Pour Sergio Conceicao comme dans le cas de Gilles De Bilde, la malédiction du Soulier d'Or ne s'est pas manifestée sous forme d'une blessure de longue durée ou d'une période de méforme mais bien d'un incident de jeu lourd de conséquences.
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Pour Sergio Conceicao comme dans le cas de Gilles De Bilde, la malédiction du Soulier d'Or ne s'est pas manifestée sous forme d'une blessure de longue durée ou d'une période de méforme mais bien d'un incident de jeu lourd de conséquences. Le mardi 21 mars, au cours du match de Coupe de Belgique face à Zulte Waregem, le bouillant Portugais du Standard répondit à une provocation de Stijn Meert en lui crachant au visage. Exclu, il jeta sa vareuse au visage de l'arbitre Peter Vervecken et fut suspendu pour quatre mois à partir du 11 avril. Au cours de cette absence, le Standard manqua le titre de champion qui lui semblait enfin promis et loupa la qualification pour les poules aux £ufs d'or de la Ligue des Champions... Mais au niveau individuel aussi, les conséquences se seront fait sentir pour Conceiçao. Le Portugais a bien conscience qu'il risque de passer à côté de la paire de godasses dorées : " Sans l'incident de la vareuse, je serais à nouveau élu. Je le mériterais parce que je pense avoir conservé un bon niveau. Mais les semaines de suspension m'ont été fatales ". On ne verra donc plus ce mercredi, comme il y a un an, une voiture arriver en trombe au Casino d'Ostende, deux hommes sortir Sergio de sa voiture et l'amener sur la scène pour recevoir son prix. Un scénario que n'aurait pas renié Georges Clooney et une soirée qui restera à jamais marquée dans l'histoire du prestigieux trophée, comme en témoignent Alain Ronsse et Hans De Ridder, deux journalistes de Het Laatste Nieuws (le journal organisateur) qui ont vécu, en direct, l'angoisse de l'attente. " Tout s'est bien terminé et on peut dire - après coup - qu'on a vécu un grand moment de télévision ", dit Ronsse. " On l'aurait fait exprès que la réussite n'aurait pas été plus belle. Sergio est un personnage glamour qui se prête parfaitement à ce genre de choses. Le scénario collait parfaitement à sa personnalité. Il était un peu en retard mais le réalisateur a accepté de retarder de cinq à sept minutes le déroulement de l'émission. Sans quoi Michel Preud'homme était déjà là, prêt à recevoir le Soulier d'Or à la place du vainqueur ". Et cela, pour De Ridder, c'eût été la dernière humiliation : " J'ai paniqué lorsque j'ai vu que Conceiçao n'était pas assis à la place qui lui était réservée. Parce que nous avons commencé l'émission sans savoir s'il était d'accord de se rendre à Ostende. Un autre joueur du Standard nous a donné le numéro de téléphone de Vedran Runje en nous di-sant que Conceiçao viendrait sans doute avec lui. Après plusieurs tentatives, nous avons enfin réussi à joindre le portier du Standard, celui-ci était dans son salon... J'ai alors fait sortir de la salle Frédéric Leidgens, le team manager du Standard. Il possédait le numéro de téléphone de Luciano D'Onofrio mais ne voulait pas le communiquer et il se cachait pour téléphoner. Tout ce qu'il acceptait de nous dire, c'est que Conceiçao était quelque part entre Alost et Gand, qu'il était parti de l'aéroport de Düsseldorf pour aller rechercher son épouse et qu'il était repassé chez lui pour qu'elle puisse se changer ! De plus, il y avait énormément de brouillard. Après, on nous a encore dit qu'il voyageait dans une Ranger Rover et qu'il était suivi par une Jaguar à bord de laquelle se trouvait D'Onofrio... " L'angoisse des organisateurs monta encore d'un cran dans les 45 dernières minutes, lorsqu'il fut certain que le Portugais avait bien remporté le trophée. " Le dépouillement des voix se termine toujours un peu plus tôt, afin de permettre à l'huissier de justice de recompter en cas de doute ", explique Ronsse. " Là, Hans De Ridder a eu une idée géniale : ancien spécialiste des faits-divers chez nous, il connaît pas mal de gens à la police et a demandé que des motards se lancent sur l'autoroute entre Bruges et Ostende, à la poursuite du véhicule de Conceiçao. Ils l'ont intercepté dans le dernier tronçon d'autoroute et l'ont piloté à travers la cité balnéaire à 150 km/h, pour arriver devant le casino au moment où le réalisateur disait qu'il ne pouvait plus retarder davantage l'émission et qu'il fallait remettre le trophée à Preud'homme ! " De Ridder sortit alors sans ménagement Conceiçao de son véhicule et le mit entre les mains du personnel de sécurité qui l'amena sur la scène. Flashes, caméras, sourire, remerciements et finalement, grosse fête jusqu'à 4 heures du matin au bar du casino... Mais aussi énorme mystère dont le secret, jusqu'ici, n'a toujours pas été percé : où Conceiçao était-il resté ? Et s'il avait réellement choisi d'arriver au dernier moment, quelle avait été sa motivation ? " Au bar, après la remise du trophée, l'ambiance était vraiment excellente ", raconte De