Le Roi est mort, vive le Roi. Le monde est ainsi fait. On n'a pas le temps d'enterrer ses morts que l'on baptise déjà un nouveau-né. Jeudi, 21 h 12. La pluie a marqué de son empreinte la journée. Si elle a retardé les quarts de finale, elle a rafraîchi l'atmosphère. Les gradins du Court Central sont garnis de Chinois emmitouflés dans des impers jaunes ou bleus. Sur le court, dans l'incrédulité générale, un cri de victoire retentit. Il n'appartient pas au Suisse Roger Federer, bulldozer du tennis depuis cinq ans. Mais à l'Américain James Blake. Celui-ci s'écroule. Sans trop y croire. Non seulement, il a sorti Federer de son dernier rêve de 2008, mais il l'a fait sans trop de difficultés. En deux sets. 6-4, 7-6. " On ne sait pas qui était sur le court aujourd'hui ", se lamente Therese Untersander, journaliste au quotidien helvétique Le Matin. Les désillusions suisses sont énormes. Et pourtant, Federer n'a pas mal joué mais là où il survolait de telles rencontres il y a quelques mois, il doit désormais se contenter de quelques coups géniaux.
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Le Roi est mort, vive le Roi. Le monde est ainsi fait. On n'a pas le temps d'enterrer ses morts que l'on baptise déjà un nouveau-né. Jeudi, 21 h 12. La pluie a marqué de son empreinte la journée. Si elle a retardé les quarts de finale, elle a rafraîchi l'atmosphère. Les gradins du Court Central sont garnis de Chinois emmitouflés dans des impers jaunes ou bleus. Sur le court, dans l'incrédulité générale, un cri de victoire retentit. Il n'appartient pas au Suisse Roger Federer, bulldozer du tennis depuis cinq ans. Mais à l'Américain James Blake. Celui-ci s'écroule. Sans trop y croire. Non seulement, il a sorti Federer de son dernier rêve de 2008, mais il l'a fait sans trop de difficultés. En deux sets. 6-4, 7-6. " On ne sait pas qui était sur le court aujourd'hui ", se lamente Therese Untersander, journaliste au quotidien helvétique Le Matin. Les désillusions suisses sont énormes. Et pourtant, Federer n'a pas mal joué mais là où il survolait de telles rencontres il y a quelques mois, il doit désormais se contenter de quelques coups géniaux. " La rapidité de sa chute nous étonne vraiment ", ajoute le Suisse Flavio Viglezio du Corriere del Ticino. " Au début de l'année, on avait devant nous un joueur qui gagnait trois Grands Chelems sur l'année. Cette année, il a dû se contenter d'Estoril et de Halle. On doit s'y faire. Il joue comme un tennisman normal. Même contre le 447e mondial, il se met à son niveau et ses premiers services ne passent plus. Le cas de figure de Wimbledon peut s'expliquer. On a affaire à un grand match face à un énorme adversaire. Il n'a pas grand-chose à se reprocher. Mais la suite pose question. Cincinnati, Toronto et maintenant les Jeux Olympiques. Cette défaite à Wimbledon reste toujours en travers de sa gorge. Il est atteint dans son moral même si, lui, jure qu'il n'y a pas de lassitude dans son chef. ". Le mot est lâché : Wimbledon. Cette finale incroyable, ce match de légende que celui qui l'incarne le mieux a perdu. " Wimbledon, c'était un peu son jardin ", résume Untersander. " Il a d'autant plus de mal à digérer cette rencontre que dans la foulée, il perdait son statut de numéro un mondial. "Federer salue une dernière fois ces Chinois qui croyaient venir voir l'égal de Michael Phelps en tennis. Il sort du tunnel, le regard est bas. " Il suffit d'étudier son comportement sur ce tournoi pour voir qu'on n'a plus affaire au même Federer ", ajoute Viglezio. " Son visage a toujours exprimé la confiance qui l'animait. Dé-sormais, on le voit anxieux, énervé. Contre Blake, il a fait asseoir un spectateur. Il n'aurait jamais agi de la sorte auparavant. On a vu des gestes du bras, signes d'impuissance. " Le mental d'airain de Federer est désormais ébréché, ébranlé. Mais le physique