Il y a vingt ans, le Cercle, né en 1899, fêtait son centenaire. Il évoluait en D2 mais pour la plupart de ses supporters, c'était temporaire. Ils étaient sous le charme des valeurs portées par l'avocat Paul Ducheyne. Un président réaliste qui misait sur la formation, l'amitié et la sympathie. Pour lui, le Cercle devait rester autonome.
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Il y a vingt ans, le Cercle, né en 1899, fêtait son centenaire. Il évoluait en D2 mais pour la plupart de ses supporters, c'était temporaire. Ils étaient sous le charme des valeurs portées par l'avocat Paul Ducheyne. Un président réaliste qui misait sur la formation, l'amitié et la sympathie. Pour lui, le Cercle devait rester autonome. En 1970, il avait succédé à l'ex-gardien Robert Braet. Pendant 25 ans, il a dirigé le Cercle au plus haut niveau, remportant la Coupe de Belgique en 1985 et jouant la finale l'année suivante ainsi qu'en 1996. En 1997, le Cercle est descendu et il a mal encaissé le coup. " Pourquoi toute cette misère ? ", se demandait-il après la quatrième saison en D2. La montée s'était à nouveau refusée au Cercle, qui ne comptait plus que 1036 abonnés. À l'occasion du derby face à Roulers, on n'avait dénombré que 315 spectateurs payants. " Nous avons besoin d'argent, ça fait deux ou trois ans que nous essuyons des pertes. " En 2002, il concluait un accord avec Frans Schotte, propriétaire de Standaard Boekhandel. " Il veut lui aussi faire du Cercle un club autonome ", disait Ducheyne. Un an plus tard, ils se retrouvaient ensemble sur le terrain, fleurs à la main. Le Cercle était champion et retrouvait l'élite mais les années suivantes s'annonçaient difficiles. Il fallait survivre et les grands moments étaient rares. Harm van Veldhoven a jeté les bases et c'est sous la direction de son successeur, Glen De Boeck, que le club a connu ses meilleures saisons avec une quatrième place en 2007 et une finale de Coupe de Belgique en 2010. Le Cercle avait abandonné son image de club vieillissant et pratiquait un football sexy. Il le devait à un accord avec le Sporting du Portugal, qui envoyait quelques très bons joueurs au Stade Jan Breydel. Après un an et demi au Cercle, William Carvalho devenait titulaire au Sporting et en équipe nationale du Portugal. L'an dernier, il a été vendu pour 20 millions au Real Betis. Nuno Reis s'est également imposé. Aujourd'hui, après être passé par Metz et le Panathinaïkos, il évolue au Levski Sofia. Renato Neto n'avait que 18 ans au moment où il est arrivé à Bruges. Après un an et demi, il a été rappelé et en 2014-2015, il est devenu un élément indispensable de l'entrejeu de Gand, championne de Belgique. Les pieds de William Owusu (37 matches) ne suivaient pas toujours sa tête mais par la suite, le Ghanéen allait rendre des services à l'Antwerp. Certains joueurs loués ne se sont pas imposés et ont dû se contenter d'un transfert : c'est le cas Amido Baldé (Indonésie), Milan Purovic (Malaisie) et Gael Etock (Finlande) mais, dans l'ensemble, le bilan est plus que positif. On ne peut en dire autant de la collaboration avec les Blackburn Rovers qui, de 2004 à 2009, ont prêté 8 joueurs au Cercle. Sergio Peter, un médian allemand, a quitté Bruges pour jouer quelques matches avec Blackburn et le Sparta Prague. Le Nigérian Osahon Eboigbe a saisi sa chance à OHL mais d'autres joueurs loués se sont retrouvés dans les divisions inférieures anglaises ou en Écosse. C'est le cas de Paul Weaver (Ayr United FC), Jérome Watt (Northampton Town), Luke Jones (Ashton United), Tony Kane (Stockport County) ou du gardien Patrick Lane (Hinckley United). Sans oublier Keith Barker, prié de dégager après trois mois à Bruges et qui, deux ans plus tard, signait un contrat pro avec Warwickshire, un club de... cricket. " Avec cet accord, nous espérons faire aussi bien qu'avec le Sporting, voire encore mieux ", disait on au Cercle en 2015, au moment de signer la collaboration avec la Juventus. Le Cercle souffrait. Le nombre de spectateurs était peu élevé, les entraîneurs quittaient le club avant même d'être arrivés, une société coopérative avait vu le jour pour attirer du capital frais (et étrange) et, en 2014, le président, Paul Vanhaecke avait démissionné au profit de Schotte qui, en 2011, avait pourtant fait un pas de côté. Le Cercle est descendu au printemps 2015, il avait établi un plan financier très strict et la collaboration avec la Juventus représentait une chance extraordinaire. Mais après six mois, Alberto Gallinetta était renvoyé. Cette saison, il défend les filets du SP Cailungo... à Saint-Marin. Albert Roussos joue en D3 grecque tandis que l'attaquant guinéen Alhassane Soumah n'a toujours pas de club. Bref, des joueurs de seconde zone. Le Cercle, qui souffrait sportivement et financièrement, a demandé de l'aide. On ne parlait pas encore de collaboration officielle mais à Bruges, on était satisfait des débuts de Raphaël Diarra, mis à disposition gratuitement par Monaco en 2016.. Un conseil de FilipsDhondt, ex-directeur général du Cercle et de Monaco, où il est encore conseiller du vice-président. Une nouvelle piste. Trois ans plus tôt, Dhondt avait déjà discuté avec le directeur sportif de l'époque, Sven