L'appartement est au 26e étage. De là, la vue sur Lisbonne est splendide. Mais contrariée par le nombre restreint de fenêtres. " Ça ne me dérange pas ", assume pourtant Bryan Ruiz, apaisé de savoir son jeune enfant de quelques mois dans les bras de Morphée dans la chambre d'à côté. " J'aime beaucoup ce logement pour sa situation idéale au nord de la ville. Le centre d'entraînement du Sporting est du coup facile d'accès. " Cet été devrait toutefois être mouvementé pour le Costaricien, en fin de contrat et qui va profiter de sa deuxième Coupe du Monde pour dessiner son avenir. " Je prendrai le temps de choisir la meilleure offre ", glisse-t-il dare-dare. Avant de se montrer plus loquace sur ses autres sujets d'actu.
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L'appartement est au 26e étage. De là, la vue sur Lisbonne est splendide. Mais contrariée par le nombre restreint de fenêtres. " Ça ne me dérange pas ", assume pourtant Bryan Ruiz, apaisé de savoir son jeune enfant de quelques mois dans les bras de Morphée dans la chambre d'à côté. " J'aime beaucoup ce logement pour sa situation idéale au nord de la ville. Le centre d'entraînement du Sporting est du coup facile d'accès. " Cet été devrait toutefois être mouvementé pour le Costaricien, en fin de contrat et qui va profiter de sa deuxième Coupe du Monde pour dessiner son avenir. " Je prendrai le temps de choisir la meilleure offre ", glisse-t-il dare-dare. Avant de se montrer plus loquace sur ses autres sujets d'actu. À quelle fréquence entends-tu encore parler de ce fameux penalty face à Sinan Bolat et le Standard ? BRYAN RUIZ : Là, ça fait longtemps ( sourire). C'est évident que je m'en souviens, mais pour être honnête, cet événement ne m'a pas marqué plus que cela. Je voulais vraiment transformer ce penalty pour offrir la troisième place à La Gantoise. Je l'ai manqué, pas de chance pour moi parce que je pense que ça m'a fait louper un transfert à Anderlecht. Avec ce but, ils auraient été champions et auraient donc eu assez d'argent via la Champions League pour régler ce que Gand demandait. C'était décevant sur le coup, mais j'ai continué à avancer et dans la foulée, j'ai vécu la meilleure période de ma carrière à Twente où j'ai remporté trois trophées en deux saisons... Tu suis encore le championnat belge ? RUIZ : Je reste intéressé par Gand parce que c'est là que j'ai vécu ma première expérience professionnelle en Europe. J'étais très heureux quand ils ont remporté le titre en 2015. J'ai encore pas mal d'amis là-bas, dont l'ancien physio des Buffalos fait partie. Je suis passé devant le nouveau stade il y a quelque temps, je m'y suis arrêté pour prendre une photo, mais je n'ai pas encore eu la chance de le voir de l'intérieur. La Coupe du Monde 2018 va commencer. Le quart de finale de 2014 est bien entendu la plus belle page de l'Histoire du football costaricien. Quel a été le moteur de cette réussite ? RUIZ : Quand tu es dans le groupe de trois ex-champions du monde, tu n'as aucune pression parce que tout le monde s'attend à ce que tu perdes les trois matches. Quand tu vas au Mondial, c'est pour affronter les meilleurs. Il vaut mieux être éliminé par trois grands noms que ne pas sortir d'un groupe que tout le monde te prédisait abordable. On a donc pris ce Mondial comme un challenge, on n'avait rien à perdre. Après le premier match et la victoire contre l'Uruguay (3-1), notre confiance a été boostée et on a compris qu'on pouvait se qualifier. Mais c'est face à l'Italie qu'on a joué le match parfait tactiquement. Pourquoi ? RUIZ : Notre sélectionneur de l'époque suivait l'Italie depuis 20 ans parce qu'il adorait leur style. Il savait donc qu'il ne fallait pas laisser jouer Andrea Pirlo, le créateur numéro 1. On l'a donc bloqué en plaçant quelqu'un constamment sur lui. Durant les vingt premières minutes, Pirlo n'a