Le froid attaque et les doudounes sont de sortie, comme depuis déjà quelques temps. Dans les tribunes, pas grand monde. Nous sommes mardi soir, Mouscron va affronter Charleroi en Coupe de Belgique. Un " derby " hennuyer qui ne passionne pas, la faute probablement au calendrier qui veut que les matchs de Crocky Cup se jouent en semaine. " Ce n'est pas le meilleur match pour voir de quoi sont capables les supporters de Mouscron ", nous avait prévenu Gauthier Facon, le responsable commercial du club.
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Le froid attaque et les doudounes sont de sortie, comme depuis déjà quelques temps. Dans les tribunes, pas grand monde. Nous sommes mardi soir, Mouscron va affronter Charleroi en Coupe de Belgique. Un " derby " hennuyer qui ne passionne pas, la faute probablement au calendrier qui veut que les matchs de Crocky Cup se jouent en semaine. " Ce n'est pas le meilleur match pour voir de quoi sont capables les supporters de Mouscron ", nous avait prévenu Gauthier Facon, le responsable commercial du club. Pourtant, dans le kop hurlu, un peu dégarni, c'est vrai, il y a de la motivation. Celle de réchauffer le Canonnier, de le faire vivre, de l'animer durant 90 minutes, voire plus si affinités. L'équipe de Mircea Rednic est à la peine depuis un paquet de semaines mais peu importe, les encouragements restent. L'Excel se porte tout de même bien mieux qu'il y a un an, quand la lutte pour le maintien rythmait la vie du club. Alors que les 22 acteurs montent sur la pelouse, l'un des kapos du soir lance les débats depuis le perchoir de la tribune. En face, un contingent impressionnant de supporters des Zèbres est venu soutenir le Sporting. Il y aura aussi une bataille vocale ce soir. Disproportionnée, certes, mais bien réelle. Quelques drapeaux avec la mention Partout, toujours sont également de sortie pour montrer que la tribune est bien vivante. Des étendards qui marquent la résurrection de supporters, qui s'étaient un peu fait oublier ces dernières années. 20 août 2016, 1500 spectateurs assistent à la première victoire de la saison de Mouscron à domicile. 15 jours plus tôt, face à Charleroi, on recensait le même nombre de spectateurs. Le 26 avril de la même saison - en play-offs 2 - ils sont 1148 pour voir les leurs partager contre Lokeren. Ce sera la plus faible assistance de la saison. Au bout de l'exercice 2016-2017, le bilan n'est pas glorieux, Mouscron pointe à la dernière place de ce classement. Au total, un peu plus de 50 000 personnes se sont " pressées " au Canonnier pour vivre de visu la saison difficile de l'Excel. La moyenne par match ? 3337 spectateurs. Le taux de remplissage de l'enceinte est également le plus faible, avec à peine 31 %. Quand on regarde dans le rétro, on est évidement très loin des standards qui faisaient du Canonnier un stade chaleureux. En 2003, Mouscron avait attiré en moyenne 8200 spectateurs lors de ses rencontres à domicile. De quoi faire rêver l'actuelle direction. Et jusqu'en 2009, on dépassait régulièrement les 5500 spectateurs de moyenne. Cette saison, fin novembre, la moyenne de spectateurs au Canonnier a explosé : 6168 ! En 8 matchs à domicile, les Hurlus ont attiré pratiquement autant de monde que sur l'ensemble de la défunte saison. " Les résultats n'y sont pas étrangers " mais on a fait aussi un gros boulot marketing autour des abonnés ", dévoile Gauthier Facon. " La saison passée, on en comptait 1100. Cette année, ils sont 2300 ! " C'est finalement le résultat d'un travail de longue haleine pour redynamiser le club qui paye. " Cela fait 2 ans et demi qu'on essaye de se rapprocher de nos supporters ", poursuit-il. " On sait que sans eux, il n'y a pas de club. On veut qu'ils se sentent concernés. On les a impliqués dans le choix du nouveau logo, du slogan. A côté, on adopte aussi une stratégie ponctuelle pour amener du monde au stade avec, par exemple, des ristournes si un abonné vient avec un supporter non-abonné. " Signe de ce renouveau : la création de nouveaux clubs de supporters, composés majoritairement de jeunes fans. Des supporters qui, pour la plupart, n'ont pas véritablement connu les heures de gloire de feu l'Excelsior. " Ils tiennent le même discours que les plus anciens ", lance Brigitte, des Tavernières. Deux nouveaux groupes sont ainsi en attente de validation. " Il ne leur manque que la cotisation et la signature de la charte ", explique Francis Nenin, le secrétaire de l'Union des Rouges, l'association faîtière des clubs de supporters hurlus. Une cotisation que les plus anciens d'autres groupes de supporters n'hésitent parfois pas à avancer pour accélérer le processus de validation. " Cela montre la solidarité qui existe entre nous. " D'autres raisons expliquent ce regain d'intérêt du public autour de son blason. " Je