Michael Klukowski. Défenseurà la double nationalité canadienne et polonaise. 21 ans. Un look d'acteur. Un nom de hockeyeur sur glace. Inconnu au bataillon du football belge il y a six mois. Titulaire lors des 17 matches de La Louvière au premier tour. Révélation de son équipe. Parfait trilingue polonais-anglais-français. Bref, un cas à part.
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Michael Klukowski. Défenseurà la double nationalité canadienne et polonaise. 21 ans. Un look d'acteur. Un nom de hockeyeur sur glace. Inconnu au bataillon du football belge il y a six mois. Titulaire lors des 17 matches de La Louvière au premier tour. Révélation de son équipe. Parfait trilingue polonais-anglais-français. Bref, un cas à part. Il faisait partie, l'été dernier, de la cargaison d'inconnus ayant débarqué chez les Loups. Aujourd'hui, il est incontournable et proche d'une première sélection en équipe du Canada. Michael Klukowski: "J'ai passé une semaine au Canada pendant la trêve. J'avais hâte de revoir mes parents. Mais, contrairement à mon programme habituel, je suis resté sagement à la maison. En général, dès que je rentre au pays, je cherche à revoir tous les copains que j'ai abandonnés à l'âge de 17 ans, quand j'ai tenté l'aventure en Europe. Cette fois, je me suis volontairement isolé avec ma famille et je me suis beaucoup reposé. Je ne me sentais pas particulièrement fatigué, mais je craignais un contrecoup physique pendant le deuxième tour. Je ne suis professionnel que depuis l'été passé, mais j'ai joué énormément de matches et il ne serait pas illogique que je craque tôt ou tard. En me ménageant une grande plage de repos, je limitais les risques. Je ne me suis jamais senti aussi affûté qu'aujourd'hui et je veux que cet état de grâce se prolonge. La principale explication, c'est sans aucun doute le programme qu'on nous a imposé pendant la préparation estivale. Que ce soit à Dijon, à Tourcoing ou à Lille, on allait régulièrement courir entre 10 et 20 km au bois. Avec Lille, c'était même tous les jours, pendant un mois. Depuis que je suis en Belgique, je n'ai pas encore vu la forêt... On travaille l'endurance, mais on met surtout l'accent sur l'explosivité et c'est justement la qualité qui me manquait. L'autre grande différence, c'est qu'on travaille presque en permanence avec ballon. Entre deux exercices physiques poussés, on nous donne un cuir pour nous rappeler que nous sommes des footballeurs et pas des marathoniens. Même les décrassages se font avec la balle. J'ai fait beaucoup de course à pied quand j'étais gamin, du 1.500 mètres et beaucoup de cross-country. J'étais affilié dans un club des environs de Toronto qui était un des meilleurs du pays. J'ai commencé par les compétitions régionales, puis je suis passé au niveau provincial, et enfin au national. Je n'aimais pas courir... mais je gagnais et c'est pour cela que je continuais. Je pense que j'aurais pu avoir un avenir en athlétisme. A 12 ans, j'ai tout stoppé parce que je voulais me consacrer à fond au football. J'étais bon en basket aussi, mais j'étais sceptique sur mes chances de faire carrière dans ce sport. Je me disais qu'il y avait 300 professionnels en NBA et que, pour les autres, les pays où on pouvait devenir professionnel et bien gagner sa vie étaient peu nombreux. Par contre, on a de plus grandes chances de faire du foot son gagne-pain. Si on a le même niveau de performance en basket et en football, c'est plus facile de s'imposer en foot parce qu'il y a davantage de places à prendre".L'Autriche et la France le snobent "Bien que né en Autriche, je n'ai pu obtenir la nationalité autrichienne. Mon statut d'extra-communautaire m'a pénalisé pendant mes années en France. Ma carrière aurait peut-être démarré plus vite si j'avais eu une carte d'identité de l'Union. J'ai souffert lors de mes premiers mois en France. J'avais tout plaqué au Canada à 17 ans: ma famille, mon cadre de vie, mes habitudes. Je me suis retrouvé pendant un an dans une chambre