Deux minutes et onze secondes. Il n'en a pas fallu plus à Sofiane Hanni pour conquérir les coeurs des supporters mauves dès son premier match officiel. Le lieu du délit : le stade Olimp de Rostov, en Russie. Ses complices ? Steven Defour, auteur du corner parfait, et Youri Tielemans, dont la feinte a placé Hanni dans une position idéale pour offrir l'avantage à Anderlecht. Le but a permis aux Mauves de réaliser un 2-2 prometteur, qui ne les a malheureusement pas empêchés d'être éliminés par le club du Don huit jours plus tard. Adieu, la Champions League ! Mais en 131 secondes, Hanni a balayé tous les doutes qui entouraient son transfert et tous les préjugés qui lui collaient aux basques.
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Deux minutes et onze secondes. Il n'en a pas fallu plus à Sofiane Hanni pour conquérir les coeurs des supporters mauves dès son premier match officiel. Le lieu du délit : le stade Olimp de Rostov, en Russie. Ses complices ? Steven Defour, auteur du corner parfait, et Youri Tielemans, dont la feinte a placé Hanni dans une position idéale pour offrir l'avantage à Anderlecht. Le but a permis aux Mauves de réaliser un 2-2 prometteur, qui ne les a malheureusement pas empêchés d'être éliminés par le club du Don huit jours plus tard. Adieu, la Champions League ! Mais en 131 secondes, Hanni a balayé tous les doutes qui entouraient son transfert et tous les préjugés qui lui collaient aux basques. Son transfert à Anderlecht a en effet été accueilli avec scepticisme, surtout de la part des supporters, qui voyaient resurgir le spectre de Marius Mitu et d'Hernan Losada : les distributeurs présentaient de belles lettres en championnat de Belgique mais, arrivés à Anderlecht, ils n'avaient jamais franchi le seuil des coulisses. Steven De Petter, coéquipier d'Hanni durant deux ans à Malines, a dû rassurer certains supporters d'Anderlecht parmi ses proches, au sujet de l'international algérien. " Hanni aura-t-il le niveau ? On me posait sans cesse la même question ", raconte De Petter, maintenant médian à Saint-Trond. " Ils le connaissaient de nom et savaient qu'il avait marqué beaucoup de buts mais leurs connaissances s'arrêtaient là. Je peux donc comprendre qu'ils aient eu des doutes, au début. Je leur ai dit de ne pas se tracasser, qu'Hanni avait les qualités requises pour jouer à Anderlecht. Quand on s'entraîne tous les jours avec quelqu'un, on est bien placé pour juger de sa valeur. Je ne me posais qu'une seule question : comment allait-il gérer le reste ? Apparemment, ça ne lui pose aucun problème. Il montre qu'il n'est pas toujours nécessaire d'acheter une valeur établie, qu'il y a assez de bons footballeurs dans les petits clubs. " Johan Timmermans, le président de Malines, a qualifié Hanni de transfert le plus lucratif de l'histoire du club : il est arrivé gratuitement d'Ankaraspor, un club de D2 turque, et a été revendu 1,6 million plus les primes au Sporting. Après quatre mois, Hanni est déjà le transfert au meilleur rendement, talonné par Lukasz Teodorczyk. " J'espère qu'en fin de saison, les gens me qualifieront de transfert réussi ", a récemment confié Hanni. Plus personne n'en doute encore. Le Parisien s'est défait de son statut douteux pour celui de pilier. Cette méfiance initiale était-elle justifiée ? Partiellement. Ces dernières années, les transferts nationaux d'Anderlecht n'ont pas vraiment été des réussites (voir encadré). Ceux qui connaissent la maison savent à quel point il est pénible d'atterrir à Anderlecht - un club où le standing prime -, quand on provient d'un club aux allures provinciales. Le succès instantané d'Hanni est l'exception à la règle. Il s'est moqué de toutes les lois non écrites. " Une catégorie