"Les revendications des supporters vont au-delà de la crise sportive. Je pense qu'on est davantage dans une crise d'identité. Les gens sont mal à l'aise et ont peur que le club perde son âme ", explique Christian Hannon, responsable de la sécurité au Standard de Liège. Car, à Sclessin, supporter son équipe dépasse la simple passion. Il y a quelque chose quasiment d'irrationnel. " Pour faire partie des Ultras, il faut vivre et penser Standard jour et nuit ", dit Michel Juvigné, qui a fait partie des Ultras (1996-2002) avant d'endosser le rôle de responsable des infrastructures. " Et donc, naturellement, il y a une sélection naturelle. Les gens s'investissent mais à un moment donné, celui qui n'est pas passionné se demande si cela vaut la peine de passer ses week-ends à préparer des tifos. Celui qui reste vit donc uniquement pour le Standard. "
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"Les revendications des supporters vont au-delà de la crise sportive. Je pense qu'on est davantage dans une crise d'identité. Les gens sont mal à l'aise et ont peur que le club perde son âme ", explique Christian Hannon, responsable de la sécurité au Standard de Liège. Car, à Sclessin, supporter son équipe dépasse la simple passion. Il y a quelque chose quasiment d'irrationnel. " Pour faire partie des Ultras, il faut vivre et penser Standard jour et nuit ", dit Michel Juvigné, qui a fait partie des Ultras (1996-2002) avant d'endosser le rôle de responsable des infrastructures. " Et donc, naturellement, il y a une sélection naturelle. Les gens s'investissent mais à un moment donné, celui qui n'est pas passionné se demande si cela vaut la peine de passer ses week-ends à préparer des tifos. Celui qui reste vit donc uniquement pour le Standard. " La semaine dernière, toutes les conversations ont tourné autour des fumigènes du clasico. Toutes dans le même sens. Fustigeant le comportement de ces passionnés. Aucun média n'a cherché à comprendre les revendications de ceux qui sont, à longueur de temps, loués pour l'ambiance qu'ils mettent dans le stade. Celui qui grâce à eux est désormais surnommé l'Enfer de Sclessin. Sport/Foot Magazine a décidé de leur donner la parole afin de comprendre leur malaise mais également de saisir leur poids et leur influence dans le club numéro un de la partie sud du pays. Pas facile, certains étant particulièrement échaudés par les réactions qui ont suivi le clasico. Face à ce procès médiatique, le plus connu (et le plus chaud) des groupes de supporters, les Ultras Infernos, a décidé de ne plus répondre à la presse, s'en tenant à un communiqué. " La contestation survenue en Tribune 3 lors de ce clasico avait pour seul objectif de provoquer un électrochoc vis-à-vis de l'équipe dirigeante en place et de lui envoyer un signal très clair. Nous, supporters du RSCL, n'accepterons pas qu'ils ramènent notre club dix ans en arrière par leur manifeste incompétence. Lorsque les supporters en arrivent à de tels moyens pour faire entendre leur colère, c'est que le désespoir est grand. (...) Nous sommes et nous resterons éperdument attachés à notre club et à nos couleurs. Il est donc de notre devoir de faire savoir notre désapprobation quand nous jugeons que l'avenir du club est mis en péril. C'est ce que nous avons fait dimanche dernier par la confection de différentes banderoles explicites et représentatives de notre état d'esprit actuel. " Ce communiqué pointe donc l'incompétence de la direction en place. " Beaucoup de supporters se posent des questions sur les idées que Roland Dûchatelet veut faire passer ", explique Didier Stevens, fondateur et ex-membre du PHK administrateur de la Famille des Rouches qui regroupe des représentants de tous les groupes de supporters. " On a fait des investissements dans les infrastructures en dotant certaines tribunes de nouveaux sièges. C'est bien mais cela n'est pas important quand les résultats ne suivent pas. Pour avoir un beau stade et une équipe de bras cassés, on préfère rester dans une enceinte obsolète et gagner ! Certains se demandent si les investissements sont bien répartis. La politique de transferts est-elle adaptée ? Des joueurs comme Jérémy Taravel, Benjamin De Ceulaer et Julien Gorius ne se seraient-ils pas adaptés plus rapidement à notre compétition ? On nous vante une politique de jeunes mais on bloque les jeunes de l'Académie par des transferts étrangers. On a connu un discours plus limpide et cohérent. Que ce soit clair : les supporters ne sont pas anti-Dûchatelet mais après un an et demi en demi-teinte, il fallait montrer nos doutes par un signal fort pour qu'il corrige la situation. " D'autres vont plus loin. Comme cet ancien abonné qui a voulu conserver l'anonymat. " Cela fait quinze mois qu'on transfère à tire-larigot et on ne voit pas l'épilogue. Les gens aiment pourtant leur club mais ont peur de le voir partir en sucette. Les priorités, elles sont où ? Normalement, pour un club de foot, c'est d'avoir une équipe. Or, on a l'impression que les priorités de Dûchatelet vont d'abord aux infrastructures, à la Bénéligue, au Standard Femina puis seulement au Standard. Mais soyons sérieux : tu prends des mines à Courtrai et tu voudrais aller jouer contre le PSV, Feyenoord et l'Ajax. Qu'est-ce qu'on va aller faire là-bas ? "Face à ce manque de cohérence, de clarté et de résultats, la colère des