La situation fait immédiatement penser au clash de mars dernier sur Studio1/La Tribune où Abbas Bayat avait commencé par " Un clown toujours m'énerve " ( sic) adressé à Stéphane Pauwels et s'était terminé par un " Il faudrait tuer tous les clowns, la vie serait plus sérieuse... " ( re-sic). Le cirque s'est déplacé à Charleroi, bonjour la satire et l'ironie.
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La situation fait immédiatement penser au clash de mars dernier sur Studio1/La Tribune où Abbas Bayat avait commencé par " Un clown toujours m'énerve " ( sic) adressé à Stéphane Pauwels et s'était terminé par un " Il faudrait tuer tous les clowns, la vie serait plus sérieuse... " ( re-sic). Le cirque s'est déplacé à Charleroi, bonjour la satire et l'ironie. Une banderole déployée il y a dix jours pour dénoncer le climat ambiant au Sporting de Charleroi était claire ! Le geste n'est pas nouveau. Les Storm Ultras, la frange la plus contestatrice du Sporting, la manient depuis près de deux ans. Quelques mots pour critiquer la gestion de leur club. Contre Lokeren, toutefois, les mots n'étaient pas les leurs mais ceux d'une de leur cible préférée. En une interview, Mogi Bayat avait donc réussi à fédérer les supporters et à rediriger leur courroux vers son oncle Abbas Bayat. En une phrase, reprise par la banderole (" Le club appartient à Charleroi et à ses supporters "), Mogi s'était amendé auprès de ceux qu'il traita de crétins l'année dernière. Cette phrase n'a pas suffi. Elle a juste décidé Abbas Bayat à se séparer de ce neveu passé dans le camp de l'ennemi. Mogi avait préparé le terrain, dans une formidable opération marketing, culminant avec cette interview parue dans Le Soir. Depuis quelques mois, le discours se voulait moins arrogant et vitupérant. " Je n'ai jamais avalé de couleuvres et je ne manierai jamais la langue de bois ", disait-il en 2004. Lui qui répétait qu'il ne s'excuserait jamais a pourtant tenu un discours qui se rapproche d'excuses publiques. Dans un ultime espoir de s'accrocher à son poste ? Ou pour se distancer complètement de la ligne du président ? Alors que Mogi se félicitait cet été d'avoir été entendu dans le choix du nouvel entraîneur, imposer Jacky Mathijssen à son oncle lui aura coûté très cher. Le bras de fer fut long et une fois Abbas convaincu, Mogi se savait aux premières loges, premier garant des échecs de son entraîneur. Pour ne pas partir au feu démuni de munitions, les gestionnaires au quotidien du Sporting (l'entraîneur, le secrétaire général, Pierre-Yves Hendrickx, Mogi et son frère Mehdi) avaient alors lancé une vaste opération de relations publiques. Au club, on avait enfin compris que la politique de fermeture n'était pas la bonne et qu'il valait mieux essayer d'avoir l'opinion publique dans sa manche en cas de coup dur. Le limogeage de Mathijssen a révélé le fossé qui se creusait entre le président et ses neveux. Et voilà Mogi obligé de trouver une porte de sortie, de se donner une meilleure image que celle de son oncle. Obligé également de séduire un auditoire plus vaste que le public, de plus en plus maigrichon, du Sporting. Mogi a lâché son porte-voix historique, La Nouvelle Gazette, qu'il bichonnait pourtant depuis son arrivée, pour un journal plus national, mais appartenant au même groupe de presse, Rossel. Il lui fallait un discours qui passe au-delà du Pays Noir (cela peut toujours servir). Il fallait que son acte de rédemption trouve l'écho qu'il méritait. Peut-être aussi que sachant sa mort programmée, il ait voulu gérer son enterrement. " C'est une garçon d'une grande intelligence. Chaque mot était étudié et je ne peux pas croire que derrière sa modération, il y avait de l'improvisation ", explique Manu Salvé, journaliste à La Dernière Heure. " Pourtant, cela n'efface pas tout ", dit Sébastien Mascitelli, leader des Storm Ultras. " S'il avait communiqué de la sorte avant, il aurait évité beaucoup de tensions. On a été tellement loin dans le conflit envers la famille Bayat que même lorsqu'ils font preuve de transparence et de respect, on se méfie et on doute de leur sincérité. " Voilà le résultat d'années d'irrespect et de bagarres incessantes. Cette tactique lui a permis également d'occulter sa propre responsabilité dans l'échec actuel. Si Mogi a su parfaitement vendre ce qu'il avait en magasin - après une saison morose, il avait encore réussi des prouesses commerciales en vendant Habib Habibou pour 750.000 euros à Zulte Waregem, Cyril Théréau pour 1 million au Chievo Vérone et David Vandenbroeck pour 600.000 à Zulte Waregem - il n'avait plus réussi un coup gagnant dans les transferts rentrants. Pour se défendre, il a affirmé ne pas disposer des moyens de ses ambitions. Or, cela fait des années que le Sporting doit composer avec une enveloppe de transferts très mince. Cela n'est donc pas nouveau. La seule différence, c'est qu'avant, avec la même enveloppe, il parvenait à faire des miracles et à trouver des perles. Sur ce plan-là, Charleroi s'est fait doubler par toute une série de clubs et n'arrive plus à dénicher que des canards boiteux. Mogi a donc