Il a 48 ans mais il se soigne toujours autant. Le teint est hâlé et le gel brille dans les cheveux. Même loin de l'effervescence médiatique qui a jalonné sa carrière de joueur, Alexandre Czerniatynski ne se départit pas de cette image. A l'époque déjà, les journalistes l'avaient affublé du surnom de bel Alex. " On me donne encore ce surnom maintenant. C'est une critique positive. Je préfère ce surnom à celui de moche Alex. J'ai eu cette image de playboy et de noceur à Anderlecht. Je n'en pouvais rien si j'aimais bien m'habiller et que je roulais dans une belle voiture ! Quand je vois les parkings des clubs de D1 aujourd'hui et que je remarque des joueurs présents à des défilés de mode, je me dis que j'étais en avance sur mon temps ".
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Il a 48 ans mais il se soigne toujours autant. Le teint est hâlé et le gel brille dans les cheveux. Même loin de l'effervescence médiatique qui a jalonné sa carrière de joueur, Alexandre Czerniatynski ne se départit pas de cette image. A l'époque déjà, les journalistes l'avaient affublé du surnom de bel Alex. " On me donne encore ce surnom maintenant. C'est une critique positive. Je préfère ce surnom à celui de moche Alex. J'ai eu cette image de playboy et de noceur à Anderlecht. Je n'en pouvais rien si j'aimais bien m'habiller et que je roulais dans une belle voiture ! Quand je vois les parkings des clubs de D1 aujourd'hui et que je remarque des joueurs présents à des défilés de mode, je me dis que j'étais en avance sur mon temps ". On lui ressort l'anecdote d'une photo de lui dans une baignoire prise par notre magazine en 1992. " Je ne cultivais pas mon image. Cette photo m'a énervé et j'ai accepté pour le photographe. J'ai fait couler le bain et mis de la mousse. Puis je me suis glissé dans la baignoire. Certains aiment ce type de photos. Moi pas. C'était exceptionnel ". Il se défend. Le bel Alex était naturellement beau. " Eh, n'allez pas écrire cela. C'est pour rire. Mais c'est vrai que je n'essayais pas de soigner mon image. C'était spontané. Quand je voyais une chemise qui me plaisait, je l'achetais ". Le personnage n'essaye d'embobiner personne. Il est resté attachant et ouvert à la discussion. C'est aussi un peu cela le style Czernia. Au Bosuil, le stade de l'Antwerp, tout le monde le salue encore. Il est ici chez lui. La veille, lorsque nous nous sommes assurés que l'enceinte serait ouverte en cette période de vacances, le secrétaire nous avait dit que le stade était toujours ouvert pour lui. " Ce n'est plus le même stade. A mon époque, il y avait encore les deux anciens gradins. J'ai connu la démolition pour placer les business-seats. Cela a certainement enlevé de l'ambiance. Derrière le but de droite, avec ces vitres, on ne vibre plus de la même manière. Lorsque la tribune a été détruite, chaque joueur a reçu un morceau de béton. Je l'ai toujours à la maison. Et puis, j'ai aussi connu les fameux poteaux carrés des buts. Un jour, quelqu'un a réussi à rentrer avec sa voiture sur la pelouse. Il a touché et cassé un poteau. Comme ceux-ci n'étaient plus aux normes, le club en a profité pour les remplacer ". La configuration des lieux a changé mais Czernia trouve vite ses repères. Il montre du doigt la photo des légendes du club qui orne la tribune derrière les buts. " Là, je suis aux côtés de Lazlo Fazekas, Cisse Severeyns, Rudi Smidts, Hans-Peter Lehnhoff, Frans van Rooy, Eddy Wauters, Vic Mees et Karl Kodat. Tant que je suis là, tout va bien ! ", lance-t-il en rigolant. Malgré une carrière qui l'a vu débuter à Charleroi, gagner des titres à Anderlecht, déchaîner la passion au Standard et terminer en roue libre à Malines et à Ekeren, c'est à l'Antwerp qu'il a éclaté et connu une renaissance. " J'ai vécu deux périodes anversoises. Je suis arrivé ici en 1981. Je venais de terminer meilleur buteur de D2 avec Charleroi. Je devais aller à La Gantoise mais mon manager Jef Jurion m'a dit que l'Antwerp était également intéressé. Je me suis rendu à la réunion avec Louis De Vries, manager du club, et Dimitri Davidovic, l'entraîneur. J'ai été tout de suite séduit. J'ai connu une première saison exemplaire. J'ai été sélectionné en équipe nationale