Avant de lier son sort au Club Bruges pour cinq saisons et de repousser une série d'offres à trois ou quatre heures de vol de la Belgique, de même qu'un plus long séjour à Liverpool, Simon Mignolet (31 ans) a notamment consulté Roberto Martinez. Le prochain EURO a certainement joué un rôle dans son retour en Belgique mais le gardien voit plus loin. " Je voulais avant tout rejouer. J'étais toujours important dans le vestiaire de Liverpool mais je veux poursuivre ma carrière de nombreuses années encore et pour cela, il faut jouer. D'ailleurs, ma carrière ne s'arrêtera pas dans cinq ans, ni en club ni en équipe nationale. Quand je faisais banquette à Liverpool, j'ai lu des réactions, ici et là. Faut-il encore le sélectionner ? En jouant chaque semaine, je rends la question superflue. Les gens se disent même, comme contre Chypre, que je devrais peut-être être aligné une fois. Alors que mon niveau est le même qu'à Liverpool. "
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Avant de lier son sort au Club Bruges pour cinq saisons et de repousser une série d'offres à trois ou quatre heures de vol de la Belgique, de même qu'un plus long séjour à Liverpool, Simon Mignolet (31 ans) a notamment consulté Roberto Martinez. Le prochain EURO a certainement joué un rôle dans son retour en Belgique mais le gardien voit plus loin. " Je voulais avant tout rejouer. J'étais toujours important dans le vestiaire de Liverpool mais je veux poursuivre ma carrière de nombreuses années encore et pour cela, il faut jouer. D'ailleurs, ma carrière ne s'arrêtera pas dans cinq ans, ni en club ni en équipe nationale. Quand je faisais banquette à Liverpool, j'ai lu des réactions, ici et là. Faut-il encore le sélectionner ? En jouant chaque semaine, je rends la question superflue. Les gens se disent même, comme contre Chypre, que je devrais peut-être être aligné une fois. Alors que mon niveau est le même qu'à Liverpool. " Bref, tu es très content de la tournure des événements ? SIMON MIGNOLET : Jusqu'à présent, oui. Je n'ai encore vécu que des choses positives ici. Ma signature, les matches contre Kiev, à Linz et le reste de la Ligue des Champions ont été bons, même si nous aurions pu faire encore mieux, du moins en matière de résultats. Même le 0-5 contre le PSG ne m'a pas conféré de sentiment négatif. Nous avons moins bien entamé cette soirée et nous nous sommes compliqué la tâche mais dans la dernière demi-heure, le talent du PSG a sauté aux yeux. Le championnat est bon aussi, si ce n'est le match à l'Antwerp. Selon moi, ce sont l'efficacité et l'expérience qui nous font surtout défaut. On peut exercer la première, la seconde vient avec le temps. Si je suis au Club, c'est en grande partie pour l'aider dans ce processus. Le match à Galatasaray a résumé toute la saison : nous nous sommes créé plus d'occasions que l'adversaire mais nous aurions dû être plus efficaces. Surtout en Ligue des Champions. Nous pouvions prendre les trois points contre les Turcs à domicile. Le nul à Madrid était un bon résultat, d'autant que nous avons marqué deux buts, et nous devions prendre au moins un point à Paris. Ces trois points font une énorme différence. Avec tout mon respect pour tes calculs, toutes les équipes belges qui se produisent en Europe tiennent le même raisonnement. MIGNOLET : Oui ! C'est pour ça que c'est un point à travailler. Le groupe a tiré des leçons de cette chance ratée. Nous entamerons la prochaine campagne différemment. Je me rappelle qu'au tirage au sort, tout le monde avait envie de jouer contre les ténors. Comme un gosse qui va à la foire. Ça doit changer : quand on joue la Ligue des Champions, il faut vouloir atteindre ce niveau et y passer l'hiver. Notre noyau aurait pu y arriver mais il était content d'affronter des adversaires prestigieux et a peut-être d'emblée visé la troisième place. Les prochaines saisons, nous serons peut-être dans une poule moins forte. Après tout, l'Ajax a réussi à rehausser son niveau. Mais les talents qui en ont pris conscience vont peut-être partir et les nouveaux ne le sauront pas. MIGNOLET : En effet, il faut tenir compte du fait qu'il y aura des départs en été. Il faut même l'espérer puisque c'est ce qui permet au Club Bruges de vivre. C'est la réalité économique. Mais le Club y est préparé. Il est plus avancé que les autres parce qu'il a pris les bonnes décisions ces dernières années. Il est rationnel. Le football est du business. Remarquez son évolution depuis l'année passée : il est déjà plus efficace. Si le Club Bruges avait figuré dans cette poule il y a trois ans, il n'aurait pas eu la moindre chance. Maintenant, nous sommes compétitifs et nous voulons poursuivre sur cette lancée. Et je vais être direct : pour