pas pu s'emparer d'un seul ballon parce qu'il y avait toujours un Costaricien qui l'en empêchait. Il est évidemment très malin, donc quand il a compris qu'on n'arrêterait pas de le presser, il a commencé à jouer en une touche de balle. Par deux fois, il a créé le danger en lançant Balotelli dans la profondeur. Mais on s'est de nouveau adapté à son jeu en reculant notre ligne défensive, qui s'attendait du coup aux longs ballons, tout en conservant le pressing sur le médian, même quand il reculait loin dans son camp. Ça faisait partie de la tactique. À l'instar de l'Uruguay, du Mexique et du Chili, vous avez évolué en 3-5-2. Une tactique payante au Brésil... RUIZ : Ce style de jeu nous a donné beaucoup de confiance en 2014, donc on joue toujours avec trois défenseurs en 2018 (cinq en reconversion défensive), on trouve ce système plus confortable. Il y a juste quelques différences devant où il y a plus de variabilités dans le jeu des attaquants. La chose la plus importante, c'est de profiter de la vitesse de nos ailiers. C'est comme ça qu'on a inscrit le premier but face à l'Uruguay : un déboulé sur la droite avant un centre. Trois défenseurs, un entrejeu compact et des ailiers ultra rapides, c'est aussi simple que ça. Surtout qu'il y a de la qualité à la finition. La base de notre jeu est une défense solide. On utilise ensuite nos qualités individuelles pour faire la différence devant. Comment a évolué le Costa Rica depuis 2014 ? RUIZ : Après le Mondial, c'est l'ancien buteur Paulo Wanchope qui a repris le poste de sélectionneur. Mais il n'est resté en poste que quelques mois parce qu'il a eu des problèmes lors d'un match au Panama ( Wanchope a remis sa démission après s'être battu avec un steward en pleine rencontre, ndlr). Dommage parce qu'il avait de bonnes idées pour l'équipe nationale. C'est Oscar Ramirez qui l'a remplacé. Il n'a pas apporté énormément de nouveaux éléments, on a continué à développer le style de jeu de 2014. Ramirez est cependant plus tactique que ses prédécesseurs donc il essaie que son équipe contrôle encore plus le jeu. Il lit plus facilement ce que l'adversaire produit ou est capable de faire et il parvient à nous guider pour nous adapter. Qu'est-ce qui va changer en Russie ? RUIZ : En 2014, on était la surprise. Cette année, les autres équipes ne vont pas nous laisser la possibilité de l'être ( rires). Dans notre groupe, le Brésil est au-dessus du lot alors que la Serbie et la Suisse sont deux équipes au niveau similaire, d'après moi. Notre premier match face aux Serbes sera déterminant, parce qu'après c'est le Brésil. Il faut donc se mettre en confiance. Cette année, on a beaucoup à perdre. Vu notre résultat il y a quatre ans, les Costariciens et le monde entier s'attendent au moins à ce qu'on se qualifie pour le deuxième tour. Et c'est vrai que l'on a de l'expérience, le gardien du Real Madrid et 80 % de l'effectif du Mondial 2014. Mais dans l'autre sens, on peut aussi dire qu'on a vieilli et qu'on est incapables de reproduire ce qu'on a fait au Brésil. Ce sera de toute façon plus compliqué. Le Costa Rica fait partie des destinations touristiques à la mode, mais n'est-ce pas un danger pour les valeurs écologiques que le pays véhicule ? RUIZ : Le problème principal du pays n'a rien à voir avec le tourisme, c'est le trafic routier. Il est de plus en plus facile d'acheter une voiture donc elles se multiplient à une allure folle alors que nous n'avons pas suffisamment de routes, qu'elles ne sont pas en bon état et que nous n'avons ni métro ni train. Dans les embouteillages, il n'y a pas de Pura vida ( vie pure, une expression très populaire au Costa Rica, ndlr), surtout que les Costariciens ne sont pas réputés pour leur patience ( sourire). Pour préserver notre importante biodiversité, on devrait aussi se tourner vers les voitures électriques, qui ne sont