remarque que le discours dans la presse est différent. Mouscron est à nouveau traité en des termes positifs ", sourit Francis. L'arrivée de Mircea Rednic est épinglée par d'autres. " Avec d'autres joueurs, ils ont mis les mercenaires dehors ", affirment-ils. " Désormais, on voit que les joueurs s'amusent entre eux. L'an dernier, ils avaient l'air de s'emmerder sur le terrain ", juge Olivier, des Cracks. " Le noyau forme un vrai groupe car, les années précédentes, il y avait des clans ", ajoute Stéphane, des Red Boys. " En outre, il n'y a jamais eu autant de Belges que maintenant avec notamment cinq ou six jeunes issus du Futurosport qui sont bien intégrés. On compte six internationaux dont deux U21. " " Il y a un esprit qui est retrouvé. Même si on perd, les joueurs se donnent, mouillent le maillot et ça, c'est le minimum que les supporters attendent d'eux. On peut clairement dire qu'il y a eu un bouleversement total et qu'il n'y a plus aucune comparaison possible avec ce qui se passait l'an passé ", poursuit Sandrine, du même groupe. La confiance dans la direction est également bien plus importante que lors des précédents exercices. " Le fait que le club veuille demander la licence européenne est un signal fort pour nous ", s'enthousiasme Olivier. " De plus, le nouveau président est issu du tissu économique mouscronnois. Il est connu et apprécié des gens. C'est quelqu'un d'ouvert, d'accessible, de chaleureux. Il peut autant venir boire des bières dans le kop qu'aller en VIP. Il est vraiment proche du public. C'est un peu le Marc Coucke francophone (rire). " " On a des recruteurs qui s'y connaissent maintenant ", estime Fabrice, des Cleugnottes. " Il n'y a qu'à voir un joueur comme Fejsal Mulic l'an dernier. C'était quoi ça ? ", rigole Jean-Charles, des Cracks. " On prenait les paris sur le temps qu'il resterait sur le terrain. Il a pris plusieurs rouges. Ce gars avait plus sa place sur un ring que sur un terrain de foot. " Même le départ de Dino Arslanagic, après coup, est vu positivement. " Au départ, son transfert à l'Antwerp nous a fait mal ", reconnaît Bernard, des Cracks. " C'est un bon joueur, donc on était triste. Surtout qu'il était le capitaine et représentait le futur du club. Psychologiquement, c'était dur. Mais il ne croyait pas dans l'équipe et n'hésitait pas à le dire. Donc ce n'est pas plus mal qu'il soit parti. " Les supporters s'entendent également pour dire que le dernier match de la phase classique l'an dernier a servi de déclic au revival mouscronnois. " Pour ce déplacement, il y avait plus de 3 000 Mouscronnois. Du jamais vu ! Les gens avaient peur de la chute en D2 et se sont dit que c'était maintenant ou jamais pour soutenir l'Excel ", lancent-ils en choeur. Cette année, c'est le match contre Gand qui a positivement marqué les esprits. " Ce soir-là, alors qu'on était mené 0-2 à la mi-temps, nous avons fini par l'emporter 3-2. Là, on s'est dit que l'équipe était capable de grandes choses ", clament-ils. Le soutien apporté fut déterminant et Logan Bailly l'avait bien compris. " Il est venu nous remercier après le match. " Cela symbolise parfaitement la nouvelle relation qui existe également entre joueurs et supporters. " Une vraie symbiose ", nous affirment les supporters. " Les joueurs ont le retour des supporters et donc ils sont beaucoup plus motivés. " Avec le coach roumain aussi, le courant passe très bien. " Il avait effectué un pas de danse à l'occasion de cette victoire. Depuis, après chaque victoire, il le refait. C'est devenu une tradition. Bon, par contre, c'est vrai qu'on n'a plus trop eu la possibilité de le voir ces derniers temps... ", sourit Jean-Charles. " Désormais, venir au stade est redevenu un plaisir. Et, même dans les mauvais moments, on a envie d'être là ", glissent-ils avec passion. Pour eux, ils s'en rendent compte tous les jours, l'engouement autour de l'Excel Mouscron est revenu au coeur même de la ville hennuyère. " Aujourd'hui, dans les cafés, on reparle de l'Excel, de ses résultats. Avant, c'était presque honteux d'être supporter du club. " Voire même d'habiter Mouscron à entendre certains. Ce qui n'est plus le cas cette année visiblement. " Il y a de nouveau un vrai sentiment d'appartenance à la ville de Mouscron. On est fier d'où on vit. " Mircea Rednic n'y est pas étranger non plus. " Il fait vivre les établissements de la ville ", rigolent les supporters. Ils savent également qu'avant de revivre les heures glorieuses de l'époque Detremmerie, il y a encore du pain sur la planche. " Beaucoup de supporters n'ont pas digéré la faillite de l'Excelsior, le changement de nom, etc... ", reconnaît Franck. " L'engouement est de retour avant qu'on fasse des résultats et l'ambiance est meilleure. Il faut continuer sur cette voie, regarder vers l'avenir. "