assurer cette continuité, nous devons être actifs à ce niveau chaque saison. C'est pour ça que le championnat de Belgique est si important. Pour progresser en Ligue des Champions, il faut se montrer chaque semaine en championnat. Nous le faisons pour le moment mais nous devrons aussi le faire durant les play-offs. C'est la prochaine étape. L'Ajax a des attaquants plus âgés et le capitaine, Tadic, a ton âge. Tu as apporté de l'expérience et de la sérénité dans les buts mais le Club ne doit-il pas veiller à ces aspects en attaque lors de la prochaine campagne de transferts ? MIGNOLET : Je ne pense pas qu'il faille coller un âge sur les joueurs. Nous possédons de l'expérience en attaque et le Club sait ce qui lui manque et ce qui doit être amélioré. Ce n'est pas à moi de le dire. Je pense que la direction fait de l'excellent travail. L'Ajax a cinq ou six ans d'avance sur le Club. À ton retour, n'as-tu pas été effrayé par la hauteur des attentes ? Defour et Kompany n'ont pas encore montré grand-chose à cause de leurs blessures mais on attend beaucoup des Diables Rouges. MIGNOLET : J'ai d'ailleurs lancé une mise en garde. Pour le dire en rigolant, j'ai parlé d'assists et de buts mais je voulais dire que je n'étais pas un magicien. Je fais ce que je peux mais ce n'est pas évident à faire comprendre. Je crois que d'autres internationaux ont rencontré ce problème. Je sais qu'on m'observe attentivement, même si je suis à l'abri des critiques pour le moment. Il suffit que je commette l'une ou l'autre erreur pour que les compliments se muent en remarques acerbes. Les supporters admirent ton calme avec le ballon. On savait que tu étais capable d'arrêter beaucoup de tirs mais peu de gens te savaient aussi bon ballon au pied. MIGNOLET : Il en va ainsi depuis toujours et je préfère en rire car à mes yeux, ça a toujours été mon point fort. Les entraîneurs avec lesquels j'ai travaillé savent tous que ça n'a jamais été un problème. Mais voilà, le football est très subjectif et on généralise immédiatement ce qu'on remarque une fois. Match of the Day montre une phase de jeu dans laquelle tu relances mal le ballon parce qu'en général, c'est à la base d'un but, mais il ne diffuse pas tous les ballons que tu renvoies bien. On retient ce qui nous convient. MIGNOLET : Voilà. Mais maintenant, on me voit à l'oeuvre chaque semaine et la discussion est close. Mieux même, je pense qu'outre mes interventions, c'est l'aspect qui satisfait le plus le Club. Parce que j'aide l'équipe à construire le jeu depuis l'arrière et que je la tranquillise. Je ne dois pas faire grand-chose de mes mains pendant 70 minutes. Nous avons une bonne défense et en général, nous attaquons. Mais quand l'adversaire opère une pression plus élevée, que son public le soutient et que le gardien n'est pas sûr à 100%, qu'il dégage n'importe comment... Renvoyer le ballon au gardien est souvent une solution de secours mais un défenseur sera moins enclin à y avoir recours la fois suivante. Ça fait alors boule de neige. Ce stress a disparu, ce qui permet à l'équipe de se concentrer sur l'attaque, un domaine dans lequel nous avons des qualités. Un long ballon est beaucoup plus facile à neutraliser qu'un centre à ras du sol. Pourquoi es-tu toujours à la bonne place ? MIGNOLET : C'est une question de présence. Elle s'acquiert avec l'expérience. Je suis souvent bien placé et mes interventions semblent donc faciles. Je suis très surpris par la qualité et le niveau du championnat belge. La vitesse, la technique et le talent à l'état brut sont très bons. Deux aspects nous facilitent la vie : notre expérience et notre intelligence tactique. Notre positionnement nous permet de trouver plus facilement des solutions. L'intensité et la vitesse des ballons qui m'arrivent sont identiques. Les tirs sont aussi secs ici qu'à Liverpool. La différence, c'est que les Reds savent ce qui va se produire dans la phase suivante alors qu'ici, on est encore réactif. Certains joueurs peuvent encore progresser de ce point de vue. C'est comme ça qu'on devient le roi des clean sheets. MIGNOLET : C'est aussi parce que nous défendons en bloc. On ne préserve pas ses filets tout seul. On attribue le mérite des clean sheets au gardien, il a une large part de cette réussite mais ça reste une part. Nous avons une bonne défense, nous défendons bien sur les phases arrêtées et nous conservons une défense quand nous attaquons. Les joueurs de champ ont plus de mérite que moi dans la gestion d'un contre. Enfin, il y a l'entraîneur, qui insiste pour que chacun assume aussi ses tâches défensives. Quelles leçons tires-tu de cette défaite au premier tour à l'Antwerp ? Vous avez été trahi par vos émotions ? MIGNOLET : Elles ont joué un rôle