restreinte de joueurs a le don d'être immédiatement rentable dans un grand club ", explique Philippe Albert, qui a lui-même réussi son passage de Malines à Anderlecht en 1991. " Hanni me fait un peu penser à Marc Degryse : il n'a pas eu besoin de temps d'adaptation non plus à son arrivée du Club Bruges. Savez-vous ce qui me conforte dans ma conviction qu'Hanni est fait pour Anderlecht ? Le fait qu'il a toujours fait son boulot dans une équipe peu convaincante. On dirait que ça ne lui fait rien d'être baladé du centre au flanc et vice-versa. Il va bientôt éclater complètement. C'est certain. Il y arrivera dès que ses automatismes avec Stanciu et Teodorczyk seront rodés. En Belgique, même le Club Bruges et Gand ne peuvent égaler ce trio offensif. " Avec cinq buts et autant d'assists, Hanni semble avoir gagné sa lutte de pouvoir face à Nicolae Stanciu, pour le moment. Le Franco-Algérien a gagné en influence sur le terrain. Ce n'est pas un secret : Hanni préfère jouer dans l'axe. Tant que Stanciu ne trouve pas ses marques, le Parisien possède suffisamment d'arguments pour réclamer une place centrale. Hanni a un avantage supplémentaire : les attentes sont en rapport avec le prix de son transfert. Basses, donc. Même si son père, Nordine, attribue le succès de son fils à une autre variable : Sofiane aurait enfin atteint sa maturité intellectuelle. Il ne s'est pas mis la pression et n'a pas gambergé sur ses chances réelles de jeu au Sporting pendant la préparation. " Il faut se préparer mentalement à un transfert dans un club comme Anderlecht. Eh bien, Sofiane était prêt ", explique Nordine. " Mon fils a toujours été comme ça : il progresse chaque fois qu'il se retrouve avec de meilleurs footballeurs. Je lui ai toujours répété la même chose : ne t'interdis rien dans la vie mais ne surestime pas tes capacités. Doit-il se limiter à Anderlecht ? Il n'a encore que 25 ans... " L'aisance avec laquelle Hanni s'adapte à un environnement en mutation constante est étonnante. La saison passée, il approvisionnait Nicolas Verdier, un avant qui joue surtout en profondeur et qui fait ce dont il a envie. Maintenant, il doit alimenter Teodorczyk. Un tout autre profil. Albert : " La saison passée, la bonne entente de Verdier et de Tim Matthys m'a frappé. Avec ses qualités de passeur, Hanni peut faire marquer n'importe qui. " Nordine Hanni est convaincu que son fils aurait pu réussir plus tôt en Belgique, même au Standard, qui procède dans une variante de kick and rush, par nécessité. Dans une interview récente à notre magazine, Olivier Renard, le directeur sportif des Rouches, a reconnu que le Standard n'aurait jamais pu satisfaire les exigences salariales d'Hanni. " Ce n'est pas vrai ", affirme Hanni senior. " Je serais surpris qu'il sache ce que Sofiane gagne à Anderlecht. Croyez-moi, il ne fait certainement pas partie des gros salaires belges. Pour autant que je sache - et Sofiane me raconte presque tout - , le Standard n'a jamais vraiment tenté de l'engager. Il ne lui a jamais soumis de proposition concrète reprenant ce qu'il allait gagner pendant x années, d'après ce que je sais. Mais Sofiane aurait certainement pu réussir au Standard. Je le trouve complémentaire avec AdrienTrebel et Ibrahima Cissé. Il se serait aussi acclimaté facilement au Club Bruges et à Gand. " Depuis le début de sa carrière, Hanni encaisse les mêmes reproches : il est trop nonchalant, trop flegmatique. Il y a des années, il a copié ses dribbles sur ceux de R9, le Ronaldo brésilien. C'est à Malines qu'il a découvert le Sturm und Drang. Hanni a été remodelé, voire transformé par Aleksandar Jankovic et l'adjoint Tom Caluwé. Hanni a appris à voir plus loin que le bout de son nez. Il s'est aussi défait de son