pas encore assez popularisées au Costa Rica. Mais de manière générale, je pense que le pays doit s'adapter à son développement et s'agrandir dans tous les sens du terme, avec un nouvel aéroport par exemple. Juste avant les élections présidentielles d'avril 2018, tu as tweeté un message en faveur de la légalisation du mariage gay. De l'extérieur, il semble que cette question ait constitué le principal axe de débat de la campagne. RUIZ : Carlos Alvarado ( l'actuel président, ndlr) était pour la légalisation alors que Francisco Alvarado était contre. Je n'aime pas trop parler de politique parce que je n'en suis pas un expert, mais mon but était d'alerter les Costariciens sur l'importance de faire le bon choix. Maintenant, je ne pense pas que ce sujet du mariage gay aurait dû être la clé de ces élections. C'était évidemment une bonne chose de conscientiser les gens, mais d'autres thèmes tels que le transport, le déficit financier et la sécurité étaient selon moi primordiaux. À cause de cette affaire du mariage gay, tout a été confus et les candidats comme le pays se sont un peu perdus. Quel est le problème de la sécurité ? RUIZ : Certaines parties du pays ne sont pas aussi sécurisées qu'on l'espère. Dans certains quartiers de la capitale San José, c'est pratiquement impossible d'éviter la drogue, surtout quand on est cerné par la pauvreté. De bons amis d'enfance sont tombés dans ce monde et sont devenus des personnes tout à fait différentes. C'est dur de les voir comme ça. Je vais encore parfois leur rendre visite pour essayer de les aider. Je sais qu'ils ne vont pas s'attaquer à moi, mais je vois bien que leur état physique et mental n'est pas bon. Mon aide ne suffit évidemment pas, ces problèmes ne se résolvent pas si facilement. Quatre ans après ton départ de Fulham, penses-tu que tu étais fait pour le football anglais ? Certains te qualifient de joueur à l'ancienne, tout dans le toucher, dans la technique, la vista et qui n'avait rien à faire avec des molosses de 90 kilos. RUIZ : Je prends l'exemple de Mohamed Salah. Quand il évoluait à Chelsea, il ne s'est rien passé. Vous l'avez vu cette saison à Liverpool ? Ça peut être lié à l'entraîneur, à ses coéquipiers, à son environnement... Peut-être que le style de jeu de Fulham n'était pas le meilleur pour moi. Je me souviens que le coach et certains coéquipiers des Cottagers m'avaient dit à l'époque que j'étais plus un joueur fait pour Arsenal, Tottenham ou Everton, des équipes qui privilégient le jeu à la bataille et aux longs ballons. Je ne dirais pas que la Premier League ne me convient pas, plutôt le style de Fulham au moment de mon passage. Parce que j'aimais bien l'Angleterre : j'adore quand les arbitres laissent jouer au maximum - au Portugal, ils sifflent tout le temps - comme en Ligue des Champions. J'aurais voulu retourner en Premier League pour montrer mes capacités, mais je pense que c'est trop tard désormais. Tu viens d'achever ta troisième saison au Sporting Portugal. Pourtant, elle avait bien mal commencé. Certains médias évoquaient une relation difficile avec ton entraîneur, Jorge Jesus, en début de saison. Tu confirmes ? RUIZ : La fin de saison 2016-2017 n'a pas été la meilleure pour l'équipe, il s'est passé plusieurs événements au sein d'un groupe qui avait encore échoué à obtenir le titre, ce qui a créé quelques problèmes. Mais honnêtement, ce n'était pas si important, ça arrive. Dans ce genre de situations, le staff prend donc des décisions et malheureusement, j'ai rapidement compris que j'en serais une des victimes et que je ne jouerais plus pour le Sporting en 2017-2018. Au mois de juin, je suis allé disputer la Gold Cup avec le Costa Rica et à mon retour, j'ai reçu un message de mon agent m'expliquant que je devais m'en aller ou le club allait me placer sur sa liste de transferts. Il m'a dit qu'on allait voir