A l'entrée de l'immeuble où KevinMirallas vient d'emménager à Saint-Etienne avec sa compagne Christel, une Bruxelloise rencontrée il y a quatre ans en vacances en Tunisie, on tombe sur l'un de ses voisins : " Vous êtes journaliste ? Vous venez pour notre Belge ? Cela ne tourne pas fort pour l'instant. L'équipe compte six points sur six en Coupe de l'UEFA ? D'accord, mais quels adversaires a-t-elle rencontrés ? Copenhague et Rosenborg... Les Verts sont vraiment tombés dans un groupe facile. Tout au plus rencontreront-ils un semblant d'opposition lors du dernier match contre Valence, mais à part cela... La Coupe de l'UEFA commencera réellement en 16es de finale. Vous savez, j'y étais à Glasgow en 1976, monsieur ! Quand on a joué la finale contre le Bayern Munich... C'était autre chose, croyez-moi. Ici, à Saint-Etienne, on aime les footballeurs qui vont au charbon. Alors, forcément, on est déçu... "
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A l'entrée de l'immeuble où KevinMirallas vient d'emménager à Saint-Etienne avec sa compagne Christel, une Bruxelloise rencontrée il y a quatre ans en vacances en Tunisie, on tombe sur l'un de ses voisins : " Vous êtes journaliste ? Vous venez pour notre Belge ? Cela ne tourne pas fort pour l'instant. L'équipe compte six points sur six en Coupe de l'UEFA ? D'accord, mais quels adversaires a-t-elle rencontrés ? Copenhague et Rosenborg... Les Verts sont vraiment tombés dans un groupe facile. Tout au plus rencontreront-ils un semblant d'opposition lors du dernier match contre Valence, mais à part cela... La Coupe de l'UEFA commencera réellement en 16es de finale. Vous savez, j'y étais à Glasgow en 1976, monsieur ! Quand on a joué la finale contre le Bayern Munich... C'était autre chose, croyez-moi. Ici, à Saint-Etienne, on aime les footballeurs qui vont au charbon. Alors, forcément, on est déçu... " Pas un mot sur le Club Bruges, mais ce n'est pas la visite au stade Jan Breydel qui semble l'effrayer. Il faut dire qu'avec six points, l'ASSE (Association Sportive de Saint-Etienne) est déjà quasiment qualifiée. Par contre, après la défaite 0-3 contre Rennes le dimanche 9 novembre, qui plaçait les Verts en position de relégables, le couperet est effectivement tombé sur l'entraîneur LaurentRoussey, remplacé par AlainPerrin dès le 11 novembre. Mirallas, auteur du troisième but contre Rosenborg le jeudi 6 novembre (son premier sous son nouveau maillot), n'a rien pu faire pour Roussey. " C'est le football ", soupire l'ancien joueur de Lille. " Cela faisait un certain temps que l'épée de Damoclès lui pendait au-dessus de la tête. On savait que chaque échec risquait de lui être fatal. Voilà, c'est arrivé. J'étais venu à Saint-Etienne en grande partie pour Roussey. Il fut l'adjoint de ClaudePuel au LOSC et j'avais de très bons contacts avec lui, car il était souvent chargé de la préparation des attaquants. J'ai eu d'autres propositions durant l'été. EricGerets, par exemple, m'a téléphoné à plusieurs reprises. C'était tentant aussi, mais je n'avais encore jamais travaillé avec lui et je ne le connaissais que de réputation. En plus, j'avais donné ma parole aux Stéphanois et j'ai tenu à la respecter. " Mirallas n'était pas encore né lors de la fabuleuse épopée des Verts, lorsque l'équipe de DominiqueRocheteau ( l'Ange vert), Jean- MichelLarqué, IvanCurkovic et d'autres avait signé d'étonnantes remontées, contre Hajduk Split et le Dynamo Kiev notamment, ce qui avait valu au stade Geoffroy-Guichard son surnom de chaudron. Mais ce club l'attirait malgré tout. " Saint-Etienne, c'est une ville qui respire le foot ", constate-t-il. " Et le chaudron bout toujours lors des grands rendez-vous. Rien de comparable avec l'ambiance feutrée de Villeneuve-d'Ascq. La pression est très forte ici : au retour de Marseille, où l'on s'était incliné 3-1 voici deux semaines, 25 