d'hôtel à Dijon. Au début, je ne parlais pas un mot de français. J'ai terminé mes humanités par correspondance. J'étudiais la journée et je m'entraînais le soir. Plusieurs fois, j'ai eu envie de faire ma valise et de rentrer au pays. Après ma saison à Dijon, je me suis retrouvé sans club: nous avions mené tout le championnat et il nous suffisait d'un nul, lors du dernier match, pour monter en National. Nous avons perdu 7-2, il y a eu des suspicions, tout le staff technique a été viré et beaucoup de joueurs ont dû partir. Je n'avais plus rien. Je suis rentré au Canada pour les vacances, et j'ai regagné l'Europe au début de l'été. Lille m'a testé et approuvé, mais envoyé à Tourcoing, qui était son équipe satellite. Si on ne m'avait rien proposé de concret à ce moment-là, je ne serais plus en Europe aujourd'hui. Je me serais lancé dans des études universitaires aux Etats-Unis. Dans certaines universités, là-bas, une année coûte 25.000 dollars. Mais, si vous êtes bon en basket, en soccer ou dans un autre sport de pointe, on vous paye tout. J'aurais pu profiter du système". J'ai connu trois clubs en France mais je n'y ai jamais trouvé la même chaleur qu'à La Louvière. Apparemment, il faut du temps pour se faire accepter et apprécier auprès des Français. Ici, on m'a directement adopté en venant vers moi. La Louvière m'a repéré par hasard. Des gens du club s'étaient déplacés à Lille pour visionner d'autres joueurs. Nous disputions et dominions le championnat de CFA. Finalement, c'est moi qui ai été retenu, avec Mehdi Guerrouad. Il faut de la chance et croiser les bonnes personnes au bon moment pour avoir une chance de percer dans ce milieu". Le Canada le découvre et l'appelle "Malgré plusieurs appels du pied de la Pologne, j'ai choisi de viser une carrière internationale avec le Canada. Récemment, j'ai reçu une première consécration: le coach de l'équipe A m'a convoqué pour le match de samedi dernier contre les Etats-Unis. Au même moment que notre reprise en championnat à Bruges, malheureusement. Quand j'ai eu le sélectionneur au téléphone, je lui ai demandé un délai de réflexion. Je savais que ce serait difficile pour moi d'accepter, vu que je suis titulaire à part entière dans mon club. J'ai finalement annoncé au coach national que je souhaitais rester en Belgique. Il a bien compris ma décision. C'est un crève-coeur, mais je me dis que le plus dur a peut-être été fait: je suis sur la liste des sélectionnables en puissance. Le Canada disputera bientôt des matches amicaux en Europe et en Afrique: il sera peut-être plus facile de faire mes débuts internationaux à ce moment-là. Ariel Jacobs est d'accord avec moi: pour le moment, il est important que je sois à la disposition de mon club. Je connais pas mal d'exemples de joueurs qui ont gâché leur carrière en Europe pour avoir accepté toutes les convocations en équipe du Canada. Ils traversaient l'Atlantique tous les deux mois et finissaient par être oubliés dans leur club. Ces gars-là jouent aujourd'hui au pays avec les amateurs: ça me fait réfléchir. Quand j'ai signé mon contrat à La Louvière, je visais une place sur le banc et quelques montées au jeu durant la première saison. Mais, dès les matches amicaux de l'été, je me suis senti comme un poisson dans l'eau, dans cette équipe. Je suis entouré de joueurs expérimentés en défense: Georges Arts, Domenico Olivieri, Thierry Siquet, Didier Ernst. Leur présence a certainement facilité mon intégration. Ils n'arrêtent pas de me conseiller, de m'indiquer le meilleur placement. Je n'ai vraiment souffert que dans deux matches: contre l'Antwerp à cause d' Ibrehima Yattara et contre Anderlecht avec Aruna Dindane. Pour un défenseur, ce sont des poisons, vu leur vivacité et leur technique. On peut se permettre d'avoir un mètre de retard sur un gars costaud, mais pas contres des flèches pareilles. J'ai commencé le championnat comme arrière central puis je suis devenu back gauche. Jouer dans l'axe est plus facile pour deux raisons: on doit