En mai dernier, les bouchons de champagne sautaient dans le vestiaire de La Louvière, au terme du match à Gand: le sauvetage était assuré. Samedi soir, c'est un Daniel Leclercq furieux qui a fait son show à la mi-temps: il a copieusement enguirlandé ses joueurs, au lieu d'essayer de les remettre en confiance. Ce n'était évidemment pas la meilleure méthode pour tenter de réinsuffler de la bonne volonté dans le groupe. Car c'est clairement le plus gros problème des Loups depuis le début de la saison: ils ne sont plus prêts à aller au feu pour défendre leur entraîneur. Leclercq l'a compris et leur a annoncé, au terme du match, qu'il rendait son tablier. Le président Gaone a réagi dans Match 1: "Je n'a jamais retenu personne contre son gré, et ce serait bien si Daniel Leclercq partait avec les joueurs qu'il a amenés..." Ces déclarations ont provoqué un nouveau coup de sang chez l'entraîneur français.
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En mai dernier, les bouchons de champagne sautaient dans le vestiaire de La Louvière, au terme du match à Gand: le sauvetage était assuré. Samedi soir, c'est un Daniel Leclercq furieux qui a fait son show à la mi-temps: il a copieusement enguirlandé ses joueurs, au lieu d'essayer de les remettre en confiance. Ce n'était évidemment pas la meilleure méthode pour tenter de réinsuffler de la bonne volonté dans le groupe. Car c'est clairement le plus gros problème des Loups depuis le début de la saison: ils ne sont plus prêts à aller au feu pour défendre leur entraîneur. Leclercq l'a compris et leur a annoncé, au terme du match, qu'il rendait son tablier. Le président Gaone a réagi dans Match 1: "Je n'a jamais retenu personne contre son gré, et ce serait bien si Daniel Leclercq partait avec les joueurs qu'il a amenés..." Ces déclarations ont provoqué un nouveau coup de sang chez l'entraîneur français. Les Loups ont-ils saboté leur coach? Aucun d'eux ne l'avouera jamais. En tout cas, cette annonce de démission ne doit pas avoir peiné grand monde dans le vestiaire. Parce que la relation entre Leclercq et ses joueurs était devenue détestable. L'an dernier, on a reproché à Marc Grosjean de traiter ses joueurs en adultes responsables, de leur laisser une trop grande liberté. Leclercq, lui, est tout le contraire de Grosjean sur ce plan-là: il considère ses joueurs comme des gosses et leur lance des remarques dégradantes à tout bout de champ. Les barons du groupe sont ses cibles privilégiées: entre ces aînés et le Français, le courant ne passait plus du tout. Une déclaration de Leclercq, dans la presse de la semaine dernière, en dit long à ce sujet: "Ne nous voilons pas la face, c'est évidemment dangereux pour un entraîneur d'avoir beaucoup de vieux loups de mer dans un équipage. Surtout s'ils sont habités par des pensées qui ne sont pas les siennes (...) Comme une ménagère le fait, un entraîneur doit pouvoir enlever des pommes pourries au fond d'un panier". Une certaine paranoïa s'était emparée du Français. Il voyait des fantômes et des ennemis partout. "J'ai aussi connu ça dans d'autres clubs", affirme Olivier Suray. "Quand les résultats ne répondent pas à l'attente, il y a des soupçons et des suspicions à tous les niveaux du club. Plus personne ne fait plus confiance à personne". Leclercq tentait de contrôler tout cela et il n'est pas trop fort de parler d'instauration d'un régime de la terreur au Tivoli: la semaine dernière, deux joueurs ont refusé de nous accorder une interview car ils craignaient que la moindre déclaration défavorable à l'entraîneur soit synonyme pour eux de renvoi vers le noyau B! Cette allergie réciproque est étonnante, dans la mesure où, il y a six mois, tous les joueurs de La Louvière vantaient les idées footballistiques et l'approche humaine de leur coach. Comment expliquer son changement de comportement? Y aurait-il deux Daniel Leclercq: celui qui gagne et celui qui perd? "Il avait changé quelques jours avant le match contre le Lierse", témoigne Olivier Suray. "Nous avions eu une bonne discussion qui avait rassemblé les joueurs, l'entraîneur, le président et Jean-Claude Verbist. Nous avions tous dit ce que nous avions sur le coeur. Daniel Leclercq avait compris, ce jour-là, ce que nous lui reprochions. Il était beaucoup trop exigeant avec le groupe. On le sentait dégoûté parce qu'il avait connu autre chose en France. Mais là-bas, presque tous les pros sont passés par des centres de formation. En Belgique, quand on arrive en D1, c'est le plus souvent grâce à une grande force de travail, pas parce qu'on possède un talent exceptionnel. Leclercq avait du mal à s'adapter à cette réalité. Il se fâchait quand un droitier ratait un centre du pied gauche. Il lui imposait de recommencer deux ou trois fois, puis le joueur concerné finissait par perdre complètement ses moyens. J'ai entendu que, la saison dernière, il ne mettait pas l'accent sur le beau jeu: il ne privilégiait que les résultats parce que le sauvetage était son unique objectif. Il voulait franchir une