Policier dans le civil, Marcel Javaux (53 ans) est le consultant arbitrage chaque lundi dans Studio 1. Il n'est pas toujours tendre quand il commente les décisions discutables du week-end. " Attention, je ne vais pas à la télé pour casser les arbitres. Je ne veux pas cracher dans la soupe que j'ai mangée pendant 20 ans. J'essaye d'être constructif. Quand c'est bon, je le dis. Mais quand c'est mauvais, je le signale aussi. "
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Policier dans le civil, Marcel Javaux (53 ans) est le consultant arbitrage chaque lundi dans Studio 1. Il n'est pas toujours tendre quand il commente les décisions discutables du week-end. " Attention, je ne vais pas à la télé pour casser les arbitres. Je ne veux pas cracher dans la soupe que j'ai mangée pendant 20 ans. J'essaye d'être constructif. Quand c'est bon, je le dis. Mais quand c'est mauvais, je le signale aussi. " Javaux a une personnalité et un caractère fort qui l'ont toujours empêché d'entrer dans le moule des arbitres inodores, incolores, insipides. Il a sifflé près de 140 matches de D1 entre 1990 et 2001 mais il n'a jamais été international : " En 11 saisons, je dois avoir terminé 9 fois dans le Top 5 du classement de l'Arbitre de l'Année. Cela veut dire que les joueurs m'appréciaient. J'étais le candidat de beaucoup de clubs pour devenir international. Mais la commission centrale des arbitres (CCA) n'a jamais proposé ma candidature à la FIFA. Le problème, c'est que j'avais une grande gueule : ça ne plaisait pas à la CCA. "Après sa carrière, il est quand même entré à la CCA. Il y est resté de 2001 à 2007 comme membre formateur. Et quand il est parti, la porte a claqué... Marcel Javaux : Depuis deux ou trois ans, je n'étais plus d'accord avec certaines choses. Par exemple, j'en avais marre de participer à des réunions auxquelles je n'avais rien à dire. Les formateurs n'avaient pas le droit de vote. Lors des réunions de classement des arbitres, nous devions quitter la salle alors que nous les avions suivis, guidés et formés pendant plusieurs années. Mais pas de droit de vote parce que c'était soi-disant prévu par les statuts. J'en ai eu marre et j'ai démissionné. On les casse trop facilement. On a toujours tendance à dire que c'était mieux avant. C'est déjà ce qu'on racontait quand je suis arrivé en D1. Des dinosaures avaient arrêté, d'autres étaient en fin de carrière : Marcel Van Langenhove, Alex Ponnet, Alphonse Costantin, Guy Goethals. Les gens ont dit : -Ouille, ouille, ouille. La génération actuelle souffre du même problème. Même Frank De Bleeckere a pris plein de critiques jusqu'à son excellent EURO 2008. J'ai quand même l'impression qu'il est moins bon qu'il y a une dizaine d'années. Dans les années 90, il y avait trois ou quatre grosses pointures et une dizaine de bons arbitres. Aujourd'hui, je vois quatre ou cinq grands formats mais, derrière eux, pas assez de gars moyens qu'on peut désigner pour n'importe quel match de D1. A la base, il y a un manque de qualités : c'est la première explication. Et la pression joue aussi. La pression médiatique. La pression d'une rétrogradation : quand vous avez chaque semaine l'impression que vous sifflez peut-être votre dernier match en D1 avant longtemps parce qu'une erreur vous sera fatale, ce n'est pas facile à gérer, il faut être fort dans la tête. Et il y a la pression financière. Quand j'ai débuté en première division, nous touchions l'équivalent de 70 euros par match. Aujourd'hui, c'est 1.500 euros pour les internationaux. Et les arbitres reçoivent un fixe de la Fédération, ils sont sûrs d'empocher près de 9.000 euros par saison. Minimum. C'est beaucoup plus s'ils sifflent un grand nombre de matches. En Ligue des Champions, ça tourne entre 3.500 et 4.000 euros par rencontre : pas des cacahuètes. Celui qui fait un EURO ou une Coupe du Monde peut gagner près de 25.000 euros. Evidemment, on préfère arbitrer un match de coupe d'Europe que deux petites équipes de D1. C'est aussi un problème : aujourd'hui, c'est chacun pour soi et son portefeuille. L'ambiance en souffre, il n'y a plus de collégialité. De mon temps, il y avait des clans. Maintenant, c'est chacun de son côté. Et celui qui ne reçoit pas les matches qu'il souhaite va trouver un grand avocat, style Luc