La scène a été impressionnante, dimanche soir, au stade Roi Baudouin : au coup de sifflet final, tous les joueurs et le staff technique au complet du Club Bruges se sont tombés dans les bras. Ils ont fêté avec une unité rarement vue leur victoire en Coupe contre Anderlecht. On remarque cette communion depuis des semaines sur le terrain. Dimanche, le Club n'a pas mieux joué qu'Anderlecht mais il a affiché une meilleure mentalité et beaucoup plus d'engagement. Quand le Club joue ainsi, il forme un ensemble solide, très difficile à démanteler. Un bloc qui recèle un énorme potentiel et aligne beaucoup de jeunes footballeurs qui sont en pleine progression.
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La scène a été impressionnante, dimanche soir, au stade Roi Baudouin : au coup de sifflet final, tous les joueurs et le staff technique au complet du Club Bruges se sont tombés dans les bras. Ils ont fêté avec une unité rarement vue leur victoire en Coupe contre Anderlecht. On remarque cette communion depuis des semaines sur le terrain. Dimanche, le Club n'a pas mieux joué qu'Anderlecht mais il a affiché une meilleure mentalité et beaucoup plus d'engagement. Quand le Club joue ainsi, il forme un ensemble solide, très difficile à démanteler. Un bloc qui recèle un énorme potentiel et aligne beaucoup de jeunes footballeurs qui sont en pleine progression. Le calme avec lequel Bruges joue est frappant. On l'avait déjà remarqué dans l'Enfer d'Istanbul. Il n'a pas connu le moindre instant de panique dans ce match au Besiktas, même quand il était mené 1-0. Il n'a cessé de croire fermement en ses possibilités, sublimé par les atouts sur lesquels le Club a toujours bâti ses succès : discipline et engagement, collectivité et bon sens tactique. Sur les rives du Bosphore, le Club ne s'est pas contenté de se replacer sur la carte d'Europe, il a enfin retrouvé son ADN. Trois jours plus tard, il a tout simplement continué sur sa lancée au stade Roi Baudouin, avec une grinta qui contrastait avec la mollesse du Sporting, en début de finale. Le premier trophée de la saison fait rêver. D'un plus long conte de fées européen, par exemple. Le gris Dnipropetrovsk d'Ukraine n'a rien d'un adversaire attrayant mais il va peut-être ouvrir au Club les portes des demi-finales. Le Club ne serait alors plus qu'à deux matches de la finale, qui se dispute dans l'impressionnant stade national de Varsovie. Plus importante encore, la chasse au titre. Il devrait ramener la sérénité à ce club qui plie sous la chape de stress coulée du dessus à tous ses niveaux. Michel Preud'homme canalise bien la pression. Aussi fanatique soit-il parfois le long de la ligne, à l'encontre des arbitres, autant il insuffle de la confiance à son équipe, par son approche. Aucun détail n'échappe à son regard vigilant à l'entraînement, il fait jouer ses footballeurs selon leurs atouts et augmente ainsi le niveau général. L'imperturbabilité avec laquelle le Club a appréhendé son match au Besiktas comme la finale de la Coupe en est une illustration. Initialement, Preud'homme s'est énervé du laxisme qui resurgissait par moments mais pierre après pierre, il a remodelé le noyau. Avec de nouvelles fondations et du nouveau ciment. En ce sens, le Club Bruges s'est délivré de son passé. Le temps où les joueurs chantaient dans le car après une défaite est révolu. Le professionnalisme règne désormais à tous les niveaux. Comme une grande stabilité. C'est justement ce qui fait défaut au Cercle, pourtant un modèle de continuité pendant des années. L'arrivée de Dennis van Wijk chez les Vert et Noir est le douzième changement d'entraîneur cette saison. Juste après la pénible défaite contre Malines, cette éventualité avait encore été balayée comme une invention de journaliste mais une association qui est dos au mur ne fait pas de cabrioles. Arnar Vidarsson ne parvenait manifestement plus à inspirer le groupe. Ses discours positifs lors des conférences de presse n'étaient plus que des clichés. Ceux qui communiquent comme ça avec un groupe n'ont finalement plus de message du tout. Van Wijk est considéré comme un spécialiste des tours finals. Reste à voir si sa rudesse et son langage cru conviennent à un groupe relativement tendre. Cette saison, plus que jamais encore, les entraîneurs sont devenus des mouchoirs jetables. Ça illustre bien le désespoir des dirigeants. Les visions sont destinées à la galerie. Elles sont de plus en plus souvent sacrifiées sur l'autel des résultats et du court terme alors qu'un club doit avant tout former un groupe fort, en talent comme en caractère, et avoir un vestiaire soudé. Ce n'est qu'ainsi qu'on obtient ce qui fait maintenant défaut au Cercle : l'esprit de groupe. C'est lui qui est à l'origine de la montée en puissance de Gand : les joueurs ont mis leur ego de côté et regardent dans la même direction. Comme au Club Bruges. PAR JACQUES SYSMichel Preud'homme canalise bien la pression.