Le 12 décembre 2009. L'Excelsior Mouscron, qui aligne une majorité de jeunes, est battu 0-5 au Canonnier par Lokeren. Ce sera le dernier match officiel du matricule 224. Une semaine plus tôt, il avait poussé son chant du cygne en allant s'imposer, déjà avec ses jeunes et de façon tout à fait inattendue, à Roulers, mais l'atmosphère pesante allait avoir raison de la résistance des derniers combattants. Quelques semaines et quelques forfaits plus tard, la faillite était déclarée.
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Le 12 décembre 2009. L'Excelsior Mouscron, qui aligne une majorité de jeunes, est battu 0-5 au Canonnier par Lokeren. Ce sera le dernier match officiel du matricule 224. Une semaine plus tôt, il avait poussé son chant du cygne en allant s'imposer, déjà avec ses jeunes et de façon tout à fait inattendue, à Roulers, mais l'atmosphère pesante allait avoir raison de la résistance des derniers combattants. Quelques semaines et quelques forfaits plus tard, la faillite était déclarée. La première préoccupation est de préserver l'école des jeunes, car le Futurosport est florissant et commence à donner ses premiers fruits. " Le comité des jeunes s'est donc mis en action ", se souvient PhilippeSaint- Jean. " Pour l'équipe Première, le championnat allait de toute façon s'arrêter. Un peu comme l'Olympic cette saison. " PhilippeDufermont, l'ancien président, a injecté de l'argent. Le ministre AndréAntoine a également pris des initiatives. Et le club a eu la chance de pouvoir compter sur Jean- MariePhilips, alors CEO de l'Union belge. Si les équipes de jeunes terminent effectivement la saison, au bout du compte, les meilleurs d'entre eux s'en vont. Quant aux joueurs de l'équipe Première, libérés de leur contrat par la faillite de l'Excelsior, ils sont partis depuis longtemps. Et ce, au moment même où le passage du Futurosport vers l'équipe Première avait enfin été ouvert, comme en atteste la percée de DaanVanGijseghem, MaximeLestienne et GuillaumeFrançois. " Il est tout de même navrant de constater qu'il a fallu un entraîneur espagnol ( MiroslavDjukic, Serbe établi en Espagne depuis qu'il y a effectué sa carrière à La Corogne et à Valence) pour que les jeunes se voient offrir une chance ", regrette Saint-Jean. " Je suis persuadé que, des Van Gijseghem, des Lestienne ou des François, il y en avait déjà avant. Mais ils étaient constamment barrés par les transferts. " Avec la disparition du matricule 224, la crainte existait de voir l'équipe Première recommencer au plus bas échelon des Provinciales. Pour éviter ce cas de figure, il fallait trouver un club qui accepte de céder son matricule. Le Dr ClaudeVermeersch, président du RC Péruwelz, est venu à la rescousse : il a contacté Saint-Jean et un accord a rapidement été trouvé. Le RMP (Royal Mouscron Péruwelz) jouera sous le matricule 216. Problème : dans ce club du RC Péruwelz, il y avait deux homonymes répondant au nom de VincentMartin. Une confusion est née et une erreur administrative a été commise. Vincent Martin - mais lequel des deux ? - a été aligné alors que, selon l'Union belge, il n'était pas qualifié. 21 points ont été retirés et le RC Péruwelz, qui jouait la tête en D3, s'est retrouvé en Promotion. " Une catastrophe ", regrette Saint-Jean. " On était déjà en discussion avec Lille pour un éventuel partenariat. La D3, c'était déjà un échelon trop bas pour que le LOSC trouve le projet intéressant. Alors, la Promotion, imaginez-vous ! Je n'ai même pas osé annoncer à ces gens qu'on descendait... " Il a donc fallu recommencer à zéro. " Je n'avais plus un seul joueur ", se souvient Saint-Jean. " Tous les jeunes du Futurosport ont refusé de s'affilier au RMP et ont préféré partir dans des clubs de D1 : à Anderlecht, au Standard ou dans les clubs flandriens avoisinants. J'avais même promis à un jeune de 16 ans qu'il aurait eu sa place en Promotion, mais rien n'y fit. Cela ne l'intéressait pas. Le premier jeune à signer fut AlphaKane. Puis KarlBrandl. D'autres ont suivi au compte-gouttes. L'objectif que nous envisagions au départ était de former une équipe composée de nos meilleurs jeunes encadrés par les joueurs du RC Péruwelz. Mais la moitié de cette équipe a préféré opter pour les Géants Athois. On n'avait pas d'argent à leur proposer, seulement un projet. Heureusement, on a pu convaincre d'anciens joueurs formés au Futurosport, qui s'étaient exilés entre-temps mais qui, au fil de leurs pérégrinations, s'étaient rendus compte que l'herbe n'était pas plus verte ailleurs. 