Misson ou Daniel Spreutels. Il gagne et la CCA est obligée de lui donner à nouveau des gros matches. Evidemment. Ce sont des gifles pour la CCA. Je trouve quand même normal qu'on n'offre plus de gros match pendant un petit temps à un arbitre qui n'a pas été bon. Le problème est que si vous le sortez par la porte, il risque de revenir par la fenêtre. Tout le monde veut des gros matches : c'est la carotte qui fait avancer la bourrique. J'espère qu'on va vite en sortir quelques-uns parce que la limite d'âge se rapproche méchamment pour quelques internationaux. De Bleeckere a 42 ans, Paul Allaerts 44, Johan Verbist 42, Peter Vervecken 41. Et au niveau international, à 45 ans, c'est terminé. Il y a du boulot et ça risque d'être de plus en plus difficile de trouver de bons arbitres parce que la crise des vocations est plus inquiétante que jamais. Dans ma province, le Luxembourg, il en reste à peine 250 et certains matches de P3 vont devoir se jouer sans arbitre. On a pris cette décision pour punir les clubs. On les accuse de ne pas en recruter suffisamment. Mais il faut être motivé pour se lancer. Se faire engueuler pendant une heure et demie pour 10 ou 20 euros... Moi, je préfère aller laver des verres dans une discothèque. C'est effrayant. Pour faire le rapport d'une valeur sûre de D1, on envoie parfois un Schtroumpf qui n'a même jamais arbitré en D2. Non. C'est politique. C'est le règne du copain-copain, des petits plaisirs qu'on se fait. Je prends un exemple. Je suis candidat à la présidence de la CCA et je vais trouver un membre d'une province X pour lui demander sa voix lors du vote. Il me répond : -OK, mais si tu es élu président, tu prendras untel ou untel à la commission. Et c'est comme ça qu'on a des momies qui restent 20 ou 30 ans dans certaines commissions de l'Union Belge. Un Jean-Claude Jourquin ou un Alex Ponnet apportent quelque chose à la CCA parce qu'ils savent de quoi ils parlent. Mais il y en a d'autres, par contre... Si on leur enlève leur carte, on les tue. C'est un problème général dans tous les comités et commissions de la Fédération. Deux ou trois gros bonnets s'entourent de béni-oui-oui. Ces quelques grosses têtes prennent toutes les décisions et les autres disent amen. Il y en a dans tous les couloirs de l'Union Belge. Jeurissen a été un très bon arbitre. Même s'il n'a jamais été international... comme moi. C'est clair qu'il est beaucoup plus carré que Jourquin. On ne sait pas discuter avec lui, il est convaincu que ses idées sont toujours bonnes. S'il avait été plus cool, je serais toujours à la CCA. Aujourd'hui, je n'ai plus de contacts avec ceux qui y siègent : c'est comme au Vatican, dès que tu quittes, tu es excommunié ! C'est certain. Le président de la CCA, Jeurissen, vient du Limbourg. Un des deux vice-présidents, Marcel Van Elshocht, vient d'Anvers, la province la plus puissante au comité exécutif. Il suffit de comptabiliser les arbitres de ces deux territoires qui ont été promus depuis un an ou deux : il y en a eu beaucoup. Et de compter ceux qui ont été rétrogradés : il y en a eu très peu. C'est de la politique interprovinciale. Comme je suis un bon Belge, j'ose toujours espérer que le communautaire ne joue aucun rôle. Mais ce n'est pas étonnant que certaines personnes parlent de dérives. Je suis sûr que si Tubize-Genk avait été arbitré par un Wallon, il aurait arrêté le match à cause des chants des supporters de Genk. Un président professionnel. Un gars comme Goethals serait intéressé et il a le profil : bruxellois, parfait trilingue, approuvé par tout le monde, bien vu par l'UEFA et la FIFA. Avec Goethals à la CCA, Michel Preud'homme patron de la commission technique et Roger Vanden Stock président de l'Union Belge, ça aurait eu une autre allure, ça donnerait une autre image à l'étranger et ça amènerait probablement d'autres résultats sur le terrain. Mais Goethals ne va pas quitter son boulot au CPAS d'Evere pour aller faire bénévolement le guignol à la CCA. Jourquin était bénévole, Jeurissen l'est aujourd'hui. Si tu es président, on te paye ton téléphone, tu as peut-être même un fax à la maison, mais c'est tout, tu ne touches pas un euro. Officiellement, c'est par manque de moyens financiers. Mais pour We Believe et René, des moyens, on en trouve... par pierre danvoye