En 1985, l'avocat liégeois Luc Misson était le capitaine d'une équipe légale qui obtenait une jolie victoire qui allait passer à la postérité sous le nom de Cas Bosman. C'était l'histoire d'un pauvre petit joueur liégeois empêché de pratiquer son métier en toute liberté car - comme on le disait à l'époque - " il appartenait à son club ". Depuis, dans l'Europe entière, les footballeurs soumis au droit européen ne sont liés à leur club que pour la durée de leur contrat.
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En 1985, l'avocat liégeois Luc Misson était le capitaine d'une équipe légale qui obtenait une jolie victoire qui allait passer à la postérité sous le nom de Cas Bosman. C'était l'histoire d'un pauvre petit joueur liégeois empêché de pratiquer son métier en toute liberté car - comme on le disait à l'époque - " il appartenait à son club ". Depuis, dans l'Europe entière, les footballeurs soumis au droit européen ne sont liés à leur club que pour la durée de leur contrat. On a l'impression que l'appétit de Me Misson est insatiable dès qu'il faut vérifier si le règlement de la fédération belge de football est bien en adéquation avec le droit du travail et la liberté individuelle. Dans l'affaire Ye sur les matches de foot supposés arrangés, trois joueurs du Lierse avaient subi les foudres disciplinaires de l'Union Belge : Marius Mitu, Igor-Sasa Nikolovski et Laurent Fassotte. Eh bien, Me Misson a fait dire à un juge que les trois joueurs avaient été traités de manière inacceptable par l'U.B. (voir l'article en page 44) et que cette dernière devait arrêter de les suspendre. Le jugement - rendu en référé, c'est-à-dire dans l'urgence - tiendra dès qu'un autre jugement - plus approfondi - sera rendu. Mais tout joue en faveur de Misson et de ses clients. On voit mal l'U.B. gagner cette fois contre l'avocat liégeois. En gros, parce que ses règlements ne respectent pas le droit du travail. Mitu et ses coéquipiers étant des joueurs professionnels, ils devraient donc - selon Misson - être traités comme des travailleurs et non comme des sportifs soumis au droit de leur fédération. Mais qu'on ne se trompe pas : ce n'est pas parce que ces règlements s'opposent au droit (ou inversement) que ces footballeurs sont du coup innocentés dans l'affaire Ye ! La procédure pénale engagée apportera la lumière en la matière. Ce qui se passe avec le cas Mitu nous fait penser à une lutte d'un quart de siècle que se livrent l'IAAF (la fédération internationale d'athlétisme) et les avocats (tiens !) des vedettes américaines convaincues de dopage. Aux Etats-Unis, en effet, les sportifs convaincus de dopage par des fédérations américaines s'en sont toujours sortis à meilleur compte qu'en regard des fédérations européennes. Pour schématiser, un dopé américain paye l'une ou l'autre amende à sa fédération et est suspendu une semaine. En cas de récidive, on double la peine. Troisième infraction : trois fois plus. En Europe, se doper coûte 100 fois plus cher. On dit que les choses évoluent, mais pas tant que ça. Le recordman du monde du 100 mètres Justin Gatlin est suspendu pour les prochaines huit années par l'IAAF pour dopage mais ses avocats veulent maintenant obtenir un arbitrage qui réduise sa peine. Parce qu'on ne peut l'empêcher de travailler... On l'aura compris, les Etats-Unis défendent avant tout la liberté individuelle et l'Europe l'éthique du sport. Quand on se base sur ce type de raisonnement, on a l'impression d'être emmené très loin des indispensables principes de noblesse du sport. On se sent obligé de rappeler encore et encore que Mitu et Cie ne sont pas blanchis par la décision de justice de la semaine passée. Car l'amalgame est trop rapidement effectué. En sport, par les temps qui courent, c'est trop souvent l'autorité qui a tort. Quand on parle de hooliganisme en Italie, on a tendance à dire que ces malfaiteurs agissent ainsi parce que la police ne fait pas son travail. Et on recherche le pourquoi de cette inefficacité dans la politique d'un pays plutôt que de dire, avant tout, que les premiers responsables sont les hooligans eux-mêmes et qu'il faut les condamner. C'est une question de mentalité et tout commence sur le terrain où le perdant dit toujours que c'est la faute à l'arbitre et où le vainqueur s'attribue tous les mérites de la victoire,... oubliant tout à coup l'influence de l'homme en noir ! Le sport a pour but premier de prendre du bonheur dans un esprit de respect. Il faut donc accepter la discipline et tous les Misson du monde sont d'accord avec ça. Mais ils exigent que tout se passe en adéquation avec le droit. Ils ont raison, évidemment, mais ça ne facilite pas les choses... PAR JOHN BAETE