sans constituer la seule explication. La qualité de l'Antwerp réside dans son physique, les duels. Mbokani, De Laet, Haroun, Lamkel Zé, c'est un autre style de jeu, contre lequel nous devons mieux nous armer. La Gantoise a un peu ce côté mais il n'y a pas eu match contre nous. Le Standard l'a moins. L'Antwerp est imposant, avec son public. Je m'exprime positivement. Le premier quart d'heure contre Galatasaray, qui nous a valu d'encaisser un but, était similaire. Après, nous avons répondu à notre façon. Nous aurions dû le faire à l'Antwerp aussi. On peut se mettre à l'abri de cette puissance en continuant à jouer mais au Bosuil, nous nous sommes laissé entraîner dans les duels et les longs ballons alors qu'il fallait justement jouer la possession du ballon, sans laisser à l'Antwerp l'occasion de gagner des duels en courant avec le ballon. Mais nous n'avions pas encore affronté une situation de ce genre. Nous serons mieux armés la prochaine fois. De toute façon, les points vont être divisés en deux avant les PO1. Nous allons les entamer avec quatre ou cinq points d'avance, j'espère. Et être champions. C'est notre ambition, soyons francs ! Le Club doit être plus efficace mais il doit aussi mieux se contrôler. Ces cartes à Istanbul... MIGNOLET : En effet. Ce sont des détails faciles à changer mais en même temps difficiles à apprendre. Il faut du temps. Le vestiaire est-il difficile à gérer ? MIGNOLET : Je pense que l'entraîneur a bien répondu à cette question. Il est l'homme parfait pour le faire. Y est-il assez souvent ? MIGNOLET : Le vestiaire, c'est une façon de parler. L'entraîneur est souvent avec les joueurs. Sur le terrain, dans le bus, pendant les voyages. Nous sommes souvent ensemble. Hans ( Vanaken, ndlr), Ruud ( Vormer, ndlr) et moi devons être le relais de l'entraîneur dans le vestiaire. J'ai connu des vestiaires bien plus difficiles. En fait, plus un club est haut placé, plus son noyau est difficile à gérer car la concurrence est beaucoup plus rude. Bien pire qu'ici à Bruges. L'incident au PSG se produisait quasiment chaque semaine à Sunderland ou à Liverpool. Ce qui est triste en Belgique, c'est qu'on fait une montagne d'un rien. En parcourant les réseaux sociaux, j'ai plutôt l'impression que c'est outre-Manche qu'on grossit le moindre événement et qu'on le sort de son contexte. MIGNOLET : Oui. En fait, je m'exprime mal : si l'incident du PSG s'était produit à Liverpool, il aurait fait l'effet d'une bombe mais on n'aurait pas su ce qui s'était passé ensuite dans le vestiaire. On ne se serait basé que sur ce qui s'était produit sur le terrain. Ici, ça fuite dans la presse et ça touche le vestiaire. Comment la presse est-elle au courant et qui nous a balancés ? Nos joueurs sont innocents mais ils sont encore jeunes et inexpérimentés. Parfois, il faut aller au mur pour se rendre compte de ce qu'on a fait. Car imaginons que le Real ait perdu et que le dernier match soit décisif pour passer l'hiver en Ligue des Champions... MIGNOLET : Nous devons encore nous livrer à fond pour accrocher la troisième place. Le PSG est qualifié et est en tête de la poule. Tout le reste est encore possible. Quel rôle joues-tu dans l'accompagnement de l'équipe ? MIGNOLET : Je parle et j'essaie de guider les autres mais ils doivent opérer le déclic eux-mêmes. L'entraîneur joue très bien son rôle. Je pense que nous avons un caractère similaire de ce point de vue. Pourquoi n'es-tu pas capitaine ? MIGNOLET : Le capitanat évoque l'image du brassard et franchement, je trouve qu'il ne revient pas au gardien. Un capitaine doit parfois s'adresser à l'arbitre et c'est plus aisé s'il est un joueur de champ. Je ne peux pas piquer chaque fois un sprint de cent mètres. Ruud est un excellent capitaine et Hans un excellent second. Je suis beaucoup plus utile le long du terrain et dans le vestiaire, par mon expérience et les langues que je parle. C'est aussi la distance à parcourir qui t'a dissuadé d'intervenir à Paris, lors du fameux penalty ? MIGNOLET : Après coup, je m'en suis aussi senti responsable. J'aurais dû traverser le terrain. Mais je peux difficilement courir cent mètres pour faire encore un peu plus de cirque. Tu as remporté la Ligue des Champions et connu l'élite absolue. Peux-tu comparer les conditions de travail ? MIGNOLET : Rien n'a changé pour moi au quotidien. De ce point de vue, le Club a le niveau de la Premier League. Les installations, l'organisation, la réflexion sur la façon de progresser. On peut toujours tout peaufiner mais tous les ingrédients sont réunis. Le complexe d'entraînement est même meilleur que Melwood. Le stade constitue le plus grand pas à franchir mais tout le monde fait de son mieux. Le Club est conscient du problème.