si quelque chose d'intéressant se présentait, sinon, je resterais au Sporting parce que c'était inscrit dans mon contrat ( qui se termine en ce mois de juin 2018, ndlr). C'est là que la situation a empiré : plus personne ne me parlait, j'ai été mis à l'écart sans explication et sans possibilité de me tenir en forme avec l'équipe A. La seule chose que j'étais autorisé à faire, c'était de m'entraîner en solitaire avec les quatre ou cinq autres joueurs qui étaient dans ma situation. Mais je n'avais rien fait de mal, il suffisait de se rencontrer avec les dirigeants pour trouver une solution. Dans le même temps, j'ai reçu plusieurs offres d'autres clubs, mais aucune ne m'a convaincu... Le Standard était notamment intéressé. RUIZ : Oui, le Standard constituait une belle option. J'ai discuté plusieurs fois avec l'entraîneur, je lui ai dit que j'étais intéressé de signer moyennant le respect de certaines conditions. À mon âge, je ne voulais pas prendre de risques en signant un contrat qui ne me convenait pas totalement. Le Standard a fait tout ce qu'il pouvait pour remplir mes conditions, mais les dirigeants du Sporting en ont ajouté d'autres qui m'ont amené à refuser l'offre des Liégeois. J'ai aussi reçu une proposition de Turquie ( Sivasspor, ndlr) et d'Arabie Saoudite, mais ma femme était enceinte et je ne voulais pas spécialement que mon enfant naisse là-bas. Quand la période des transferts a pris fin, je me suis retrouvé coincé à Lisbonne, à devoir m'entraîner seul. Je l'ai fait de juillet à mi-novembre. Seul tous les jours ? RUIZ : Oui, je ne sais pas si quelqu'un peut imaginer faire ça pendant quatre mois et demi. Surtout qu'en septembre, j'avais deux matches de qualification décisifs pour le Mondial à disputer avec le Costa Rica. Le sélectionneur national était inquiet : tu as beau avoir des qualités, si tu n'as pas le rythme des matches, ça se ressent très vite sur le terrain, surtout lors de rencontres si importantes. Finalement, j'ai joué pour mon pays, on s'est qualifiés pour la Coupe du Monde grâce notamment à un de mes assists... du pied gauche, ce qui est rare. De retour à Lisbonne, le CEO m'a envoyé un message en novembre pour le rencontrer avec les autres dirigeants. Ils ont reconnu qu'ils avaient peut-être fait une erreur et qu'ils voulaient donc trouver une solution. Pour moi, elle était claire : il suffisait de parler au coach, parce que j'étais toujours motivé d'intégrer l'équipe. J'ai rencontré Jorge Jesus et le lundi suivant, j'étais à l'entraînement. Il était convaincu que je pouvais aider l'équipe, même s'il ne m'a pas promis de temps de jeu. J'ai donc fait quelques apparitions au début, puis de plus en plus avant de finir la saison dans la peau d'un titulaire. Quelle année spéciale pour toi, qui a aussi connu " L'affaire Bruno de Carvalho " au mois d'avril. RUIZ : C'était très spécial. Avec les joueurs, nous n'étions pas d'accord avec un message posté par le président Bruno de Carvalho sur Facebook après une défaite contre l'Atlético Madrid en Europa League ( 2-0 en quart de finale, ndlr). Il y critiquait publiquement certains joueurs alors qu'il aurait pu le faire en privé. En tant que groupe, nous n'avons pas vu cette réaction comme constructive et on a voulu le lui expliquer. Mais il a refusé toute discussion et en guise de réponse, il a envoyé un mail dans lequel il suspendait certains des joueurs... pas tous ! Le lendemain, avec les punis, on s'est tout de même rendus à l'entraînement : on voulait jouer et l'entraîneur nous a acceptés. Il a fallu attendre quelques jours avant que le président nous annonce lors d'une petite entrevue qu'il levait la suspension, mais que le processus de sanction était toujours en cours. Un nouveau mail reçu par après a mis fin à l'affaire. On découvre sans cesse des choses dans le football, tu peux toujours être surpris.