Le Standard est en tête et pourtant cela ne cesse de s'agiter en coulisses. Au centre des conversations : l'avenir du club. Car, devant le silence présidentiel, personne ne sait ce que va devenir le club et quels sont les projets de Roland Duchâtelet. Car, d'un côté, le propriétaire du Standard a annoncé en juin vouloir vendre mais d'un autre côté, toutes ses décisions et ses actes ne sont pas ceux d'un homme amené à quitter le navire en fin d'exercice. Sport/Foot Magazine a décrypté les agissements de l'homme fort de Sclessin.
...

Le Standard est en tête et pourtant cela ne cesse de s'agiter en coulisses. Au centre des conversations : l'avenir du club. Car, devant le silence présidentiel, personne ne sait ce que va devenir le club et quels sont les projets de Roland Duchâtelet. Car, d'un côté, le propriétaire du Standard a annoncé en juin vouloir vendre mais d'un autre côté, toutes ses décisions et ses actes ne sont pas ceux d'un homme amené à quitter le navire en fin d'exercice. Sport/Foot Magazine a décrypté les agissements de l'homme fort de Sclessin. Ce qui instille le doute, outre la personnalité de Duchâtelet, peu habitué à abandonner un investissement sur un échec, c'est la succession de rachats de clubs étrangers et la mise en place d'un réseau au centre duquel semble graviter le Standard de Liège. En choisissant Carl Zeiss Jena (Regionalliga Nordost - D4 allemande), Alcorcon (D2 espagnole), et Charlton Athletic (Premiership anglaise - l'équivalent de notre D2), Roland Duchâtelet a choisi des clubs accessibles financièrement, dans des championnats très attractifs et dont la situation géographique peut vite devenir un atout. Alcorcon est situé dans la banlieue madrilène et Charlton dans celle de Londres. Avec Saint-Trond et le club hongrois d'Ujpest, Duchâtelet a mis au point un réseau susceptible de permettre aux joueurs de se développer avant d'exploser au Standard et d'atteindre un niveau exploitable sur le plan financier. Reste vraiment à savoir si ce réseau a pour but de développer le Standard. Si tel est le cas, alors ce projet ingénieux et visionnaire ne peut s'exprimer que sur le long terme. Il ne peut cadrer avec la volonté présidentielle, plusieurs fois exprimée, de revente du Standard. Or, soit Duchâtelet ne veut pas vraiment vendre, soit il le veut et son projet ne tient pas la route. A moins que ce réseau ne serve pas les intérêts du Standard. Car qui nous dit que le Standard occupe la pointe de ce réseau, actuellement pyramidal puisque chaque entité évolue dans des divisions diverses et complémentaires ? Et si Charlton, club historique de Londres, qui a déjà évolué dans la lucrative Premier League et qui touche 5 millions de livres de droits télés alors qu'il n'occupe que la 18e place de 2e division, n'était destiné, à terme, à occuper le sommet de la pyramide ? Si le club arrive à rejoindre l'élite anglaise, son budget, sa visibilité et ses ambitions dépasseront celles du club liégeois, limitées par l'étroitesse et la faiblesse du championnat de Belgique. Duchâtelet a toujours prôné la Beneleague, de manière à augmenter les rentrées financières. Or, personne ne le suit en Belgique. Le format anglais répond davantage à ses aspirations. Son réseau ressemble d'ailleurs à s'y méprendre à celui de Chelsea ou plus encore à celui de la famille italienne Pozzo, propriétaire de l'Udinese et qui utilise Watford (Championship comme Charlton mais qui a joué la montée la saison passée) pour aguerrir ses promesses ou faire progresser ses excédentaires. Mais faire monter Charlton et lui donner les armes pour se défendre en Premier League coûtera beaucoup d'argent à Roland Duchâtelet. Davantage que le laisser en 2e division et l'alimenter de joueurs venus du Standard. Jusqu'à présent, Duchâtelet se montre peu loquace sur le sujet. Il a refusé plusieurs interviews de médias anglais et fait de même avec la presse belge. Nous l'avons contacté à ce sujet. Il a juste dit : " Pour moi, ce n'est pas une pyramide mais un ensemble de clubs qui coopèrent entre eux et même si l'ambition de chaque club doit être d'avancer autant que possible en s'appuyant sur les autres clubs du réseau, je dois avouer que c'est idéal d'avoir actuellement des clubs à différents niveaux. " Tout porte à croire que Duchâtelet conserve les stigmates des événements de l'été. Dès le mois de juillet, sa compagne lui a demandé de se débarrasser du Standard et il a alors établi un calendrier pour le processus de vente. D'après celui-ci, on devrait se trouver " dans la phase de la sélection des acquéreurs et de la présentation de ceux-ci aux sponsors, employés et abonnés. " Soit dans une phase cruciale de finalisation. Rien ne filtre et pourtant, la reprise du club suit son cours. " Le calendrier est respecté ", confirme Duchâtelet. " Sauf en ce qui concerne la dernière partie (NDLR : présentation des acquéreurs aux sponsors, abonnés et employés). Les acquéreurs potentiels doivent suivre le processus établi. En aucun cas, ils ne pourront faire une offre sans suivre ce processus. Mais je ne communiquerai pas plus sur le sujet. " En résumé, un acquéreur potentiel doit se faire d'abord