Huit heures quart: Michel Preud'homme vient d'arriver à Sclessin. Le coach du Standard est devenu un lève-tôt et surveille les derniers détails qui permettent à un groupe de bien entamer une journée de travail. Les équipements des joueurs sont impeccablement rangés dans le vestiaire. On dirait que Monsieur Propre est passé mais cet ordre est à mettre à l'actif de Franca Zanella, la nounou des Rouches qui, à l'étage, dans la salle des joueurs, a préparé le buffet du petit-déjeuner.
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Huit heures quart: Michel Preud'homme vient d'arriver à Sclessin. Le coach du Standard est devenu un lève-tôt et surveille les derniers détails qui permettent à un groupe de bien entamer une journée de travail. Les équipements des joueurs sont impeccablement rangés dans le vestiaire. On dirait que Monsieur Propre est passé mais cet ordre est à mettre à l'actif de Franca Zanella, la nounou des Rouches qui, à l'étage, dans la salle des joueurs, a préparé le buffet du petit-déjeuner.Les gaillards arriveront vers neuf heures pour apprécier pain frais, céréales, jambon, fromage, confiture, jus de fruits, etc. Franca est à pied d'oeuvre dès six heures du matin pour que tout soit prêt. Les joueurs apprécient cette disponibilité de tous les instants. Tout le monde met la main à la pâte afin que l'ambiance de travail soit bonne. C'est un atout important mais la vérité du terrain est évidemment primordiale pour que la vie d'un club soit un long fleuve tranquille. Or, avant de retrouver son calme, la Meuse a charrié pas mal d'inquiétudes estivales le long des quais de Sclessin. Michel Preud'homme a toujours gardé son calme.Un football trop romantique?Est-ce que l'équipe nationale et Anderlecht n'indiquent pas la voie à suivre à tout le football belge? N'était-il pas temps de revenir à un football discipliné plutôt que de croire que le football belge pouvait être avant tout offensif?Michel Preud'homme: Oui. Belgique-Ecosse fut en tout cas un bon match avec un round d'observation d'un gros quart d'heure, le temps pour les Belges de bien photographier l'occupation du terrain de son adversaire écossais. Et, c'est vrai, il y a eu une synthèse quelque part entre les réalités belges et les nécessités du football actuel où il faut être réaliste, concret, bien organisé dans tous les secteurs de l'équipe. J'ai vécu longtemps au Portugal et je ne sais pas si le football belge fut trop romantique pour ses moyens et ses traditions (un peu à la hollandaise, une formule qui n'est plus gagnante), mais je note que la Belgique a été moderne contre l'Ecosse. Robert Waseige a très bien organisé l'équipe dans toutes ses composantes. Notre équipe nationale a vécu et joué en bloc, offensivement ou défensivement. La vision tactique a toujours été un atout du footballeur belge. J'ai revu cela contre l'Ecosse. Il n'y a pas de honte à être patient ou même défensif si le but n'est pas de boucher son secteur mais bien de se redéployer quand on a récupéré le ballon. Le désir d'efficacité de Robert Waseige et d'Aimé Anthuenis est légitime. Il y a de la beauté dans une organisation. Si on veut progresser, et surtout obtenir des résultats sur la scène internationale, il faut aller dans ce sens et je creuse donc, si vous voulez, le même sillon avec des spécificités propres à mon groupe. Où situez-vous la Coupe d'Europe par rapport à vos objectifs en championnat?Pour moi, la Coupe d'Europe est importante mais le championnat reste tout de même prioritaire. Nous voulons réduire l'écart qu'il y a eu, la saison passée, entre Anderlecht, Bruges et nous, et surtout participer au sprint en tête du classement alors que la Coupe d'Europe est une récompense. L'importance de ces rendez-vous sur la scène internationale est un peu moindre dans l'absolu que celle du championnat mais ça ne nous empêchera pas de croiser le fer avec le Racing de Strasbourg, et les autres, pour la gagne. Tout est lié et il faut tout négocier avec ambition, même un match amical. Le Standard a été sérieux et appliqué sur son sujet contre le Vardar Skopje, il le sera aussi face à Strasbourg. Les Alsaciens évoluent en D2 mais ont une formation digne de l'élite. Elle n'a pas gagné la Coupe de France par hasard mais il se fait