supporters étaient venus clamer leur mécontentement au centre d'entraînement de L'Etrat. Ils ont voulu pénétrer dans les vestiaires ne laissant planer aucun doute sur leurs intentions. Quant tout va bien, Saint-Etienne est un club formidable. Mais quand tout va mal, la moindre contre-performance prend des dimensions excessives... " En 2008, l'ASSE fête son 75e anniversaire et son retour en Coupe d'Europe après 26 années d'absence. Des affiches autour du stade sont là pour le rappeler. Mais, si cela se passe plutôt bien sur la scène européenne, c'est la crise en championnat. Y a-t-il, comme dans le cas du Standard, une version coupe d'Europe et une championnat ? " On peut le dire, effectivement. En Ligue 1, on n'arrive pas à faire des résultats, alors qu'en UEFA, on a réalisé le carton plein. Je n'ai pas vraiment d'explication, sinon qu'on est très irrégulier et qu'on a souvent des moments d'absence durant un match. "Jeudi prochain, l'ASSE se produira à Bruges. Un match particulier pour Mirallas ? " Il l'eût été davantage si je m'étais déplacé au Standard. Mais je suis, malgré tout, content de revenir en Belgique. J'ai quelques amis au Club Bruges : en particulier JonathanBlondel, LaurentCiman et JeroenSimaeys, que j'ai côtoyés en Espoirs. Notre six sur six nous permettra d'aborder ce déplacement avec beaucoup de sérénité. Les Brugeois auront davantage la pression : à domicile, ils doivent absolument s'imposer et ce devrait libérer des espaces dont on essaiera de profiter. On a déjà visionné la cassette de leur match à Rosenborg. Certains membres du staff se sont déjà rendus en repérage au stade Jan Breydel également. Contre le Cercle entre autres. D'après les échos que j'ai eus, le Club n'avait pas très bien joué ce soir-là. J'ai averti mes équipiers qu'ils devaient se méfier, que Bruges était une belle équipe et qu'en coupe d'Europe elle était toujours capable de se transcender. Je pense, néanmoins, que Saint-Etienne reste la meilleure équipe du groupe derrière Valence. J'étais déjà venu en Belgique avec Lille, lorsqu'on avait affronté Anderlecht en Ligue des Champions il y a trois ans. En ce qui concerne les Rouches, ce n'est peut-être que partie remise. J'espère qu'ils vont se qualifier. Peut-être tombera-t-on sur eux plus tard dans la compétition... " En fait, le match particulier pour Mirallas, c'était surtout celui de samedi dernier à Lille : le club où il a été formé, où il compte encore beaucoup d'amis mais avec lequel il était allé au clash durant l'entre-saison car il voulait à tout prix changer d'air. " A tout prix, c'est un peu exagéré ", relativise-t-il. " C'est vrai que la situation était un peu tendue, à un moment donné. Il y a eu certaines déclarations, juste avant mon départ pour les Jeux Olympiques. Le nouvel entraîneur RudiGarcia, qui a succédé à Puel, m'avait dit : - Jevaisêtrehonnêteavectoi : siturestes, tujouerassurleflancdroit ! Je lui avais répondu : - Danscecas, jevaiségalementêtrehonnêteavecvous : celanem'intéressepas ! A mon retour de Chine, j'ai constaté que la situation n'avait pas évolué. Les dirigeants lillois ne voulaient pas me lâcher. Si j'avais dû rester, je n'aurais pas été malheureux car le LOSC possède une belle équipe et Garcia comptait visiblement sur moi, même si ce n'était pas à la position que je préfère. Mais j'estimais que le moment était venu pour moi de franchir un palier. En outre, Saint-Etienne était prêt à offrir 4,5 millions pour acquérir mes services, alors qu'il ne me restait plus qu'une année de contrat. Je pense que Lille a donc réalisé une bonne affaire également... " Franchir un palier ? Qui, dans cette Ligue 1, joue les premiers rôles ? Lille ou Saint-Etienne ? " Pour l'instant, le LOSC est clairement mieux classé ", admet Mirallas. " Mais la saison est encore longue. Et, actuellement, notre infirmerie est bien remplie. MouhamadouDabo, un