Il avait dit qu'il s'exprimerait une fois un accord trouvé avec son ancien employeur. Il a tenu parole. Pendant 1 h 30, Sport/Foot Magazine a rencontré un Yannick Ferrera, décontracté.
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Il avait dit qu'il s'exprimerait une fois un accord trouvé avec son ancien employeur. Il a tenu parole. Pendant 1 h 30, Sport/Foot Magazine a rencontré un Yannick Ferrera, décontracté. Je me prépare pour la suite en espérant qu'elle ne tarde pas trop. J'ai eu des contacts avec des formations de D2, soit pour reprendre le club directement, soit en vue de la saison prochaine (NDLR : Le Brussels serait un de ces clubs). Rien de clubs de D1. J'ai refusé poliment. Je ne voulais pas prendre une équipe alors qu'il ne reste que six, sept matches et que je ne connais pas le championnat de D2. Si un projet ambitieux doit se présenter en D2, pourquoi pas mais pas maintenant. Je recherche des dirigeants qui aiment ce profil jeune, énergique, moderne. Si un club cherche autre chose, ce n'est pas vers moi qu'il doit venir. C'est important de savoir que les personnes qui t'engagent croient que tu es la personne idéale pour leur projet. Cependant, après Charleroi, je ne me voyais pas reprendre ailleurs que dans un club de D1. Tu ne te bats pas toute la saison contre la relégation, en soulevant des montagnes, pour, deux semaines plus tard, recommencer tout le travail en D2 ! Il y a eu beaucoup de changements d'entraîneur en cours de saison et je ne crois pas qu'il y en aura beaucoup d'autres dans les mois qui viennent. Je dois être patient. Et puis, c'est peut-être aussi dû à la mentalité du pays. André Villas Boas, quand il a repris l'Academica Coimbra en novembre 2009 et qu'il les sauve, il reçoit dans la foulée une offre de Porto et du Sporting de Lisbonne. Est-ce que Bruges et Anderlecht ont sonné à ma porte ? Non. Mais je le savais... Pendant sept mois, j'ai travaillé et fait de mon mieux pour montrer ce que je valais. Tout le monde nous avait condamné et on s'en est bien sorti. Plus que cela, je ne savais pas faire. Je savais que cela allait prendre du temps. Il paraît que j'ai 40 ans de carrière devant moi... Je ne dirai rien de plus que dans mon communiqué. Entre autres, oui. A un moment donné, j'ai jugé bon de ne pas laisser passer l'orage et de réagir comme j'ai réagi. L'avenir me dira si on me voit comme un déserteur, un fouteur de merde ou comme quelqu'un qui a été au bout de ses idées. Je me sentais bien à Charleroi. Le bilan parle de lui-même. Prendre 27 points dans ces conditions-là, personne ne s'y attendait en Belgique. Je suis très fier de voir la manière avec laquelle Charleroi joue actuellement. Que ce soit bien clair : l'équipe qui est en tête des play-offs 2, c'est mon équipe ! C'est moi qui l'ai mise en place. Je me remémore encore le match amical face à Boussu Dour le 12 juillet, la veille de ma signature. Leur jeu était inconcevable pour une formation qui débutait le championnat quinze jours plus tard. Quand je la compare avec l'équipe actuelle, je vois la différence. Et je peux être fier de cette évolution. Quand tu démissionnes, tu dois t'attendre à devoir payer des indemnités. Je n'ai donc pas été surpris (NDLR : il a dû régler trois mois d'indemnités au Sporting). Je ne voulais pas être " le neveu de " ou " le fils de ". Quand je suis arrivé là, le 14 juillet 2012, j'avais à coeur de démontrer que je pouvais être un entraîneur capable d'aider une équipe de D1. Je me concentrais là-dessus et je demandais aux gens de se focaliser là-dessus. Je ne voulais pas qu'on parle de ma vie privée. J'ai eu des demandes pour faire une interview avec ma copine ou parler de ma vie privée et je les ai toutes refusées. Je tenais à garder ma tranquillité. Je n'ai jamais fait de déclarations fracassantes et j'ai essayé de garder ma ligne de conduite en tant que personne. Je n'avais jamais eu affaire aux journalistes de manière quotidienne. J'ai donc pris le pas mais en restant toujours fidèle à mes principes. Au début, je me suis retrouvé face à un dilemme : j'étais arrivé très tard et je manquais de temps pour tout et pourtant, je voulais répondre positivement à toutes les sollicitations des journalistes. Je ne voulais pas passer pour un prétentieux en refusant les interviews. Je me suis vite senti à l'aise là-dedans. Je me suis rendu compte que je pouvais communiquer facilement, non seulement à un groupe de joueurs mais aussi à tout un pays. Non, je pense être resté fidèle à mon groupe et à mon club. Quand certains de mes joueurs ont eu une attitude scandaleuse, j'évitais d'en parler à la presse. J'insistais alors sur l'arbitrage et d'autres choses. Je n'ai jamais critiqué ou blessé des joueurs en public. Je n'ai réclamé aucun renfort. Si au mois d'août, j'avais dit - Il me faut tel ou tel renfort, je fragilisais mon groupe. Je n'aurais plus pu tirer le meilleur des joueurs en face de moi. Je devais faire en sorte que mon noyau croie en mon projet. Essaye d'abord de retirer le meilleur du groupe que tu as sous la