été dégommé. Coupable d'avoir critiqué son oncle. Mais est-ce la seule raison du licenciement du manager général ? Non. Le président Bayat a également été déçu de la gestion de certains transferts. " Je n'ai aucune idée là-dessus. Vous écrivez ce que vous avez envie d'écrire ", s'est contenté de nous répondre Mogi. Alors, fautif Mogi ? Le président Bayat a toujours dit qu'il ne licenciait que les employés dont la compétence laissait à désirer. Le discours tenu par son autre neveu, Mehdi, va d'ailleurs dans ce sens. " Si je n'avais pas les compétences, cela fait longtemps que mon oncle m'aurait tapé dehors. " En restant silencieux, Abbas a choisi de laisser planer le mystère même si étaler sur la place publique l'inventaire des fautes de Mogi n'aurait servi aucune partie... Et quel avenir pour Mogi ? On parle de lui en France mais également à Courtrai et à Saint-Trond, la piste la plus chaude. Saura-t-il s'adapter à un club flamand et à un environnement qui n'est pas familial ? Sans doute que oui. En passant son diplôme d'agent de joueurs, il a également une flèche supplémentaire à son arc. Même s'il n'envisage pas cette voie pour le moment. " On n'en jamais discuté ensemble mais s'il montre de l'intérêt, c'est quelqu'un avec qui je discuterai d'éventuelles possibilités ", explique l'agent Didier Frenay, qui a créé le bureau Star Factory : " Il a de nombreux contacts et a prouvé qu'il pouvait conclure les deals : deux qualités pour réussir comme agent. Néanmoins, il devrait mettre ses qualités au service d'un groupe, travailler en équipe et comme notre société a une image de marque, il faudrait qu'il se plie au règlement. " Pour connaître le successeur, on repassera. " Non, je ne répondrai pas à vos questions ", dit Abbas Bayat avant de nous raccrocher au nez, renforçant l'impression d'un bateau sans gouvernail. Pourtant, trois pistes existent. Dont la piste extérieure. Le nom de Benoît Thans a circulé. A tort car l'ancien joueur du Standard n'a pas été contacté dans la semaine qui a suivi le limogeage de Mogi. Fan de foot anglais, le président carolo pourrait pousser le mimétisme jusqu'à la gestion et faire de son entraîneur un manager. Czaba Laszlöen a la carrure. Il manie l'humour et s'est fait apprécier du microcosme carolo mais son bilan ne plaide pas en sa faveur. Lui confier les pleins pouvoirs alors qu'il n'a pris qu'un point sur 12 n'a aucun sens. L'entraîneur hongrois en est conscient : " Je vais vous répondre avant que vous ne me posiez la question : ne me demandez pas si je veux devenir manager général ! Chaque club a un patron et c'est lui qui prend les décisions que chacun doit respecter. Mon job consiste à entraîner cette équipe et à essayer d'arriver, avec mes joueurs, à prendre des points. " Ce qui ne l'empêche pas de laisser la porte ouverte en évoquant que quand il faudra parler de transferts, tout le monde se mettra autour de la table et le président décidera. En parlant également d'une politique à long terme lorsqu'il évoque l'école des jeunes : " Marcinelle, it's a shit home ! Si tu veux faire de l'argent, tu peux le faire avec ton académie en lançant de jeunes joueurs. Pour cela, il faut s'occuper de l'Académie. " Abbas Bayat pourrait enfin offrir une promotion à Mehdi, son autre neveu. Certains le voyaient s'en aller. Lui pas : " Il faut arrêter de confondre famille et travail. Dans mon travail, mon sort n'est pas lié à celui de mon frère. Quand j'appelle mon oncle pour une affaire de famille, je l'appelle tonton, si c'est pour le travail, je l'appelle Monsieur Bayat. "Il a également parlé comme un patron. Avec le charisme de son frère, la patience en plus. " Vous voulez absolument un remplaçant à Mogi. Tous les noms ont été avancés. Pour nous, cela ne change rien. Charleroi a toujours eu un mode de fonctionnement différent d'un autre club. La gestion quotidienne était tenue par trois personnes. Maintenant, jusqu'à nouvel ordre, elle le sera par deux. Je ne vais pas me transformer en cracheur de feu, ni Hendrickx en ballerine. Le président va désormais analyser la situation sans stress et sans panique. Il n'a de toute façon jamais aimé prendre des décisions rapides. La situation économique du club n'est pas mauvaise. On peut donc prendre son temps. "Pourtant, depuis le début de l'année, les décisions tombent trop vite et à l'encontre de toute réflexion élémentaire. Fallait-il limoger Mathijssen qui avait le noyau en main et pris 5 points avec un calendrier très difficile pour le remplacer par un illustre inconnu qui n'a pris qu'un point sur douze, en rencontrant le Lierse, Lokeren, Zulte Waregem et Saint-Trond, soit tous les adversaires directs des Carolos ? Fallait-il accroître la crise en limogeant Mogi, à quelques jours d'un déplacement capital à Saint-Trond ? Abbas Bayat, isolé sur son île, ne donne aucune explication. En se murant dans le silence, il ne respecte pas la presse et donc pas ses supporters. Mais surtout, il laisse les investisseurs actuels dans l'expectative la plus complète. PAR STéPHANE VANDE VELDE - photos: belga Abbas a été déçu de la gestion de certains transferts.