pose également question. " Depuis qu'on sait qu'il a souffert d'une mononucléose en début de saison, la question de son physique revient sans cesse sur le tapis. Pourtant, à Wimbledon, il a tenu en cinq sets face au monstre physique qu'est Rafael Nadal ", avoue un membre de son entourage. " Oui mais attraper la mononucléose l'année où Nadal prend plein de points ne l'a certainement pas aidé ", tempère Untersander. " D'habitude, il fait une pause après Wimbledon. Cette année, comme il y avait les Jeux et qu'il devait défendre sa première place mondiale, il n'a pas pu. Il a dû enchaîner Cincinnati, Toronto et les Jeux. Et ensuite, il y aura l'US Open où il est obligé de faire une performance s'il ne veut pas que l'on parle de fin de carrière. Ici, à Pékin, il a également enchaîné deux matches par jour puisqu'il avait décidé de disputer le double. Au début, il le faisait pour se marrer, se détendre et faire plaisir à son pote StanWawrinka mais cela l'a certainement accablé physiquement. Il suffit de voir comment il a transpiré contre Blake. Or, il faisait frais ce jour-là, comparé aux autres journées. " L'avenir nous apprendra si cette saison 2008, si cette défaite à Wimbledon a précipité le déclin du Suisse. " Est-ce que cela signifie sa fin de carrière ? Federer est quelqu'un d'orgueilleux, comme en témoigne sa médaille d'or en double. Il va batailler pour revenir. Je ne le vois pas mettre un terme à sa carrière abruptement comme Justine Henin. Vous savez, pour la Suisse, c'est un coup dur. Il s'agit du meilleur ambassadeur de notre pays. C'est un exemple, un gendre idéal. Il est trop parfait. Avec la presse, il est cool, détendu. Après Roland-Garros, on l'a senti plus tendu mais à Pékin, il avait retrouvé le sourire, blaguant avec nous. Pour lui, dans le calendrier ATP, cette trêve olympique avait constitué une petite bulle. C'est sa copine qui jouait les chiens de garde. Elle lui sert de bouclier, au propre comme au figuré. Elle est plus difficile à manier que lui ", conclut Untersander. Il est 00 h 01 quand le nouveau roi monte sur son trône. Nadal arbore fièrement les couleurs de son pays. Il prend son temps, minutieux dans sa préparation pendant que son adversaire en quart de finale, l'Autrichien Jurgen Melzer, et l'arbitre attendent au centre du terrain pour le toss. Nadal, c'est une bulle de concentration dans laquelle il répète ses gammes habituelles. A chaque point, il s'essuie les bras et le cou. A chaque service, il prend trois balles pour en rejeter une. Quand son adversaire ose monter au filet, il trouve l'ouverture. Avec lui, jamais un angle mort n'aura aussi peu porté son nom. Le contre-pied a été inventé pour l'Espagnol. Il en use et en abuse. Il court jusqu'à perdre haleine et même quand son adversaire paraît le déborder, il ne s'arrête pas. Un seul objectif : aller rechercher cette balle fuyante. Mais pas question de la renvoyer n'importe comment. Il sort le coup parfait et flirte avec les lignes. Le cri d'éblouissement de la foule vient autant de la pugnacité de Nadal, de son courage que de la justesse de ses coups. Quelques jours plus tard, on le retrouve en finale contre le Chilien Fernando Gonzalez : expédié en trois sets (6-3, 7-6, 6-3). Celui qui n'avait jamais gagné un tournoi après le mois de juillet, vient d'enfiler Cincinnati et les Jeux. " Un déclic s'est produit dans sa tête cette saison. Il a toujours voulu prouver qu'il n'était pas simplement un joueur de terre battue. Cette saison, il s'en est persuadé. A ce moment-là, tout a été plus rapide. Et puis, alors qu'il était né sur terre battue, il a dû apprivoiser les autres surfaces. Cela a pris quelques années. Désormais, c'est comme la terre battue. Une fois apprivoisée, il en est devenu le maître ", explique José Herrera, journaliste à El mundo deportivo. par stéphane vande velde - photos: reporters