main et puis on verra. Telle est ma philosophie. Je me dis - C'est maintenant ! On me donne une chance énorme et à moi de travailler à fond pour la saisir. Si on me mettait dehors après trois semaines, je voulais me dire que j'avais tout donné ! C'est comme cela. Et ce sera encore le cas dans mon prochain club. C'est la nature-même du métier d'entraîneur. Je savais que j'allais devoir les séduire dans les premiers discours et les premiers entraînements. Je devais leur montrer que je savais de quoi je parlais et que je pouvais les aider à progresser individuellement et collectivement. Je n'ai jamais douté du contenu de mon approche. Je leur ai également proposé des choses attrayantes. Je sais par exemple qu'Hervé Kage a apprécié le premier entraînement. Je leur ai dit - Maintenant, c'est fini les couillonnades, on va jouer au foot ici, on va bouger, combiner, etc. Et je pense qu'ils ont vu où je voulais en venir. Evidemment, tu te poses des questions. Quand on me parle de l'arrivée de Jacky Mathijssen, ça cogite. Il y a eu quinze jours de trêve et certains pensaient que la nouvelle direction allait profiter de ces deux semaines pour installer un nouvel entraîneur. J'ai dû composer avec cela. Moi, tant qu'on ne me mettait pas dehors, je n'avais qu'une chose à faire : travailler avec mon groupe. Et puis, on a gagné à Mons. Il s'agissait de la troisième défaite d'affilée. Là, je me suis dit que cela pouvait basculer. C'est vrai. Mais en même temps, je ne suis pas encore dehors. Donc, je dois travailler. Et je travaille. La nuit, je visionne la rencontre, le lendemain matin, je suis à l'entraînement, puis je repars à l'hôpital. C'était un week-end mouvementé mais il fallait prendre sur soi. Ce n'est pas à moi qu'il faut poser la question. Sportivement, il a apporté ce que je voulais qu'il apporte. Pas longtemps, malheureusement. J'étais déçu que les choses se déroulent de cette manière parce qu'au bout du compte, on perdait un bon joueur. Mais une fois sa fameuse interview parue, le club n'avait pas d'autre choix que de se séparer de lui. Je ne me suis jamais dit - Si j'avais tel ou tel joueur, j'aurais pu réaliser telle ou telle chose. Moi, je me suis focalisé sur les joueurs que j'avais à ma disposition. Quand je n'ai pas d'ailier gauche, je transforme un autre profil en ailier gauche. Cette victoire nous fournissait les points nécessaires pour nous sauver. Pour moi, ce jour-là, le maintien était acquis. C'était une manière de communier avec le public, de leur dire - vous avez toujours été derrière nous, vous n'avez pas écrit qu'on était des merdes et que j'allais être le premier dehors. Pourquoi le staff ne m'a rien dit ? Et puis, honnêtement, ce n'était pas calculé. Une telle victoire, c'est truc de fou, une émotion de dingue. Et il faudrait que je la canalise ? Je n'ai pas envie de parler du staff. Je peux juste dire que dans mon prochain club, ma relation avec mon staff sera tout autre. Je peux changer d'avis jusqu'à 19 h 59 ! Quand je décide de ne pas mettre Rossini dans l'équipe contre Genk, ce n'est pas un scandale ! Je ne mets pas un canasson à sa place. C'est David Pollet ! Certaines choses ont été suggérées. Non, là, c'est un choix délibéré. Pour les matches sous tension, j'avais besoin d'un gars calme, expérimenté et doté d'un leadership. Au départ, quand Mandanda part à la CAN, je comptais le remettre à son retour mais Sifakis a apporté beaucoup au niveau organisation défensive, communication et leadership. J'ai donc changé d'avis. Mandanda m'a reproché de lui avoir dit qu'il retrouverait sa place après la CAN. Mais c'est comme ça. Les choses changent et les situations évoluent. J'ai appris cela. D'un côté, il y a une politique de club. Et de l'autre, il y a un entraîneur qui travaille tous les jours avec des joueurs qu'il regarde droit dans les yeux. On travaille avec de l'humain ! On ne peut pas mentir ! Pour éviter de se trouver écartelé entre les deux, il faut que la philosophie d'un coach se rapproche le plus possible de celle du club. C'était trop tôt pour en parler. J'ai repris le club quinze jours avant la reprise. A partir de là, ce fut la course sans arrêt. On n'a pas eu le temps d'avoir une politique à long terme. Mais au final, on a réalisé de très belles choses. Non, j'ai simplement été moi. Je ne vois d'ailleurs pas pourquoi on parle d'arrogance à mon sujet. Peut-être à cause du fait que je dégage de l'assurance et de la confiance en moi. Les émotions que j'ai pu vivre comme entraîneur ! C'est le top du top. Je n'imagine pas vivre cela dans un autre domaine. Je ne suis même pas sûr que la naissance d'un enfant provoque cette émotion... PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTO: IMAGEGLOBE " Certaines compositions d'équipe m'ont été suggérées. Mais j'ai toujours eu le dernier mot. " " Je ne suis pas sûr que la naissance d'un enfant provoque les mêmes émotions que le métier de coach. " "L'avenir dira si on me voit comme un déserteur, un fouteur de merde ou comme quelqu'un qui a été au bout de ses idées. "