Ridder. " Mais jamais au cours de la soirée Conceiçao et D'Onofrio n'ont voulu dire où ils se trouvaient. Nous nous en sommes donc tenus à leur version de l'aéroport jusqu'à ce qu'un ou deux jours plus tard, un lecteur ne nous avertisse par SMS que nous étions à côté de la plaque : selon lui, Conceiçao et D'Onofrio mangeaient dans un restaurant italien de Bruxelles, près de l'Avenue Louise. A 110 km d'Ostende ! Je peux encore comprendre que le joueur avait peur d'être dans la salle s'il ne gagnait pas et que les caméras se braquent sur sa désillusion. Mais il aurait dû nous le dire : nous l'aurions caché dans un hôtel proche du casino. Il y a quelques années, nous avions bien accepté d'aller chercher Lorenzo Staelens chez lui en hélicoptère pour l'amener à Knokke après avoir vérifié qu'il était bien le vainqueur ! " Pour Ronsse, les organisateurs avaient d'ailleurs donné, à ce moment-là, dans la surenchère : " Staelens n'avait pas accepté le fait d'avoir perdu l'année précédente. Comme on annonçait le Top 5 à rebours et que son nom ne figurait pas parmi les quatre premiers cités, il en avait conclu que c'était lui le vainqueur. Mais il était sixième ! C'est De Bilde qui avait gagné. Un an plus tard, nous cédions à son caprice. Pour moi, c'était une erreur. Une autre fois, il y eut un grand moment d'émotion lorsque Gilbert Bodart termina deuxième derrière Paul Okon. Alors qu'on était en train de ranger la salle, je découvris le gardien du Standard effondré, en pleurs sur une chaise. Mais le lendemain, il arrêtait deux penalties dans un match à Bruges ". Selon Ronsse, le cas de Conceiçao est encore différent. " On avait dit qu'il ne viendrait pas s'il ne gagnait pas. Frédéric Dupré m'a confié récemment qu'à Zulte Waregem, les joueurs pensaient que Sergio avait fait du cinéma. Je ne sais pas si c'est possible car il avait tout de même accepté, peu avant, de participer à un reportage avec Wilfried Van Moer et Arie Haan dans le cadre de l'élection. Bien sûr, à partir du moment où on demandait à Frédéric Leidgens de se mettre à sa recherche, il savait qu'il avait gagné. Quoi qu'il en soit, il est arrivé. Quand je lui ai avoué qu'il m'avait quand même procuré une très grosse frayeur, il m'a répondu : - Je suis toujours présent dans les grands moments. Ce qui est surtout important, c'était d'avoir un très beau vainqueur, un nom qui méritait de figurer au palmarès. Il y a déjà si peu de vedettes dans le football belge ". Un an plus tard, le mystère reste donc entier et ses protagonistes continuent à l'entretenir. Le patron du restaurant italien en question, par exemple, commence par nous dire : " Je ne suis pas un mouchard mais vous êtes le bienvenu dans mon établissement quand vous voulez ( sic) ". Il reconnaît toutefois que tant D'Onofrio que Conceiçao sont des habitués de son établissement. " Et des gens très sympathiques ". Sergio, lui, affirme ne plus se souvenir : " Ce sont des détails sans importance. Ce qui comptait par dessus tout pour moi, ce soir-là, c'était que mon épouse soit présente. Et c'est pour cela que je suis arrivé tard ". Le capitaine du Standard reconnaît toutefois qu'il aurait été très déçu s'il n'avait pas remporté ce trophée qui avait, pour lui, une signification très importante. " J'étais convaincu que je le méritais. Mais est-ce que tout le monde pensait la même chose ? Cela, je ne le savais pas. De là à dire que j'avais peur de perdre, il ne faut pas croire tout ce que les gens ra-content... " Les organisateurs sont bien conscients que cet incident a donné un bon coup de pub à un gala qui, avant d'être télévisé en direct, avait pris un peu d'âge. Ils ont cependant tenté de faire en sorte qu'une telle angoisse ne se reproduise plus. " Une fois, c'est bon ", dit De Ridder. " Car sans le concours de la police d'Ostende, nous aurions loupé notre coup. Et remettre le trophée à quelqu'un d'autre, ça fait désordre. Dès cette année, nous serons en contact permanent avec des proches des joueurs susceptibles de l'emporter : leur famille, leur manager, etc. Nous les suivrons à la trace dès le matin ". La chaîne flamande VTM, qui produit l'émission (1,2 million de téléspectateurs), donnera de toute façon un fameux coup de main puisqu'elle a prié tous les candidats au trophée de se présenter, une heure avant le début de l'émission, au Thermae Palace d'Ostende où un drink leur sera offert. Certaines images seront d'ailleurs tournées là-bas puis les joueurs seront conduits en limousine au Kuursaal. Une innovation qui n'empêchera pas que le suspense reste complet vu que le nom du vainqueur ne sera à nouveau connu des organisateurs que 45 minutes avant la proclamation des résultats. Et aucun vainqueur absolu ne semble se dégager. " Selon les sondages, on pense que les favoris sont quatre Anderlechtois ", précise Ronsse. " Mbark Boussoufa, Nicolas Frutos, Mémé Tchité et Daniel Zitka. Pour plus de certitude, on a ajouté un cinquième nom : celui de Bosko Balaban ". PATRICE SINTZEN