Le rendez-vous est fixé à 13 h. Yassine El Ghanassy arrive à 13 h 05, précisant au préalable qu'il aurait quelques minutes de retard. Pour l'avoir interviewé à quelques reprises, on est plutôt surpris. La ponctualité était rarement au menu. Par contre, le dribbleur reste toujours aussi spontané dans ses réponses. Et ce n'est pas " la grosse gifle " prise à West Bromwich Albion l'an dernier, qui semble l'avoir démobilisé.
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Le rendez-vous est fixé à 13 h. Yassine El Ghanassy arrive à 13 h 05, précisant au préalable qu'il aurait quelques minutes de retard. Pour l'avoir interviewé à quelques reprises, on est plutôt surpris. La ponctualité était rarement au menu. Par contre, le dribbleur reste toujours aussi spontané dans ses réponses. Et ce n'est pas " la grosse gifle " prise à West Bromwich Albion l'an dernier, qui semble l'avoir démobilisé. Yassine El Ghanassy : Je ne sais pas, mais à quelque chose qui n'a rien à voir avec l'aspect sportif. Tu peux téléphoner au club, ils te diront comment j'étais. J'ai toujours été correct, je me suis toujours entraîné à fond, je faisais des extras après les entraînements. Mais l'équipe tournait bien, c'était difficile. Rien. Et pourtant, durant la préparation, je ne faisais que marquer. Bizarre.... Surtout si je te raconte ce que le coach, Steve Clarke, me disait : -Yassine, tu dois te battre avec moi, pas contre toi. Tu dois en vouloir à moi, pas à toi. Tu t'entraînes bien, c'est à moi que tu dois en vouloir. Le jour où il m'a dit ça, j'ai compris que c'était fini pour moi. Bien sûr. Et lui non plus ne comprenait pas pourquoi je ne jouais pas. Il me donnait des conseils. Même les autres joueurs me disaient que ma situation n'était pas normale. Je devenais fou ! Me retrouver sur le banc, jamais je n'avais connu ça de ma vie... J'aurais préféré rester à Gand. Le foot, c'est aussi prendre du plaisir, s'amuser. Je voulais me changer les idées. Moi et Gand, ça n'allait plus. Tout. Même me réveiller le matin et aller à Gand, ça me prenait la tête. C'était une sorte de dégoût. Non. Lui me disait :-Je t'épargne quand il me plaçait sur le banc en fin de saison. J'en suis en partie responsable, j'ai trop affiché certaines choses, et même si je ne le faisais pas exprès. Les supporters l'ont mal pris. Avoir une grosse voiture, bien s'habiller.... Ça va vite. Mais aujourd'hui le public et moi sommes réconciliés. J'ai été parfaitement accueilli pour mon retour. Non. Je crois être imposant sur un terrain. Et je crois surtout que le coach a des critères quand il nomme un capitaine. Et s'il m'a choisi, c'est que je les remplissais. Mais je serai capitaine que si Pelé s'en va. Et j'ai beaucoup de respect pour lui, il est comme un frère. Et quand il partira - et j'espère qu'il partira car après une saison pareille ça ne serait que justice - je récupérerai le brassard. C'est ce qui est convenu. Oui, je crois. J'ai 23 ans aujourd'hui et j'ai une certaine expérience. Ça fait 5 ans que je joue en D1, j'ai plus de 130 matches. Je commence à savoir des choses sur le foot. OK, je suis peut-être un artiste, mais tactiquement je connais des choses. J'ai intégré le noyau pro de Gand à 16 ans et j'ai vu de très bons coaches défiler : Preud'homme, Dury, Sollied. Même en Angleterre, j'étais dans le groupe, j'assistais aux théories, j'allais à l'hôtel. C'est sûr. Faut pas se voiler la face, si Gand est resté la saison dernière en D1, c'est grâce à Pelé. Il a porté cette équipe quasiment à lui tout seul. Pelé est quelqu'un qui a besoin de se sentir important, d'être le numéro un. Mais quand il a débarqué à Gand de Courtrai, l'équipe tournait alors très bien sous Franky Dury. Il a senti que cela allait être difficile pour lui mais il a pris son mal en patience et aujourd'hui, Pelé c'est le boss à Gand. La saison passée m'a fait comprendre que je n'étais pas invincible. Que même si j'ai beau avoir des qualités, le foot c'est compliqué. J'ai pris une grosse gifle ! J'ai aussi compris que le statut d'un footballeur, c'est éphémère. Enfin, je le savais mais je pensais que ça ne pouvait pas m'arriver (rires). J'ai bien touché le fond mais maintenant je me sens très bien. J'étais dans une passe difficile, je préférais ne pas dire de bêtises. Le pire dans tout ça, c'est que quand tu ne joues pas, tu grossis. Tu vis la vie d'un titulaire, tu vas à l'hôtel, au match, au resto d'après-match, et donc tu prends du poids. Oui, c'est sûr. Je pense m'être posé les bonnes questions. Est-ce que ça vaut la peine de partir et de ne pas jouer ? Non. A Gand, je suis sûr de jouer, et le coach m'aide beaucoup dans mon développement. C'est un très bon coach. De toute façon, son palmarès parle pour lui. Quand on a coaché Porto, qu'on a gagné la Coupe d'Espagne avec Saragosse, qu'on a dirigé des joueurs de fou, ça en dit suffisamment sur la personne. Oui. Il veut que je devienne le boss de l'équipe. Il veut que je prenne l'équipe en main. Oui très souvent. Mais je n'étais même pas au courant. C'est Manu Ferrera qui me l'a dit. Il disait à Louwagie : -Mais comment vous avez laissé partir un joueur comme ça ?Je ne vais pas te mentir. Quand je suis revenu à Gand cet été, j'avais des