Marcin Zewlakow a des statistiques avantageuses: 106 matches avec Mouscron et 51 buts. Il est, de loin, le meilleur réalisateur de l'histoire de son club en D1 (voir cadre). Et il n'est pas près d'être battu, puisque le deuxième de ce classement, Vidovic, est à 19 unités et ne le rattrapera jamais. Le Polonais est une denrée rare dans notre football: il est toujours disponible (près de 30 matches joués chaque saison) et vaut une quinzaine de buts chaque année. On peut aussi le considérer comme un attaquant polyvalent puisqu'il marque tant du gauche (son mauvais pied) que du droit ou de la tête. Il analyse son parcours de goleador, qui avait commencé de la meilleure manière. Dès sa première minute de jeu en Belgique, avec Beveren, il trouvait le chemin des filets.
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Marcin Zewlakow a des statistiques avantageuses: 106 matches avec Mouscron et 51 buts. Il est, de loin, le meilleur réalisateur de l'histoire de son club en D1 (voir cadre). Et il n'est pas près d'être battu, puisque le deuxième de ce classement, Vidovic, est à 19 unités et ne le rattrapera jamais. Le Polonais est une denrée rare dans notre football: il est toujours disponible (près de 30 matches joués chaque saison) et vaut une quinzaine de buts chaque année. On peut aussi le considérer comme un attaquant polyvalent puisqu'il marque tant du gauche (son mauvais pied) que du droit ou de la tête. Il analyse son parcours de goleador, qui avait commencé de la meilleure manière. Dès sa première minute de jeu en Belgique, avec Beveren, il trouvait le chemin des filets. Vous souvenez-vous de votre premier butchez nous?Marcin Zewlakow: Comme si c'était hier. Nous recevions Courtrai, un concurrent direct dans la lutte pour le maintien. Lemmens a dégagé loin devant, j'ai récupéré le ballon et je suis parti dans le dos des défenseurs pour battre Vandoorne, d'un tir du gauche. On ne jouait que depuis 32 secondes! C'était ma première touche de balle en Belgique. Nous avons pris un point dans ce match à ne pas perdre. Psychologiquement, c'était important pour moi et pour toute l'équipe. Gzil était fort discuté à l'époque et, quelque part, j'ai contribué à sauver sa tête. Nous nous sommes sauvés et, en ayant marqué huit buts, j'étais conscient d'y être pour quelque chose. A Anderlecht, en 99-2000. De la tête. Mais nous avons perdu 3-1 et je n'ai pas fêté mon goal.Quelle impression cela fait-il d'être le meilleur buteur de l'histoire de Mouscron ?A mes yeux, c'est simplement anecdotique. Sympa, sans plus. Je ne suis pas un passionné de statistiques. Mais, évidemment, je carbure aux buts, comme n'importe quel attaquant. Un goal, c'est un kick qui vous fait du bien, vous calme et vous rassure. Mais je ne suis pas sous le charme des avants qui marquent des tonnes de buts et ne font rien d'autre. Il faut aussi savoir créer et donner des assists. Plus fier de ses 30 matches que de ses 15 butsJe n'ai botté qu'un penalty depuis que je suis ici... et je l'ai raté. C'était en fin de saison passée, à Bruges. Nous n'avions plus rien à gagner à ce moment-là et j'ai demandé à mes coéquipiers de me laisser essayer. Nous préparions la finale de la Coupe, contre le même adversaire. Je me suis dit que c'était une belle occasion de faire une répétition en grandeur nature, au cas où cette finale se serait jouée aux tirs au but. Je ne veux surtout pas discréditer les joueurs qui donnent les penalties et les coups francs à l'approche du rectangle, mais une chose est sûre: il est très difficile, voire impossible de devenir meilleur buteur du championnat si on n'est pas désigné pour ces missions-là. Pour être un grand buteur, il faut être un peu égoïste.Vous valez systématiquement une quinzaine de buts par saison: peu d'attaquants peuvent en dire autant dans ce championnat.Une quinzaine, est-ce si brillant? Je n'en sais rien. Et cela ne me tracasse de toute façon pas. Pour moi, il est plus important d'être présent pendant toute la saison. Je suis plus fier de ma trentaine de matches par an que de ma quinzaine de buts. On s'extasie parfois parce qu'un attaquant a marqué six ou sept fois en ne disputant qu'une dizaine de rencontres. Je ne suis pas d'accord.Comment expliquez-vous que vous marquez plus en deuxième mi-temps qu'en première?C'est probablement une question de fraîcheur et de concentration. Je suppose que je reste plus longuement à un bon niveau physique et mental que la majorité des défenseurs. A la 95e minute, je suis encore aussi serein et motivé qu'au coup d'envoi.Vous marquez deux fois plus à domicile qu'à l'extérieur!C'est tout à fait normal. Chaque équipe joue plus offensivement sur sa pelouse et n'importe quel joueur se sent mieux chez lui. Au Canonnier, j'ai des repères bien précis, comme les dimensions et l'état de la pelouse. Et il y a aussi nos supporters. C'est important.Jamais de hat-trickJe l'ai beaucoup travaillé quand j'étais jeune. J'ai fait des milliers de feintes, de frappes, de centres, de reprises. Un attaquant est obligé de