qu'un concours de circonstances l'a plongée un étage plus bas. Quand on a des Jose Luis Chilavert, Teddy Bertin ou Corentin Martins dans son noyau, cela veut dire quelque chose. Pegguy Luyindula vient de signer à Lyon mais il y a des solutions dans leur groupe avec, notamment, Daniel Ljuboja. C'est une équipe solide dans son arsenal physique avec peu de prises de risques, un très bon tissu défensif et un sens développé des contres exécutés à une très grande vitesse. Strasbourg a une équipe difficile à manier. Elle reste bien en ligne. Nous avons les atouts nécessaires pour franchir ce cap, aller le plus loin possible afin de nous enrichir au contact d'autres styles de jeu. Rien ne sera remis en question si le Standard était éliminé par Strasbourg. Anderlecht a retiré un gros profit sportif de la Ligue des Champions la saison passée. Les Bruxellois n'ont jamais songé à la finale. Ils ont été au bout de leur potentiel, c'est enrichissant, et ils ont ainsi acquis un autre volume. C'est ce que je veux faire via la Coupe de l'UEFA sans oublier notre championnat qui donnera deux places de départ pour la prochaine Ligue des Champions.Interventions chirurgicales?A la fin de la saison passée, n'aviez-vous pas dit que les départs ne seraient pas nombreux? Oui, j'avais parlé d'interventions chirugicales mais il y en a des grosses et des petites. En gros, nous savions où nous allions avec Yobo, Van Buyten, Wilmots, Walem. Je savais que Vedran Runje allait partir. J'avais Filip Susnjara sous la main pour résoudre ce problème. Il fait bien son travail. Si Joseph Yobo est parti, c'est parce que nous avions totalement confiance en George Blay, sans oublier que Didier Ernst est susceptible éventuellement de jouer à l'arrière droit. On ne pouvait pas continuer ainsi avec Ivica Mornar. Moka ne voulait pas prolonger son contrat. Il aurait été libre en fin de saison. Libre et gratuit et aurait renforcé Anderlecht sans nous rapporter un franc. Avant, les joueurs n'avaient quasiment aucun droit. Ils ont désormais tous les atouts et ce club n'a qu'une arme: le contrat. Ivica Mornar a rendu des services au Standard. Il ne voulait pas prolonger à nos conditions et le Standard a trouvé une bonne solution au Sporting de Lisbonne. Cela ne lui convenait pas non plus mais il n'a pas été viré: il est parti parce que c'est la réalité du football. Son transfert nous aurait rapporté plus s'il avait signé à Lisbonne... Pour Van Buyten et Yobo, nous avons eu des offres exceptionnelles. Ils ont fait un choix et, finalement, je préfère les voir dans un club ami, Marseille, qu'ailleurs. Tous ces mouvements ne sont pas propres qu'au Standard. Anderlecht a aussi cédé Didier Dheedene, Bart Goor, Tomasz Radzinski et Jan Koller, soit près d'une demi-équipe. Aimé Anthuenis aurait aimé les garder mais c'est impossible. Le marché belge est trop petit pour résister et ces départs ont pour effet, entre autres, de faire du bien à la trésorie du club. Le problème n'est pas de savoir pourquoi, quand et comment ils partent mais de trouver des alternatives. Ainsi, Gonzague Van Dooren était disponible. Je voulais un autre meneur de jeu que Robert Prosinecki car j'entendais mettre au point un nouveau système tactique. La hauteur du jeu avait déjà changé en fin de saison passée. On a progressivement évolué de plus en plus haut. Je voulais que les joueurs soient conscients de toute l'importance de cette évolution vers le 4-3-3 actuel. A partir de ce moment-là, le club a mis à ma disposition les joueurs dont j'avais besoin.Van Meir fut votre première priorité... A côté de Daniel Van Buyten, on voulait un arrière central gaucher. Eric Van Meir l'est mais il a aussi une belle frappe du gauche, de la taille, de la présence, une balle à longue distance, beaucoup de métier, etc. C'était une opportunité à ne pas rater vu le prix intéressant du transfert de cet international. Quand Daniel Van Buyten est parti, il restait la solution Laurent Wuillot mais il nous fallait un arrière central de plus car la saison est longue et nous avons songé à Godwin Okpara qui a joué en Belgique avant de se retrouver à Strasbourg et au PSG: il connaît le football belge et n'avait pas besoin d'adaptation. Une des forces de ce groupe réside dans la