"C'est un homme tranquille de 22 ans seulement, un gars positif qui bosse et sait où il va : un changement de club et de style de jeu n'est jamais facile à digérer pour un jeune joueur mais Anderlecht se félicitera vite de l'avoir transféré ", dit Stewan Stojanovic (ex-Antwerp) en arrivant dans les locaux de son club, l'Etoile Rouge de Belgrade.
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"C'est un homme tranquille de 22 ans seulement, un gars positif qui bosse et sait où il va : un changement de club et de style de jeu n'est jamais facile à digérer pour un jeune joueur mais Anderlecht se félicitera vite de l'avoir transféré ", dit Stewan Stojanovic (ex-Antwerp) en arrivant dans les locaux de son club, l'Etoile Rouge de Belgrade. Les temps ont changé chez les Rouge et Blanc du stade Maracana. Au début des années 90, après son succès en finale de la Ligue des Champions contre Marseille à Bari, l'Etoile Rouge a exporté de véritables stars du football européen : Sinisa Mihajlovic, Robert Prosinecki,Darko Pancev, Dejan Savicevic, Vladimir Jugovic, Miodrag Belodedic, etc. L'Europe de l'Est a toujours été un grenier de jeunes talents. A cette nuance près qu'ils ne mûrissent plus chez eux mais dans d'autres championnats, comme ce sera le cas de Luka Milivojevic. C'est à Anderlecht qu'il égalera peut-être le palmarès et le prestige des légendes de l'Etoile Rouge. Les compétitions des différents pays de l'ex-Yougoslavie n'ont plus le même niveau qu'autrefois, loin de là. La crise économique a frappé rudement et les clubs tirent le diable par la queue pour boucler les budgets. L'Eden des joueurs de là-bas se situe plus que jamais en Europe occidentale ou en Russie. " La Serbie est un petit pays pauvre et le départ de tous ces jeunes talents me... " : au bout du fil, Milan Milanovic, ex-entraîneur de Hajduk Kula qui connaît très bien Milivojevic, est manifestement ému. Il a coaché le joueur en équipes nationales de jeunes. " Oui, cette exportation massive de futurs grands joueurs me désole mais, paradoxalement, j'en suis fier aussi ", dit-il. " Beaucoup de Serbes réussissent à l'étranger et cela prouve, à la base, qu'il y a de bons entraîneurs de jeunes chez nous. La Serbie a réussi un brillant Euro U19 : ce n'est pas dû au hasard et les agents de joueurs ou les scouts des grands clubs européens y seront encore plus attentifs. " " Milivojevic a débuté au Radnicki Kragujevac et les amateurs de football ont vite remarqué et retenu le potentiel de ce jeune joueur. Je connais bien Rad Belgrade, son deuxième club, pour y avoir travaillé. Il aurait pu brûler les étapes car il avait déjà des offres de l'étranger. En tant que coach des équipes nationales de jeunes, je l'ai vu progresser rapidement à Rad Belgrade : là, on a découvert un leader dans le bon sens du terme. Il n'y a qu'une chose qui paye quand on occupe le poste de médian défensif : le travail. Luka ne se sent pas important, il se... rend important en travaillant pour les autres. La nuance est importante. Je veux dire par là que c'est un homme de collectif. Son passage à l'Etoile Rouge l'a placé au centre des attentions, c'est évident, mais il s'est d'abord bien façonné à Rad Belgrade. " Entraîneur actuel de Vojvodina Novi Sad, Marko Nikolic a guidé Milivojevic lors de ses premiers pas à Rad Belgrade : " Il n'a guère éprouvé de difficultés à s'adapter à son nouvel environnement. Après quelques semaines, on avait l'impression que Luka était là depuis toujours. A mon avis, il en sera de même à Anderlecht. Il n'a pas besoin de tirer la couverture à lui. Luka est un footballeur intelligent, bien placé et qui a un gros volume de course. Il sait se concentrer sur ses tâches défensives, c'est son métier de base, pousse le jeu vers l'avant, met le nez dans le camp adverse et frappe lourdement à distance. Ce sont des acquis qu'il devra cultiver à l'étranger mais il a une qualité encore plus importante, décisive : son caractère. Là, je le souligne fortement : c'est un gagneur doté d'une magnifique mentalité, qui ne mesure aucun effort sur le terrain. Il a beaucoup travaillé ses tirs, sa présence dans le trafic aérien. Son transfert à l'Etoile Rouge de Belgrade en décembre 2011 ne m'a pas du tout étonné. C'était une première récompense et il y en aura d'autres, avec Anderlecht, car il fait partie de la catégorie des footballeurs intelligents et consciencieux. " Robert Prosinecki l'a accueilli à