attitude nonchalante. " Avec des hauts et des bas ", souligne Caluwé. " Parfois, il tombait durement, d'autres fois, l'atterrissage était doux. Nous avons entretenu une relation d'amour-haine. Au terme d'un long parcours, il s'est rééduqué. Comment opérer la transition en perte de balle ? Que faire quand le ballon n'est pas dans les parages ? Bouger sans ballon... Des choses comme ça. Il n'était absolument pas un mauvais garçon mais ses coéquipiers se demandaient s'il s'intégrerait au groupe car quelque chose coinçait manifestement. Il n'est pas normal qu'un joueur de son talent puisse quitter gratuitement un club turc de D2 alors que les grandes équipes surveillent de près le marché intérieur. Si les clubs turcs de D1 vous dédaignent, c'est que vous travaillez mal. Nous avons tenté de le lui faire comprendre à maintes reprises, dans nos entretiens, en nous appuyant sur des images ou même en le mettant sur le banc. Il a compris assez rapidement. D'autres piétinent et s'enfoncent. " Hanni a donc surtout accompli des progrès sur le plan mental. Le match au Standard en est l'illustration parfaite. Il n'a pas tapé dans l'oeil mais a joué avec maturité, en proposant des solutions footballistiques, sans reculer devant les duels avec le pitbull Trebel. " Il peut se faire oublier puis faire la différence en partant de rien ", raconte Caluwé. " C'est la marque des grands joueurs : ils sont moins bien dans le match mais ça ne les empêche pas d'avoir un rendement élevé. " Il se comporte au Sporting comme à Malines : il cherche les brèches, se déplace entre les lignes, détermine le jeu. De Petter : " Hanni a-t-il tant progressé en si peu de temps à Anderlecht ? Non. Il y atteint le niveau qu'il avait à Malines depuis deux ans. C'est un compliment. Chapeau pour avoir placé son sceau d'emblée à Anderlecht. " Le brassard parachève la réussite rapide d'Hanni à Anderlecht. Au début, pourtant, une malédiction semblait peser sur le brassard. Sebastien De Maio l'a enfilé et est parti. Steven Defour a été un temps capitaine avant de mettre le cap sur Burnley. Dennis Praet, le plan C, a volé à la poubelle. Restaient en lice : les Belges Tielemans et Dendoncker. Ou des étrangers qui connaissaient mal notre championnat. En août, le choix s'est porté sur Hanni. Ça a accéléré son adaptation, décuplé son sens des responsabilités et aidé à rester concentré à 200 % jusqu'à la fin du match. " Un entraîneur belge ne l'aurait sans doute pas promu capitaine ", pense Nordine. " Pourtant, ce n'est pas un mauvais choix. Il a l'avantage d'être en Belgique depuis deux ans. Il n'est pas un capitaine à l'ancienne qui aboie sur ses sujets. Il remplit son rôle comme son idole, Zinédine Zidane : il parle peu et s'il le fait, c'est par phrases courtes, mais il affiche son leadership sur le terrain. " Hanni est aux antipodes des fouteurs de merde. Il ne harcèle pas comme un Thomas Buffel ou un Timmy Simons. " Anderlecht ne raffole pas de ce genre de capitaines ", affirme Albert. " Dans le passé, des footballeurs comme FrankyVercauteren et RobbyRensenbrink, qui possédaient un surplus technique, ont porté ce brassard. Hanni s'inscrit dans cette lignée. Anderlecht s'est forgé une image à l'étranger qu'aucun autre club belge ne peut égaler. Il ne peut pas la galvauder. Laissez Hanni faire son chemin. Il est comme il est : un brave type, qui respecte l'adversaire et ne fait pas de show. Il sait qu'il possède plus de qualités que d'autres mais il ne s'en vante pas. " PAR ALAIN ELIASY - PHOTOS BELGAIMAGEAprès quatre mois, Hanni est déjà le transfert au meilleur rendement. " Il peut se faire oublier puis faire la différence en partant de rien. C'est la marque des grands joueurs. " TOM CALUWÉ, T2 DE MALINES