polyvalence des joueurs. Je peux en aligner beaucoup à différentes places.Le Standard n'est pas Schalke...Pourquoi Wilmots n'a-t-il pas signé chez vous?L'affaire Wilmots-Walem a tardé. Je n'aurais pas refusé de les aligner ensemble. Il suffit de voir à quel point ils se complètent en équipe nationale. J'ai toujours cru que Marc viendrait au Standard. Quand on pensait à lui, on songeait aussi à Johan. Le Standard n'est pas Schalke 04 qui ne doit pas compter avant de payer un transfert ou d'accorder un contrat. Cela n'a pas le moindre rapport avec sa blessure. Le Standard était aussi persuadé que Schalke du retour de Marc après son opération de juin. Nous avons nos moyens et nos limites. On ne peut réaliser des transferts la fleur au fusil, ce que Schalke fait. Walem n'était pas une roue de secours par rapport au projet Marc Wilmots: Johan n'est le second choix de personne. Ils auraient pu jouer ensemble chez nous car ils sont tout à fait différents et complémentaires. Marc allait évoluer dans l'axe, pas sur la droite comme à Bordeaux. C'était un gros atout offensif mais j'ai complété ensuite cette division avec Van Dooren, Jurgen Cavens, Moreira, sans oublier Michaël Goossens, Ali Lukunku et Ole-Martin Aarst qui étaient toujours là.Sera-ce le grand retour de Goossens?Mika n'a pas beaucoup joué la saison passée. Il s'est remis en question et est revenu. Je le note avec plaisir. Ali Lukunku a saisi sa chance à la percussion. Mais tout est fragile et sa blessure le prouve. Ole-Martin Aarst n'était pas très heureux, je le comprends, mais il a sa chance maintenant. On ne réalise pas des résultats à onze mais avec un noyau. Quand Ali reviendra, il jouera peut-être à droite, avec Ole-Martin Aarst en pointe. Mon système a des similitudes avec celui de Gand où il a bien réussi à une grosse exception près: le Standard fait le jeu et ne peut pas le subir. Mes choix dépendront du boulot à accomplir, de la forme de chacun, du rendement général de l'équipe, etc. Ali ne sera pas là contre Strasbourg, mais il y a des solutions. J'ai des choix et je trancherai que ce soit en championnat ou en Coupe d'Europe, en fonction des faiblesses adverses.Standard de Marseille?Luciano D'Onofrio n'est-il pas trop présent ou influent?Quand on a des adjoints comme j'en ai, il serait stupide de ne pas les écouter. D'autre part, Luciano D'Onofrio connaît le football internationl comme personne. Pourquoi n'aurais-je pas le droit de discuter transferts avec lui? Ce serait comme si Anderlecht se passait des conseils de Constant Vanden Stock. On évoque notre politique avant de voir ce qui est réalisable. Le volet financier est de son ressort. L'équipe actuelle est le fruit de mes idées. J'en ai eu d'autres mais il fallait voir ce qui était réalisable ou pas. Je ne suis pas livré à moi-même, je ne suis pas seul car le dialogue est permanent. Je suis directeur technique et j'entraîne. Je ne suis pas manager à l'anglaise, qui agit seul. Ici, je fixe le cap tactique, j'analyse le potentiel sportif, je définis le type de joueurs que je voudrais, etc. Puis le club se met en piste et on fait des choix.Le Standard ne dépend-il pas trop de ce qui se passe à Marseille?Non. L'OM a acheté des joueurs chez nous car on a accepté et on avait d'autres joueurs pour les remplacer. De plus, l'OM a été généreux. Pour Jurgen Cavens, le dernier parti, je savais que son départ était possible en cours de saison. Nous avons assez d'alternatives devant. Je ne fais jamais de vagues sauf quand on cherche la petite bête. J'ai ma personnalité, elle se retrouve dans cette équipe. Je ne suis pas une girouette. Je sais où je vais. Tout est analysé et quand un joueur part, à Marseille, ou ailleurs, je donne mon accord et j'ai des solutions. Au début, j'ai observé, j'ai pris le temps, histoire de ne pas faire des conneries. Un journaliste a écrit qu'à certains moments des personnes pourraient avoir leur mot à dire dans la composition de l'équipe. Trop ridicule pour répondre car je ne permettrais jamais cela. Maintenant si certains veulent de la sensation, c'est leur problème. Ils prennent les dirigeants pour ce qu'ils ne sont pas et veulent déstabiliser notre club. Je fais mon boulot, la direction fait le sien: c'est ce qui compte.Dia 1Pierre Bilic