envies de repartir et j'avais d'ailleurs plusieurs contacts à l'étranger. Mais j'ai compris. Je ne fais plus les mêmes conneries qu'avant. Je me suis entouré de personnes de confiance, qui sont derrière moi et qui me font confiance. D'avoir écouté les mauvaises personnes. J'ai trop fait confiance aux agents notamment, je changeais d'agent très souvent. J'étais naïf. C'était pas rose, heureusement qu'il y avait Christian (Benteke) pour me soutenir. Christian a toujours été un grand professionnel. Sa réussite aujourd'hui, c'est le fruit de son travail. Quand je lui disais : - viens, on sort. Il me répondait non à chaque fois. T'as compris le genre de garçon que c'est. Non. Et ça m'a joué des tours. Je ne fais plus des choses qui font parler, qui font jaser. Par exemple, quand je sors aujourd'hui, c'est en vacances. C'est tout. Non. Parce que si je ne joue pas à leur niveau, c'est ma faute. Je n'ai pas su faire les bons choix de carrière, de vie. Oui bien sûr. Je ne me rendais pas vraiment compte de ce que je faisais. Ma vie en dehors du foot était trop dissipée. Mais même en ne jouant pas en Angleterre, j'ai beaucoup appris. Le rythme en Angleterre, c'est un truc de fou. Le jeu va tellement vite. C'est une autre culture. Il y a plus d'espace. Si tu es fort techniquement et dans les dribbles, tu peux faire très mal. Eden (Hazard) en est le meilleur exemple. Je pense qu'il avait plus de difficulté en France qu'en Angleterre. Le fait qu'Eden se soit marié très jeune, qu'il ait un enfant très tôt, ça l'a stabilisé, lui a donné plus de responsabilité. J'en ai déjà parlé avec lui, ça a beaucoup joué dans sa carrière. S'il est là aujourd'hui, c'est grâce à sa femme, et sa famille composée de gens très bien. On n'a plus d'excuse en tout cas. Avant, on pouvait toujours dire : le terrain est pourri, le stade est pourri. C'est fini tout ça. On a désormais le plus beau stade de Belgique, les plus belles installations, y a plus de chipotage à avoir (sic). D'abord se qualifier en play-offs 1 et après on pourra ambitionner autre chose. Le foot, ça peut aller vite. A un but près, Zulte Waregem était sacré champion. C'est fou, non ? A dix minutes de la fin, j'aurais mis tout le monde devant. J'aurais été dans leur équipe, j'aurais tenté l'action individuelle. Un goal, t'es champion ! Y a plus besoin de jouer au foot. Tu te crées des fautes, des corners et tu rentres dedans. Non. J'aurais pas mis 5 buts et 5 assists aux Pays-bas si ç'avait été le cas. Je suis plus malin maintenant : je sais quand je peux et dois aller vers l'avant. J'ai rendez-vous avec Monsieur Louwagie prochainement. Pas pour discuter de la durée mais concernant une revalorisation. Je viens d' Angleterre, c'est normal, j'ai été habitué à d'autres montants. Même quand tu ne joues pas, tu touches là-bas. Il pouvait m'arriver d'aller en boîte et de gaspiller 3-4000 euros comme ça, bêtement, pour rien. C'était l'influence des faux-amis, des filles. Quand t'es en boîte, tout le monde t'aime. Les " amis " comme les filles. Mais tout ça, ça n'arrivera plus. On ne m'aura plus. Ça a encore davantage sali mon image. Et c'est évidemment venu aux oreilles des dirigeants anglais. On en a même parlé en Turquie, au Maroc. Je ne me pose pas de question mais ce qui est sûr, c'est que quand je vois cette équipe nationale, je n'ai qu'une seule envie : être avec ! Car c'est une équipe de talents. Et puis je suis un joueur belge, c'est normal que j'ai envie d'aller à la Coupe du Monde. Sous Leekens, j'y étais, il est normal que j'ai l'ambition de retrouver la sélection. Je suis quand même un nom, faut pas l'oublier ? Mais pour ça, je dois confirmer semaine après semaine. J'ai fait quatre bons mois aux Pays-Bas, c'est quand même pas rien. Ce championnat est quand même mieux coté que le belge. Ça s'est bien passé. J'ai joué 12 matches, j'ai marqué 5 buts et donné 5 assists, t'as compris. Et en plus, j'en ai raté des occasions. Le coach, Marco Van Basten, m'a mis en confiance directement alors que j'étais arrivé un peu blessé. Et puis il m'a fallu environ trois semaines pour me dire que je n'étais plus en Angleterre, que je redescende sur terre. Au début, je disais au coach :- ne me fais pas jouer, je ne suis pas prêt, je ne suis pas heureux d'être ici. Quand je suis arrivé dans ce club, je ne savais même pas qu'il était 14e, je ne connaissais rien de l'équipe. Et puis, j'étais loin de tout, de ma famille. Mais au final, j'ai su rebondir, j'ai eu le déclic, en parlant avec le coach notamment. Et puis est arrivé le match face au PSV qu'on a gagné 2-1 où je marque et donne un assist. J'étais parti. Quand je suis arrivé, il m'a parlé individuellement et m'a dit : t'es à part du reste du groupe, tu as ta touche. Je veux que tu sois le plus vite dispo. Après trois semaines, il me donnait des responsabilités. Quand il donnait sa théorie et il me demandait ce que j'en pensais devant tout le groupe. C'est un signe de reconnaissance. PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: KOEN BAUTERS" Il pouvait m'arriver d'aller en boîte et de gaspiller 3-4000 euros comme ça, bêtement, pour rien. " " Quand je disais à Christian (Benteke) :-viens, on sort. Il me répondait non à chaque fois. "