14 ou 15 d'entre eux ont accepté le projet, comme ChristophePréseaux ou MathijsBlancke. " Heureusement, Lille est revenu à la charge, tout en étant déçu de devoir commencer le projet aussi bas. Les premiers signes d'intérêt du LOSC remontent déjà à plusieurs années, lorsque des recruteurs étaient venus au Futurosport voir un match de jeunes entre Mouscron et Anderlecht - essentiellement pour voir à l'£uvre RomeluLukaku et NathanKabasele - et étaient tombés sous le charme des installations. A l'époque déjà, Lille envisageait de placer ses meilleurs jeunes à l'Excelsior plutôt qu'en CFA, dont le niveau était jugé trop faible, mais l'ancienne direction mouscronnoise a refusé. Saint-Jean, lui, était favorable à ce partenariat. " On a tout à y gagner ", estime-t-il. " Du côté de Lille, il y a le savoir-faire : le LOSC démontre tous les jours que sa formation, et peut-être surtout sa post-formation, est magnifique. Si le LOSC a été champion de France, ce n'est pas grâce à des achats réalisés avec espèces sonnantes et trébuchantes, mais grâce à une bonne détection et à un bon travail de formation. De notre côté, on peut leur apporter un palier plus proche de la Ligue 1 que la CFA. A condition de continuer à grandir. La D2 belge, ce serait l'échelon limite. L'idéal, pour eux, serait la D1 belge. "Futurosport et Luchin, distants de 30 kilomètres à peine, peuvent-ils être complémentaires plutôt que rivaux ? " Tout à fait ", estime Saint-Jean. " Luchin, c'est l'université. Futurosport, c'est l'école normale. On ne forme pas des joueurs pour la même catégorie. Luchin compte 60 ou 70 joueurs, c'est très élitiste. Futurosport compte 400 jeunes, on veut faire de l'élitisme dans du social. Il y a 13 terrains au Futurosport, ils doivent servir à tout le monde. Au-delà du Futurosport, il y a aussi l'école des sports, où l'on accueille tous les jeunes de la région, même ceux affiliés dans d'autres clubs, et où il y a aussi la section sponsorisée par l'Union belge. Une école multisports, qui ne concerne pas uniquement le football, même si les footballeurs à eux seuls se comptent à 150 jeunes. "Saint-Jean ne nourrit pas la crainte d'aligner, un jour, dix joueurs français prêtés par le LOSC. " Lille est d'accord d'aligner également des jeunes du Futurosport, à condition qu'ils aient le niveau. " Le premier joueur " lillois " à porter la vareuse du RMP fut CédricBétrémieux (ex-Courtrai et Roulers), la saison dernière en Promotion. Alors qu'il avait trois ans de contrat, il a cependant quitté le club l'été dernier pour rejoindre Fréjus, en National. La saison 2010-2011 a vu la promotion du RMP de Promotion en D3 dans une série difficile, composée de bonnes équipes comme Ypres (très en verve en début de saison) et comme les Géants Athois. Mais la montée n'a pas été acquise sans mal. " Sur 50 matches disputés, on en a perdu quatre sur le score de 1-0 ", se souvient Saint-Jean. " Dont un en match amical contre Heppignies, une D3, et trois en championnat contre Tamines, Ypres et Ath. Il nous a manqué un point pour monter directement. Le RMP a donc été contraint de disputer un tour final toujours aléatoire dont il a émergé grâce à des succès contre Sprimont, Ternat et Petegem. "Voilà donc le RMP en D3. " Une chance énorme ", estime Saint-Jean. " Si l'on était resté une deuxième saison en Promotion, je pense que tout aurait été terminé avec Lille. On aurait continué à végéter en Promotion, avec pour objectif maximum de rejoindre un jour la D3, rien de plus. " Cette montée en D3 a déjà permis d'attirer des joueurs supplémentaires, comme StijnMeert (ex-Zulte Waregem), OlivierGuilmot (ex-La Louvière) et VincentProvoost (ex-Courtrai). Sans parler de StéphanePichot (250 matches de Ligue 1 et 150 de Ligue 2), arrivé grâce à la collaboration avec le LOSC (où il a joué pendant quatre ans). " On n'a pas les moyens, à Mouscron, de vivre une aventure professionnelle sans aide extérieure ", poursuit Saint-Jean. " Pour être pro, il faut un budget de six millions, et le tissu économique est trop restreint dans la région pour l'atteindre. C'est le LOSC qui doit nous permettre de viser plus haut. " Le vendredi 4 novembre, la collaboration entre le LOSC et le RMP a été officialisée lors d'une conférence de presse dans l'espace business du Canonnier. Le Business Club 216 compte 62 membres, qui paient une cotisation annuelle de 1.450 euros. Tous les mois, de nouveaux membres s'ajoutent, parce que les gens invités se découvrent des affinités. La plupart des entreprises qui avaient un panneau en D1 ont, à 70 %, reconduit leur partenariat. " Pas au prix de la D1, évidemment ", précise le directeur général du RMP, PhilippeCorselis. " De nouveaux partenaires se sont ajoutés. On a réinvesti dans des rotors pour avoir de l'espace