Jaecques. C'est ainsi que Gaetano Monachello a débarqué. À 19 ans, l'attaquant italien avait déjà fait du chemin : il était passé par l'Inter, Parme, Metalurh Donetsk, Olympiakos Nicosie et - en juillet 2013 - Monaco. Un mois plus tard, on l'envoyait à Bruges. Il a connu son heure de gloire derrière les casernes malinoises, où il a inscrit un but et délivré un assist. Le Cercle s'est imposé 1-2. " J'espère que le Cercle va livrer une bonne saison et que j'apporterai encore quelque chose. Je m'amuse bien à Bruges ", disait-il. Quatre mois plus tard, il passait à Ergotelis, un club moyen de D1 grecque. Monaco allait le vendre plus tard pour 500.000 euros à l'Atalanta Bergame (2015) et aujourd'hui, âgé de 25 ans, il joue à Pordenone Calcio (Serie B), le 13e club de sa carrière. Comme (au début), ça s'était bien passé avec Diarra, trois joueurs de Monaco ont débarqué à Bruges après la trêve. Paul Nardi, le gardien, était un coup dans le mille. Pendant deux ans et demi, il a été titulaire indiscutable. Tafsir Chérif a posé problème : il n' joué que 14 minutes et a été renvoyé pour avoir manqué un entraînement. Son pote Mehdi Beneddine, un arrière gauche, était plus fiable. Sur le terrain, du moins... Car après avoir mal garé la voiture d'un jeune équipier et s'être fait arrêter par la police, on s'est aperçu qu'il n'avait pas de permis de conduire. Il a écopé de six mois d'interdiction de conduire et d'une amende de 2.080 euros ! Depuis la saison dernière, il joue avec Diarra à l'US Quevilly-Rouen Métropole, un club de D3 française où ils ont été transférés gratuitement de Monaco. " Une augmentation de capital devrait permettre de combler le déficit de cette année - près d'un million d'euros - et des années futures ", annonçait Thomas Tousseyn, dirigeant de la coopérative, en février 2017, en parlant de l'accord avec Monaco. Une seule condition : le Cercle devait se maintenir en D1B, objectif atteint de justesse. Au cours de la première saison après la réforme du championnat, il a terminé troisième de la poule pour le maintien, derrière Tubize et OHL mais devant Lommel United, relégué en D3 amateurs. Alors que Monaco fêtait son premier titre en 17 ans, la collaboration était officialisée. Ou plutôt la reprise. Car avec une augmentation de capital de près de 2,5 millions d'euros et l'émission de nouvelles actions, Monaco devenait actionnaire majoritaire. Dans Sport/Foot Magazine, Frans Schotte dévoilait les lignes de force de l'accord. " Monaco va investir dans le noyau et dans la structure afin de remonter au plus vite. Leur intérêt, c'est de pouvoir aligner et valoriser chez nous des joueurs venus du monde entier. " Nardi voit ainsi débarquer sept anciens équipiers de La Turbie. Tristan Muyumba se blesse directement. Il ne jouera que cinq minutes sur la saison. Anderson López se blesse également et joue 13 minutes en deux ans. Jonathan Mexique n'est titulaire qu'une seul fois et quitte le Cercle à la trêve hivernale mais l'arrière latéral nigérian Elderson, titularisé à deux reprises, est repris dans la sélection de Gernot Rohr pour la Coupe du monde. Personne ne comprend mais tout le monde s'en fiche : le Cercle est champion en D1B et faisait la fête. Jordy Gaspar et Guévin Tormin - lui aussi frappé d'une interdiction de conduire pour avoir roulé sans permis - ont apporté leur pierre à l'édifice mais la star, c'était Irvin Cardona, auteur d'un assist et d'un but dans le match du titre. Un joueur talentueux mais trop souvent blessé : il n'a joué que 38 matches en deux saisons, inscrivant tout de même 15 buts et délivrant 8 assists. Il est, avec Nardi, le seul joueur de Monaco vendu en fin de saison dernière - pour 1,5 million d'euros - chacun. Il est parti au Stade Brest (Ligue 1) tandis que Nardi défend actuellement les filets du FC Lorient (Ligue 2). Le directeur technique, François Vitali, ne parvient toutefois pas à convaincre Frank Vercauteren de rester. Une nouvelle légion de joueurs loués est confiée à Laurent Guyot, un homme affable qui doit composer avec une équipe très moyenne. Des sept joueurs prêtés par Monaco, seul Adrien Bongiovanni (2 buts, 1 assist) reste. Kévin Appin, Yoann Etienne, Pierre-Daniel Nguinda et Nabil Alioui sont retournés à Monaco B, Franck Irie a passé un test négatif au Stade Lavallois (D3) et n'a pas de club. Même Adam Traoré, acheté à Lille pour 14 millions en juillet 2015 et loué à Metz après six mois au Cercle, risque de coûter cher à Monaco. " Tout le monde connaît la prochaine étape du projet : jouer le top 6 ", disait le coordinateur général Marc Vanmaele en mai dans ce magazine. " Le noyau va être rétréci mais renforcé. " Jusqu'ici, ça ne s'est pas encore vu. Julien Serrano et Giulian Biancone ont déjà joué en Ligue 1 et en Ligue des Champions avec Monao, Jordi Mboula, issu du centre de formation du FC Barcelone, a été acheté pour 3 millions il y a deux ans, Lyle Foster est arrivé à Monaco en provenance d'Orlando Pirates au début de l'année et a coûté un peu plus d'un millions tandis que les Monégasques ont déboursé 3 millions l'été dernier pour acheter Jonathan Panzo à Chelsea. Tout le monde est convaincu qu'ils ont du talent mais Bernd Storck doit en faire une équipe.