supporters a donc grondé. Il n'y a peut-être qu'au Standard que les supporters peuvent faire la pluie et le beau temps. " Les Ultras, c'est le c£ur de Sclessin. C'est un baromètre. Ils ont cet esprit de revendication, cette envie de sans cesse prouver leur amour du maillot ", explique Stevens. Car le Liégeois est rebelle dans l'âme. " Les supporters ont cette gouaille propre à Liège et à sa principauté ", reconnaît d'ailleurs l'ancien directeur général, Pierre François. " Il y en a qui pleurent pour faire partie de l'esprit principautaire ", affirme Juvigné. " Ceux qui viennent de Flandre ou du Luxembourg adoptent naturellement le côté frondeur et râleur du Liégeois quand ils viennent au Standard ", corrobore Hannon. Le supporter rouche aime donc grogner et contester. Il aime surtout se faire entendre et qu'on le respecte. " Sommes-nous incontournables ? " se demande Stevens. " Je ne sais pas. On l'imagine, on l'espère mais on ne l'est plus vraiment. Dans le foot moderne, c'est l'argent qui dirige. Cependant, les supporters restent toujours fidèles alors que les joueurs, les dirigeants passent. Quand on voit qu'on est 22.000 abonnés alors qu'il n'y a pas de Coupe d'Europe au programme cette saison, cela veut dire quelque chose. On a donc le droit de dire ce qu'on pense et d'exiger certaines choses. Après, ce sera aux dirigeants de prendre des décisions. Mais on espère qu'on sera toujours entendu car le jour où on ne le sera plus, on arrivera à quelque chose d'inéluctable. "" A un moment donné, le public de Sclessin agit comme un contre-pouvoir ", ajoute Tony Russo, ancien membre de la Vieille Garde (groupe de supporters qui comprend notamment les anciens du Hell Side). " Le supporter ne veut pas nécessairement être champion chaque année. Il veut un titre tous les cinq ans et une participation européenne. Et quand il sent que ces objectifs s'éloignent, il rouspète. " Dans leur fonctionnement, les supporters collaborent avec le club. Pas question de gérer les tickets et les abonnements en toute autonomie comme cela se fait par exemple à Marseille. La Famille des Rouches centralise les demandes et négocie avec le club pour avoir des réductions. Cela n'en fait pas pour autant des gens mis sous tutelle par le club. Que du contraire, les supporters tiennent à leur indépendance et à leur autonomie. " On ne sera jamais à la botte de ", explique Stevens. " Les gens de la Famille des Rouches sont élus par les clubs de supporters. On veut garder cette idée de démocratie participative. D'ailleurs, quand le président vient à nos réunions, on ne bride personne. Chacun peut parler et émettre des critiques. " Cette situation est-elle plausible ? Un club comme le Standard peut-il interdire un jour à ses supporters de manifester leur courroux ? Le président Dûchatelet ne va pas dans cette direction. " Faut-il dire à des gens fâchés de ne pas venir au foot, de ne pas manifester leurs émotions alors que le foot, par essence, est émotionnel. Ce n'est pas sérieux ! "Alors, finalement, quel est le poids de ces supporters au sein des murs de Sclessin ? " On tient compte de leurs avis ", dit Dûchatelet. " Je me suis rendu à quelques reprises à des réunions de La Famille des Rouches. On les écoute et il y a une forme de dialogue. Ils expriment leurs sentiments et la direction explique ses décisions. Je considère que les supporters ont un poids très appréciable dans la vie du club et c'est pour cette raison qu'une de mes premières décisions lorsque j'ai repris le Standard fut de demander à Louis Smal, président de La Familledes Rouches, de devenir administrateur. " Mais influencent-ils les décisions sportives du président ? A priori non. " Notre politique va au-delà des avis critiques de certains spécialistes. Or, on sait très bien que ces avis conditionnent ceux des supporters. " Cependant, leur présence est telle que tout dirigeant du Standard doit bien en tenir compte. " Quand on engage un entraîneur, on essaye de se poser la question - Comment va-t-il passer auprès des supporters ? On savait par exemple que Ron Jans avait une énorme faculté de communication. Cependant, je ne pense pas que je vais virer un jour un entraîneur sous la pression populaire. Ce n'est pas une bonne manière de gérer un club de foot. Parfois, par contre, il arrive que des problèmes objectifs nous amènent à revoir notre position en matière d'entraîneur. Et à ce niveau-là, notre analyse peut très bien correspondre à celle des supporters, oui. " D'autres anciens dirigeants du Standard vont dans le même sens. " Je ne me souviens pas d'un moment où une décision sportive a été prise uniquement pour plaire ou calmer les supporters ", dit Pierre François. " Chacun doit rester dans sa sphère. Un supporter doit supporter ou critiquer, la direction doit diriger et l'entraîneur entraîner. Ce serait, par exemple, une erreur de confier la billetterie aux supporters. Mais on ne peut pas, dans un club de tradition, faire abstraction de son public. Par exemple, le choix du maillot de cette saison tient compte du souhait des supporters de revenir aux basiques du club. On ne peut pas ignorer leurs origines, ni nier leur puissance. "PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Sommes-nous incontournables ? On l'espère, on l'imagine mais on ne l'est plus. C'est l'argent qui dirige. " (Didier Stevens, fondateur du PHK)