Un membre du staff les a surnommés les directeurs. Chaque jour, un groupe de sexagénaires assiste à l'entraînement de Zulte Waregem. Sauf le vendredi, parce que les séances ne sont pas ouvertes au public. Les joueurs les connaissent et leur adressent un petit signe en passant. Ça discute de tout et de rien. Avant le derby, c'est surtout de Courtrai qu'il est question. "Ce n'est plus un club belge mais un club malaisien. Je suis sûr qu'ils sont jaloux de notre stade. Dans cinquante ans, ils n'en auront toujours pas."
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Un membre du staff les a surnommés les directeurs. Chaque jour, un groupe de sexagénaires assiste à l'entraînement de Zulte Waregem. Sauf le vendredi, parce que les séances ne sont pas ouvertes au public. Les joueurs les connaissent et leur adressent un petit signe en passant. Ça discute de tout et de rien. Avant le derby, c'est surtout de Courtrai qu'il est question. "Ce n'est plus un club belge mais un club malaisien. Je suis sûr qu'ils sont jaloux de notre stade. Dans cinquante ans, ils n'en auront toujours pas." Zulte Waregem est un club populaire. Le nouveau centre d'entraînement n'y a rien changé, même si les joueurs se rendent compte qu'ils ont de la chance. "Avant, nous faisions du fitness dans un coin de la salle de massage et nous prenions le petit déjeuner dans une pièce de 6 mètres sur 6", raconte Sammy Bossut. "Pourtant, nous avons toujours fait en sorte de nous amuser." A Zulte Waregem, on a compris que seuls le bon sens et le travail permettent de faire bonne figure en Jupiler Pro League. Le mot professionnalisation ne fait plus peur. Cela se voit à des détails : des vestiaires propres, des repas équilibrés et même des cours de yoga sur base volontaire, avec un minimum de 50 % de présence par mois. "Les joueurs doivent se sentir bien, ne penser qu'au football. Mais nous n'avons personne pour leur attacher leurs chaussures." Pour le moment, le groupe ne parle pas trop de la première place. Du moins, c'est ce qu'on prétend officiellement. Pour Francky Dury, la situation n'est que provisoire. Lui, ce qu'il veut, c'est jouer l'Europe. Mais on sent que les choses bougent au Gaverbeek. Quand on insiste un peu, Eddy Van den Berge, le fidèle compagnon de route de Dury, qui en est à sa quatorzième saison au Gaverbeek, accepte de faire le parallèle avec l'équipe qui, il y a trois ans, a échoué de peu dans la course au titre. "La défense de l'époque était composée de De fauw, Colpaert, D'Haene et Verboom. Aujourd'hui, De fauw est de retour et nous avons Derijck. Autre similitude : un noyau bien balancé, un bon banc et des joueurs complémentaires. Lerager a le même rayon d'action et le même abattage que Delaplace. La seule chose qui nous manque, c'est un joueur comme Thorgan Hazard." Pour Van den Berge, cette équipe a soif d'apprendre. "Après chaque match, je donne à chaque joueur une compilation de ses meilleures actions. Je peux vous assurer qu'ils attendent cette vidéo avec impatience. Même en période de préparation, ils me réclamaient des images. Un joueur reconnaît plus facilement ses erreurs s'il est confronté aux images. Ce n'est pas pour rien que, sur ces compilations, il est écrit : le succès est la somme de nos erreurs." Une image en dit parfois plus que dix analyses. Avec Dury, depuis des années, les joueurs ont pris l'habitude de former un cercle au milieu du terrain avant un match ou après l'entraînement afin de souder les liens. L'entraîneur désigne un joueur qui crie Pour Zulte Waregem puis tout le groupe explose dans un cri. Dury adore ces moments. Il sait qu'en fin de saison, ils peuvent faire la différence entre un ticket pour les play-offs I et une place au milieu du tableau. Pour lui, des règles clairement établies évitent les malentendus. L'année dernière, il a parfois dû intervenir pour remettre un joueur sur le droit chemin. Pas cette saison. Dury affirme avoir un groupe facile à diriger mais l'Arsène Wenger de Zulte Waregem - il a huit ans de moins mais les mêmes rides, le même rayonnement et la même aisance dans le discours - est surtout devenu plus cool au fil des années, sans rien perdre de son fanatisme sur le terrain. Tandis qu'il pose minutieusement les cônes, il fait faire des heures supplémentaires aux arroseurs. Chaque centimètre carré de terrain doit être arrosé. Sous sa casquette, il regarde ses adjoints donner l'entraînement. "Je laisse beaucoup de liberté à mon staff", dit-il. "Que ferais-je avec des adjoints qui regardent l'entraînement ? Ce ne serait pas responsable." Il n'entre en action que lors des petits matches pour faire part de ses observations en temps réel. Il a sa façon d'amener ses joueurs en forme pour le week-end. Le mardi, l'entraînement est ludique ; le mercredi, l'accent est mis sur la mentalité et le caractère, le physique ; en fin de semaine, il reprend