée faire le jeu, j'ai longtemps considéré qu'il était un frein. La titularisation de Kouyaté était une affaire en or pour lui : il a pu monter d'un cran et distiller enfin les ballons que l'on attendait de lui. Avec Jan Polak à ses côtés, c'était différent. Le Tchèque n'avait de box-to-box que le nom. Les trois quarts du temps, il se situait dans la même zone que Biglia, formant avec lui la base d'un triangle constitué d'une pointe vers le haut. A présent, ce triangle a quelque peu basculé, avec Kouyaté à sa base, Biglia décalé davantage vers le haut et Jelle Van Damme comme troisième élément coulissant sur la gauche. Matias Suarez. Il avait d'ailleurs débuté dans ce registre-là en début de saison, livrant quelques prestations fameuses, comme à Lyon. Puis, il y a eu une longue éclipse avant qu'il ne retrouve ces derniers temps toutes ses sensations. Le troisième homme est souvent lié au contexte du match. Quand le Sporting évolue en 4-3-3, Van Damme s'impose dans ce rôle. Par contre, lorsqu'il est déployé en 4-2-3-1, l'Argentin est à sa place comme soutien d'attaque, formant alors la partie supérieure du triangle médian. Kanu, c'est un peu le bon à tout faire car il peut à la fois jouer en retrait de l'homme de pointe et sur les flancs gauche ou droit. Par rapport à ses concurrents, il a toutefois un peu moins de qualité. Comme milieu offensif, il n'a pas la percussion d'un Suarez. Et par rapport à Van Damme, il n'a pas les mêmes arguments physiques. Mais il fait partie de ces jeunes Anderlechtois qui ont progressé ces derniers mois. A l'image d'un Jonathan Legear. Jona me fait penser au coming-man qu'était Thomas Chatelle à Genk à l'époque où il était en balance avec Mirsad Beslija. Il s'était alors imposé à l'usure et le même cas de figure se représente avec Legaer dans le bon rôle. Avec Kouyaté, c'est lui qui s'est le plus étoffé cette saison. Comparativement à Chatelle, il est meilleur finisseur et passeur, encore plus rapide et a l'avantage d'être jeune. Je ne suis surpris qu'il ait obtenu les faveurs de son coach. Mais Chatelle est un trop bon joueur pour se morfondre sur le banc. A 28 ans, il doit jouer sans quoi il risque de ne plus progresser. A sa place, j'irais voir ailleurs. Le même jugement vaut pour Tom De Sutter, irrémédiablement barré par Lukaku. Romelu est encore plus monstrueux que Kouyaté. A 16 ans, tu te fais la réflexion qu'il finira bien par payer les généreux efforts qu'il a consentis. Mais non, il est toujours là. Et il n'y a pas de raison que ça change. De Sutter est lui aussi trop bon pour le banc. Or, il n'est rien d'autre qu'une solution de rechange pour Lukaku. Quant à une association de ces deux-là, je n'y crois pas. Le Sporting devrait alors opter pour un 4-4-2 mais ses joueurs excentrés, comme Bous ou Legear, se trouveraient alors trop loin du but. Et leur apport offensif constitue évidemment leur force. Il n'a jamais été aussi fort que cette saison, ce qui se traduit bien sûr par des chiffres impressionnants au niveau des passes décisives et des buts. Ce Sporting est évidemment taillé sur mesure pour lui. Depuis le départ de l'Egyptien Ahmed Hassan, il fallait un nouveau leader et Bous s'est dégagé tout naturellement, grâce à son impact sur le fonctionnement. Il a, bien sûr, le beau rôle. Aucun autre joueur ne bénéficie d'autant de liberté. Il a la chance aussi que, dans son dos, des gars comme Van Damme ou Kouyaté s'acquittent parfaitement de leur tâche défensive. A ses côtés, il a trouvé en Lukaku le prolongement idéal. Car Rom recherche constamment la profondeur alors que De Sutter est plutôt un pivot. Dans l'Anderlecht actuel, le génial Marocain ne doit songer qu'à entreprendre, ce qui constitue son point fort. Ce Boussoufa-là survole indiscutablement les débats. Il est le meilleur acteur sur les terrains belges. Il ne détonerait pas ailleurs mais reste à voir si dans un autre contexte, il obtiendrait les mêmes facilités d'expression et la même aide de ses partenaires. Au nom de son rendement, il est accepté par tous ses coéquipiers comme le maître au Sporting. Ce statut-là, il ne l'aura pas nécessairement ailleurs. A l'époque, le noyau regorgeait de joueurs créatifs comme Bruno Versavel, Johan Walem, Marc Degryse, Johnny Bosman, Luc Nilis, Pär Zetterberg, Marc Emmers... Sur le plan de la qualité pure, cet Anderlecht-là était supérieur. Derrière, il y avait plus de répondant aussi avec Bertrand Crasson, Graeme Rutjes, Philippe Albert et Michel De Wolf. Un gars comme le Phil n'a jamais eu d'équivalent jusqu'ici. L'Anderlecht de cette saison présente sans doute plus de similitudes avec celui de 2000-01 dirigé par Aimé Anthuenis. Mais cette équipe-là aussi me semble un tantinet supérieure. Elle avait plus d'expérience, en tout cas, alors que le Sporting actuel est en début de cycle. La plupart de ses composantes sont jeunes et peuvent encore grandir. Si la direction parvient à garder toutes ces étoiles montantes, c'est sûr qu'Anderlecht est promis à un tout bel avenir. par bruno govers - photos: reporters/thysLe Sporting était plus riche en profondeur que tous ses rivaux. Et l'écart n'a fait que se creuser.