arrière gauche qui frappe à la porte de l'équipe de France, est blessé. Le défenseur sénégalais MoustaphaBayal également. Tout comme le milieu récupérateur ChristopheLandrin. Ce sont trois joueurs très importants dans le dispositif. Lorsqu'on aura récupéré tous les blessés, on remontera la pente. Avec l'équipe au complet, on a les moyens de terminer dans le Top 5, comme la saison dernière. " Mirallas s'est, lui aussi, retrouvé sur la touche. Il n'y a jamais de bon moment pour se blesser, mais lorsque cela arrive au moment où l'on débarque dans un nouveau club, c'est encore pire... " En réalité, je m'étais occasionné une déchirure durant la préparation avec Lille, mais je ne l'avais pas sentie. J'ai continué à jouer, et le 6 septembre, lors du match contre l'Estonie avec les Diables Rouges, cela a lâché. Au départ, je pensais que ce n'était pas très grave et que je serais remis sur pied après une semaine de repos. Je m'étais trompé. C'était très sérieux : une contracture s'était ajoutée, il y avait beaucoup de liquide et de sang. Finalement, j'ai évité de peu une opération qui m'aurait laissé sur la touche durant six mois. On a opté pour une rééducation progressive qui s'est, heureusement, bien déroulée. J'ai repris depuis sept matches. Je ne suis pas encore à 100 %, mais j'ai évité le pire. "A Saint-Etienne, Mirallas est en concurrence avec l'international français BaféGomis et le Brésilien Ilan. " Deux très bons joueurs. C'est une belle concurrence, très saine. Généralement, on évolue avec une pointe et un deuxième attaquant un peu en retrait, plus un n°10 derrière. Semblable au système que Jean- FrançoisdeSart utilisait en Espoirs, avec MoussaDembélé et moi. En tout cas, c'est comme cela que l'on jouait avec Roussey. Il faudra voir si cela ne va pas changer avec Perrin. " Mirallas a tourné la page lilloise. Sans regret et sans remords non plus. " Beaucoup de jeunes choisissent d'émigrer aux Pays-Bas. C'est sans doute plus facile : on joue davantage au football, alors qu'en France, c'est très fermé et très physique. Mais le niveau, outre-Moerdijk, est-il réellement supérieur à celui de la Belgique ? En ce qui me concerne, j'étais arrivé au LOSC à 15 ans. J'y ai d'abord passé une saison chez les jeunes, avant d'intégrer l'effectif professionnel une année plus tard. J'aurais sans doute décollé plus vite si j'avais eu un meilleur contact avec le coach. Puel est un entraîneur un peu spécial : il est très dur avec les jeunes, et lorsque je me suis retrouvé à 16 ans au milieu de joueurs de 25 ou 30 ans, cela n'a pas été simple. Puel a ses principes. On y adhère ou on n'y adhère pas. Je n'ai pas toujours eu un super feeling avec lui, mais malgré les accrochages qu'on a pu avoir, je dois le remercier pour tout ce qu'il m'a appris. J'ai aussi joué plus de 70 matches avec le LOSC. J'ai disputé la Ligue des Champions et la Coupe de l'UEFA. A mon âge, ce n'est pas mal. Je pense que mon passage à Saint-Etienne va signifier mon éclosion définitive. Pour l'instant, cette blessure m'a un peu freiné, mais j'ai l'avenir devant moi. "Puel, lui, est à Lyon et cela se passe plutôt bien. " Les résultats plaident en sa faveur ", reconnaît Mirallas. " L'OL est premier en championnat et premier en Ligue des Champions. Si au départ, j'étais sceptique sur ses chances de réussite, je dois admettre qu'il se débrouille bien. Certes, il a de bons joueurs à sa disposition, mais gérer un effectif de stars ne doit pas être simple tous les jours. "Mirallas devra attendre 2009 pour revoir son nouvel ancien entraîneur : " Le premier derby de la saison a déjà eu lieu à Geoffroy-Guichard, en tout début de saison, lorsque je n'étais pas encore arrivé. On se rendra à Gerland lors du deuxième tour. Si je serrerai la main du Puel ? Bien sûr, sans problème et sans rancune. "par daniel devos- photos: reporters/ danny gys