supplémentaire. On a ré-ouvert nos loges cette année. Contre Ath, en fin de saison dernière, on a servi 330 repas. C'est un record. Pour un match normal, on tourne entre 35 et 80 repas. " Au niveau des supporters aussi, Mouscron revit. " Lors du premier match à domicile en Promotion, il y avait 250 ou 300 spectateurs ", se souvient Corselis. " Les gens étaient encore très attentistes : ils voulaient d'abord voir à quoi ressemblerait notre projet. A partir de janvier, les résultats aidant, le public a commencé à revenir. Pour atteindre une pointe à 7.000 personnes lors du match de l'avant-dernière journée, contre Ath. Les supporters suivent en déplacement également. Alors que lors des dernières saisons en D1, on parvenait à peine à remplir un car, ils étaient 2.000 lors du déplacement à Ath la saison dernière en Promotion, et 400 cette saison pour un match de Coupe de Belgique, un mercredi soir au Beerschot. Les dirigeants n'en revenaient pas. Le RMP est parvenu à attirer une nouvelle clientèle : on trouve beaucoup de jeunes, qui ont rejoint quelques supporters de longue date de l'Excelsior. Je pense qu'il y a plusieurs explications à ce nouvel engouement. Les bons résultats, évidemment mais aussi le prix des places, que l'on a voulu démocratique : cinq euros la saison dernière en Promotion et six euros cette saison en D3, alors que la plupart des autres clubs de la série en demandent 10 ou 12 euros. On est aussi à l'écoute des supporters, ce que l'on avait peut-être négligé par le passé. S'ils nous demandent un local, on en met un à leur disposition. S'ils nous demandent une estrade pour leur capo qui dirige les chants, on en construit une. Ils se sentent chez eux. On fournit des efforts et ils nous le rendent bien : ils mettent l'ambiance et viennent de plus en plus nombreux. On dénombre, désormais, 600 abonnés et on va lancer, dès maintenant, des mini-abonnements pour le deuxième tour du championnat. On retrouve l'ambiance qui était présente, non pas en D1, mais lors des montées de D3 en D2 et de D2 en D1. Cet esprit s'était progressivement perdu en D1, parce que c'était une autre clientèle. Elle était en partie constituée de gens qui venaient pour les affiches mais qui, peut-être, vont revenir également. " Mouscron revit donc un peu le même phénomène que Malines après la faillite, avec un public plus jeune et plus nombreux qu'à l'époque où le KaVé remportait une finale de Coupe des Coupes contre l'Ajax. " La plus belle surprise qui nous a été réservée l'an passé, c'est la réponse du public ", reconnaît Saint-Jean. Quelque part, la descente aurait donc été une bonne chose, pour repartir sur des bases saines ? " Non, pas du tout ", s'insurge Saint-Jean. " Si l'on avait fait entrer le LOSC à l'Excelsior au moment où il l'aurait fallu, on jouerait peut-être actuellement en Europe avec nos jeunes. Le club était endetté, mais une dette, cela peut se résorber, à condition de vendre et de former. "D'anciennes idées sont donc finalement appliquées. Celle d'un club représentant la Wallonie picarde avait été évoquée par l'avocat EdwardVanDaele, ancien président de l'Excelsior. Elle trouve son aboutissement dans une fusion, non pas avec Tournai et Ath, mais avec Péruwelz. Quant à celle d'un club transfrontalier, elle avait été évoquée dès le début par l'ancien bourgmestre et lui aussi ancien président de l'Excelsior, Jean- PierreDetremmerie. Elle est concrétisée par ce partenariat avec Lille. Et maintenant ? " Le professionnalisme, que ce soit en D1 ou en D2, c'est encore loin ", avertit Saint-Jean. " Lorsque le RMP a été créé en 2010, on s'était fixé cinq ans pour retrouver la D2. On est seulement dans la deuxième année. Si cela peut aller plus vite, ce serait tout bénéfice. Pour l'instant, le but est de progresser. On verra où cela nous mènera. On veut aller le plus haut possible. La D3, c'est difficile. La D2, encore plus. Par contre, la D1, ce serait plus facile. Pour tout : pour attirer des sponsors, des joueurs, du public. Lorsqu'on arrive en D1, 90 % du boulot est terminé. Je sais déjà que des anciens seraient prêts à revenir, mais actuellement, leur salaire équivaut encore à celui de l'entièreté de l'équipe. On n'a jamais complètement réalisé la liaison entre Futurosport et un club pro. Le but ultime, c'est d'y parvenir. Si l'on peut construire un club de Wallonie picarde, sans annexer - car Tournai doit rester Tournai et Ath doit rester Ath - mais avec une collaboration, j'y suis favorable. "PAR DANIEL DEVOS - PHOTOS : IMAGEGLOBE/ BRUNO FAHY" En 2010, je n'ai pas osé annoncer aux gens de Lille que le RMP descendait en Promotion. " (Philippe Saint-Jean)