bras ouverts durant son règne de coach à l'Etoile Rouge de Belgrade. L'ancien grand stratège l'avait à l'oeil et suivit personnellement son évolution à Rad Belgrade avant d'exiger que l'Etoile Rouge le recrute. Prosinecki obtint gain de cause et Milivojevic déclara à la presse : " Il y avait d'autres pistes mais quand l'Etoile Rouge vous fait une proposition, tout le reste s'efface. Je n'ai pas hésité un instant et j'ai eu la grande joie d'y signer mon contrat un 19 décembre. " Pourquoi cette date est-elle si importante pour lui ? Ce jour-là, les orthodoxes célèbrent la Saint-Nicolas. Chaque famille chrétienne pratiquante a un saint protecteur, fêté comme il se doit : Saint-Nicolas est celui des Milivojevic. Le jeune homme avait bien besoin de ce signe du ciel car il y a longtemps maintenant que l'Etoile Rouge est à la recherche de sa grandeur d'antan. L'Etoile Rouge reste, de loin, le club le plus populaire de Serbie, mais le Partizan de Belgrade occupe désormais le haut du tableau en championnat. L'Etoile Rouge vit parfois des éruptions volcaniques, des révolutions de palais. Mirko Markovic suit ce club au quotidien pour son journal (Sport) et il connaît Milivojevic sur le bout des doigts : " Là, il est passé dans un autre environnement, plus exigeant, avec l'obligation de gagner tous les matches. Il y a une culture de la gagne et du beau jeu à l'Etoile Rouge. On y fait d'incessantes comparaisons avec les grandes équipes du passé. Il faut supporter cette pression. Cela n'a pas posé de problèmes à Milivojevic. L'Etoile Rouge a vu juste en déboursant 600.000 euros pour ce joueur. L'accord prévoit que Rad Belgrade touchera 28 % du transfert de ce joueur de l'Etoile Rouge vers un autre club. " Anderlecht a investi 3.000.000 d'euros dans ce transfert avec un contrat de cinq ans à la clef pour le joueur. L'ancien coach de Lokeren, Aleksandar Jankovic, l'a soutenu, que ce soit en équipe nationale Espoirs ou à l'Etoile Rouge où il succéda à Prosinecki. Et Sinisa Mihajlovic, T1 de l'équipe nationale A, le lança dans le grand bain à l'occasion d'un match amical contre le Chili. Mihajlovic a été très critiqué par la presse pour sa grande opération de rajeunissement des cadres. Adversaire de la Belgique dans son groupe qualificatif, la Serbie ne se rendra pas au Brésil mais le néo-Anderlechtois, qui ne compte que trois caps jusqu'à présent, a tout pour devenir un pilier de son équipe nationale. " Je suis épaté par la solidité et la qualité de sa progression ", souligne encore Mirko Markovic. " Il a franchi allègrement plusieurs paliers en un an et demi. A son niveau, il devait partir à l'étranger pour atteindre d'autres objectifs. La Real Sociedad, l'Olympiacos et des clubs allemands étaient sur la balle. A 22 ans, Luka a encore un peu de temps devant lui avant de prendre l'air dans un grand club. Je suis persuadé qu'il réussira d'abord à Anderlecht. C'est un bon choix. Il me fait penser à Daniele De Rossi de la Roma. " Herman Van Holsbeeck a insisté sur la différence de style entre Lucas Biglia et son successeur venu des Balkans : " L'Argentin est plus technique et attire le jeu vers lui. Milivojevic que nous avons attentivement suivi, est plus direct. " A Belgrade, Stojanovic est certain : " Luka dispose d'un capital technique intéressant. Il faudra peut-être une petite période d'adaptation, de réglage tactique mais cela ne durera pas longtemps. Luka est posé, sage et sympathique. Il est animé par une personnalité assez différente de celle de Milan Jovanovic, plus extraverti que lui. Luka sera vite en phase avec ses camarades comme ce fut le cas à l'Etoile Rouge. Pour moi, c'est tout simplement un footballeur moderne qui sait défendre et attaquer, presser et rendre simplement de bons ballons. Le football belge est plus engagé et plus rapide que le nôtre. Je me souviens de son excellent match contre la Belgique. Ce soir-là, à Bruxelles, le milieu de terrain serbe a posé pas mal de problèmes aux Diables Rouges. Pendant un peu plus d'une heure, Milivojevic a organisé la récupération du ballon au centre du terrain. Il était à l'aise dans son rôle face à une opposition de très grande qualité. Cela n'a pas échappé à Anderlecht. Le club et le joueur seront vite gagnants, j'en suis sûr. " PAR PIERRE BILIC - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Luka ne se sent pas important, il se rend important. " Milan Milanovic, un de ses anciens coaches