étape supplémentaire cette année, mais notre groupe n'en est sans doute pas capable. Notre réunion avait apporté un changement: Daniel Leclercq était devenu plus cool, plus bavard, moins distant et moins stressant. Et il s'était mis à nous écouter. Nous avons apprécié son changement d'attitude et ce n'est pas un hasard si nous avons joué deux bons matches après notre discussion: contre le Lierse et à Bruges".Mais tout s'est à nouveau déglingué suite à la défaite (malheureuse pour certains, provoquée sciemment pour d'autres) contre Alost. Chassez le naturel, il revient au galop: Leclercq fut à nouveau d'une sévérité extrême avec ses hommes, la semaine dernière. On a revu le phénomène auquel on assistait en tout début de saison: certains joueurs tremblaient au moment où ils poussaient la porte du vestiaire.La fameuse réunion avait aussi convaincu Daniel Leclercq qu'il fallait remettre l'accent sur le travail physique. Il a mis au programme quelques entraînements de paracommando. La semaine dernière, les Loups ont sué comme en plein mois de juillet! Suray estime que c'était une bonne décision: "L'entraîneur avait voulu épargner ceux qui avaient tant donné la saison dernière pour maintenir le club en D1. Il avait voulu leur faire plaisir mais n'avait rien reçu en retour, et cela le frustrait. Le footballeur belge a l'habitude de souffrir, et quand on lui laisse un peu de répit, il se relâche complètement. J'ai vécu cette année ma treizième préparation professionnelle et ce ne fut certainement pas la plus dure. Après les entraînements de l'été, je voyais des joueurs fatigués, mais pas crevés. Ce n'est jamais bon signe. Cette préparation m'a rappelé ce que j'ai connu à Anderlecht avec Herbert Neumann et au Standard avec Aad de Mos: ce n'était pas exigeant du tout, mais nous avions complètement raté notre départ dans les deux cas. Il avait fallu l'arrivée d'entraîneurs beaucoup plus exigeants pour relancer l'équipe. Daniel Leclercq l'avait compris et il avait décidé de nous faire souffrir. Mais je ne suis même pas sûr que nous aurions mieux négocié nos premiers matches s'il avait mis l'accent sur le travail physique dès le départ. J'avais l'impression que les joueurs qui avaient participé au maintien n'avaient pas eu assez avec sept semaines de vacances pour récupérer physiquement et mentalement. On ressentait encore une tension terrible dans le groupe, à la reprise. Ils avaient été bouffés par le stress durant tout le deuxième tour, et je ne pense pas qu'ils auraient été capables d'attaquer directement une préparation très dure. Finalement, l'équipe paye encore aujourd'hui les efforts consentis en fin de saison dernière. C'est peut-être la principale explication à notre départ complètement manqué". Leclercq se voyait donc contraint d'imposer des efforts supplémentaires à des joueurs qui ne savaient plus le voir en peinture et dont certains lui reprochaient des erreurs tactiques, comme lors du match à Bruges. Ses chances de succès étaient pour ainsi dire nulles. Les Loups savaient très bien que la situation de leur coach était déjà fragilisée suite au départ de Jean-Claude Verbist. Leclercq avait dit qu'il quitterait le club si Verbist sautait. Mais le lendemain de l'éviction du manager, le Français signait enfin le contrat d'embauche qui dormait depuis plusieurs mois dans le tiroir de son bureau! Dans quel but? Quand il retrouva ses joueurs pour le premier entraînement qui suivit sa signature, il observa très attentivement leurs mimiques et coucha des remarques dans son grand cahier. Du style Untel paraît étonné; Celui-là semble content; X a l'air de râler. L'un ou l'autre fut ensuite appelé au rapport et sommé d'expliquer ce qu'il pensait. Si ce n'est pas de la paranoïa... Dans ces conditions, il devenait impossible de faire marche arrière. Mais, pour Suray, les joueurs n'ont pas saboté Leclercq. "Depuis que je suis professionnel, je n'ai jamais vu un groupe saboter son entraîneur. Il y avait une certaine envie de gagner dans notre noyau. Je ne dis pas que tout le monde était prêt à se battre pour arracher des victoires et sortir de la spirale négative, mais il est clair que tous les joueurs pensaient quand même à leur chèque. Nous n'avons pas des contrats mirobolants à La Louvière. Nous avons besoin des primes. J'en connais qui tirent la langue depuis le mois d'août parce que l'argent ne rentre pas. Mais ce besoin de primes n'était apparemment pas encore suffisant pour motiver tout le monde. Il faut arrêter de se voiler la face et de dire que tout est de la faute de tel ou tel homme: aucun joueur de La Louvière ne peut se vanter d'avoir fait un seul match plein depuis le début de la saison. Quand la situation est aussi délicate, on pourrait attendre des gars les plus expérimentés qu'ils sortent la tête de l'eau et relancent la mécanique. Chez nous, personne n'a encore été capable de le faire. Les joueurs ont une grande part de responsabilités dans tout ce qui n'a pas marché depuis le début du championnat".Pierre Danvoye