et cela faisait des années qu'un Anversois n'avait plus été repris parmi les Diables Rouges. Lors de ma première sélection contre la France, j'ai immédiatement marqué. La Belgique s'est imposée 2-0 contre Michel Platini et toute la cavalerie. Cette année-là, l'Antwerp avait également disputé le tournoi de la Métropole. J'avais inscrit un but contre le Beerschot, terminé meilleur buteur et remporté le tournoi. J'étais définitivement adopté par les supporters ( il rit). Au bout de cette saison, je partais pour la Coupe du Monde en Espagne et en revenant d'Elche, je signais à Anderlecht en même temps qu' Erwin Vandenberg. Tous les médias avaient alors parlé de l'attaque aux 100 millions de francs belges ". Fin du premier acte. Ce n'est que sept ans plus tard, en 1989, que Czernia regoûta aux joies du Great Old. Certains parlaient déjà de fin de carrière, rumeur qui ne fit que s'amplifier après ses premiers matches. " J'avais quitté le Standard qui ne voulait pas faire d'effort pour me garder. Jean Wauters et André Duchêne m'ont laissé partir gratuitement. Heureusement car certains qui ne croyaient plus en moi se seraient quand même bien vus demander une somme de transfert ! J'ai signé à l'Antwerp après de longues négociations : il était minuit et demi. A l'époque, on avait même dit que discuter contrat avec Czernia, c'était comme discuter avec DiegoMaradona. Ce qui était absolument faux ! Mes premiers pas sous la vareuse anversoise furent catastrophiques. Je retrouvais Davidovic qui m'avait lancé. Pourtant, il avait changé : lors de mon premier passage, j'avais de super rapports avec lui. Il a accéléré mon intégration et me protégeait de tout. Quand je suis revenu, je n'ai plus retrouvé la même discipline. Il n'avait plus le même impact sur le groupe. Il éprouvait davantage de difficultés à gérer un groupe avec deux, trois vedettes qu'un noyau de jeunes. Cette année-là, je me suis même retrouvé médian gauche à Dundee, en Coupe d'Europe. Après 20 minutes, je pensais que j'allais exploser ". Alors que son séjour anversois semblait toucher à sa fin, Walter Meeuws débarqua et l'exhorta à prolonger son contrat. " Je lui ai demandé si je recevrais ma chance. Il m'a répondu - Pourquoi pas ? Il a construit un nouveau noyau. Tout le monde repartait sur un pied d'égalité. J'ai reçu ma chance et je l'ai saisie. Comme quoi, cela tient à peu de choses. Si Davidovic était resté, je serais sans doute parti ". Les trois saisons qui suivirent s'assimilèrent à un chant du cygne. Czernia avait passé la trentaine et retrouvait toutes ses sensations. En 1991, il forma un duo explosif avec Severeyns ; en 1992, il remporta la Coupe de Belgique et en 1993, il atteignit la finale de la Coupe des Coupes à Wembley, contre Parme. Cette saison 92-93, la dernière sous le maillot anversois, fut sans doute la plus belle. " On formait une équipe de camarades. Il y avait un lien très fort entres les joueurs, entre les femmes des joueurs et même avec les supporters. Tous les lundis soir, on partait manger ensemble. Il n'y avait plus de grands noms dans l'équipe mais on avait battu toutes les formations de calibre chez nous : Bruges, Malines, le Standard. Seul Anderlecht nous résista. Même dans les moments difficiles, on savait se serrer les coudes. On avait perdu 2-8 contre Ekeren. A 0-5, à la mi-temps, les supporters avaient envahi la pelouse et s'étaient assis dans le rond central pour manifester leur mécontentement. Pendant la semaine qui suivit, on a repris notre calme et on a travaillé. Dans les autres clubs, tout aurait explosé. Pas à l'Antwerp avec cette génération-là. La semaine suivante, on l'emportait ! Même les remplaçants se sentaient titulaires ". C'est toutefois l'épopée de la Coupe d'Europe qui restera gravée dans les mémoires. Jusqu'à ce jour, l'Antwerp demeure ainsi la dernière formation belge à avoir atteint une finale européenne. " En quarts de finale, on avait éliminé le Steaua Bucarest. Nous n'avions réussi qu'un partage 0-0, à l'aller, chez nous. Le retour fut électrique. Je n'ai jamais connu une telle tension dans un stade. Il avait neigé toute la journée. La pelouse avait été dégagée mais il y avait encore des congères sur le bas