Le jeudi 13 février, Bernd Stange (55 ans), qui était depuis quelques mois le nouveau sélectionneur de l'Irak, a quitté le pays à cause de la pressante menace de guerre:
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Le jeudi 13 février, Bernd Stange (55 ans), qui était depuis quelques mois le nouveau sélectionneur de l'Irak, a quitté le pays à cause de la pressante menace de guerre: "On en est arrivé à un point de non-retour et cela n'a plus de sens que je reste", déclarait le coach allemand au moment de s'embarquer pour Amman en Jordanie. Dans la foulée, Stange affirmait que c'était la représentation diplomatique allemande à Bagdad qui l'avait poussé à quitter l'Irak de manière précipitée."Et puis, dans les prochains jours, tous mes joueurs seront appelés sous les drapeaux et je me retrouverai seul sans équipe", ajoutait-il.En novembre, Stange avait signé un bail de quatre ans avec la fédération irakienne pour entraîner l'équipe nationale et la sélection olympique. Un contrat qui comportait une clause en vertu de laquelle il pouvait quitter le pays au cas où sa sécurité serait mise en danger pour cause de "guerre ou de tremblement de terre"..Rentré à Iéna, l'homme a immédiatement fait changer son numéro de téléphone. Depuis son retour au pays après cette brève expérience irakienne, Bernd Stange, qui fut l'un des derniers sélectionneurs de l'ex-Allemagne de l'Est, a été assailli par les journalistes et s'est retrouvé en butte aux critiques les plus sévères. Bild, le quotidien populaire le plus vendu et le plus lu d'Allemagne, l'a qualifié, en première page qui plus est, de "propagandiste de SaddamHussein". Cela faisait plusieurs années que l'on n'avait plus parlé de Stange, ses expériences en tant qu'entraîneur dans le football allemand réunifié et à l'étranger n'ayant guère attiré l'attention. Puis, en octobre dernier, l'Allemagne apprenait que Stange se trouvait en Irak pour y signer un contrat avec la fédération de ce pays, fédération présidée par le propre fils du dictateur, Udai Hussein, et qui compte 4.400 affiliés.. En fait, l'homme s'était déjà rendu sur place au cours de l'été. Un tour d'horizon effectué dans le plus grand secret. Et pour cause: l'affaire, fatalement rendue publique, faillit causer un incident diplomatique et mit en lumière les tensions qui entourent les relations qu'entretiennent l'Allemagne et les Etats-Unis. Au moment où Gerhard Schroeder marquait son opposition à une guerre en Irak, Stange se présentait à Bagdad au siège de la fédération irakienne, Palestine Street, pour y signer son contrat et se faisait prendre en photo à côté d'un portrait de Saddam Hussein. En Allemagne, ce fut le branle-bas de combat. Les entraîneurs de la Bundesliga l'accusèrent d'avoir trahi l'allié américain au profit d'un dictateur. Au ministère des Affaires étrangères, on coupa court en précisant que cette affaire était d'ordre personnel. La fédération allemande fit de même. Stange, lui, restait impassible: "Je crois en l'idéal olympique et je me considère comme un homme de sport et un ambassadeur de la paix. Je suis venu en Irak parce que j'ai envie d'entraîner dans un pays passionné de football. A mon âge, je ne reçois pas beaucoup d'offres comme celle-ci. Je n'ai rien à voir avec le régime et personne ne me contraindra à adopter des positions politiques. Quant à la photo avec Saddam Hussein, j'étais là pour négocier et il n'y avait qu'un seul photographe. Je ne pouvais quand même pas lui dire: - Excusez-moi, pas question de me prendre en photo avec le portrait du chef de l'Etat". Il veut revenir après la guerre!Avant Noël, l'entraîneur allemand s'est mis au travail avec l'équipe olympique composée de très jeunes éléments -le capitaine Nouri Sabri n'a que 18 ans- dépourvus d'expérience internationale. Le 10 février dernier, l'ambassade d'Allemagne à Bagdad ordonnait à l'entraîneur de quitter la suite qu'il occupait au quinzième étage de l'hôtel Sheraton où il logeait