le contrôle du groupe en axant sur la concentration et la motivation. Pour jouer sous les ordres de Dury, il faut passer une sorte d'examen d'entrée. "Un joueur de Zulte Waregem doit être un gagneur. Je dois le ressentir dès le premier entretien. Je n'ai pas besoin de onze leaders mais ceux qui ne le sont pas doivent être de parfaits suiveurs. Cet entretien ne doit pas être un monologue, je veux des joueurs qui ont de la personnalité, pas des béni-oui-oui. Il faut pouvoir communiquer suffisamment pour faire preuve de présence et progresser." Le SV Zulte Waregem est devenu Essevee : Everyone, Strong, Success, Engagement, Victory, Emotions, Extra. Eddy Cordier, le manager général, a couché l'ADN du club sur une feuille A4. Ses piliers sont l'ancrage régional, l'enthousiasme, l'ambition, la progression commune et l'accessibilité. "Nous ne voulons pas devenir le plus grand club du pays", dit Cordier. "Dans une ville de 38.000 habitants, c'est impossible. Celui qui prétend le contraire est un gros cou. Par contre, nous voulons devenir le concurrent le plus sympathique de tous les grands clubs. Je suis heureux quand les dirigeants d'autres clubs nous citent en exemple." L'outil le plus important, c'est le Stade Arc-en-Ciel. Sa modernité donne une idée de ce que le club veut atteindre. Lorsque la troisième phase de rénovation sera terminée, la direction espère faire passer son budget de 15 à 20 millions d'euros. C'est largement suffisant pour jouer l'Europe chaque année et décrocher un titre si tout va bien. Dans la conjoncture actuelle, toutes les pièces du puzzle semblent s'imbriquer. "Un journaliste m'a un jour demandé ce qui me satisfaisait le plus", dit Cordier. "C'est de voir les gens sourire dans les tribunes, de recevoir un mail de remerciement de nos partenaires ou un message de félicitations du boulanger du coin. Il y a deux ans, rien n'allait. Aujourd'hui, personne ne dit que le buffet était froid ou que la bière était trop mousseuse. Les gens me demandent même de les prévenir dès que la location des loges sera ouverte alors que la nouvelle tribune n'est même pas encore construite." Une soirée au Gaverbeek confirme ce que nous pensions : tout Waregem est derrière Zulte Waregem - 15 à 20 membres du noyau dur ont encore un maillot vintage de Waregem ou une écharpe rouge et blanc. Dix mille cinq cents personnes assistent au derby contre Courtrai : une belle chambrée, mais il reste de nombreuses places libres alors que ce match devait servir de test en matière d'assistance potentielle. "Nous avons commandé une étude selon laquelle notre capacité maximale est de 14.000 spectateurs", dit Cordier. "Cette saison, la moyenne est de 8.500. Cela veut donc dire que nous devons attirer 6.000 personnes de plus alors que nous menons déjà un combat quotidien pour avoir du monde. Est-ce un phénomène temporaire ? Je n'en sais rien mais je constate qu'on peut regarder du foot à la télé toute une journée pour 10 euros par mois. En général, un supporter qui se rend au stade attend trois choses : un siège confortable, un bar accessible et des WC propres. Nos nouvelles tribunes répondent à ces besoins." Au cours des dernières années, le club a beaucoup misé sur l'accueil des sociétés. "Un choix logique", dit Cordier. "Il y a beaucoup d'entreprises dans la région, c'est le Texas flamand. L'hospitalité, c'est notre fond de commerce. Nous parlons d'ailleurs de partenaires, pas de sponsors. Une fois qu'on en a un, il faut continuer à investir pour ne pas le perdre. C'est pourquoi nous avons lancé différents segments : un business club, un young business club et un business club pour les dames. C'est très apprécié. Lorsque les résultats étaient moins bons, nous nous sommes sentis soutenus par nos partenaires. Cela nous a encouragés à encore investir. Cela fait près de deux ans que je suis ici et je n'ai pas encore entendu un partenaire dire qu'il songeait à nous quitter." Peut-être ne manque-t-il plus qu'un titre à Zulte Waregem pour être définitivement lancé. Comme Genk à l'époque ou Gand il y a deux ans. Le public et la presse suivront alors automatiquement. "Nos prestations suscitent la sympathie mais nous devons rester à notre place", dit Cédric Tack, l'attaché de presse. "Je trouve qu'il est normal qu'on parle davantage des grands clubs puisqu'ils ont plus de lecteurs potentiels. On peut lutter contre cela et faire preuve de créativité en montant des actions qui seront reprises par les médias, comme notre appel à réunir 1101 femmes dans une même tribune contre Charleroi. C'est pourquoi il est bon qu'on ne parle pas trop de nous même si nous sommes en tête après sept journées. Laissez-nous travailler dans l'ombre. Si nous faisons trop de bruit, ça nous reviendra en pleine figure comme un boomerang." PAR ALAIN ELIASY - PHOTOS BELGAIMAGE" Un joueur de Zulte Waregem doit être un gagneur. " FRANCKY DURY