côté. Ce n'était plus de la neige mais de la glace. A chaque fois que l'on s'approchait de la ligne de touche pour une rentrée ou un corner, on recevait des boules de glace. Le même scénario se déroulait en tribune. Nos épouses se faisaient canarder elles aussi. Nous étions menés 1-0 mais j'ai égalisé de la tête à dix minutes de la fin. On a dû s'enfuir du stade après notre qualification tellement les supporters nous en voulaient ". En demi-finales, l'Antwerp retrouva un autre club de l'Est : le Spartak Moscou. L'aller, en Russie, s'était bien déroulé sportivement parlant. On s'était seulement incliné 1-0 sur un terrain archi-mauvais sur lequel il n'y avait plus un brin de gazon. Je revois encore ce grand stade vide et je ressens le froid. Par contre, nous n'avions pas pu reprendre l'avion le soir même car un pneu de l'appareil avait éclaté. Mais comme nous étions déjà arrivés à l'aéroport, nous n'avons pas pu faire demi-tour et rejoindre l'hôtel car... notre permis de séjour avait expiré. L'aéroport s'est alors vidé et nous sommes restés les seuls dedans. Nous avions juste eu le temps d'aller chercher à boire dans le seul petit magasin encore ouvert. Nous avons passé la nuit dans l'aéroport à dormir sur les banquettes et à jouer au foot à quatre contre quatre avec les supporters et des canettes de boissons comme goals. Quand nous sommes arrivés en Belgique, nous étions comme des loques. On a toujours pensé que les Russes l'avaient fait exprès pour nous faire payer notre bon match ". Pourtant, rien n'était encore joué. " J'avais déclaré que nous nous qualifierions si on n'encaissait pas. Après dix minutes, les Russes ouvraient le score. Il nous fallait marquer trois buts. J'ai égalisé peu avant la mi-temps. Ensuite, Dragan Jakovljevic marqua le deuxième but et à dix minutes de la fin, nous avons bénéficié d'un penalty. Le ballon avait été dégagé bien loin par la défense russe mais je reçus un coup dans le visage. Heureusement que le juge de ligne l'a remarqué sinon l'arbitre n'aurait pas sifflé comme l'action était finie. L'arbitre a exclu Victor Onopko mais ce n'était pas lui qui avait donné le coup. Certains ont cru que j'avais joué la comédie mais je peux vous dire qu'il n'en s'agissait pas d'une ! C'est Lehnhoff qui était chargé de la conversion. S'il le ratait, je pouvais dire adieu à la finale à Wembley, lieu mythique que je voulais absolument découvrir. Il l'a transformé. Les dernières minutes furent épouvantablement longues ". La finale fut perdue mais les souvenirs restent pourtant vivaces. Pour Czernia, on pouvait parler de renaissance d'autant plus que cette même saison, il avait retrouvé l'équipe nationale, six ans après sa dernière sélection : " J'avais 32 ans et les attaquants en place ne tournaient pas. C'est pour cette raison que Paul Van Himst m'avait convoqué. Il avait envoyé son adjoint, Ariel Jacobs, me visionner contre le Cercle et j'avais inscrit trois buts. Beaucoup de monde se demandait pourquoi on était parti chercher un attaquant si vieux. Mais après la rencontre contre la Tchécoslovaquie, plus personne ne posa cette question : j'avais été concerné par les deux buts de la rencontre. J'avais pris part à la campagne qualificative. Donc, j'espérais secrètement participer à la Coupe du Monde 94 aux Etats-Unis. Je n'avais pas été retenu en 1986, ni en 1990 mais j'avais commencé ma carrière avec celle de 1982. Participer à une Coupe du Monde à 34 ans était une belle façon de boucler la boucle. Mais je suis parti à Malines où je n'ai pas réalisé une bonne saison. Finalement, Van Himst m'a quand même retenu pour services rendus. Il s'agissait d'une belle cerise sur le gâteau. Je trouve dommage de n'avoir pu disputer que douze minutes contre l'Allemagne. Les attaquants ne marchaient pas et moi, je me sentais en pleine forme. Dans la chaleur américaine, beaucoup de sélectionnés avaient éprouvé de grosses difficultés lors des tests physiques alors que je faisais toujours partie des premiers. Mais, je n'ai pas boudé mon plaisir. J'avais commencé comme Diable en partageant la chambre de Wilfried Van Moer et je terminais en étant le plus vieux du groupe ! ". par stéphane vande velde - photos: reporters/ van de vel