depuis son arrivée. Stange a obéi. Il est rapidement retourné auprès de son épouse Dorothea, infirmière dans un hôpital, et ses deux fils Martin et Michael, qui s'étaient bien gardés de l'accompagner. Une fois sur le sol allemand, l'entraîneur corrigeait les propos qu'il avait tenus au moment de son départ: "J'ai un contrat jusqu'en 2006 et on m'a prié de revenir en Irak dès que la situation le permettrait. Avant de partir, j'ai écrit un mot à chacun de mes joueurs, priant dieu que la guerre n'éclate pas. J'ai l'intention de poursuivre mon travail avec la fédération irakienne et d'atteindre les objectifs fixés c'est-à-dire les Jeux Olympiques de 2004 et la Coupe du Monde 2006". Dans ce pays constamment menacé par la guerre et se trouvant dans des conditions économiques dramatiques, on jouait au football partout où il y avait un bout de terrain: "C'est l'unique joie que les gens peuvent encore éprouver". Pour sélectionner les joueurs et contacter entraîneurs et dirigeants, Stange a rendu visite aux 20 clubs de la première division irakienne. C'est ainsi qu'au stade Schaab de Bagdad, l'Allemand a vu jouer les équipes de la défense anti-aérienne contre l'équipe de la police, le club le plus titré du pays: "Un football de rue mais avec 50.000 spectateurs enthousiastes", conclura-t-il.Toujours escorté par des gardes du corps, il a également pu se rendre dans d'autres parties du pays. A bord d'une vieille Oldsmobile conduite par un chauffeur de la fédération, il a également visité l'antique Babylone, se faisant photographier pendant qu'il jouait au football avec un groupe de gamins. L'entraîneur européen a pu constater de visu la situation dramatique dans laquelle survit le football irakien, lui aussi frappé depuis 12 ans par l'embargo décrété par les Nations Unies. Les terrains de jeu sont criblés de trous, hérissés de mottes de terre et de mauvaises herbes. Même les poteaux des buts sont d'une autre époque: ils sont en fer parce que l'aluminium est considéré comme un matériau de guerre et que l'importation en est interdite. Bref, pour soulever et déplacer une cage, il faut 20 hommes. Il n'y a pas de pommades pour les muscles et aucun bandage n'est mis à la disposition des masseurs. Stange a élaboré quelques programmes d'entraînement et les a distribués aux entraîneurs des clubs. Il a reçu de la part de la fédération la promesse que tous les clubs de D1 se verraient fournir le plus rapidement possible du matériel pour salle de gymnastique. Mais depuis, le fils de Saddam Hussein a eu d'autres choses plus urgentes à régler. Pendant son séjour, Stange avait obtenu que les joueurs du groupe de l'équipe nationale puissent arriver à l'heure aux entraînements et aient la possibilité de se doucher.Il disait aussi: "Les footballeurs irakiens ont une excellente technique ballon au pied mais, tactiquement, ils sont très modestes. Et on ne peut absolument pas les considérer comme de vrais athlètes".Un ex-informateur de la StasiEn d'autres temps, et une fois la réunification allemande établie, Bernd Stange avait admis avoir été un informateur de la Stasi, l'ex-service secret de Berlin-Est, sous le pseudonyme de Kurt Wegner. Sa mission était de tenir à l'oeil ses compagnons et de donner les noms de ceux qui voyaient leur foi communiste vaciller surtout lors des déplacements à l'étranger. A sa décharge, Stange a fait valoir que ce travail était répandu au sein des sportifs et des dirigeants de l'ex-Allemagne de l'Est. Le Dinamo Berlin, un des clubs phares, était l'équipe de la Stasi et était dirigé par Erich Mielke, le patron des services secrets. Aujourd'hui, Stange prétend être un homme de sport et de paix. Et ne peut s'empêcher de se plaindre: "Je vis ma deuxième interruption de carrière due à la politique. La première remonte à 1984 quand le boycott des pays du bloc socialiste contre les Etats-Unis m'empêcha de participer avec la RDA aux Jeux Olympiques de Los Angeles"Nicolas Ribaudo, avec ESM