L'EURO 2004 s'est donc achevé comme il avait débuté : par une confrontation entre le Portugal et la Grèce. Et, pour la deuxième fois, la victoire est allée à une surprenante équipe grecque, qui aura remporté son premier grand triomphe alors que personne ne donnait cher de ses chances dans un groupe composé du pays organisateur, de l'Espagne et de la Russie.
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L'EURO 2004 s'est donc achevé comme il avait débuté : par une confrontation entre le Portugal et la Grèce. Et, pour la deuxième fois, la victoire est allée à une surprenante équipe grecque, qui aura remporté son premier grand triomphe alors que personne ne donnait cher de ses chances dans un groupe composé du pays organisateur, de l'Espagne et de la Russie. Cette revanche du match d'ouverture (2-1 en faveur de l'équipe hellène) aura été en quelque sorte une copie conforme du rendez-vous initial du 12 juin, au stade du Dragon. Cette fois-là aussi, les troupes du sélectionneur Luiz Felipe Scolari n'avaient jamais su trouver la parade au marquage individuel imposé par les Hellènes sur les attaquants et les milieux offensifs. Cette supériorité dans les duels aura bel et bien été le fil conducteur des Bleu et Blanc dont l'arrière-garde sera parvenue, tout au long de l'épreuve, à mettre sous l'éteignoir les meilleurs avants ou meneurs de jeu adverses, qu'il s'agisse de Luis Figo, Pauleta et Cristiano Ronaldo chez les Portugais, Raul du côté espagnol, Thierry Henry, David Trezeguet et Zinédine Zidane auprès de l'équipe de France ou encore le tandem formé de Jan Koller et Milan Barros au sein de la Tchéquie. Les puristes, comme nous, regretteront simplement que cette phalange grecque, pourtant parfaitement capable de sortir de ses bases à bon escient, en dessinant même des mouvements du meilleur aloi, se complaise trop souvent dans un football attentiste, frisant même, par moments, l'antijeu. Les Grecs ont pris quatre cartons jaunes rien qu'en finale, mais les hommes de l'entraîneur allemand Otto Rehhaghel se jouèrent de toutes les oppositions. La générosité offensive ne fut manifestement pas du ressort de Giorgios Karagounis et des siens. Un capitaine qui dut, au demeurant, faire l'impasse sur le remake contre le Portugal pour abus de cartes jaunes. Une mésaventure qui le frappait déjà pour la deuxième fois en cours de compétition, puisqu'il avait purgé une journée de suspension lors du dernier match de groupe contre la Russie. Il est vrai qu'au total, le médian de l'Inter Milan aura vu la bagatelle de 47 fautes individuelles sifflées contre lui, un record pour l'EURO 2004. Cette rudesse ne se sera d'ailleurs pas limitée au seul métronome. Son compère Yourkas Seitaridis avait été réprimandé 32 fois avant la finale. Ce qui le classait au troisième rang du classement des plus grands pécheurs, derrière le Hollandais Giovanni van Bronckhorst, auteur de 35 accrochages. Avec pas moins de 14 bristols jaunes récoltés en cours d'épreuve, les Grecs auront été les plus performants aussi, en la matière. Leurs 43 % de possession du ballon, dont les six dixièmes dans leur propre camp, contrastent aussi, singulièrement, avec les 53 % et plus (dont 58 % par le Portugal) réalisés par les trois autres demi-finalistes. Même la Lettonie, avec 47 %, avait fait mieux dans ce registre. Ce qui est quand même éloquent. Bien sûr, le monopole du cuir n'a jamais été garant de succès. Et, compte tenu du profil des éléments qu'il avait à sa disposition, Otto Rehhagel aura manifestement préféré réagir qu'agir tout au long du tournoi, au départ d'une défense serrée. Alors que les autres représentants se révélèrent des adeptes de la zone, l'ex-coach du Werder Brême s'appuya, lui, sur la vieille recette allemande du libero û Traianos Dellas en l'occurrence û montant bonne garde derrière des joueurs pratiquant l'individuelle. Et quelle individuelle ! Encore heureux que Milan Baros, en demi-finales, n'ait pas dû sacrifier à un arrêt pipi, à l'image de Roy Makaay précédemment face à la Suède, sans quoi Seitaridis, qui le tenait à la culotte, l'aurait plus que vraisemblablement accompagné aux toilettes. Libre à chacun, évidemment, de concevoir le football comme il l'entend. Mais on regrettera tout de même que, du côté grec, le marquage ait souvent confiné au matraquage pur et simple. Avec un Pierluigi Collina étrangement tolérant à l'occasion des demis contre la Tchéquie, notamment. L'arbitre italien n'aurait jamais dû tolérer les deux agressions coupables dont Pavel Nedved fut victime en début de rencontre, avant de se blesser lui-même suite à un choc violent avec Konstantinos Katsouranis. Tout comme Collina aurait dû sanctionner le tirage de maillot perpétré par Michalis Kapsis sur Jan Koller. Ces différentes facettes, de même que la fâcheuse propension des footballeurs grecs à s'écrouler au moindre contact afin de gagner, ce faisant, quelques minutes de temps précieux, auront été sans conteste les aspects les plus rébarbatifs chez eux. Mais l'équité commande d'écrire aussi, évidemment, qu'on n'arrive pas en finale sans mérite. Et, à cet égard, il convient de rendre aux nouveaux dieux grecs ce qui leur appartient. Tout d'abord, aucune nation présente en Lusitanie n'aura présenté un ensemble aussi soudé et compact que le team hellène. Du premier jour jusqu'au dernier, les Grecs auront fait preuve d'une solidarité jamais prise en défaut sur le terrain et d'un don de soi s'apparentant souvent au sacrifice. Chez les Grecs plus que partout ailleurs, tous les joueurs, sans exception, auront participé inlassablement au travail de reconquête du ballon, même leur buteur patenté, Angelos Charisteas. Il est significatif aussi que, chaque fois que les Bleu et Blanc étaient en possession du cuir, ils se sont toujours efforcés d'en faire un usage constructif. A 1-0 en leur faveur, lors du match d'ouverture, ils auraient fort bien pu s'arc-bouter tranquillement devant leur domaine. En lieu et place, ils ont continué à aller de l'avant, avec un deuxième goal sur penalty pour conséquence. Et ce, face à une équipe du Portugal qui pouvait pourtant compter sur le soutien inconditionnel de son public. Enfin, on signalera aussi que personne, à l'exception de la Squadra lors de sa première heure contre la Suède, n'a joué aussi rapidement et de façon aussi précise que la Grèce durant cet EURO 2004. Au sol ou dans le trafic aérien, les joueurs hellènes ont affiché très peu de déchet, tissant par moments de fort jolies combinaisons en un temps par le biais de plusieurs éléments qui ont incontestablement accédé à la notoriété pendant ce tournoi. Nous songeons plus particulièrement aux hommes du milieu : Karagounis, aussi technique que teigneux, qui inscrivit le but d'ouverture face au Portugal, Theodoros Zagorakis, le régulateur de l'équipe et Katsouranis, le harceleur des stratèges adverses. Sans oublier, évidemment, la paire d'arrières centraux formée de Dellas, auteur du but qui a propulsé les siens en finale contre la Tchéquie, et son compère Kapsis. Mais le stopper de l'AEK Athènes ne l'a jamais joué à l'intimidation. Bruno Govers" On n'arrive PAS EN FINALE sans mérite, mais... "