connaître auprès de Duchâtelet avant d'émettre une offre. Nous avons joint la banque Rothschild, qui gère le dossier de reprise et qui, surprise par notre appel, a répondu de manière très froide à nos questions. Que faut-il faire quand on veut reprendre le Standard ? " Il faut d'abord rentrer en contact avec nous, récupérer de l'information et remettre une offre indicative dans les prochaines semaines ", explique Fabian Lenoir. La banque Rothschild ne nous le confirmera pas mais elle a bien transmis des plaquettes de présentation (Information memorandum) à plusieurs personnes intéressées par le club. Duchâtelet a demandé que les offres soient remises pour le 15 février. Il ne devrait cependant pas en recevoir beaucoup. Mais au moins deux acquéreurs potentiels vont remettre une offre. L'une d'elles émane de fonds étrangers, représentés par un intermédiaire belge, et dans laquelle apparaît Pierre François, sondé par cet intermédiaire pour reprendre le poste de directeur général si l'offre devait être acceptée par Duchâtelet. " Je refuse de confirmer et je ne veux absolument pas m'exprimer sur le sujet ", a répondu Pierre François. Quant à la seconde offre, elle demeure anonyme. François Fornieri, président de l'entreprise pharmaceutique Mithra, n'est par contre plus intéressé. Occupé à une augmentation de capital, il a d'autres chats à fouetter. " Je ne pense pas que cela soit le bon moment pour m'impliquer ", explique-t-il, " Il y a deux ans, je m'étais montré intéressé mais depuis lors, mon entreprise a évolué. Elle n'a plus besoin d'un vecteur comme le Standard pour se développer. De plus, le club a évolué tant au niveau sportif que financier. Et enfin, l'attitude des supporters est de nature à refroidir un investisseur potentiel. " Reste à savoir si ces offres agréeront Duchâtelet. Il a sorti 33 millions d'euros pour devenir propriétaire du Standard. Pourra-t-il vendre le club plus cher ? Il y a peu de chance. " Le prix de vente ne peut pas être plus élevé, cela me paraît évident, car il y a beaucoup moins d'actifs et beaucoup moins de cash ", explique Fornieri. A cela s'ajoutent un noyau moins qualitatif, une perte d'exploitation de 9 millions d'euros lors du dernier exercice comptable et certaines recettes en berne. Ainsi, Base a déboursé 500.000 euros pour devenir sponsor maillot cette saison alors que cela en coûtait 1,5 million à l'entreprise de téléphonie, il y a encore trois ans. Le merchandising n'a plus rapporté qu'1,2 million d'euros en 2013 contre 2,7 millions d'euros en 2010. Pourtant, dans la plaquette de présentation, Duchâtelet rend la mariée plus belle qu'elle ne l'est en réalité. Ainsi, il valorise le noyau des joueurs entre 60 et 65 millions euros, en surévaluant clairement certains éléments (selon lui, Igor De Camargo vaudrait 2 millions d'euros, Eiji Kawashima 3 millions et Tal Ben Haim 1 million). Pour le merchandising, il parle de rentrées moyennes de 2,2 millions d'euros sur les quatre dernières années, alors que ces rentrées ne cessent de baisser depuis quatre ans ! Enfin, il n'hésite pas à faire du Standard une usine à talents, génératrice de nombreuses rentrées financières grâce aux transferts. Dans le récapitulatif de ceux-ci, apparaissent les noms de... Christian Benteke, Jonathan Legear et Kevin Mirallas. A chaque nom est adossé un cumulated fees, à savoir l'argent généré par ces joueurs lors de l'ensemble de leurs transferts. Ainsi, Benteke a rapporté 9,95 millions de cumulated fees, Legear 4,8 et Mirallas 14,55. Or, le Standard n'a rien touché sur tous ces transferts. Pas un euro. De la même manière, Marouane Fellaini est signalé avoir rapporté 54 millions de cumulated fees. Or, le Standard n'a touché que 20 des 54 millions, le reste provenant de son transfert d'Everton à Manchester United. Le procédé est donc trompeur. Pour calculer le prix d'une entreprise, il est de coutume de faire une moyenne du bénéfice des cinq dernières années et de le multiplier par six. Pour le Standard, cela donnerait 47,7 millions (bénéfice cumulé) divisé par 5 x 6. On obtient donc la somme de 60 millions d'euros. Mais aucun acquéreur potentiel ne marcherait dans une telle réflexion car sur les cinq dernières années, seules deux années ont apporté un réel bénéfice ! Le bénéfice cumulé ne repose donc que sur 2009 (l'année de la vente de Fellaini) et 2012 (l'année des ventes d'Axel Witsel et Steven Defour). D'après une source proche du dossier, Duchâtelet pourrait se contenter d'une offre située entre 20 et 25 millions d'euros. Comme il en a payé 33 et qu'il a déjà récupéré les 20 millions qu'il a retirés du club sous forme de dividendes ainsi que la rémunération annuelle de 700.000 euros qu'il s'octroie, il effectuerait alors une plus-value de 50 %. Et si le Standard décroche le titre, il pourra alors se targuer d'avoir mis trois ans à arriver à cet objectif, là où son prédécesseur en avait mis dix. PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Duchâtelet a fixé au 15 février la date limite de la remise des offres de reprise. " " Une offre émanant de fonds étrangers conduirait à un retour de Pierre François au poste de directeur général "