pouvoir marquer des deux pieds et de la tête s'il veut être fort efficace dans le foot d'aujourd'hui. Un médian a régulièrement l'occasion de bien se placer face au ballon pour le négocier avec son meilleur pied. Pour un attaquant, ce n'est pas le cas: il faut souvent reprendre en un temps, sans réfléchir. S'il faut frapper du gauche, je le fais. Et pourtant, certains footballeurs parviennent encore à être des artistes en n'ayant qu'un seul pied. Je pense par exemple à Dejan Mitrovic: il n'a pas de pied droit, mais son gauche, comme on dit en Pologne, il pourrait s'en servir pour faire ses noeuds de cravate! On est généralement plus précis quand on n'a qu'un seul pied, mais encore faut-il que le ballon arrive bien.Quel a été votre plus beau but?Contre Westerlo, ici, en 99-2000. Une frappe des 25 mètres qui file dans la lucarne de Frans. Je retiens aussi un but marqué la même saison à Bruges. Martic centre de la gauche et je reprends de la tête, en pleine foulée, à 15 mètres du but de Verlinden. C'était un heading comme une frappe.Le goal le plus important?La saison dernière, à St-Trond, en demi-finales retour de la Coupe. Nous avions gagné 3-0 chez nous, mais nous avons trouvé en face de nous, là-bas, des joueurs qui avaient la bave aux lèvres. Ils ont vite marqué un premier but et nous étions vraiment sous pression. J'ai égalisé et nous avons tout de suite compris que la qualification était dans la poche. Les joueurs de St-Trond ont pris un terrible coup au moral et ils n'ont plus insisté.Le plus gag?A Alost, lors de ma première saison ici. Il y avait une boue incroyable devant les buts. En fin de match, Dugardein me fait une passe en retrait et je frappe. Le ballon va lentement dans le goal en collant à ce qu'il restait de gazon. A du 2 à l'heure, mais il est quand même entré.Le plus facile?Mon premier but dans le même match. De Vleeschauwer centre de la droite et je n'ai plus qu'à mettre le pied, à quelques centimètres de la ligne. Celui-là, personne ne l'aurait raté.Vous n'avez jamais marqué plus de deux buts dans un même match à enjeu avec Mouscron!J'avoue que la sensation procurée par un beau hat-trick me manque. Cela m'est déjà arrivé dans des matches amicaux, mais jamais en championnat. Si on tient compte des minutes jouées, vous n'êtes que le quatrième meilleur buteur de l'Excel...Jestrovic et Ban sont devant moi, mais ce sont de vrais finisseurs, des voleurs de buts. Mbo Mpenza est troisième et il a un jeu différent: il crée aussi, il se sacrifie pour l'équipe et, devant le but, il donnera le ballon neuf fois sur dix s'il voit qu'il a un partenaire mieux placé.Avec quels coéquipiers mouscronnois avez-vous eu la meilleure entente?Mpenza, Mitrovic et Martic. Parce que nous sentons le football de la même façon.Un attaquant ne prend-il pas peur après avoir assisté à une agression comme celle qui a touché Mbo à Overpelt?On n'a pas le temps de réfléchir quand on reçoit un ballon de but. Je n'ai pas peur, mais je suis par contre scandalisé. A Overpelt, ce n'était pas un accident de jeu mais une agression pure et simple. Le joueur ne s'est même pas excusé quand il a vu que Mbo restait au sol. Au contraire, il est retourné tout fier vers ses coéquipiers, comme s'il voulait leur dire: -Hé les gars, c'est moi qui ai cassé Mpenza!"Etre un peu tricheur, c'est mieux"Dans ce métier, c'est une petite qualité supplémentaire d'être un peu tricheur, de savoir bluffer. Parfois, j'essaye. Mais je n'agresse jamais physiquement. Cela se fait avec des mots et d'autres petits trucs que je garde pour moi. C'est de bonne guerre et, une fois le coup de sifflet final, on se serre la main et on se souhaite bonne chance: -Félicitations, ciao, à la prochaine.Dans quel système vous sentez-vous le mieux?Je préfère le 4-4-2 au 4-5-1. Quand je suis seul en pointe, toute l'attention de la défense centrale est concentrée sur moi. Ce fut par exemple le cas, tout récemment, à La Louvière. En première mi-temps, j'étais le seul attaquant et j'avais toujours deux hommes sur moi: Olivieri et Siquet. En deuxième mi-temps, Bakadal est venu m'épauler. La Louvière a fait reculer Arts et il y avait ainsi un défenseur supplémentaire, mais Olivieri devait veiller à recouper deux attaquants au lieu d'un seul et c'était beaucoup plus facile pour moi.Quel est le meilleur attaquant du championnat de Belgique?Sonck. Il a tout. Il marque du gauche, du droit et de la tête. Il sait frapper de loin et réussit des reprises acrobatiques. Il donne des passes décisives. Il s'entend bien avec son partenaire en attaque, que ce soit Dagano ou Vandenbergh. Et il réussit aussi en équipe nationale, dans des conditions tout à fait différentes.Si vous pouviez lui voler un aspect de son jeu?Ses envolées acrobatiques après avoir marqué... Je n'en veux pas aux joueurs exubérants. Certains ont besoin de se faire remarquer. Je ne suis pas comme ça: j'attends la fin du match pour manifester ma joie. Pierre Danvoye"Le meilleur, c'est Sonck""Mitrovic pourrait nouer ses cravates avec son gauche"