moins courir et on affronte le plus souvent un attaquant qui est dos au but. Si on a un bon timing et un jeu de tête valable, on peut s'imposer assez facilement à cette place-là. Quand on joue sur un flanc, on se retrouve face à face avec un adversaire en pleine course: c'est plus délicat. Par contre, le défenseur latéral a aussi certains avantages sur l'arrière central: comme il y a constamment du mouvement dans sa zone, il entre plus facilement dans le match. Il est sollicité dès la première minute et cela lui permet de prendre très vite ses marques. Alors que l'arrière central privé de ballons pendant les premiers instants d'un match risque de ne pas savoir s'installer au coeur des événements et de rater toute sa partie".La Belgique l'adopte définitivement "En six mois à La Louvière, j'ai appris plus de choses, sur le plan tactique, que pendant mes quatre années dans les divisions inférieures en France. Le championnat de Belgique doit être un modèle car il y a presque autant de systèmes que d'équipes. J'ai déjà affronté toutes les dispositions et tous les styles d'attaquant. Ce n'est pas facile pour un nouveau venu. Je ne connaissais rien de cette compétition et j'ai fait des découvertes chaque week-end. Mes seuls points de repère pour le match à venir, c'étaient les articles de presse, les images de la télé et les consignes d'Ariel Jacobs. Mais tout cela ne représente rien à côté de la réalité d'un match. Il faut être en face d'un attaquant pour enfin bien le connaître. Je devrais être plus à l'aise au deuxième tour parce que j'en sais déjà beaucoup plus qu'en début de saison.J'ai parfois éprouvé de grosses difficultés quand on passait d'une défense à cinq à une ligne arrière à quatre, et vice-versa. C'était déstabilisant parce que je n'ai connu qu'un système en France: le 4-4-2. Mais notre résultat d'ensemble est excellent: nous avons une des meilleures défenses du championnat. J'ai trouvé mes marques: j'ai appris que, quelle que soit notre disposition tactique, il doit toujours subsister trois hommes derrière. C'est une des constantes de notre jeu défensif. Je l'ai assimilée mais j'avoue que je suis parfois frustré de ne pas pouvoir participer plus souvent à notre jeu offensif.J'ai marqué mon premier but belge contre le GBA. Je m'en souviendrai toute ma vie. On était dans les arrêts de jeu et nous étions menés 0-1. J'anticipe une passe dans l'axe, j'avance un peu et je place une frappe croisée à 25 mètres. Ma frappe de balle a toujours été un de mes principaux points forts. Au Canada, à Dijon et à Tourcoing, je donnais la majorité des corners et des coups francs. A Lille, on ne m'en a plus laissé l'occasion car les professionnels qui redescendaient en Réserve s'offraient tous les beaux coups francs. Quand je suis arrivé ici, je me suis mis en tête de montrer à l'entraîneur que mon coup de patte pouvait faire mal. Je n'ai raté que quelques minutes du premier tour: l'entraîneur m'a remplacé à Genk, quand nous étions menés 1-0, pour faire monter un attaquant supplémentaire. Malgré ma présence quasi permanente dans l'équipe, je n'ai pris qu'une seule carte jaune: à Mons, j'ai été obligé de stopper Jean-Pierre La Placa qui avait profité d'une mauvaise relance pour filer vers notre but. En France, je n'ai pris que deux ou trois fois du jaune en quatre saisons. Et jamais de rouge. Je ne m'en prends jamais aux arbitres: c'est une règle d'or. Ils connaissent les récidivistes et ne les épargnent pas; mais ils savent aussi qui sont les joueurs fair-play et évitent de les punir. Pour la même faute, un habitué des cartons se fera exclure alors qu'un joueur bien vu des arbitres ne prendra peut-être même pas une carte jaune. Après une intervention fautive, je m'excuse auprès de mon adversaire ou je regagne directement ma place, sans rien dire. Lever les bras au ciel pour essayer de faire croire qu'on n'a rien fait de mal, c'est la plus mauvaise méthode". Pierre Danvoye"Je ne m'en prends jamais aux arbitres. C'est une règle d'or"